Ouverture du Synode sur la Famille: Homélie du Pape François

MESSE POUR L'OUVERTURE DU SYNODE DES ÉVÊQUES
SUR LA FAMILLE

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS 

Basilique vaticane
Dimanche 5 octobre 2014

  

Aujourd’hui, le prophète Isaïe et l’Évangile utilisent l’image de la vigne du Seigneur. La vigne du Seigneur est son “rêve”, le projet qu’il cultive avec tout son amour, comme un paysan prend soin de son vignoble. La vigne est une plante qui demande beaucoup de soin !

Le “rêve” de Dieu, c’est son peuple : il l’a planté et le cultive avec un amour patient et fidèle, pour qu’il devienne un peuple saint, un peuple qui porte beaucoup de fruits de justice.

Mais, aussi bien dans la prophétie ancienne que dans la parabole de Jésus, le rêve de Dieu est mis en échec [1]. Isaïe dit que la vigne, si aimée et soignée, «a produit de mauvais raisins » (Is 5, 2.4), alors que Dieu «attendait le droit, et voici le crime ; il attendait la justice, et voici les cris» (v. 7). Dans l’Évangile, au contraire, ce sont les paysans qui ruinent le projet du Seigneur : ils ne font pas leur travail, mais ils pensent à leurs intérêts.

Jésus, dans sa parabole, s’adresse aux chefs des prêtres et aux anciens du peuple, c’est-à-dire aux “sages”, à la classe dirigeante. Dieu leur a confié de façon particulière son “rêve”, c’est-à-dire son peuple, pour qu’ils le cultivent, en prennent soin, le protègent des animaux sauvages. Voilà la tâche des chefs du peuple : cultiver la vigne avec liberté, créativité et ardeur.

Jésus dit que, pourtant, ces paysans se sont emparés de la vigne ; par leur convoitise [2] et leur orgueil, ils veulent faire d’elle ce qu’ils veulent, et ainsi ils ôtent à Dieu la possibilité de réaliser son rêve sur le peuple qu’il s’est choisi.

La tentation de la convoitise est toujours présente. Nous la trouvons aussi dans la grande prophétie d’Ézéchiel sur les pasteurs (cf. Ez 34), commentée par saint Augustin dans son célèbre discours que nous venons de relire dans la Liturgie des Heures [Je reviendrai sur ce point dans un autre article]. Convoitise d’argent et de pouvoir. Et pour assouvir cette convoitise, les mauvais pasteurs chargent sur les épaules des gens des fardeaux insupportables qu’eux-mêmes ne déplacent pas même avec un doigt (cf. Mt 23, 4).

Nous aussi, au Synode des Évêques, nous sommes appelés à travailler pour la vigne du Seigneur. Les Assemblées synodales ne servent pas à discuter d’idées belles et originales, ou à voir qui est le plus intelligent… Elles servent à cultiver et à mieux garder la vigne du Seigneur, pour coopérer à son “rêve”, à son projet d’amour sur son peuple. Dans le cas présent, le Seigneur nous demande de prendre soin de la famille, qui depuis les origines est partie intégrante de son dessein d’amour pour l’humanité.

Nous sommes tous pécheurs, et nous aussi, pouvons avoir la tentation de “nous emparer” de la vigne, à cause de la convoitise qui ne nous manque jamais à nous, êtres humains. Le rêve de Dieu se heurte toujours à l’hypocrisie de quelques-uns de ses serviteurs. Nous pouvons mettre en échec le rêve de Dieu si nous ne nous laissons pas guider par l’Esprit Saint. Que l’Esprit nous donne la sagesse qui va au-delà de la science, pour travailler généreusement avec vraie liberté et humble créativité.

Frères Synodaux, pour cultiver et bien garder la vigne, il faut que nos cœurs et nos esprits soient gardés en Jésus Christ dans la « paix qui surpasse tout ce qu’on peut concevoir », (Ph 4,7). Ainsi nos pensées et nos projets seront conformes au rêve de Dieu : se former un peuple saint qui lui appartienne et qui produise des fruits du Royaume de Dieu (cf. Mt 21, 43).

 


[1] Ici et plus loin, j’ai dû corriger la traduction inadéquate du verbe italien original «frustrare», qui ne signifie pas, dans ce contexte, «décevoir», mais «rendre inopérant», «mettre en échec», voire «réduire à néant»; ce qui est bien le résultat du comportement peccamineux de ces mauvais serviteurs de Dieu.

[2] Ici et plus loin, j’ai corrigé en «convoitise» la traduction «cupidité», choisie de manière réductrice par cette version française pour rendre le terme original italien «cupidigia», qui a une palette de sens plus nuancée (voir sur le site Linguee.fr) ; témoin le dictionnaire italien-italien Zingarelli, utilisé par les traducteurs chevronnés, qui donne de ce terme la définition suivante : «désir effréné et intense de biens et de plaisirs matériels».

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Date de dernière mise à jour : 08/10/2014