Y-a-t-il des zones musulmanes dont l'accès est déconseillé en Europe ? Daniel Pipes

Daily Caller

5 décembre 2015

Traduction française d’après le texte anglais en ligne sur le site de Daniel Pipes (http://www.danielpipes.org/16322/muslim-no-go-zones-in-europe)

 

L'existence de zones dont l’accès est déconseillé, dans des endroits majoritairement peuplés de musulmans en Europe, a été un sujet majeur de discussion depuis le récent massacre qui a eu lieu à Paris le 13 novembre, principalement en raison des nombreux liens des assaillants avec Molenbeek, un quartier très islamisé de Bruxelles. Cette discussion me rappelle ma visite dans un quartier marseillais de 7000 habitants, ravagé par la drogue et le crime, où je m’étais rendu le 29 janvier 2015, pour me rendre compte de la situation par moi-même.

J’ai pénétré dans l’ensemble d’immeubles d’habitation, à bord d’une voiture municipale, banalisée mais reconnaissable, conduite par un fonctionnaire de la ville, chargé de me montrer les alentours. Malheureusement, plus rompu à l’administration de documents qu’au terrain, il prit peur et rebroussa chemin brusquement pour partir, ce qui éveilla les soupçons de trafiquants de drogue du coin, qui déclenchèrent l'alarme.

Un motocycliste et un camion se mirent devant notre véhicule et nous coincèrent sur une artère voisine. Assis sur le siège passager à l’avant de de la voiture, je fus interpellé et menacé par quatre jeunes voyous. L’agent municipal leur expliqua que j’étais un visiteur sociologue. Ils réagirent d’abord par des commentaires menaçants, puis en lançant un parpaing de la taille d'un ballon de football qui traversa le pare-brise arrière. Heureusement, personne ne fut blessé, et ils nous laissèrent partir après cet acte d’intimidation. Je remis au bureau du maire l’enregistrement audio, la vidéo et des photos des voyous ainsi que les numéros minéralogiques de leurs véhicules.

J’ai gardé le silence sur cet incident durant dix mois, dans l'espoir que le système judiciaire français ferait le nécessaire. Mais, à ce jour, personne n'a été arrêté, aucune plainte n'a été instruite, et à ma connaissance, aucune véritable enquête n'a jamais eu lieu.

Cet incident fut la grande exception de mes 28 autres visites dans les zones à majorité musulmane en Australie, en Amérique du Nord, et en Europe occidentale. Dans tous ces endroits – que j’appellerai ZUS (Zones Urbaines Sensibles): je n’ai pas eu de problèmes, voyageant parfois seul, parfois accompagné, dans une voiture de location anonyme pendant la journée, en vêtement civils occidentaux – et non en uniforme de police, costume sacerdotal, ou avec une kippa.

Dans beaucoup de ces ZUS, je me suis promené, j’ai pris des photos presque partout. Dans certaines, je me suis arrêté, j’ai fait des achats, pris un repas, ou visité une mosquée. Je n’ai rien fait qui soit de nature à provoquer, comme évangéliser, défiler dans une gay-pride, faire du recrutement pour l'armée, ou prendre des photos de trafiquants de drogue. Je n’étais pas une menace. Puis je suis parti après cette expérience pas si terrible. Mes incursions dans les ZUS suggèrent qu'elles sont en fait des zones d’accès normal pour des civils inoffensifs. Même à Marseille, où je suis venu dans une voiture de location, les voyous m’auraient probablement accueilli comme un client potentiel en quête de drogue.

En revanche, Brice De Ruyver, l'ancien conseiller à la sécurité à un Premier ministre belge, déclare « Officiellement, nous n’avons pas de zone d’accès déconseillé à Bruxelles, mais en réalité, il y en a, et elles sont à Molenbeek. » [1] Pourtant, j’ai circulé en voiture et me suis promené à Molenbeek, y compris en janvier, j’ai pris librement des photos de gens dans la rue, les magasins, et de tout ce que je voulais, et personne n'a fait attention à moi. Je me sentais complètement en sécurité.

De même, avant cela, j'avais déambulé dans Rinkeby, un quartier célèbre de Stockholm, un après-midi de novembre 2014, sans rencontrer tellement de regards hostiles ; pourtant un policier local a reconnu qu’à Rinkeby, « Si nous sommes à la poursuite d'un véhicule, il peut nous échapper en entrant dans certains quartiers où une voiture de patrouille isolée peut tout simplement pas s’engager, car nous serions bombardés de pierres et risquerions d’affronter une émeute. Ce sont des zones où l’on ne va pas. On ne peut tout simplement pas y aller."

Comment concilier ces expériences ? Mes visites confirment que des civils non-musulmans peuvent généralement entrer sans crainte dans des zones à majorité musulmane. Mais les choses s’avèrent très différentes du point de vue gouvernemental. Les pompiers, les ambulanciers, et même les travailleurs sociaux se heurtent régulièrement à l'hostilité et à la violence. Par exemple, quelques jours après, je me suis rendu dans un quartier défavorisé de Marseille, ses habitants ont tiré sur la police lors des préparatifs de la visite du Premier ministre français. Donc, ce fait et d’autres semblables caractérisent une zone de non-accès pour la police, un lieu où les représentants du gouvernement n’entrent que lourdement armés, en convois, et ce de manière temporaire et pour une mission spécifique.

L’expression no-go zone est informelle (elle découle apparemment de l'argot militaire américain) ; les dictionnaires en donnent deux définitions qui correspondent à mes conclusions: 1) zones dont les gens restent à l'écart par peur, 2) zones dans lesquelles les représentants de l'état n’entrent que dans des circonstances exceptionnelles. Les ZUS (Zones Urbaines Sensibles) ne correspondent pas à la première description mais cadrent bien avec la seconde.

Quant à savoir si oui ou non Molenbeek, Rinkeby, et le quartier défavorisé de Marseille sont des zones dont l’accès est déconseillé, la réponse dépend de l’aspect sur lequel on choisit de mettre l'accent - leur accessibilité aux visiteurs ordinaires, en temps ordinaire, ou leur inaccessibilité aux fonctionnaires du gouvernement en période de tension. Il y a aussi des degrés dans ce non-accès : dans certains endroits les attaques sont plus fréquentes et violentes, dans d'autres, elles le sont moins. Quelle que soit la manière dont on résume cette situation complexe - peut-être des zones dont l’accès est partiellement déconseillé - elles représentent un grand danger.

 

© Daniel Pipes * 2015

 

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Ajout en date du 2 décembre 2015 :

 

1. Ceci est ma troisième – et, j'espère, la dernière – évaluation finale du problème des zones dont l’accès est déconseillé. La première remonte à 2006 [2], quand je traduisais la désignation officielle française des Zones Urbaines Sensibles (ZUS) par l’expression no-go zones [litt. : ‘zone où l’on ne va pas’]. La deuxième remonte à janvier 2015 [3], quand j’ai renoncé à cette expression, sur la base de mon expérience personnelle. Aujourd’hui, j’estime qu'elle est partiellement applicable et partiellement non applicable, là où il y a des no-go zones principalement pour les représentants de l'état, sans lien avec la religion.

2. Les 28 régions à population fortement musulmanes dans les pays occidentaux que j’ai visités:

  • 6 zones en dehors de l'Europe: Dearborn et Hamtramck, dans le Michigan ; Lodi, en Californie; Queens, à New York; Mississauga, au Canada; et Lakemba, en Australie.

  • 7 en Europe, hors de France: Anvers, Athènes, Berlin, Bruxelles, Copenhague, Malmö, et Stockholm.

  • 7 en France à l’extérieur de Paris: les ZUS de Béziers, Lunel, Marseille, Montpellier, Nice, Perpignan, et Toulon.

  • 8 dans la région parisienne: Barbès-Rochechouart, Belleville, Clichy-sous-Bois, Clignancourt, Gennevilliers, Sarcelles, Seine-Saint-Denis, et le Val d'Oise.

(3) Certaines définitions du dictionnaire des expressions informelles no-go zone et no-go area:

  • American Heritage: « Zone dont l'accès est interdit, limité ou réputé dangereux. »

  • Cambridge: « Une région, surtout dans une ville, où il est très dangereux d'aller, généralement parce qu’un groupe de personnes qui ont des armes empêchent la police, l'armée et d'autres personnes d'entrer. »

  • Collins: « Quartier d’une ville, qui est barricadé, généralement par une organisation paramilitaire, et à l’intérieur duquel la police, l'armée, etc., ne peut entrer par la force. »

  • Macmillan: « Zone urbaine qui n’est pas considérée comme sûre car elle connaît des niveaux élevés de criminalité et de violence. »

  • Miriam-Webster: « Zone dont l'accès est interdit ou dangereux. »

 

 

 


[1] Brice De Ruyver, qui a été, durant huit ans, conseiller à la sécurité de Guy Verhofstadt, alors Premier ministre, affirme que Molenbeek souffre d'un cocktail de problèmes : « Les jeunes sont mal éduqués, ils sont attirés par la petite criminalité et ont des démêlés avec la police ; et puis il y a un cercle vicieux, qui conduit au recrutement par des groupes radicaux. » Et d’ajouter que les problèmes sont maintenant si graves, qu’on a du mal à trouver des policiers qui prennent la peine de s’en occuper. […] »

[2] ”The 751 No-Go Zones of France” (http://www.danielpipes.org/blog/2006/11/the-751-no-go-zones-of-france), 14 novembre 2006.

[3] “Does Europe Have No-go Zones?” (http://www.danielpipes.org/15432/europe-no-go-zones), 20 janvier 2015.

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Date de dernière mise à jour : 03/12/2015