Troisième Partie : Résistance à l’apostasie

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Introduction

Avant d’aborder ce sujet difficile, force m’est, pour en situer la genèse, de relater, avec confusion mais en toute vérité, l’expérience spirituelle qui m’advint, au début du printemps de 1967.

Je venais de lire, pour la énième fois, la célèbre exclamation prophétique de Paul, dans son Épître aux Romains : « Dieu aurait-Il rejeté son peuple ? – Jamais de la vie! Dieu n’a pas rejeté le peuple qu’il a discerné d’avance. » (Rm 11, 1-2).

Alors, jaillit du tréfonds de ma conscience une protestation véhémente, dont jusqu’alors, je n’avais pas pris conscience qu’elle était latente en moi depuis longtemps. C’était un véritable cri, qui peut se résumer à peu près en ces termes, que j’émis avec fougue dans le silence d’un recueillement intense et déjà quasi surnaturel :

« Mais enfin, Seigneur, dans les faits, les juifs sont séparés du Christ et de son Église ! Qu'en est-il de cette merveilleuse annonce de Paul ? »

Il faut croire que l’ardeur de cette interpellation douloureuse fut agréable à Dieu, puisque, dans Son immense miséricorde, Il daigna me répondre. Je me sentis submergé par un recueillement intérieur surnaturel m’avertissant de la proximité d’un dévoilement de la Présence divine, qui eut lieu, en effet. La vision fut brève et la suspension de mes sens cessa vite. Toutefois, juste avant que se dissipe la lumière surnaturelle qui m’enveloppait, s’imprima clairement en moi la phrase suivante : « Dieu a rétabli son peuple ». En même temps, m’était infusée la certitude qu’il s’agissait du peuple juif ; que son rétablissement, dont la « bonne nouvelle » venait de m’être annoncée, était chose faite (il ne me fut pas dit depuis quand) et que l’événement concernait autant les juifs d’aujourd’hui, la terre d’Israël et Jérusalem, que la chrétienté et toute l’humanité.

Quarante-six ans se sont écoulés depuis, dont quarante-deux durant lesquels j’ai tu cette annonce inouïe, sauf en de rares occasions et dans le cadre de groupes restreints. Mais les moqueries et les soupçons d’aliénation mentale que m’ont valus ces confidences, de la part de certains, ont eu raison de mon peu de courage. Comme Jérémie, je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom ; mais c’était en mon cœur comme un feu dévorant, enfermé dans mes os. Je m’épuisais à le contenir, mais je n’ai pas pu. » (Jr 20, 9).

Je n’ai recouvré un semblant de paix qu’en me lançant, à corps perdu, dans l’étude, suivant en cela les conseils des rares ecclésiastiques qui acceptaient d’accompagner ma vie spirituelle. C’est donc le plus naturellement du monde que j’entrepris des études théologiques. Je m’orientai d’abord vers l’exégèse biblique. En effet, je brûlais du désir d’approfondir le verset 21 du chapitre 3 du livre des Actes des Apôtres. Voici pourquoi.

Revenu à moi après le bref transport mystique qui m’avait envahi, suite à la phrase relatée ci- dessus (« Dieu a rétabli son peuple »), et alors que je me demandais ce que pouvait bien signifier ce « rétablissement » qui m’avait été annoncé comme déjà accompli, s’imposa irrésistiblement à mon esprit la certitude qu’il s’agissait d’un événement annoncé dans un passage du début du Livre des Actes des Apôtres, que je trouvai sans difficulté :

Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés, et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps du répit. Il enverra alors le Christ qui vous a été destiné, Jésus, celui que le ciel doit garder jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de toujours. (Ac 3, 19-21).

Ma perplexité était grande. En effet, le « rétablissement » dont il était question dans ce verset n’était, à l’évidence, pas celui des juifs, qui venait de m’être annoncé, mais celui de « toutes choses », que la majorité écrasante des chrétiens, de leurs pasteurs et de leurs théologiens interprétaient – et interprètent encore – comme la reconstitution (apokatastasis) de l’univers après sa dissolution par le feu (ekpurôsis), attendue pour la fin du monde, ou lors de la Parousie du Christ. Malgré tout, je ne pouvais douter que c’était bien ce passage qui s’était présenté à mon intelligence avec une certitude inexplicable. L’idée que la traduction reçue était peut-être imprécise, voire fausse, me traversa alors l’esprit, mais je la repoussai comme une présomption orgueilleuse.

 

Quand les mots manquent pour exprimer le mystère – l’apocatastase

Il m’en a pris plus de quarante années de méditation, d’étude et de prière pour me convaincre de rendre publics non seulement la certitude mystique intérieure du rétablissement, hic et nunc, du peuple juif, mais aussi le développement conceptuel qu’en a élaboré mon intelligence humaine sous la forme de deux convictions sur lesquelles ont longtemps buté ma foi et mon éducation chrétiennes, à savoir : 1. Que le peuple juif est revenu en grâce auprès de Dieu, sans avoir, comme l’énoncent une vénérable tradition patristique et la quasi-totalité des théologiens, confessé que le Christ Jésus est son Messie, son Seigneur et son Dieu. 2. Qu’il y a un lien indissociable entre ce rétablissement des juifs, déjà accompli, et l’événement ultime annoncé en Ac 3, 21, dans une traduction qui me semble inadéquate :

Il enverra alors le Christ qui vous a été destiné, Jésus, celui que le ciel doit garder jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de toujours. (Ac 3, 20-21) [1].

Selon cette interprétation, il s’agit d’un « rétablissement » universel, autrement dit, d’un événement mystérieux et, à l’évidence, eschatologique. Sans entrer ici dans des détails philologiques compliqués, disons que cette traduction, grammaticalement possible, repose sur une méconnaissance de l’évolution sémantique du verbe lalein (parler, dire, énoncer), de son sens et de sa construction, dans le NT notamment.

Il existe une autre manière de traduire – grammaticalement possible elle aussi et, selon moi, plus vraisemblable – qui a longtemps été minoritaire, mais qui rallie plusieurs biblistes :

« […] jusqu’aux temps du rétablissement de tout ce que Dieu a énoncé par la bouche de ses saints prophètes de toujours ».

Ce qui est « rétabli » ici, ce sont les paroles de Dieu transmises depuis toujours par les prophètes. Un problème subsiste, toutefois : en rigueur de termes, on ne rétablit pas des paroles ou des promesses, fussent-elles prophétiques, mais on les accomplit. Cette difficulté m’a longtemps bloqué. Comme beaucoup, j’étais conditionné par les conceptions historiques et théologiques héritées de ma culture française et de mon éducation religieuse chrétienne. Persuadé, à juste titre, que les paroles de Dieu, doivent s’accomplir, j’en étais venu à lire, comme beaucoup, sous le grec apokatastasis et le latin restitutio, de Ac 3, 21, l’idée d’accomplissement. Or, sauf erreur, ces termes n’ont jamais ce sens. Et si c’est à un accomplissement que pensait le rédacteur des Actes des Apôtres – qui maîtrisait parfaitement le grec –, pourquoi aurait-il choisi de l’exprimer par apokatastasis, alors qu’il disposait de termes dérivés du verbe plèroô, qui, lui, signifie bien accomplir ? Comme en témoigne le verset 18 du même chapitre des Actes :

Dieu, lui, a ainsi accompli (eplèrôsen) ce qu’il avait annoncé d’avance par la bouche de tous les prophètes, que son Christ souffrirait.

Après des années de tâtonnements – dont on trouvera maintes traces sur mon site rivtsion.org – pour mieux rendre cette notion d’« apocatastase », j’optai pour une autre traduction, qui me semblait féconde en ce qu’elle pouvait avoir, selon les contextes, tant le sens de « réalisation » que celui de « restitution future d’une situation ancienne ». Il s’agit de la notion d’« acquittement ». On lit, en effet, dans la Genèse :

Abraham donna son consentement à Ephrôn et Abraham s’acquitta (apekatestèsen[2] envers Ephrôn de la somme qu’il avait dite, au su des fils de Hèt, soit 400 sicles d’argent ayant cours chez le marchand. (Gn 23, 16) [3].

J’eus alors l’idée que le substantif apokatastasis, en Ac 3, 21, pouvait avoir eu, à l’époque, le sens métaphorique d’« acquittement » par Dieu de tout ce qu’il avait dit par la bouche de ses saints prophètes. J’insistais, toutefois, dans mes analyses d’alors, sur le fait que cette notion n’impliquait pas que Dieu fût dans l’« obligation » de réaliser les paroles de l’Écriture. À mes yeux, elle indiquait plutôt que la portée finale de leur contenu séminal se révélerait, au temps voulu par Dieu, aux croyants qui sauraient en distinguer les accomplissements dans les événements de l’histoire des hommes. Cette connotation d’acquittement m’était d’autant plus chère, qu’elle me paraissait correspondre au célèbre oracle d’Isaïe :

…ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission. (Is 55, 11).

Aussi, ma joie fut-elle grande quand je découvris la présence du terme dans cette exégèse d’Irénée de Lyon :

Et le Verbe « parlait à Moïse face à face, comme quelqu’un qui parlerait à son ami » [Ex 33, 11]. Mais Moïse désira voir à découvert celui qui lui parlait. Alors, il lui fut dit : « Tiens-toi sur le faîte du rocher, et je te couvrirai de ma main ; quand ma gloire passera, tu me verras par derrière ; mais ma face ne sera pas vue de toi, car l’homme ne peut voir ma face et vivre » [Ex 33, 20-22]. Cela signifiait deux choses : que l’homme était impuissant à voir Dieu, et que néanmoins, grâce à la sagesse de Dieu, à la fin, l’homme le verrait sur le faîte du rocher, c’est-à-dire dans sa venue comme homme. Voilà pourquoi il s’est entretenu avec lui face à face sur le faîte de la montagne [Tabor], en présence d’Élie, comme le rapporte l’Évangile [dans le récit de la transfiguration, en Mt 17, 1-8], acquittant [restituens] ainsi à la fin l’antique promesse. (Irénée de Lyon, Adv. Haer., IV, 20, 9) [4].

Bien que conscient du caractère non scientifique du recours à cette exégèse patristique ancienne pour éclairer le sens d’un terme du Nouveau Testament, je trouvais appréciable le fait que sa version latine [5] utilisât le verbe restituere, pour rendre le verbe grec apokathistanai, comme c’est le cas en Ac 3, 21, où Luc a parlé d’apokatastasis, et le latin, de restitutio. Et, de fait, cet emploi est témoin d’un sens auquel trop peu de biblistes prêtent attention, tant leur culture classique les a familiarisés avec la théorie cosmologique, que beaucoup croient y voir, de la « Grande Année », ou retour des astres à leur position initiale après la destruction de l’univers [6], alors qu’il s’agit d’un terme grec courant à l’époque, comme en témoigne un dictionnaire, très utilisé par les spécialistes, qui recense les occurrences des termes du Nouveau Testament appartenant au vocabulaire courant de la grécité de l’époque [7].

J’ajoute que j’ai longtemps été influencé par l’article d’un spécialiste qui s’en prenait, avec beaucoup de force de conviction, à la définition origénienne de l’apokatastasis [8], qu’il discréditait complètement aux dépens de la connotation de retour à un état antérieur, pourtant indissociable de ce terme, comme je l’expliquerai plus loin. Je souscrivais volontiers à cette partie de son argumentation, sans me rendre compte qu’il réintroduisait la notion d’accomplissement, rebaptisée pour l’occasion « réalisation » :

[…] Plutôt que l’idée de retour à un état primitif, [le terme apokatastasis] impliquait, chez les écrivains ecclésiastiques, en Ac 3, 21, chez Irénée probablement, chez Clément certainement, l’idée d’une libération, d’un règlement définitif ou d’une réalisation des prophéties. La langue [courante] ou même populaire, plus que l’astrologie ou la philosophie, en commandait l’usage. C’est Origène qui, le premier, du moins à l’intérieur de la grande Église et de la tradition alexandrine, l’a lié à la doctrine de la restauration à l’état primitif. Il l’a fait avec tant de rigueur apparente, il a imprimé à cette liaison un tel caractère de nécessité que le mot en est resté marqué et qu’aujourd’hui on a peine à l’en dégager […] [9].

Comme c’est souvent le cas, dans la recherche scientifique, les spécialistes qui ont découvert une faille dans les théories de leurs devanciers ont tendance, avec les meilleures intentions du monde, à pousser à l’extrême la théorie inverse qui est la leur, au point de tomber eux-mêmes dans l’excès de systématisation qu’ils dénoncent dans la recherche antérieure. Voici le texte d’Origène auquel faisait allusion le savant précité :

C’est pourquoi voici ce que dit le Seigneur : « Si tu te convertis, je te rétablirai » [Jr 15, 19]. Cette parole s’adresse de nouveau à chacun de ceux que Dieu invite à se convertir à lui, mais il me semble qu’un mystère est ici indiqué dans les mots « Je te rétablirai ». Nul n’est rétabli dans un lieu où il n’a jamais été, mais le rétablissement de quelqu’un ou de quelque chose se fait dans son lieu propre. Par exemple, quand un des membres est démis, le médecin essaie de réaliser le rétablissement du membre démis ; quand quelqu’un se trouve hors de sa patrie pour une raison juste ou injuste et qu’il reçoit la faculté d’être de nouveau légalement dans sa patrie, il est rétabli dans sa patrie ; tu auras le même sens pour un soldat cassé de son grade, puis rétabli. Dieu dit donc ici, à nous qui nous sommes détournés de lui, que si nous nous convertissons, il nous rétablira. Et tel est, en effet, le terme de la promesse – comme il est écrit dans le livre des Actes des Apôtres, au [verset] : « Jusqu’au temps du rétablissement de tous dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes depuis toujours » [Ac 3, 21]…» [10].

En relisant attentivement ce passage, force m’était de reconnaître que les cas évoqués par Origène ne rendaient pas suffisamment compte de la palette variée des connotations du verbe apokathistanai et du substantif apokatastasis. Par exemple, manquent, dans le texte cité, des acceptions aussi fréquentes qu’usuelles dans les domaines financier, juridique, militaire et administratif, tels : rétablir (une situation, un compte déficitaire), payer (un prix convenu, un dédommagement), acquitter, honorer (une dette, un engagement), compenser, résoudre, restituer, donner ce qui est dû, etc.

Pour autant, je n’étais pas convaincu par l’affirmation du savant bibliste précité qu’il fallait voir dans le terme apokatastasis « l’idée d’une libération, d’un règlement définitif ou d’une réalisation des prophéties ». Une telle interprétation avait, à mes yeux, l’inconvénient de faire disparaître la connotation sémantique majeure, présente dans de multiples textes, et bien soulignée par Origène : le retour à une situation ou un état antérieurs, exprimé, selon les contextes, par des termes tels que « restauration », « réhabilitation ». J’inclinais même à voir, dans l’apokatastasis de Ac 3, 21, une remise en vigueur de l’ordre primordial de la création, tel que conçu dans le dessein éternel de Dieu.

Plus j’approfondissais la notion et les sens qu’avait ce mot dans les nombreux textes que je lisais, au fil des années, plus il m’apparaissait nécessaire de forger un terme générique français, apte à rendre les connotations aussi diverses qu’avaient, selon les contextes, le mot grec apokatastasis et son pendant latin restitutio, ainsi que les termes correspondants, à savoir : réparation, compensation, remise en état, restauration, réhabilitation, reconstitution, acquittement d’un dû, mise en règle, dédommagement, dévolution de ce qui est dû, ou revient à quiconque en était le destinaire, etc. Faute d’une terminologie qui satisfasse à ces exigences sans nécessiter des périphrases ou des notes à chacune de ses occurrences, j’ai opté pour la transcription littérale du grec sous-jacent, apokatastasis, en « apocatastase », pour parler du processus en lui-même, et « apocatastatique », pour désigner les textes et situations scripturaires qui y ont trait.

Selon moi, l’apocatastase annoncée par Pierre, n’est pas un événement ponctuel subit, une espèce de bing-bang apocalyptique mettant fin à l’histoire, voire à la création, mais un processus progressif, initié par l’incarnation du Christ, sa prédication, sa passion et sa résurrection, et entré, à notre insu, dans sa phase ultime, à mi-chemin entre histoire et eschatologie : le rétablissement du peuple juif, réinvesti par Dieu de ses prérogatives et de sa mission initiales, qui ne lui avaient pas été ôtées définitivement, comme l’annonce cet oracle mystérieux :

« J’humilierai la descendance de Juda […] mais pas pour toujours » (1 R 11, 39).

Pour conclure, au moins provisoirement, mon analyse de cette problématique – sur laquelle je reviendrai ultérieurement –, je propose de considérer la phrase de Pierre, en Ac 3, 21, comme l’annonce inspirée selon laquelle, au temps fixé, Dieu amènera à sa plénitude l’ordre primordial conçu dans son dessein éternel, tel que l’ont exprimé les prophètes et les auteurs inspirés.

En attendant que « l’Esprit de vérité les introduise dans la vérité tout entière » (cf. Jn 16, 13), celles et ceux qui « cherchent avant tout le Royaume de Dieu et sa justice » (cf. Mt 6, 33), avec sincérité et humilité, verront clairement, à sa lumière et à celle des Écritures, s’il y a, dans ce que j’ai écrit, « une parole de L’Éternel » (cf. Za 11, 11), ou si j’ai parlé par présomption (cf. Dt 18, 22). Le même Esprit leur fera discerner les signes avant-coureurs de la mise (ou remise) en vigueur de situations prophétisées par les Écritures, et ceux de l’imminence du surgissement d’événements ayant déjà eu lieu dans le passé sans qu’en aient été épuisées toutes les potentialités prophétiques, lesquelles révéleront leur portée plénière à la fin des temps, comme il ressort, semble-t-il, de la lecture de Gn 2, 1-2, que faisait Irénée de Lyon, comme étant à la fois « un récit du passé, tel qu’il s’est déroulé, et une prophétie de l’avenir » [11].


[1] Je proposais alors la paraphrase alternative suivante en substituant le verbe grec apokathistanai au substantif apokatastasis : jusqu’aux temps où tout ce que Dieu a dit par la bouche de ses saints prophètes produira l’intégralité de ses potentialités.

[2] L’hébreu (TM) lit : « Abraham pesa [c’est-à-dire paya en espèces] à Ephrôn l’argent… ». Il est intéressant de constater que le choix d’un verbe grec de sens différent confirme bien que la Septante est un Targum, c’est-à-dire une interprétation actualisante, et éventuellement explicitée, qui, si elle n’omet aucun des mots du texte, n’hésite pas à utiliser, en lieu et place de « peser » (terme archaïque correspondant à un mode de paiement qui n’existait plus dans la société hellénistique), le verbe apokathistanai, utilisé dans la vie courante pour les transactions, et que tous les auditeurs, ou les lecteurs pouvaient comprendre.

[3] Gn 23, 16 (selon la Septante) : […] apekatestêsen… to argurion ho elalêsen [Abraham] […] ; à comparer avec Ac 3, 21 : […] apokatastaseôs pantôn hôn elalêsen ho theos […].

[4] Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, Livre IV, vol. 2, Sources Chrétiennes 100, Cerf, 1965, p. 655-659.

[5] Je précise que l’édition-traduction savante sur laquelle je me base est faite sur une version arménienne (l’original grec ayant presque totalement disparu) et sur une ancienne version latine qui, elle, a subsisté.

[6] Je crois utile de retranscrire ici le résumé que fait Sénèque de cette théorie. « Bérose, traducteur de Bélus l’interprète du dieu Bêl, le prêtre de Mardouk, attribue ces révolutions aux astres, et d’une manière si affirmative, qu’il fixe l’époque de la conflagration et du déluge. “Le globe, dit-il, prendra feu quand tous les astres, qui ont maintenant des cours si divers, se réuniront sous le Cancer, et se placeront de telle sorte les uns sous les autres, qu’une ligne droite pourrait traverser tous leurs centres. Le déluge aura lieu quand toutes ces constellations seront

rassemblées de même sous le Capricorne. Le premier de ces signes régit le solstice d’hiver ; l’autre, le solstice d’été. Leur influence à tous deux est grande, puisqu’ils déterminent les deux principaux changements de l’année”. J’admets aussi cette double cause ; car il en est plus d’une à un tel événement ; mais je crois devoir y ajouter celle que les stoïciens font intervenir dans la conflagration du monde. Que l’univers soit une âme, ou un corps gouverné par la nature, comme les arbres et les plantes, tout ce qu’il doit opérer ou subir, de son premier à son dernier jour, entre dans sa constitution, comme en un germe est enfermé tout le futur développement de l’homme. » (Sénèque, Questions naturelles, III, 29). Voir, dans Wikipedia, l’article « Apocatastase » dans la  dernière section (que j’ai rédigée) « Un autre sens du mot Apocatastase dans le Nouveau Testament », et les notes afférentes.

[7] The Vocabulary of the Greek Testament. Illustrated from the Papyry and Other Non- Literary Sources, by James Hope Moulton and George Milligan, B. Eerdmans Publishing Company, Grand Rapids Michigan, 1930, reprint 1982. Il existe également une réédition en un volume unique, compact et de format plus modeste, sous le titre Vocabulary of the Greek Testament, J.H. Moulton and G. Milligan, Hendrickson Publishers, Peabody, MA, U.S.A, 1997.

[8] A. Méhat, « “Apocatastase” : Origène, Clément d’Alexandrie, Ac 3, 21 », in Vigiliae Christianae, Vol. X, 1956, p. 196-214.

[9] Origène, Homélie sur Jérémie, XIV, 18, Paris, Ed. du Cerf, Coll. Sources chrétiennes n° 232, 1976, p. 109-111.

[10] Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, V, 28, 3.

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Date de dernière mise à jour : 14/05/2014