Charte spirituelle des "Guetteurs" selon Tsofim (I)

I. À l’horizon de l’apostasie

Voir le sommaire des 4 chapitres

Le déchaînement médiatique à l’encontre d’Israël, qui se donne libre cours depuis plusieurs décennies et ne cesse de s’intensifier, constitue  comment le nier désormais ?  une incitation consciente et volontaire à la haine de l’État juif et, par voie de conséquence, à celle des Juifs du monde entier, censés être complices de la souffrance inévitable causée au peuple palestinien, et même y contribuer de toutes les manières possibles.

La collaboration – au moins tacite  de la majeure partie de l’humanité à la diabolisation planétaire d’Israël, mais aussi l’indifférence à l’égard de ce processus mensonger, favorisent la ghettoïsation de cet État honni, prélude à l’éviction, voire à l’extermination de sa population, tout ce dont rêvent ses ennemis. La mise en accusation d’Israël, même par des médias ou des responsables chrétiens, est un signe qui ne trompe pas.

Notre espoir est que notre appel en faveur de ce Peuple honni des nations – un cri qui, pour l’instant, n’est guère plus audible que celui d’un oiseau au-dessus d’un océan déchaîné , répété sans cesse et transmis par Internet et le courrier électronique, atteindra la conscience de celles et ceux à qui le Seigneur « aura fait des lèvres pures pour qu’ils puissent tous invoquer Son Nom » (cf. So 3, 9), et les incitera à Le supplier de « venir en aide » à Son Peuple (Ps 121, 1 ; 124, 8).

Notre seule arme est celle des « persécutés pour la justice » (cf. Mt 5, 10), c’est-à-dire le témoignage – si risqué qu’en soit le prix aujourd’hui [1] qui consiste à exposer au grand jour, avec courage, le mécanisme machiavélique des méthodes des calomniateurs et des manipulateurs de l’opinion [2], et à prévenir que quiconque diffuse et accrédite ces propos de haine tombe sous le coup de l’invective du Christ :

Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement et n’était pas établi dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, parce qu’il est menteur et père du mensonge. (Jn 8, 44).

Ce que corrobore un passage de l’œuvre maîtresse d’Irénée de Lyon (IIe s.), dans lequel cet éminent Père de l’Église affirme que « l’Apostasie [du diable] a été mise au jour par le moyen de l’homme ». Et de préciser que « l’homme a été le révélateur de ses dispositions intimes » [3].

L’idée sous-jacente à ce texte est que c’est l’événement qui révèle (ou met au jour) les dispositions intérieures de celui ou celle qui y est confronté. On se limitera ici à deux exemples – l’un biblique, l’autre contemporain.

Avant que l’occasion ne lui soit donnée de trahir son Maître, Judas n’a pas mis en œuvre ce qui n’était encore probablement, en lui, qu’une tentation (cf. Jn 13, 2), avant qu’il y donne son assentiment intérieur (cf. Jn 13, 27) et passe finalement à l’acte (cf. Mt 26, 14-16 ; 26, 45-50).

De même, pour prendre un exemple analogique, durant l’Occupation allemande, c’est par lâcheté, appât du gain, ambition, soif de puissance, et sous l’empire d’autres vices qu’ils portaient en eux, que des citoyens ordinaires sont devenus collaborateurs, traîtres, voire tortionnaires et assassins, quand l’occasion leur a été donnée d’assouvir, à bon compte, ces pulsions cachées.

Deux passages de l’Écriture, entre autres, nous avertissent de résister à ces mauvais instincts :

Gn 4, 7 : L’Éternel dit à Caïn: « Pourquoi es-tu irrité et pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu agis bien, tu garderas la tête haute. Mais si tu n’agis pas bien, le péché n’est-il pas tapi à la porte, qui te convoite et qu’il te faut dominer ? »

Dt 30, 19 : Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre: j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Alors choisis la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez.

Quant à Jésus, Il a donné, dans une parabole – que nous lisons souvent, hélas, trop distraitement – l’illustration saisissante de ce que l’on pourrait appeler un « flagrant délit » de malversation spirituelle, quand les artisans d’iniquité manifesteront, par leurs actes mêmes, le mal dont leur cœur était rempli, et auquel il ne manquait que l’occasion pour se révéler au grand jour :

Mt 7, 16-20 : C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur des épines ? Ou des figues sur des chardons ? Ainsi, tout arbre bon produit de bons fruits, tandis que l’arbre corrompu produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre corrompu porter de bons fruits. Tout arbre qui ne donne pas un bon fruit, on le coupe et on le jette au feu. Ainsi donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.

Jésus exerçait déjà cette fonction de révélateur des mauvais desseins du cœur de l’homme, comme le prophétise mystérieusement le vieillard Syméon :

Lc 2, 35 : Celui-ci [Jésus] constitue un motif de chute et de relève­ment de beaucoup en Israël et un signe de contradiction [...] en sorte que se révèlent les pensées de bien des cœurs.


Quant à Paul, il a une formule frappante pour décrire prophétiquement ce processus dans sa dimension eschatologique :

1 Co, 4, 5 : Ainsi donc, ne jugez de rien avant que ne vienne le Seigneur; c’est Lui qui éclairera les secrets des ténèbres et manifestera les desseins des coeurs. Et alors chacun recevra de Dieu sa louange.

J’ai expliqué ailleurs [4] que c’est ce qui se passera, à l’échelle de l’histoire, quand le « temps des nations » arrivera à sa fin (cf. Ez 30, 3; Lc 21, 24), et je l’ai illustré par plusieurs passages de l’Écriture, dont celui-ci :

Mi 4, 11-13 : Maintenant, des nations nombreuses se sont assemblées contre toi. Elles disent: « Qu’on la profane et que nos yeux se repaissent de Sion ! ». C’est qu’elles ne connaissent pas les pensées de l’Éternel et qu’elles n’ont pas compris son dessein: il les a rassemblées comme les gerbes sur l’aire. Debout ! foule-les, fille de Sion ! car je rendrai tes cornes de fer, de bronze tes sabots, et tu broieras des peuples nombreux. Tu voueras à l’Éternel leurs rapines, et leurs richesses au Seigneur de toute la terre.

J’ose le dire ici : « l’heure vient, et c’est maintenant » (cf. Jn 4, 23), où, soumis à la tentation d’aboyer avec les loups, de calomnier ou de trahir un peuple qui ne leur a fait aucun tort, de le mettre, ou de le laisser mettre à mort, les hommes devront « dominer le péché qui les convoite » (cf. Gn 4, 7), choisir « la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction » (cf. Dt 30, 19), avant que ne les surprenne le jugement de Dieu, inattendu et sans appel, comme Il les en a avertis par avance, par la bouche du prophète Joël :

Jl 4, 2 : Je rassemblerai toutes les nations, je les ferai descendre à la Vallée de Josaphat ; là j’entrerai en jugement avec elles au sujet d’Israël, mon peuple et mon héritage, car ils l’ont dispersé parmi les nations et ont divisé mon pays… [5].

Tel est le jugement, dont parle abondamment l’Écriture, Nouveau Testament compris. Il nous fixera dans l’état où nous nous trouverons alors de par notre propre volonté manifestée par nos actes, dont la bonté ou la corruption nous vaudront la rétribution correspondante, ainsi que l’expose laconiquement l’apôtre Paul :

2 Co 5, 10 : Car il faut que tous nous soyons mis à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun recouvre ce qu’il aura fait pendant qu’il était dans son corps, soit en bien, soit en mal.


Mais avant même de porter ce témoignage devant ses contemporains - tout particulièrement face à ceux qui se réclament du « beau nom [chrétien] qui a été invoqué sur eux » (cf. Jc 2, 7), quiconque croit avoir reçu le charisme de « Guetteur » dans l’esprit d’Ezéchiel devra connaître et reconnaître ses limites et se voir tel qu'il est dans la lumière du Christ, comme l'écrit Paul:

2 Co 13, 5: Éprouvez-vous vous-mêmes pour voir si vous êtes dans la foi. Examinez-vous vous-mêmes. N’avez-vous pas pleine connaissance de ce que Jésus Christ est en vous ? À moins peut-être que l’examen ne révèle votre échec.

Et si, malgré cet avertissement solennel, le « Guetteur » pèche par excès de confiance en lui-même et prétention, c’est encore dans les termes de l’Apôtre qu’il convient de le mettre en garde :

1 Co 3, 13 : …L’œuvre de chacun deviendra manifeste ; le Jour, en effet, la dévoilera, parce qu’il se manifestera dans le feu, et il éprouvera l’œuvre de chacun.

Pour nous « Guetteurs » de Tsofim, faisons nôtre ce magnifique exposé de Paul :

2 Co 5, 1-3 : Nous savons en effet que si cette tente - notre maison terrestre - vient à être détruite, nous avons un édifice qui est l’oeuvre de Dieu, une maison éternelle qui n’est pas faite de main d’homme, dans les cieux. Aussi gémissons-nous dans cet état, ardemment désireux de revêtir par-dessus l’autre notre habitation céleste, si toutefois nous devons être trouvés vêtus, et non pas nus.

 (à suivre)

-------------------------------------------

 

 


[1] Pour mémoire, en grec, le mot témoin, se dit « martus », qui signifie à la fois « témoin » et « martyr », au sens de celui qui est prêt à mourir plutôt que de renier sa foi, et à souffrir plutôt que de parler contre sa conscience.

[2] Parmi des dizaines de cas, je signale ici celui du mythe – dont on parle trop peu – d’un prétendu « âge d’or » de Cordoue, de l'hospitalité et de la tolérance du monde arabe qui, par ces qualités, se serait foncièrement distingué des turpitudes de l'Europe, ce qui fait dire encore aujourd'hui, en dépit de la réalité passée et présente, que l'antisémitisme n'a concerné que l'Europe chrétienne » (Voir Elias Levy, « L'Exode et la spoliation des Juifs des pays arabes »).

[3] Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, V, 24, 4. J’ai choisi le mot « révélateur » pour rendre le terme examinatio de la version latine, qui peut aussi se traduire par épreuve.

[4] Voir, en particulier, la Conclusion de mon premier livre, Chrétiens et juifs depuis Vatican II, éditions Docteur angélique, Avignon, 2009 ; ainsi que le chapitre de mon autre livre, Si les chrétiens s’enorgueillissent. À propos de la mise en garde de l’apôtre Paul (Rm 11, 20), éditions Tsofim, Limoges, 2013, intitulé « Signes avant-coureurs de l’apostasie ».

[5] Même idée en Za 2, 12 : « Qui vous touche, touche à la prunelle de mon œil » (Cf. Dt 32, 10).

 

Voir Chapitre suivant

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 03/05/2014