S’affranchir des idées reçues 'chrétiennes' pour «dire la vérité à son prochain», Menahem Macina

 

« Voici les choses que vous devez pratiquer: que chacun dise la vérité à son prochain ; à vos portes rendez une sentence de paix ; ne ruminez pas dans vos cœurs du mal l’un contre l’autre ; ne vous complaisez pas au faux serment. Car je hais tout cela, oracle de L’Éternel. » (Zacharie 8, 16-17).

 

Grande est la force des idées reçues 'chrétiennes'. En ce qui me concerne, elles m’ont rendu, durant plus d’un demi-siècle, sourd et aveugle à une parole de Dieu par le ministère du prophète Zacharie, m’empêchant de l’intérioriser et d’en faire la norme de mes échanges et de mes écrits, comme je le fais dorénavant en « disant la vérité à mon prochain ».

Je m’en tiendrai à deux de ces idées reçues, dont je sais, par expérience, les dommages qu’elles causent en inhibant nos réflexes fraternels et chrétiens et en paralysant, sous divers prétextes que Dieu n’inspire pas, l’expression du témoignage que notre conscience nous incite à porter.

  • La première est d’autant plus pernicieuse, qu’elle a « les apparences de la piété, bien qu’elle en renie la force » (cf. 2 Tm 3, 5). Elle consiste à croire qu’il faut, au nom de la charité, faire silence sur les erreurs et les fautes d’autrui, surtout s’il s’agit d’une personne de bonne réputation, et a fortiori si elle exerce une fonction et/ou un ministère publics dans la communauté de foi. S’opposer publiquement au comportement délictueux ou aux propos nocifs d’un tel prochain est considéré, au mieux, comme une atteinte à la discrétion et à la charité, et au pire, comme une preuve d’orgueil et de volonté de nuire au prochain.

Rien n’empêchera leurs détracteurs d’accuser les « diseurs de vérité » d’être des semeurs de zizanie, même s’ils ont pratiqué la correction fraternelle conformément aux directives du Christ, dans l’Évangile de Matthieu (18, 15-17) :

« Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il n’écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres, pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. Que s’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté [litt. : l’Église]. Et s’il refuse d’écouter même la communauté, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain. »

 

  • La seconde idée reçue est tout aussi dévastatrice que la première, sinon davantage. Je veux parler de la conviction, communément acquise, qu’un individu ou un groupe minoritaire de personnes ne peuvent avoir raison contre l’opinion du grand nombre. En conséquence, celles et ceux qui confèrent à l’opinion publique le statut d’infaillibilité, considèrent comme relevant d’un orgueil démesuré la détermination d’un témoin prêt à subir le déshonneur, voire les pires sévices, pour résister à une majorité qui prétend imposer l’injustice ou l’immoralité. Les chantres de cette infaillibilité passent pour des artisans de paix et sont bien vus de tous, alors que Dieu les a déjà jugés par le ministère d’Ezéchiel, en ces termes (Ez 13, 10) :

« ils égarent mon peuple en disant: "Paix !" alors qu’il n’y a pas de paix ».

Tandis que le Christ avertit (Lc 6, 26) :

« Prenez garde lorsque tout le monde dira du bien de vous ! C’est de cette manière, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »


La subtile mais indéniable connivence avec le mal qu’ont en commun ces deux idées reçues devrait immédiatement alerter les consciences droites. En effet, jeter le discrédit sur celles et ceux qui « disent la vérité au prochain », c’est faire obstacle à la conversion d’autrui. Ezéchiel a prophétisé à ce propos avec des paroles de feu (Ez 3, 18-19):

« Si je dis à celui qui commet le mal: Tu vas mourir, et que tu ne l’avertis pas, si tu ne parles pas pour avertir celui qui commet le mal d’abandonner sa conduite mauvaise afin qu’il vive, celui qui commet le mal, mourra de sa faute, mais c’est à toi que je demanderai compte de son sang. Si au contraire tu as averti celui qui commet le mal et qu’il ne s’est pas converti de sa mauvaise action et de sa mauvaise conduite, il mourra, lui, de sa faute, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

Pourtant, malgré cette claire mise en garde divine, certains n’hésitent pas à ériger en vertu le silence qu’ils observent à l’égard des mauvaises actions de leur prochain, et à invoquer la charité pour se justifier de ne pas l’avertir du jugement de Dieu qu’il encourt. D’autres vont même jusqu’à tourner en dérision quiconque a pris au sérieux la parole de Dieu émise par Zacharie, au point de devenir lui-même un « diseur de vérité à son prochain ». Ce sont-là les détracteurs du bien et justificateurs du mal, que stigmatise l’Écriture en ces termes :

Is 5, 20 : « Malheur à ceux qui appellent le mal, bien, et le bien, mal, les ténèbres, lumière, et la lumière, ténèbres, l’amer, doux, et le doux, amer. »

Pr 17, 15 : « Faire du malfaisant un juste et du juste un malfaisant, deux choses qui sont en horreur à Dieu. »

Pour sa part, en condamnant l’attitude des mauvais serviteurs de Dieu de son temps, l’apôtre Paul a prophétisé celle de leurs imitateurs de notre époque, en écrivant aux Corinthiens (1 Co 11, 19):

« Il faut qu’il y ait aussi des scissions parmi vous, pour que se manifestent des gens éprouvés [1] parmi vous. »


Ce dont Dieu est en quête, c’est d’hommes et de femmes « éprouvés », qui ne pactisent pas avec l’esprit du monde, ni ne font acception de personne, mais qui, lorsque leur conscience les y pousse, n’hésitent pas à « dire la vérité à leur prochain », sans superbe comme sans crainte, non pour s’ériger en juges, mais pour témoigner, quoi qu’il doive leur en coûter, de ce que le Seigneur attend de quiconque ne l’honore pas « des lèvres » (cf. Mc 7, 6), mais l’adore « en esprit et en vérité » (cf. Jn 4, 23).

 

© Menahem Macina



[1] Au sens d’avoir été éprouvé, d’avoir fait ses preuves. Voir en ligne.

Commentaires (1)

olivier peel
  • 1. olivier peel | 24/10/2014

Le chrétien doit savoir ce que sa foi peut lui coûter. "Le monde vous haïra à cause de moi", disait Jésus. Alors pourquoi croire que nous vivons dans le monde merveilleux de Walt Disney? Où sont les chrétiens prêts à se lever et à prendre la ceinture de la Justice et l'épée de la Parole? Il faut que nous comprenions que dire la vérité a un coût, mais que ne pas dire la vérité en a un également.

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Date de dernière mise à jour : 12/10/2014