Charte spirituelle des "Guetteurs" selon Tsofim (IV)

IV. Attendre dans l'espérance la glorification eschatologique d’Israël

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On notera que cette démarche de repentance n’est pas nouvelle. Tel était l’état d’esprit de nombreux dignitaires de l’Église, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et par la suite. Voici quelques extraits de textes qui en témoignent :

  • Nous nous déclarons solidairement coupables, par nos omissions et par nos silences, devant le Dieu de miséricorde, des crimes qui ont été commis contre les Juifs par des membres de notre peuple [...].

Déclaration des Synodes de l’Église évangélique d’Allemagne (Berlin-Weinssensee, 27 avril 1950).

  • En présence de ce crime dont nous portons la responsabilité en tant que nation, nous ne pouvons fermer les yeux et les oreilles. Tous les Allemands qui, en âge de raison, ont assisté à l’horreur de l’extermination des Juifs, même ceux qui ont secouru leurs concitoyens dans la détresse, tous doivent reconnaître devant Dieu que, par manque de vigilance et d’esprit de sacrifice dans l’amour, ils se sont rendus complices [...] C’est pourquoi nous voulons nous soumettre au jugement de Dieu et reconnaître notre manque d’amour, notre indifférence et notre crainte, voire notre complicité avec le crime, comme notre propre part à cette faute. Nous voulons nous encourager mutuellement à expier notre complicité et à croire, du fond du cœur, que le pardon de Dieu nous donne la vraie liberté et la vie.

Résolution du Synode de l’Église évangélique en Allemagne, au sujet du procès d’Eichmann (1961).

  • Nous sommes le pays dont l’histoire politique récente a été assombrie par la tentative d’extermination systématique du Peuple juif. Malgré la conduite exemplaire de quelques individus et groupes, nous avons été en général, à cette époque du National-Socialisme, une communauté ecclésiale qui a vécu en tournant le dos au destin de ce Peuple persécuté, une communauté obsédée par la crainte pour ses institutions menacées, une communauté qui a gardé le silence en face des crimes perpétrés contre les Juifs et le Judaïsme. Aussi, un grand nombre d’entre nous se sont-ils rendus coupables purement et simplement parce qu’ils ont eu peur de risquer leur vie. Et c’est pour nous une humiliation particulière que des Chrétiens aient pu prendre une part active à cette persécution. La sincérité réelle de notre désir de renouvellement dépendra de l’aveu de ces fautes et de notre disponibilité à nous laisser douloureusement instruire par l’histoire des forfaits de notre pays et de notre Église.

Déclaration du Synode des évêques catholiques de la République fédérale allemande (Würzburg, 22 novembre 1975).

  • La faute et les souffrances de ce passé ne sauraient être refoulées et oubliées. Les événements de cette époque se sont produits au vu et au su de tous, dans d’innombrables villes et villages de notre pays. Nos concitoyens juifs se sont trouvés abandonnés. Les Églises et les communautés chrétiennes ont, pour la plupart, gardé le silence devant ce déni de justice publique. C’est pourquoi, pour nous, Chrétiens, le 9 novembre est un jour de tristesse et de honte.

Texte à lire dans toutes les paroisses catholiques d’Allemagne fédérale, à la demande de la Conférence épiscopale allemande, à l’occasion du 40e anniversaire de la «Nuit de Cristal» (9 novembre 1978).

  • Dans de larges milieux de la population allemande existait une tradition antisémite, et les catholiques n’y échappaient pas. Mais la position de l’Église se fondait sur une divergence doctrinale traditionnelle et non sur une idéologie raciste [...] Il est d’autant plus difficile de comprendre aujourd’hui que, ni lors du boycottage des commerces juifs, le 1er avril 1933, ni à l’occasion des lois raciales de Nuremberg, en septembre 1935, ni à la suite des excès commis après la « Nuit de Cristal », des 9-10 novembre 1938, l’Église n’ait pas pris une position suffisamment claire et actuelle.

« L’Église catholique et le National-socialisme». Déclaration du Secrétariat de la Conférence épiscopale allemande (31 janvier 1979).

  • Les Chrétiens doivent prendre conscience de cette histoire au cours de laquelle ils ont profondément aliéné les Juifs. Il est indéniable que les nations chrétiennes ont initié et approuvé la persécution. Des générations entières de chrétiens ont considéré avec mépris ce Peuple (qu’elles croyaient) condamné à rester errant sur la terre, du fait de la fausse accusation de déicide. Les Chrétiens devraient reconnaître, avec repentance et profond regret, la part qui est la leur dans cette tragique histoire de l’aliénation (juive) [...].

L’Église luthérienne et la communauté juive (1979).

  • L’Église est amenée (à développer de nouvelles relations avec le Peuple juif) par (plusieurs) facteurs (dont, entre autres) : la reconnaissance de la coresponsabilité et de la culpabilité chrétiennes dans l’Holocauste – la diffamation, la persécution et le meurtre de Juifs dans le Troisième Reich [...] En conséquence, le Synode provincial déclare que, frappés, nous confessons la coresponsabilité et la culpabilité de l’Église allemande dans l’Holocauste [...].

« Vers la rénovation des relations entre Chrétiens et Juifs ». Déclaration du Synode de l’Église protestante de la région rhénane (1980).

  • Des enseignements du mépris des Juifs et du Judaïsme dans certaines traditions se sont avérés être un terreau fertile pour l’iniquité de l’Holocauste nazi [...].

« Considérations oecuméniques sur le dialogue entre Juifs et Chrétiens ». Conseil mondial des Églises (1982).

  • Au cours des siècles, la théologie chrétienne, l’enseignement et les actes de l’Église ont été viciés par l’idée que le Peuple juif était rejeté par Dieu. Cet antijudaïsme chrétien devint l’une des racines de l’antisémitisme. En conséquence, nous qui sommes concernés, confessons que la Chrétienté en Allemagne porte la responsabilité et la culpabilité communes de l’Holocauste [...].

Déclaration du Synode de l’Église évangélique allemande de la Province de Baden, sur les relations entre Chrétiens et Juifs (mai 1984).

  • Aujourd’hui, bien des gens regrettent que les Églises n’aient pas prononcé publiquement une parole de condamnation (du pogrome de la « Nuit de Cristal », en novembre 1938). [...] nos prédécesseurs (les évêques et cardinaux) n’élevèrent aucune protestation collective du haut de la chaire [...]. Une protestation officielle, un geste fortement explicite d’humanité et de solidarité, n’auraient-ils pas été la réponse qu’exigeait le ministère de vigilance de l’Église ?

« Accepter le poids de l’histoire ». Déclaration commune des Conférences épiscopales d’Allemagne fédérale, d’Autriche et de Berlin (20 octobre 1988).

  • Les évêques des Pays-Bas […] affirment que, par son antijudaïsme, l’Église néerlandaise a contribué au climat qui a rendu possible le génocide des Juifs pendant la dernière guerre. Ils écrivent notamment : « nous sommes remplis de honte et d’effroi quand nous repensons à la Shoah [...] Il est certain que les instances de l’Église ont, elles aussi, commis des fautes [...]. Une tradition théologique et ecclésiale d’antijudaïsme a contribué à la naissance d’un climat dans lequel la Shoah avait sa place [...].

La responsabilité des Catholiques dans la persécution contre les Juifs. Déclaration des évêques des Pays-Bas (1996).

  • […] Dans leur majorité, les autorités spirituelles, empêtrées dans un loyalisme et une docilité allant bien au-delà de l’obéissance traditionnelle au pouvoir établi, sont restées cantonnées dans une attitude de conformisme, de prudence et d’abstention, dictée, pour une part, par la crainte de représailles contre les oeuvres et les mouvements de jeunesses catholiques. […] Ainsi, face à la législation antisémite édictée par le gouvernement français […] face aux décisions d’internement dans des camps de Juifs étrangers qui avaient cru pouvoir compter sur le droit d’asile et sur l’hospitalité de la France, force est de constater que les évêques de France ne se sont pas exprimés publiquement, acquiesçant par leur silence à ces violations flagrantes des droits de l’homme et laissant le champ libre à un engrenage mortifère. […] des intérêts ecclésiaux entendus d’une manière excessivement restrictive l’ont emporté sur les commandements de la conscience […] Force est d’admettre, en premier lieu, le rôle, sinon direct du moins indirect, joué par des lieux communs antijuifs, coupablement entretenus dans le Peuple chrétien, dans le processus historique qui a conduit à la Shoah. […] Devant l’ampleur du drame et le caractère inouï du crime, trop de pasteurs de l’Église ont, par leur silence, offensé l’Église elle-même et sa mission. Aujourd’hui, nous confessons que ce silence fut une faute. Nous reconnaissons aussi que l’Église en France a alors failli à sa mission d’éducatrice des consciences et qu’ainsi elle porte avec le peuple chrétien la responsabilité de n’avoir pas porté secours, dès les premiers instants, quand la protestation et la protection étaient possibles et nécessaires […] Nous confessons cette faute. Nous implorons le pardon de Dieu et demandons au Peuple juif d’entendre cette parole de repentance.

Déclaration de repentance de dix-huit évêques de France (30 septembre 1997).

  • Nos Églises reconnaissent dans la honte ne pas s’être montrées sensibles au sort des juifs et d’innombrables autres persécutés […] Les Églises n’ont pas protesté contre le tort bien visible qui s’exerçait, elles se sont tues, ont détourné le regard, elles n’ont pas « empêché la roue de tourner » (Bonhoeffer). Et c’est ainsi que non seulement des Chrétiens et des Chrétiennes, mais également nos Églises, partagent la faute de l’Holocauste de la Shoa.

« Le temps de la conversion - Les Églises évangéliques d’Autriche et les Juifs » (Extrait de la déclaration du Synode général du 28 octobre 1998).


Faisant fond sur ces propos admirables – qu’on n’entend plus guère aujourd’hui – nous interpellons ardemment celles et ceux qui se sont assoupis en attendant l’Époux qui tarde (cf. Mt 25, 5), dans les termes mêmes des avertissements que leur adresse l’Écriture:

Lc 12, 39-46: Comprenez bien ceci : si le Maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison.  Vous aussi, tenez-vous prêts, car c'est à l'heure que vous ne pensez pas que le Fils de l'homme va venir.  Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tout le monde ? »  Et le Seigneur dit : « Quel est donc l'intendant fidèle, avisé, que le Maître établira sur ses gens pour leur donner en temps voulu leur ration de blé ? Heureux ce serviteur, que son Maître en arrivant trouvera occupé de la sorte ! Vraiment, je vous le dis, Il l'établira sur tous Ses biens. Mais si ce serviteur dit en son coeur : "Mon Maître tarde à venir", et qu'il se mette à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, boire et s'enivrer, le Maître de ce serviteur arrivera au jour qu'il n'attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas ; Il le retranchera et lui assignera sa part parmi les infidèles.

Mc 13, 35-36: Veillez donc, car vous ne savez pas quand le Maître de la maison va venir, le soir, à minuit, au chant du coq ou le matin, de peur que, venant à l’improviste, Il ne vous trouve endormis.

Ap 3, 15-19: Je connais ta conduite: tu n’es ni froid ni chaud - que n’es-tu l’un ou l’autre ! - Ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, Je vais te vomir de Ma bouche. […] Aussi, suis donc Mon conseil : achète chez Moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir ; des habits blancs pour t’en revêtir et cacher la honte de ta nudité ; un collyre enfin pour t’en oindre les yeux et recouvrer la vue. Ceux que J’aime, Je les semonce et les corrige. Allons ! Un peu d’ardeur, et repens-toi !.


Et surtout, nous les exhortons à ne jamais faire cause commune avec les impies qui, au temps de la Fin, appelleront les Chrétiens à se joindre à la curée sacrilège de l’ultime tentative de destruction du Peuple juif, comme il est écrit:

Pr 1, 10-18 : Mon fils, si des pécheurs veulent te séduire, n’y va pas ! S’ils disent: « Viens avec nous, embusquons-nous pour répandre le sang, sans raison, prenons l’affût contre l’innocent ; comme le shéol, avalons-les tout vifs, tout entiers, tels ceux qui descendent dans la fosse ! Nous trouverons mainte chose précieuse, nous emplirons de butin nos maisons ; avec nous tu tireras ta part au sort, nous ferons tous bourse commune ! » Mon fils, ne les suis pas dans leur voie, éloigne tes pas de leur sentier, car leurs pieds courent au mal, ils ont hâte de répandre le sang ; car c’est en vain qu’on étend le filet sous les yeux de la gent ailée. C’est pour répandre leur propre sang qu’ils s’embusquent, c'est contre eux-mêmes qu'ils sont à l’affût !


Car, en définitive et quoi que fassent ceux qui Lui résistent, le dessein éternel de Dieu sur Son Peuple et sur les nations s’accomplira, comme le prophétise Zacharie :

Za 2, 12-17 : Car ainsi parle L’Éternel Sabaot, après que la Gloire M'eût envoyé, à propos des nations qui vous dépouillent: « Qui vous touche, touche à la prunelle de Mon oeil. Voici que Je lève la main sur elles, pour qu'elles soient le butin de leurs esclaves. »  Alors vous saurez que L’Éternel Sabaot m'a envoyé ! Chante, réjouis-toi, fille de Sion, car voici que Je viens pour demeurer au milieu de toi, oracle de L’Éternel ! Des nations nombreuses s'attacheront à L’Éternel, en ce jour-là: elles seront pour Lui un Peuple. Elles habiteront au milieu de toi et tu sauras que L’Éternel Sabaot m'a envoyé vers toi. Mais L’Éternel possédera Juda comme Sa part sur la Terre Sainte et choisira encore Jérusalem. Silence, toute chair, devant L’Éternel, car il Se réveille depuis Sa sainte Demeure.

Jusqu’à l’apothéose annoncée par le prophète Isaïe :

Is 52, 7-10 : Qu'ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le Salut, qui dit à Sion: « Ton Dieu règne ». C'est la voix de tes guetteurs: ils élèvent la voix, ensemble ils pousseront des cris de joie, car ils verront les yeux dans les yeux L’Éternel qui revient à Sion. Ensemble poussez des cris, des cris de joie, ruines de Jérusalem! car L’Éternel a consolé Son peuple, Il a racheté Jérusalem. L’Éternel a découvert Son bras de sainteté aux yeux de toutes les nations, et tous les confins de la terre ont vu le Salut de notre Dieu.


Menahem Macina

 

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Date de dernière mise à jour : 20/03/2014