La visite du Pontife et l’ultime Hourra! du Président Pérès au Vatican, par Isi Leibler

 

Traduction : Menahem Macina, d’après “The Visit of the Pontiff and President Peres’s Last Hurrah at the Vatican”, en ligne sur le Blog de l’auteur : Word from Jerusalem, le 3 juin 2014.


Bien qu'attristé par certains aspects de la récente visite du Pape François dans la région, je suis en désaccord profond avec ceux qui l'accusent d'abandonner Israël.

Il a sans aucun doute contribué à encourager la propagande palestinienne en se faisant photographier tandis qu’il priait et embrassait la barrière de sécurité barbouillée d’abominables graffiti incluant l’inversion de la symbolique de l’Holocauste (« Bethléem ressemble à Varsovie ») et des slogans appelant à « libérer la Palestine ». Ses collaborateurs au Vatican ont dû l’informer que la barrière de sécurité n’a été érigée que pour protéger les Israéliens des attentats-suicide meurtriers à l’explosif et d’un terrorisme coûteux en vies innocentes.

Le Pape a aussi embrassé le mufti de Jérusalem, Sheikh Muhammad Hussein, un antisémite délirant qui considère les Juifs comme des ennemis d’Allah, justifie les attentats-suicide à l’explosif et ne cesse d’accuser Israël de projeter la destruction de la mosquée Al-Aqsa.

À Bethléem, le Pape François a rencontré Mahmoud Abbas et l’a appelé « un homme de paix », mais il n’a fait aucun commentaire quand le Patriarche latin Fouad Twal a comparé les Israéliens au roi Hérode.

Il est peu probable qu’au cours de leur entretien privé, le Pape ait recommandé à Abbas de cesser ses incitations antisémites, ou qu’il l’ait mis en demeure de renoncer à concrétiser l’union avec le Hamas génocidaire. Il est également douteux qu’il ait discuté des affirmations d’Abbas – qui font débat – selon lesquelles Jésus était un Palestinien plutôt qu’un Juif, ni qu’il se soit entretenu avec lui des liens entre les Juifs et la Terre Sainte.

Ces faits sont certes scandaleux. Toutefois, donner l’accolade à un Abbas hypocrite et corrompu en le qualifiant d’homme de paix n’a rien de révolutionnaire : c’est dans la ligne du comportement de presque tous les dirigeants politiques occidentaux. En fait, jusque récemment, même notre Premier ministre s’est cru obligé d’entonner ce mantra absurde.

Nul doute que le Pape François ne peut être considéré comme un supporter du camp national sioniste : la politique du Vatican à l’égard d’Israël doit être vue dans le contexte d’une vaste stratégie profondément viciée.

Le Vatican refuse de croire que l’Islam fondamentaliste constitue une menace mondiale pour la civilisation occidentale – spécialement pour la Chrétienté – et qu’être conciliant avec les barbares qui sont à leurs portes ne sera pas moins désastreux que les efforts répugnants [de jadis] pour se concilier les Nazis.

Ironie de l’histoire : le Pape Benoît XVI avait initialement tenté de redresser la situation en incluant [dans son discours de Ratisbonne, en septembre 2006] une citation d’un empereur orthodoxe byzantin du XIVe siècle, affirmant que le Prophète Mahomet n’avait favorisé « que des choses malfaisantes et inhumaines, comme son ordre de répandre par le glaive la foi qu’il prêchait ». Mais, suite au contrecoup causé par ses commentaires soulignant que la violence sépare la foi de la raison et que le jihad ou la violence pour des motifs religieux sont contraires à la volonté de Dieu, le Vatican avait rapidement battu en retraite et évité par la suite toute déclaration publique susceptible d’être perçue comme une critique de n’importe quelle expression de l’Islam.

Par conséquent, le Vatican s’est abstenu de s’exprimer ouvertement, comme il l’eût fallu, contre la discrimination diabolique, la persécution et le meurtre de Chrétiens, qui sévissent dans pratiquement tous les pays islamiques. L’Histoire jugera sévèrement l’Église de s’être abstenue de protester plus vigoureusement quand ses propres fidèles étaient si cruellement persécutés. Les dignitaires du Vatican continuent d’accepter l’argument que leur servent des collaborateurs catholiques et arabes chrétiens qui maintiennent qu’il est préférable d’ignorer la persécution de leurs frères que de protester, au risque de causer une intensification de la persécution, voire un bain de sang.

C’est dans ce contexte qu’il faut examiner l’attitude du Vatican envers Israël. Si le Pape n’est pas prêt à dénoncer publiquement le massacre en cours de Chrétiens dans les pays islamiques, il n’est pas surprenant qu’il soit conciliant envers les Palestiniens.

Mais nous devons garder le sens de la perspective. Durant la majeure partie de notre exil, c’est l’Église qui était le fer de lance de la persécution dont nous avons été victimes, alors qu’elle attisait l’antisémitisme pas ses accusations de déicide qui menèrent à des cycles sans fin de pogroms, de conversions forcées, et de martyres.

Mais en octobre 1965, il a près de cinquante ans, avec [la Déclaration] Nostra Ætate [§ 4], le Pape Paul VI a introduit un changement radical dans la perception du Peuple juif par l’Église catholique. Entre autres choses, elle a répudié l’accusation de déicide, mis en valeur le lien religieux et l’héritage spirituel qu’elle a en commun avec les Juifs, explicitement rejeté la « théologie de la substitution », condamné l’antisémitisme, et mis un terme à l’action missionnaire [en direction des Juifs].

Le défi théologique le plus difficile à relever pour l’Église a été de se rendre à l’évidence que le Juif, considéré comme « condamné à l’errance éternelle jusqu’à ce qu’il accepte le véritable Messie [Jésus] », avait en fait reconquis la souveraineté sur la Terre Sainte.

Pourtant le Pape Jean-Paul II a relevé ce défi en établissant des relations diplomatiques avec Israël. En 20000, il a effectué un pèlerinage mémorable en Israël, visité le Mur Occidental et Yad Vashem, et appelé à la repentance pour les crimes commis contre le Peuple juif.

Ce surprenant changement d’attitude du Vatican avait eu un impact considérable sur la lutte contre l’antisémitisme. Il suffit de comparer les attitudes des Catholiques à l’égard des Juifs et d’Israël à l’amère hostilité des Presbytériens et de la plupart des groupes protestants (à l’exception des évangéliques) qui acceptent la « théologie de la substitution ». La situation des Juifs dans le monde d’aujourd’hui serait considérablement pire si les antisémites gauchistes, islamistes et fascistes étaient de surcroît soutenus pas des antisémites catholiques.

Aussi, malgré la déception causée par certains aspects de sa visite, il ne faut pas faire de ce Pape un ennemi d’Israël. Ce ne serait pas seulement injuste envers lui, mais immensément contre-productif. Il faut examiner la situation dans son contexte, se féliciter de ce que la politique du Vatican dans cette région soit en fait plus dommageable pour les intérêts chrétiens que pour les nôtres.

Il convient également de noter qu’en plus de sa visite au Mur Occidental et à Yad Vashem, le Pape François a rendu hommage, devant le mémorial érigé à leur mémoire, aux Israéliens tués dans des attentats terroristes, en inclinant la tête durant sa prière silencieuse.

Mais le geste symbolique le plus important a été sa visite sur la tombe de Théodore Herzl qui, il y a 114 ans, était considéré par beaucoup comme un visionnaire détraqué, quand il s’efforçait de jeter les bases politiques de l’émergence de l’État juif aujourd’hui florissant. Il est surprenant que cet événement n’ai été mis en relief ni par la presse israélienne, ni par les médias mondiaux. Pour ma part je le considère comme le point culminant de ce voyage et je ne doute pas que maints prédécesseurs du Pape François se seraient retournés dans leur tombe s’ils avaient pu voir le pontife rendre hommage au fondateur du sionisme politique. C’eût été particulièrement le cas du Pape Pie X, qui, il y a un siècle avait brutalement écarté la requête émise par Herzl d’un soutien du Vatican [au projet sioniste] [1].

Mais l’aspect le plus bizarre de tout le voyage a été la proposition soi-disant faite par le Président Pérès de se joindre au Pape et à Mahmoud Abbas, au Vatican, pour participer à un cérémonial de « prière pour la paix ». Ce sera effectivement le dernier hourra ! du Président Pérès avant sa retraite, ce qui lui permettra de réaffirmer son engagement en faveur du « processus irréversible de paix » et des redondants Accords d’Oslo auxquels il adhère stupidement. Il exprimera peut-être son regret de l’absence de son ancien ami, le défunt Yasser Arafat, et il étreindra une fois de plus notre hypocrite « partenaire de paix », Mahmoud Abbas.

Qu’un laïque juré comme lui, qui refuse de mettre les pieds dans la synagogue qui jouxte la Résidence présidentielle, nous représente dans une rencontre de prière interconfessionnelle, voilà qui est quelque peu déconcertant. Mais ce qui est certain c’est que cette histoire fera les gros titres de la presse mondiale au profit de Pérès. Mais cela permettra aussi à l’intransigeant Abbas, au moment où il scelle son union avec le Hamas génocidaire, de continuer à se présenter comme un homme de paix. Qu’il y soit aidé par le Président d’Israël suggère que nous devrions nous examiner nous-mêmes plutôt que d’avoir des soupçons obsessionnels envers un pontife qui, malgré les contraintes que lui impose son rôle, est indiscutablement un honnête homme. N’a-t-il pas, lors de sa première rencontre avec des Juifs au Vatican, repris à son compte [le mot de Pie XI] : «Un vrai chrétien ne peut être antisémite » !

Nous devrions prier le Tout-puissant afin qu’Il fasse comprendre au Pape François que le conflit avec l'intégrisme islamique n’est pas moins préoccupant pour l'Église qu’il ne l’est pour nous, et afin qu’Il l'encourage à aller plus loin sur la voie de la réconciliation et du repentir pour les crimes commis par l'Église contre le peuple juif avant la réception de Nostra Ætate.

 

© Isi Leibler

ileibler@leibler.com



[1] « Nous ne sommes pas en mesure d’empêcher les Juifs de retourner à Jérusalem, mais jamais nous ne pourrons les y encourager. [...] Les Juifs ne reconnaissent pas Notre Seigneur, nous ne pouvons donc pas reconnaître le peuple juif. […] La foi juive est à l’origine de la nôtre, mais elle a été supplantée par les enseignements du Christ, et nous ne pouvons admettre son bien-fondé. » Texte cité d’après David Kertzer, Le Vatican contre les Juifs. Le rôle de la papauté dans l’émergence de l’antisémitisme moderne, Robert Laffont Paris, 2003, p. 261 ; voir aussi Pinchas E. Lapide, Rome et les juifs, Seuil, Paris, 1967, p. 124, qui cite les carnets de Herzl.

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Date de dernière mise à jour : 04/06/2014