Pourquoi l'Église doit soutenir Israël et garder Jérusalem comme la prunelle juive de ses yeux chrétiens, par Jean Taranto

 

Texte repris et adapté d’une page Facebook à laquelle l'auteur participe, 19.11.2015


J'ose élever une protestation contre le silence de l'Église dans laquelle seul le pape élève la voix. Ceci est une grande injustice.

L'Église célèbre tous les jours le mystère d'Israël par la voix de son Christ qui crie sur la croix le psaume 21. C'est le sens de l'Eucharistie qui unit les juifs et les gentils en une même louange et donne aux hommes de bonne volonté le pain du ciel qui seul tire de la mort ceux que le Père appelle à la vie.

Le silence des prélats qui confondent le gouvernement israélien (acculé et outrancièrement jugé, en tout cas considéré étrangement comme pire que n'importe quelle dictature bien mieux traitée que lui) et le destin et la vocation d'Israël est coupable et irresponsable. D'autant plus que, dans les diocèses, de grands efforts de dialogue sont faits, et, qu’avec les juifs, une prière et une lamentation-supplication communes est possible et doit être quotidienne.

Je rappelle que Jérusalem est la capitale d'Israël et pas une "cité mystique" et symbolique ouverte à tous les vents et à tous les déserts. Elle est la capitale d'un État juif qui est le seul au monde à être confessionnel tout en assurant, de façon libre et démocratique, la liberté religieuse à plus de 40 communautés différentes issues de la même souche abrahamique : Chrétiens, Druzes, Samaritains, Juifs de toutes traditions, Chrétiens de tous horizons. C'est le foyer de toutes les diasporas du monde, le premier centre mondial de pèlerinage en termes de diversité religieuse et d'universalité.

Cela doit continuer, et Jérusalem doit retrouver son unité avec les Arabes qui y sont nés, et sa paix.

L’Église ne peut envisager sérieusement de prôner une partition de Jérusalem, qui serait non seulement mortelle pour la paix, mais pour elle, car si demain Israël disparaissait en tant qu’État, l'Église retournerait, sans l'ombre d'un doute, à la déliquescence qu'elle a connue au Moyen-Âge, qui, par contrecoup, a donné lieu à l'émergence des grandes figures du catholicisme dont notre pape actuel porte l'un des noms [les franciscains].

Israël doit vivre et Jérusalem demeurer. Elle n'est pas une capitale arabe et musulmane (ce qu'elle sera indubitablement au train où vont les choses), mais le rocher où l'espérance du Temple doit trouver son fondement.

En même temps, il est tout aussi vrai que toute manœuvre extrême, violence, ou provocation juives pour instaurer ou imposer une vision d'un messianisme violent aux dépens des autres parties en présence, est hautement condamnable.
Donc, le silence gêné de l'Église est une injustice, et même une injustice envers les Chrétiens persécutés eux-mêmes, dont le pendant latin ne comprend ni la réalité, ni la vocation, ni la relation à Jérusalem dont les Chrétiens d'Orient se réclament.

C'est pourquoi je le dis haut et fort : les Catholiques latins doivent retrouver le souffle de Jérusalem, se réconcilier dignement et respectueusement avec les Juifs, considérer les Musulmans conformément à la vérité historique, dans le respect fraternel et la fidélité à leur propre identité chrétienne. Il ne peut y avoir de dialogue avec les Musulmans sans reconnaissance préalable de la filiation juive.

La peur qui règne dans l'Église catholique, la confusion entre Israël, le sionisme, les vieux fantasmes véhiculés par nombre de Pères de l'Église et traducteurs-interprètes de la Bible, et les préventions que beaucoup d'évêques de formation universitaire entretiennent à l'égard des Juifs, qu'ils considèrent comme crédibles quand ils sont "intégrés" aux Lumières, mais méprisables quand ils parlent d'alyah et de nation juive, ces préjugés doivent cesser.

Je termine en disant que l'absence quasi totale de culture biblique des catholiques, le peu de cas qu'ils font de la méditation évangélique, la priorité donnée à l'action caritative coupée de la prière et de la Tradition du Magistère, et l'absence d’action œcuménique, organisent et perpétuent un antijudaïsme criminel et spirituellement fautif. Nombre d'arabes sont poussés à la révolte par leurs Églises, en Israël. Et en France, les propos de médias chrétiens et ceux de nombreux prélats poussent les catholiques à soutenir l'action des terroristes en la justifiant et en lui donnant raison.

Cela, aussi, doit faire l’objet d’un débat et d’une réflexion. Il en va de l'avenir de l'Église dont le principal danger qui les guette, comme depuis toujours, n'est pas « les autres », mais le manque de foi, le nomadisme spirituel et l'individualisme de l'espérance des Chrétiens eux-mêmes...

L'Église de France, qui s'apprête à recevoir le pape, doit sortir de son autosatisfaction, de son conformisme intellectuel et de sa timidité spirituelle. Elle doit prendre audacieusement le chemin de l'évangélisation des fidèles par la réaffirmation de ses racines, de sa tradition, de la centralité de Jésus, dont le mystère gouverne son action, et prendre conscience de son ignorance de la solidarité consubstantielle qui unit Israël persécuté et les baptisés persécutés.

Il n'y a qu'une seule Alliance que Jésus renouvelle par sa mort et sa résurrection et qui oblige Israël à s'ouvrir aux nations et l'Église à s'ouvrir à Israël...

C'est la raison d’être de la célébration de toutes nos liturgies, dont le sens est "envoi".


© Jean Taranto

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Date de dernière mise à jour : 21/11/2014