Une voix dans le désert du Web, Menahem Macina

 

Une voix dit : Proclame ! Et il dit : Que proclamerai-je ? – Toute chair est de l’herbe et toute sa grâce est comme la fleur des champs. L’herbe se dessèche, la fleur se fane, quand le souffle de L’Éternel passe sur elle. Le peuple, c’est l’herbe : l’herbe se dessèche, la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu demeure à jamais.

(Isaïe 40, 6-8)

 

Je publie ici, après remise à jour, les dernières pages d’un ouvrage écrit il y a quelques années [1], car j’estime qu’elles résument adéquatement ma démarche théologique et spirituelle visant à témoigner de la perception, non encore reçue dans l’Église, du rôle respectif et complémentaire des juifs et des chrétiens à la fin des temps, dont je n’ai cessé de méditer le mystère depuis cinq décennies. J’en confie l’expression à l’espace immense de la Toile de l’Internet, qui joue ainsi, de manière providentielle à mes yeux, le rôle du désert, dont l’Écriture fait un lieu majeur de rencontre entre Dieu et son peuple [2]. Le Seigneur est fidèle, aussi ai-je confiance que, si mon initiative lui est agréable, il « disposera toutes choses selon le dessein de sa volonté [3]», de sorte que celles et ceux qui « ne vivent pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » [4], trouvent ce texte et en tirent profit, « conformément à la part de la faveur divine que le Christ leur a destinée » [5].

 

J’ouvre cette réflexion par une évocation succincte des conséquences de la grâce spirituelle insigne qui me fut accordée voici plus de cinquante ans [6], pour témoigner que c’est à Dieu, et non à ma réflexion personnelle, que je dois le « chemin de Damas » qui, en un éclair, a fait de la dimension juive une composante indissociable de mon identité et de ma foi chrétiennes originelles. En effet, alors que je n’avais aucune connaissance sérieuse de l’histoire de la Shoah et que rien dans mon jeune passé d’alors ne m’avait sensibilisé ni prédisposé à m’y intéresser, une lecture me fit découvrir brutalement qu’à de rares exceptions près, les plus hautes autorités politiques des pays libres n’avaient rien fait de sérieux pour venir en aide, quand elles en avaient la possibilité, aux juifs traqués et massacrés, et que le pontife suprême de l’Église catholique lui-même n’avait pas poussé le cri prophétique qu’on attendait de lui, ni menacé du jugement de Dieu non seulement les dirigeants nazis génocidaires, mais tous ceux qui collaboraient sans protester à l’exécution de ce crime inouï [7].

À l’époque, les juifs ne constituaient pas pour moi un sujet d’intérêt particulier. Comme ce fut le cas pour beaucoup de mes concitoyens, le souvenir de cette ignominie s’estompa vite et quitta le champ de ma conscience. Avec la plupart d’entre eux, je ne me sentais nullement responsable de ces événements atroces et, le voile rassurant du silence les ayant bien vite recouverts, ils cessèrent de faire la une de l’actualité, et le train-train de la vie quotidienne n’en fut bientôt plus affecté. Les rescapés eux-mêmes gardèrent le silence sur ce qu’ils avaient vécu et se fondirent dans la masse, comme gênés d’avoir survécu. Les pays européens étaient entièrement absorbés par la reconstruction de leurs infrastructures et le relèvement de leurs économies. Quant aux populations, trop heureuses que leur vie ait repris un cours presque normal, elles avaient d’autres préoccupations que de s’interroger sur cette page honteuse de l’histoire, considérée comme une aberration qui ne se reproduirait jamais et qu’il convenait d’oublier au plus vite. Je n’en entendis plus parler.

Jusqu’à ce jour du printemps de 1958, où, jeune catholique de 22 ans, récemment marié, fervent et heureux, j’entamai la lecture d’un livre au titre paradoxal de « Bréviaire de la haine » [8], trouvé dans les rayons de la maigre bibliothèque de l’école qui m’employait. Il relatait, sans pathos, avec la distance intellectuelle qui sied à l’historien, le déroulement du processus de destruction des juifs d’Europe. Cet événement, pour bouleversante qu’en ait été la redécouverte, au seuil de ma vie d’homme, n’aurait certainement pas constitué le tournant radical de mon existence qu’il s’avéra être, si Dieu ne m’avait introduit à son mystère en répondant par une vision sublime à la détresse intérieure et aux larmes qui m’avaient submergé, au fil de ma lecture et de la prise de conscience que je faisais de la nature unique et incompréhensible de ce forfait abominable et du sentiment poignant d’abandon qu’avaient dû ressentir les victimes, massivement exterminées, dans l’indifférence quasi générale, ou le silence, plus ou moins gêné, de ceux qui auraient pu agir ou protester, et ne l’avaient pas fait.

 

Il m’en a pris des décennies pour comprendre que l’extrême déréliction des juifs durant les quelques années du règne de ce précurseur de l’Antichrist que fut Hitler, avait inauguré le temps de leur rétablissement pré-messianique. Quand j’en pris conscience, j’eus le sentiment que se réalisaient deux prophéties. Celle d’Habacuq, d’abord :

Regardez parmi les peuples, voyez, soyez stupides et stupéfaits ! Car j’accomplis, de vos jours, une œuvre que vous ne croiriez pas si on la racontait. (Ha 1, 5).

Celle de Jérémie, ensuite :

Ainsi parle L’Éternel: Cesse ta plainte, sèche tes yeux ! Car il est une compensation pour ta peine – oracle de L’Éternel – ils vont revenir du pays ennemi. Il y a donc espoir pour ton avenir – oracle de L’Éternel – ils vont revenir, tes fils, dans leurs frontières. (Jr 31, 16-17).

Dès lors, il m’était impossible de voir, comme tant de mes coreligionnaires chrétiens, dans le rassemblement d’une partie de ce peuple dans sa patrie d’antan, l’un des multiples « aléas politiques » de son histoire. Selon moi, cet oracle de Zacharie témoignait du contraire :

Je ferai entrer ce tiers dans le feu ; je les épurerai comme on épure l’argent, je les éprouverai comme on éprouve l’or. Lui, il invoquera mon nom, et moi je lui répondrai; je dirai : « Il est mon peuple » et lui dira « L’Éternel est mon Dieu ! » (Za 13, 9).

 

Parvenu au terme du survol documentaire – effectué dans mon livre auquel j’emprunte cet extrait – de l’hostilité chrétienne à l’égard des juifs au fil des siècles, et de celui des signes annonciateurs d’une reconnaissance, par les deux confessions de foi, de la complémentarité de leur vocation spécifique respective, je suis conscient de la lourde responsabilité que j’ai prise en en donnant une interprétation personnelle qui n’est évidemment pas le dernier mot en la matière. Il n’empêche : aux chrétiens qui affirment que, s’ils avaient vécu alors, ils n’auraient pas porté la main sur ce peuple [9] ni ne se seraient tus, je crois devoir dire : Vous avez maintenant la possibilité de prouver votre sincérité en prenant fait et cause pour les juifs d’aujourd’hui et pour leur patrie recouvrée. Vous n’aurez pas d’autre occasion de le faire jusqu’à ce que se produise la montée criminelle des nations contre ce peuple, à laquelle fort peu auront le courage de refuser de se rallier [10].

Cette profession de foi révulsera sans doute ceux des chrétiens dont la cause palestinienne est devenue le « nouvel Évangile » [11], et qui ne manqueront pas de me traiter de sioniste discriminateur et de partisan d’un « nettoyage ethnique » à l’israélienne, aux dépens d’un peuple palestinien injustement « dépossédé » de « sa terre » [12]. Cette mienne conception a peu de chances d’avoir l’aval, même tacite, de quelque autorité religieuse instituée que ce soit, tant juive que chrétienne. Je ne puis même pas me retrancher derrière la liberté de recherche, car ce que je formule et exprime ici n’est ni une appropriation personnelle d’un point de doctrine, ni le résultat d’une recherche théorique et théologique, mais le fruit d’une compréhension intérieure du mystère du Salut de Dieu. Sous l’impulsion d’une expérience surnaturelle fondatrice, elle a pris corps en moi, lentement, irrésistiblement, en plus de cinquante années et, malgré les vexations que m’ont values les brèves confidences occasionnelles que j’en ai faites, je ne puis plus la taire. Ce texte de Jérémie illustre bien mon état d’esprit :

Je m’étais dit : je ne penserai plus à Lui, je ne parlerai plus en son Nom ! Mais c’était, en mon cœur, comme un feu dévorant enfermé dans mes os. Je m’épuisais à le contenir, mais je n’ai pas pu. (Jr 20, 9).

Nul doute que de tels propos me vaudront d’être accusé par certains, d’exaltation, de faux prophétisme, voire de dérangement mental [13]… mais qu’y puis-je ? Présenter les choses autrement m’obligerait à mentir contre moi-même et à nier le don de Dieu. Ceci dit, il doit être clair que je ne prêche pas « un autre Évangile » (cf. 2 Co 11, 4), ni ne prétends que ce témoignage m’a été dicté, à la lettre, par Dieu. Ce que je puis affirmer, par contre, c’est que ma méditation et mon approfondissement incessants de ce qu’il a daigné me faire connaître de son dessein en liaison avec le drame de la Shoah [14], et de ce qu’il m’a fait comprendre concernant le rétablissement, déjà réalisé, de son peuple [15], ont « façonné » non seulement ma perception théologique et spirituelle du dessein divin sur les deux peuples qui ne sont qu’un dans le Christ, mais ma certitude que l’humanité, en général, et la chrétienté, en particulier, vont être soumises à l’épreuve de la désobéissance, dans laquelle, selon Paul, « Dieu a enfermé tous les hommes »[16].

Le silence de Dieu – pendant et après la Shoah –, a laissé perplexes les théologiens, plongé de nombreux juifs dans le désespoir, et a pu faire croire au monde que le Tout-Puissant avait passé l’événement par pertes et profits, et qu’il ne demanderait pas de comptes à l’humanité pour son indifférence coupable. Cette absence apparente de réaction divine fait partie de l’« œuvre mystérieuse » du Seigneur (cf. Is 28, 21), comme aussi de ses « décrets insondables et de ses desseins incompréhensibles » (cf. Rm 11, 33).

Mais parce qu’il sait que, pour échapper au jugement [17], beaucoup se disculperont en invoquant l’ignorance ou une mauvaise compréhension des événements, Dieu leur a fait savoir d’avance, par le ministère des prophètes, que le péché de la Shoah ne restera pas impuni, comme l’attestent les oracles suivants, entre autres :

  • La faute d’Éphraïm est mise en réserve, son péché tenu en lieu sûr. (Os 13, 12).
  • Oui, l’Éternel est le Dieu des rétributions : il paie strictement. (Jr 51, 56).
  • l’Éternel est lent à la colère, mais grand par sa puissance. L’impunité, jamais il ne l’accorde. (Na 1, 3).
  • Je vengerai leur sang, je n’accorderai pas l’impunité. (Jl 4, 21).

D’ici là, je me garderai d’anticiper présomptueusement sur le jugement de Dieu à propos de l’accusation de silence – fondée selon les uns, mensongère selon d’autres – émise à l’encontre du pape Pie XII, et de celle de passivité reprochée à la majorité des pasteurs et fidèles chrétiens durant la Shoah. Je m’en tiendrai à l’avertissement de Paul :

Ne portez pas de jugement prématuré. Laissez venir le Seigneur; c’est lui qui éclairera les secrets des ténèbres et rendra manifestes les desseins des cœurs. Et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient. (1 Co 4, 5).

Car « il y aura un jugement » (cf. Jb 19, 29). Au temps fixé, dont « personne ne connaît ni le jour ni l’heure » (cf. Mt 24, 36), l’humanité, avec ses dirigeants, laïques et religieux, sera mise à l’épreuve et devra choisir entre l’obéissance et la désobéissance au dessein de Dieu sur son peuple, comme il est écrit :

Car, en ces jours-là, en ce temps-là, quand je rétablirai Juda et Jérusalem, je rassemblerai toutes les nations, je les ferai descendre à la Vallée de Josaphat ; là, j’entrerai en jugement avec elles au sujet d’Israël, mon peuple et mon héritage, car ils l’ont dispersé parmi les nations et ils ont divisé mon pays (Jl 4, 1-2).

Il ne fait guère de doute que cette coalition impie contre le peuple de Dieu aura lieu à l’instigation de l’Antichrist, dont parle la Première Épître de Jean, en ces termes:

[…] Vous avez entendu dire qu’il allait venir ; eh bien, maintenant, il est déjà dans le monde […] (1 Jn, 4, 3).

Mais, diront certains, ce sont-là des passages à connotations eschatologiques, sans lien avec notre époque ; les présenter comme réalisés ou sur le point de l’être ressortit à un fondamentalisme et à un littéralisme aventureux et dangereux. Et plaise à Dieu qu’aucun d’entre eux ne repousse violemment mon témoignage, comme le fit le roi Sédécias de celui de Michée, en disant :

Par où l’esprit de l’Éternel m’a-t-il quitté pour te parler ? (1 R 22, 24).

La réponse à ces objections est à la fois simple et risquée.

Simple, pour quiconque se donnera la peine d’examiner les faits, connus de tous et notoires dans le monde entier, à savoir : la haine et les calomnies qui ne cessent de se déverser sur l’Israël d’aujourd’hui, son armée et sa société civile, attestant que les prodromes de cette confrontation sont déjà là. Qui, en effet, peut prétendre ignorer le phénomène ? Des milliers de livres, d’articles et de reportages des médias audiovisuels et écrits – sans parler du Net et de la blogosphère –, s’en font massivement et fréquemment l’écho [18].

Risquée, parce que le présent témoignage émane de l’homme faible et pécheur que je suis, dont aucune autorité religieuse n’accrédite les conceptions, d’ailleurs réputées invérifiables, voire dangereuses parce que fondées sur des interprétations scripturaires considérées par certains comme arbitraires et présomptueuses.

Je ne me scandalise pas de la méfiance, somme toute compréhensible, des autorités religieuses instituées, à l’heure où tant de pseudo-prophètes et d’exaltés tiennent des propos considérés comme hautement suspects par celles et ceux qui préfèrent s’en tenir au statu quo et « au jugement de l’Église ». Mais les Écritures, la théologie et l’histoire de l’Église montrent que, s’il incombe bien aux responsables religieux d’exercer le mandat divin consistant à transmettre et à interpréter les Écritures et le donné de la foi, ils ne détiennent pas pour autant la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13 ; 1 Co 13, 9). La hiérarchie ecclésiale et les théologiens qui alimentent sa réflexion ne peuvent se prévaloir d’un « sensus fidei » (sens de la foi) supérieur à celui des fidèles [19]. Le rôle du pasteur chrétien est d’être un « serviteur fidèle et avisé » (cf. Mt 24, 45 sq.), de « retenir ce qui est bon » (cf. 1 Th 5, 21), sans pour autant « éteindre l’Esprit » (cf. 1 Th 5, 19).

En tout état de cause, quiconque s’engage – de sa propre initiative ou poussé par l’esprit de Dieu – dans l’aventure risquée d’interpréter, à la lumière des Écritures, les événements contemporains afférents au retour des juifs dans une partie de leur antique patrie, ne doit pas s'étonner de la contradiction à laquelle il se heurtera. Il est clair qu'il trouvera sur sa route des spécialistes de toutes les disciplines des études chrétiennes, zélateurs inconditionnels de l’institution et du courant théologique majoritaire, qui cachent à peine l’aversion incoercible que leur inspire la présence d’Israël dans le contexte géopolitique du Proche-Orient. À ces gardiens ombrageux de la doctrine et du statu quo politique peut s’appliquer ce que disait Paul de ses contradicteurs :

[…] je leur rends témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu, mais c’est un zèle dénué de connaissance (Rm 10, 2).

Ces gens repousseront des deux mains les perspectives exposées dans mes livres, et celles et ceux qui y adhèrent. En outre, du fait qu'ils s'inscrivent dans la ligne du vaste consensus de la communauté internationale, qui ne reconnaît pas Jérusalem comme la capitale des juifs, ces détracteurs seront, bon gré mal gré, des alliés objectifs des ennemis d’Israël, qui combattent déjà et combattront encore sans merci la souveraineté juive sur la ville de David et sur la portion congrue de la Terre Sainte que les nations ont concédée temporairement au peuple juif, jusqu’à ce que Dieu lui-même « juge sa cause et lui fasse justice » (cf. Mi 7, 9).

Ce contentieux politico-religieux ne contribue pas à dessiller les yeux des fidèles chrétiens et de nombre de leurs pasteurs qui ne parviennent même pas à maîtriser la colère que leur inspire la politique d'autodéfense de l'État d'Israël, qu'ils s'obstinent à mettre sur le compte d'un désir fou d'hégémonie et d'un faux messianisme politique. Il ne leur vient pas un instant à l'idée que le Mauvais soit à l'origine de la contradiction violente suscitée par le retour progressif, depuis la fin du XIXe siècle, d’une partie de ce peuple dans sa patrie d’antan, et par la création d’un État indépendant, dont l’existence même est sans cesse menacée par la guerre irrédentiste que mènent contre lui les Palestiniens et les États arabes et musulmans de la région, dont la majorité aspirent à sa disparition.

Il est inquiétant de constater que de plus en plus de chrétiens se joignent au concert planétaire d’accusations, de mensonges, de calomnies et d’insultes, dont est l'objet ce peuple, allant jusqu’à prôner le boycott d’Israël dans presque tous les domaines [20], voire à cautionner tacitement les attentats terroristes, au nom de la « lutte contre l’occupation ».

Tout aussi inadmissible est le lâche silence des spécialistes chrétiens des sciences bibliques et de l’archéologie, dont pas un, à ma connaissance, n’a protesté publiquement avec vigueur contre les honteuses affirmations mensongères de dignitaires religieux et politiques musulmans qui nient périodiquement qu’il y ait eu, dans le passé, une quelconque présence juive en Palestine. Emblématique à cet égard est le cas du Cheikh Ikrima Sabri, qui a pu affirmer, sans être contredit par quelque autorité scientifique et/ou religieuse que ce soit, lors d’une interview au journal Die Welt en 2001 :

Il n’y a pas le moindre signe d’une précédente existence du Temple juif à cet endroit [sur le Mont du Temple]. Il n’y a, dans toute la ville, pas la moindre pierre qui rappelle l’histoire juive [21].

En milieu chrétien, cet état d’esprit hostile a des racines lointaines, dont j’ai donné maints exemples dans la première partie du livre dont sont extraites ces pages [22]. C’est une conséquence de la théologie de la substitution, et de ce que l’historien juif, Jules Isaac, a appelé « l’enseignement du mépris ». À ce propos, l’objectivité historique oblige à rappeler en quels termes le futur Jean XXIII, si apprécié des juifs – à juste titre, d’ailleurs [23] – exprimait, en sa qualité de nonce apostolique en 1943, ses réticences à l’égard du « projet de sauver quelques milliers de juifs, et d’enfants en particulier, en les emmenant en Palestine » :

Je confesse que l’idée d’acheminer les juifs en Palestine, justement par l’intermédiaire du Saint-Siège, quasiment pour reconstruire le royaume juif […] suscite en moi quelque inquiétude. Il est compréhensible que leurs compatriotes et leurs amis politiques s’impliquent. Mais il ne me paraît pas de bon goût que l’exercice simple et élevé de la charité du Saint-Siège offre précisément l’occasion et le signe permettant de reconnaître une sorte de coopération, ne serait-ce qu’initiale et indirecte, à la réalisation du rêve messianique. […] Ce qui est absolument certain, c’est que la reconstruction du royaume de Juda et d’Israël n’est qu’une utopie [24].

Et si quelqu’un affirme qu’une telle conception n’est plus possible dans l’Église d’aujourd’hui, surtout depuis le Concile, c’est qu’il ignore le commentaire suivant du pape Jean-Paul II, qui date de 1998 et contredit cruellement cet optimisme :

[…] les disciples interrogent Jésus avant l’Ascension : « Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » (Ac 1, 6). Ainsi formulée, la question révèle combien ils sont encore conditionnés par les perspectives d’une espérance qui conçoit le royaume de Dieu comme un événement étroitement lié au destin national d’Israël […] Jésus corrige leur impatience, soutenue par le désir d’un royaume aux contours encore trop politiques et terrestres [25] […]


Sans le moindre esprit de polémique, force m’est de constater la nature quasi métaphysique de ce contentieux irréductible, d’autant plus implacable qu’il est théologique, en ce qu’il découle de la manière dont l’Église pense, exprime et enseigne, avec autorité, la foi chrétienne, ne laissant, jusqu’à ce jour, aucune place à la perspective d’une restauration d’Israël dans ses privilèges d’antan.

Est-ce à dire qu’il n’y a aucun espoir que souffle chez les chrétiens un autre esprit, qui tienne compte de l’inachèvement du dessein de Dieu dans l’histoire [26] et d’événements actuels qui, aux dires de certains, semblent constituer des « signes des temps » (cf. Mt 16, 3), et qu’il convient au moins d’examiner avant de décréter péremptoirement qu’ils « ne prouvent rien » ? Je ne le crois pas.

Et comme il ne suffit pas de s’en tenir aux analyses, mais qu’« il est temps d’agir pour le Seigneur » (cf. Ps 119, 126) [27], en ces temps troublés, voici ma suggestion. Je précise qu’elle ne peut être « reçue » que par ceux et celles qui sont disposés à s’engager dans la radicale révision de vie et le sincère processus de conversion intérieure, auxquels nous invitent les événements actuels. Pour en discerner les signes, il faut avoir pris conscience de l’assoupissement de notre vigilance (cf. Mc 13, 36), de l’affadissement du sel de notre foi (cf. Lc 14, 34-35), du refroidissement de notre amour (cf. Mt 24, 12), et de l’extinction qui menace la lampe de notre discernement (cf. Mt 25, 1-13).

Cet état de choses, si nous n’y remédions pas, nous vaudra d’être emportés comme au temps du déluge (cf. Mt 24, 39), à « l’heure de l’épreuve qui va fondre sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre » (cf. Ap 3, 10), au « temps de la détresse » (Is 33, 2 ; Jr 30, 7 ; Lc 21, 23, etc.), et au « Jour de la colère de l’Éternel » (So 1, 18).

Et il ne sert à rien de nous lamenter sur « l’agnosticisme et la dépravation de la société », ni d’en appeler à Dieu pour qu’il convertisse « les autres », comme si nous-mêmes n’avions pas besoin qu’il nous « délivre de la Colère qui vient » (cf. 1 Th 1, 10).

Quand paraîtra le prophète que Dieu, dans sa miséricorde, nous a promis – qu’il s’agisse d’Élie [28] ou de quelque autre envoyé que lui seul connaît –, alors prendra tout son sens la sévère apostrophe de Jean le Baptiste :

Engeance de vipères, qui vous a suggéré d’échapper à la Colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne du repentir et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : Nous avons pour père Abraham. Car je vous le dis, Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. Pour moi, je vous baptise dans l’eau en vue du repentir ; mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne d’enlever les sandales ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire ; il recueillera son blé dans le grenier ; quant aux bales, il les consumera au feu qui ne s’éteint pas. (Mt 3, 7-12).

Or, il est patent que Jésus n’a pas réalisé ce que prophétisait Jean [29]. Certes, il a conféré l’Esprit Saint par le baptême en son nom, mais à titre d’« arrhes », à en croire l’apôtre Paul (cf. 2 Co 1, 22). Quant au baptême de feu, n’en déplaise à ceux qui veulent y voir le « feu de l’amour », éliminant ainsi la « pelle à vanner » et les « bales » que « consumera le feu qui ne s’éteint pas », il annonce clairement le jugement eschatologique, que peu de clercs et de fidèles prennent vraiment au sérieux, ou qu’ils repoussent tellement aux calendes de l’histoire, qu’il en devient irréel et n’interpelle plus guère les chrétiens.

C’est donc qu’il s’agit, une fois de plus, d’un texte à double portée – comme d’autres examinés dans mes livres – qui attend sa restauration apocatastatique, selon la conception que j’ai exposée [30] pour attirer l’attention sur tout un pan, encore caché aux yeux des chrétiens, du dessein de Dieu concernant le peuple juif parvenu à son stade pré-messianique, à propos duquel prophétise Isaïe, en ces termes :

Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et annoncez-lui que son temps de service est accompli, que sa faute est expiée, qu’elle a reçu de la main de l’Éternel double punition pour tous ses péchés […] Monte sur une haute montagne, messagère de Sion ; élève et force la voix, messagère de Jérusalem ; élève la voix, ne crains pas, dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! ». Voici le Seigneur l’Éternel qui vient avec puissance, son bras assure son autorité; voici qu’il porte avec lui sa récompense, et son salaire devant lui (Is 40, 1-2 ; 9-10).

Tandis qu’un psaume annonce la consolation de Jérusalem et la réunion finale des juifs et des fidèles des nations, pour adorer le Dieu de l’univers :

Toi, tu te lèveras, pour exercer ta compassion envers Sion, car c’est le temps de la prendre en pitié, l’heure est venue ; car tes serviteurs en chérissent les pierres, pris de tendresse pour sa poussière. Et les nations craindront le nom de l’Éternel, et tous les rois de la terre, ta gloire ; quand l’Éternel rebâtira Sion, il sera vu dans sa gloire ; il se tournera vers la prière du spolié, il n’aura pas méprisé sa prière. On écrira ceci pour l’âge à venir et un peuple créé [31] louera Dieu : il s’est penché du haut de son sanctuaire, l’Éternel, et des cieux a regardé sur terre, pour écouter le soupir du captif, libérer les clients de la mort, pour répandre dans Sion le nom de l’Éternel, sa louange dans Jérusalem, quand se rassembleront peuples et royaumes pour rendre un culte à l’Éternel. (Ps 102, 14-23).

Et si, en me lisant, quelqu'un a l’impression que le rôle du Christ est éclipsé ou minimisé par ma focalisation sur le rétablissement, la consolation et la glorification eschatologiques du peuple juif, qu’il se rassure : cette apothéose finale d’Israël et de tous ceux et celles qui auront cru ne se fera que dans et par le Christ Seigneur, quand il aura pris possession de son règne (Ap 19, 6). C’est pourquoi j’exhorte celles et ceux qui se sentent mus à faire leur la démarche à laquelle invitent ces pages, à s’approprier ce texte prophétique de l’apôtre Paul :

Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait établi en lui par avance, pour la dispensation de la plénitude des temps, tout récapituler dans le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. C’est en lui encore que nous avons été choisis, désignés d’avance, selon la disposition préalable de Celui qui meut toutes choses selon le dessein de sa volonté, pour être, à la louange de sa gloire, ceux qui ont par avance espéré dans le Christ (Ep 1, 9-12).

Que ce passage soit, comme dit l’Écriture (Ps 119, 105), « une lampe sur [les] pas, une lumière sur [la] route » de quiconque aura eu assez d’humilité pour « supporter de ma part un peu de folie » (cf. 2 Co 11, 1), recevoir mon témoignage et y discerner (cf. 1 Co 14, 29) ce qui vient de Dieu, et ce qui procède de l’homme faillible que je suis.

Au témoignage du Livre des Actes, en entendant l’apôtre Pierre leur révéler que, par erreur et sans faute de leur part (cf. Ac 3, 17), ils avaient fait mourir celui que Dieu leur avait envoyé (cf. Ac 2, 22-23), les juifs « eurent le cœur transpercé » (cf. Ac 2, 37). Plaise à Dieu qu’en découvrant que c’est, analogiquement, ce que leurs ancêtres ont fait ou laissé faire à l’encontre du peuple juif au fil des siècles, et surtout durant la Shoah, les chrétiens d’aujourd’hui ne se récrient pas en disant :

Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang [de ce peuple] (Mt 23, 29-30).

Au risque de s’entendre répliquer par le Christ lui- même :

Eh bien, vous, comblez la mesure de vos pères ! (Mt 23, 32).

Qu’ils demandent plutôt, comme les juifs interpellés par Pierre : « Que devons-nous faire ? » (Ac 2, 37). Qu’ils se considèrent comme visés, eux aussi, par son injonction : « Repentez-vous ! » (Ac 2, 38), ainsi que par celle de Jean le Baptiste : « Produisez donc un fruit digne du repentir » (Mt 3, 8).

Quant à ceux et celles qui éprouvent le désir sincère d’approfondir le mystère que cet écrit s’est efforcé d’exposer, qu’ils demandent humblement à Dieu de « leur ouvrir l’esprit pour qu’ils comprennent les Écritures » (Lc 24, 45), et qu’ils prient pour l’auteur, « de peur qu’après avoir prêché aux autres, il ne soit lui-même disqualifié » (1 Co 9, 27).

 

© (2014) Menahem Macina



[1] Menahem Macina, Les frères retrouvés. De l’hostilité chrétienne à l’égard des juifs à la reconnaissance de la vocation d’Israël, éditions de L’œuvre, Paris, 2011, p. 267-284. Texte réédité depuis en version électronique, via Smashwords, sous le titre Si les chrétiens s’enorgueillissent. A propos de la mise en garde de Paul (Rm 11, 20), par Tsofim, Limoges, 2013 (https://www.smashwords.com/books/view/325555) ; lien direct aux chapitres : http://www.tsofim.org/pages/articles-de-fond/si-les-chretiens-s-enorgueillissent/.  

[2] Voir, entre autres : Dt 32, 9-10 : « Car la part de l’Éternel, c’est son peuple, Jacob est sa portion d'héritage. Au pays du désert, il le trouve, dans la solitude lugubre de la steppe. Il l'entoure, il l'élève, il le garde comme la prunelle de son œil » ; Is 40, 3 : « Dans le désert, frayez le chemin de L’Éternel ; dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu ; Jr 31, 2 : « Ainsi parle L’Éternel: Il a trouvé grâce au désert, le peuple échappé à l'épée. Israël marche vers son repos. » ; Os 2, 16 : « C'est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur » ; et le Nouveau Testament n’est pas en reste : on lit en effet dans les évangiles que le Christ se retirait souvent dans des lieux déserts ; quant à Jean le Baptiste, non seulement c’est au désert de Juda qu’il commence à prêcher (cf. Mt 3, 1.3 ; 11, 7 et parall.), mais Jésus lui-même dit aux foules à son propos : « Qu'êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ?..." » (Mt 11, 7).

[3] Cf. Ep 1, 11.

[4] Cf. Mt 4, 4 = Dt 8, 3.

[5] Ep 4, 7.

[6] Je l’ai relatée brièvement dans un précédent ouvrage : Menahem Macina, Chrétiens et juifs depuis Vatican II. État des lieux historique et théologique. Prospective eschatologique, éditions Docteur angélique, Avignon, 2009, p. 355 ss., texte réédité en version électronique, via Smashwords, par Tsofim, Limoges 2013 (https://www.smashwords.com/books/view/323481 ; lien direct aux chapitres : http://www.tsofim.org/pages/articles-de-fond/chretiens-et-juifs-depuis-vatican-ii/ ; plus de détail dans Id., Confession d’un fol en Dieu, éditions Docteur angélique, Avignon, 2012, p. 21 ss., réédité en version électronique, via Smashwords, par Tsofim, Limoges 2013 (https://www.smashwords.com/books/view/323520) ; lien direct aux chapitres : http://www.tsofim.org/pages/articles-de-fond/confession-d-un-fol-en-dieu/.

[7] Exprimé ainsi, ce jugement paraîtra sommaire, voire arbitraire. En effet, je ne fais ici qu’effleurer le sujet, pour les besoins de cette brève synthèse. Des chercheurs qualifiés ont consacré livres et articles à cette thématique sensible ; leurs ouvrages sont trop nombreux pour qu’on puisse énumérer ne serait-ce que les principaux. Conscient du caractère arbitraire de mon choix, je recommande la lecture de trois d’entre eux, auxquels ma réflexion personnelle sur ce sujet doit beaucoup : Philippe Chenaux, Pie XII. Diplomate et pasteur, Cerf, Paris, 2003 ; Giovanni Miccoli, Les Dilemmes et les silences de Pie XII. Vatican, Seconde Guerre mondiale et Shoah, trad. française, Editions Complexe, Paris, 2005 ; Hubert Wolf, Le pape et le diable. Pie XII, le Vatican et Hitler : les révélations des archives, CNRS éditions, Paris, 2009.

[8] L. Poliakov, op. cit.

[9] Je fais allusion au grave avertissement du prophète Abdias (11-15) : « Quand tu te tenais à l’écart, le jour où des étrangers emmenaient ses richesses, où des barbares franchissaient sa porte et jetaient le sort sur Jérusalem, toi tu étais comme l’un d’eux ! Ne te délecte pas à la vue de ton frère au jour de son malheur ! Ne fais pas des enfants de Juda le sujet de ta joie au jour de leur ruine ! Ne tiens pas des propos insolents au jour de l’angoisse ! Ne franchis pas la porte de mon peuple au jour de sa détresse ! Ne te délecte pas, toi aussi, de la vue de ses maux au jour de sa détresse ! Ne porte pas la main sur ses richesses au jour de sa détresse ! Ne te poste pas aux carrefours pour exterminer ses fuyards ! Ne livre point ses survivants au jour de l’angoisse ! Car il est proche, le jour de l’Éternel, contre tous les peuples ! Comme tu as fait, il te sera fait : tes actes te retomberont sur la tête ! »

[10] Cf. le passage, déjà cité, de Pr 1, 10-18 : « Mon fils, si des pécheurs veulent te séduire, n’y va pas ! S’ils disent : "Viens avec nous, embusquons-nous pour répandre le sang, sans raison, prenons l’affût contre l’innocent" [...] Mon fils, ne les suis pas dans leur voie, éloigne tes pas de leur sentier, car leurs pieds courent au mal, ils ont hâte de répandre le sang [...] ».

[11] Voir ce que j’en ai écrit dans mon précédent livre, M. Macina, Chrétiens et juifs depuis Vatican II, au chapitre VIII.6., intitulé « Les excès d’un "philopalestinisme" chrétien "ayant les apparences du bien mais reniant ce qui en est la force" (2 Tm 3, 5)  », op. cit., p. 310 ss ; référence à la version électronique en note 6, ci-dessus.

[12] Rien n’est plus éloigné de mes conceptions et de mes engagements, comme le savent ceux qui me connaissent.

[13] Un chercheur bien connu, dont l’estime ne m’a jamais fait défaut, m’a confié, il y a quelques années, que des théologiens et des clercs respectables me tenaient pour fou. Et je l’avais bien fait rire en citant Paul qui s’était entendu dire par le gouverneur romain Festus : « Tu es fou ; ton grand savoir te fait perdre la tête » (Ac 26, 24).

[14] Voir la Conclusion de mon ouvrage précédent, M. Macina, Chrétiens et juifs depuis Vatican II, op. cit., p. 353 ss ; référence à la version électronique en note 6, ci-dessus.

[15] Voir dans Les frères retrouvés, op. cit., le chapitre intitulé « Quand les mots manquent pour exposer le mystère – L’apocatastase », p. 204 ss. ; référence à la version électronique en note 1, ci-dessus.

[16] Cf. Rm 11, 32. Voir, Op. cit., le chapitre intitulé « Vouloir des hommes et dessein de Dieu : l’épreuve de l’obéissance de la foi », p. 241 ss. ; référence à la version électronique en note 1, ci-dessus.

[17] Je reprends ici, en résumé, ce dont j’ai traité plus en détail, dans le chapitre intitulé « Prégnance apocatastatique de la parabole du figuier », de mon ouvrage cité, p. 213 et ss. ; référence à la version électronique en note 1, ci-dessus.

[18] Voir mon précédent ouvrage, M. Macina, Chrétiens et juifs depuis Vatican II, op. cit., 277-321 ; référence à la version électronique en note 6, ci-dessus.. Le sociologue réputé P.A. Taguieff a rédigé plusieurs ouvrages incontournables sur ce phénomène, voir, entre autres : La nouvelle judéophobie, éditions Mille et une nuits, Paris, 2002 ; La judéophobie des modernes. Des Lumières au Jihad mondial, Odile Jacob, Paris, 2008, etc.

[19] Voir mon étude, « Autorité et sensus fidelium. Vers la perception d’un Magistère comme lieu privilégié d’expression de la conscience de l’Église », texte en ligne (http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=1494).

[20] Sur le boycott d’Israël, en général, voir : le chapitre VIII.3 de Chrétiens et juifs depuis Vatican II, op. cit., p. 287 ss.,  intitulé « La "guerre par le boycott": isoler, asphyxier et désigner un peuple entier à la vindicte internationale ». Sur le boycott juridique, voir Ibid., p. 292 ss., le chapitre VIII.4, intitulé : « La "guerre par le droit international" instrumentalisé pour diaboliser l’armée de défense d’Israël ». Sur le boycott chrétien, voir les articles cités dans la page Web de mon site rivtsion.org, intitulée « Boycott - Désinvestissement - Sanctions par des Chrétiens » (http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=2404); référence à la version électronique en note 6, ci-dessus.

[21] Voir l’article : « Cheikh Ikrima Sabri: "pas la moindre pierre qui rappelle l’histoire juive" », texte en ligne sur mon site rivtsion.org (http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=1836).

[22] Voir Les frères retrouvés, op. cit., édition imprimée, les chapitres intitulés : « La polémique antijudaïque, des origines à l’aube du XXe siècle », p. 25-52 ; « Les juifs vus par les papes et la presse catholique, entre 1870 et 1938 », p. 53-67 ; « De l’antijudaïsme chrétien traditionnel au silence face à l’antisémitisme d’État », p. 68 ss. ; référence à la version électronique en note 6, ci-dessus.

[23] Il avait fait « distribuer par la délégation apostolique des permis gratuits d'émigration, en particulier vers la Palestine sous mandat britannique, des certificats de baptêmes temporaires et des sauf-conduits, ainsi que des vivres et vêtements, en s'appuyant sur la Croix Rouge locale », cité d’après l’article « Jean XXIII » de Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_XXIII).

[24] Voir Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale, op. cit., 9, n° 324, p. 469, cité par M. Miccoli, Dilemmes et silences, op. cit., p. 91. Loin de moi l’idée de jeter un discrédit rétrospectif sur ce saint homme qui a sauvé tant de juifs d’une mort certaine. Je ne cite cette réaction que pour illustrer sur quel terreau s’enracine l’opposition sourde du Vatican à l’État juif, dont l’existence même s’inscrit en faux contre la conception chrétienne, qui remonte aux Pères de l’Église, selon laquelle le peuple juif restera dispersé sur la terre sans attaches nationales jusqu’à leur conversion, à la fin des temps.

[25] « La réalisation du salut dans l’histoire », L’Osservatore Romano, 12 mars 1998, texte paru dans La Documentation catholique n° 2179/7, du 5 avril 1998, p. 304, texte en ligne sur le site rivtsion.org (http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=1308).

[26] Voir Jean-Miguel Garrigues, « L’inachèvement du salut, composante essentielle du temps de l’Église », in Nova et Vetera, 1996/2, p. 13-29 ; texte en ligne sur le site rivtsion.org (http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=1554) et « Antijudaïsme et Théologie d’Israël », dans Radici dell'antigiudaismo in ambiente cristiano, Colloquio Intra-ecclesiale, Atti del simposio teologico-storico, Città del Vaticano, 30 ottobre - 1 novembre 1997, Grande Giubileo dell'anno 2000, Libreria editrice vaticana, Città del Vaticano, 2000, p. 321-335.

[27] Voir le commentaire de Rashi : « [Ce passage] découle de ce qui est écrit ci- dessus [v. 125] : "Fais-moi comprendre pour que je sache" ce que je dois faire pour Dieu lorsque les impies violeront ta Loi. »- « C’est-à-dire : mets en mon cœur le discernement et aide-moi à résister aux impies qui violent ta Loi. » (Commentaire Daat hamiqra (en hébreu]) Mosad haRav Kook, Jerusalem, 1981, Tehillim, vol. 2.

[28] L’Écriture annonce explicitement le retour d’Élie, à l’ère eschatologique : « Il ramènera le cœur des pères vers les fils et le cœur des fils vers leurs pères » (Ml 3, 24 = Si 48, 10). Cet événement est bien attesté, tant dans la Tradition juive que dans la chrétienne, voir : R. Macina, « Le Rôle eschatologique d’Élie - Attentes juives et chrétiennes », in Proche-Orient Chrétien (POC), t. XXXI (1981), p. 71-99, version mise à jour en ligne sur rivtsion.org (http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=1196). Par ailleurs, je me suis vigoureusement opposé à l’identification d’Élie à Jean le Baptiste, dans mon article intitulé, « Jean le Baptiste était-il Élie ? Examen de la tradition néotestamentaire », Ibid., t. XXXIV (1984), p. 209-232 (texte en ligne sur mon site rivtsion.org (http://www.rivtsion.org/f/index.php?sujet_id=987).

[29] D’où le doute qu’il exprime, dans sa prison : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 3 = Lc 7, 18, 19).

[30] Voir dans la version imprimée de mon livre Les frères retrouvés, op. cit., p. 204 ss., le chapitre intitulé « Quand les mots manquent pour exposer le mystère – L’apocatastase » ; référence à la version électronique en note 6, ci-dessus. Voir aussi l’article « Apocatastase » de Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Apocatastase#Un_autre_sens_du_mot_Apocatastase_dans_les_Actes_des_Ap.C3.B4tres).

[31] L’expression « peuple créé », qui traduit l’hébreu ‘am nivra, peut étonner, mais elle correspond peut-être mystérieusement aux fils d’Abraham que Dieu, aux dires de Jean le Baptiste, peut faire surgir des pierres (cf. Mt 3, 9). Expression parallèle, en Ps 22, 32 : ‘am nolad : littéralement « peuple né », ou « qui vient de naître ».

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Date de dernière mise à jour : 24/12/2014