III.5 Restauration d’Israël sur sa terre

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C’est peut-être au discernement de ces accomplissements et des tribulations qui les accompagnent que fait allusion cet oracle de Jérémie :

Quel est l’homme sage qui comprendra ces événements, et à qui la bouche de L’Éternel a parlé pour qu’il l’annonce ? (Jr 9, 11).

Pour ma part, j’ai scruté, durant des décennies, la foi chrétienne et la foi juive, leur théologie et leurs attentes eschatologiques respectives. J’ai prié :

Je suis ton serviteur. Fais-moi comprendre et je saurai tes témoignages. (Ps 119, 125).

Et j’ai été exaucé. Depuis, une certitude m’habite, que je ne me sens pas le droit de taire : la foi chrétienne et la foi juive sont les deux bois du même arbre, comme décrit dans la geste prophétique étrange d’Ézéchiel :

Et toi, fils d’homme, prends un morceau de bois et écris dessus : « Juda et les Israélites qui sont avec lui ». Prends un morceau de bois et écris dessus : « Joseph, bois d’Éphraïm et toute la Maison d’Israël qui est avec lui ». Rapproche-les l’un de l’autre pour faire un seul morceau de bois ; qu’ils ne fassent qu’un dans ta main [...]. Ainsi parle le Seigneur, L’Éternel : Voici que je vais prendre le bois de Joseph qui est dans la main d’Éphraïm et les tribus d’Israël qui sont avec lui, je vais les mettre contre le bois de Juda ; j’en ferai un seul morceau de bois et ils ne seront qu’un dans ma main. (Ez 37, 15 s.).

Mais quand, d’aventure, j’expose ces conceptions à quelque docte, il n’est pas rare qu’il objecte : Il s’agit de l’espérance, classique chez les prophètes, d’une reconstitution des douze tribus d’Israël. Ézéchiel, m’assure-t-on, parle des deux anciens royaumes : celui d’Israël, au nord (également appelé Joseph, ou Éphraïm), et celui de Juda, au sud. Pourtant, au temps d’Ézéchiel, les dix tribus du nord s’étaient fondues parmi les païens depuis cent cinquante ans et elles ne se sont jamais reconstituées. Par contre, Jésus Lui-même a assuré aux apôtres :

Vous siégerez sur douze trônes pour diriger les douze tribus d’Israël (Mt 19, 28 ; Lc 22, 30).

C’est d’ailleurs le même mystère que l’apôtre Paul expose en ces termes :

Rappelez-vous donc qu’autrefois, vous, les Goyim [non-juifs], vous étiez sans Messie, exclus de la Cité d’Israël, étrangers aux alliances de la Promesse, n’ayant ni espérance ni Dieu en ce monde. Or voici qu’à présent, dans le Messie Jésus, vous qui, jadis, étiez loin, vous êtes devenus proches grâce au sang du Messie [...], car c’est lui qui est notre paix, lui qui, des deux a fait un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine, cette loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul homme nouveau, faire la paix et les réconcilier avec Dieu, tous les deux en un seul corps, par la croix : en sa personne, il a tué la haine. Alors, il est venu proclamer la paix; paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches ; par lui, nous avons, en effet, tous deux, en un seul Esprit, accès auprès du Père. Vous n’êtes donc plus des étrangers, ni des hôtes, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la Maison de Dieu. (Ep 2, 11-19).

Et comme pour balayer tout doute futur à ce sujet, l’Apôtre ajoute :

Ce mystère n’avait pas été communiqué aux hommes des temps passés comme il vient d’être révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes dans l’Esprit : les Goyim [non-juifs] sont admis au même héritage, membres du même corps, bénéficiaires de la même promesse, dans le Messie Jésus, par le moyen de la Bonne Nouvelle. (Ep 3, 5 et 6).

Tout cela a été écrit il y a très longtemps, pour notre instruction (cf. 1 Co 10, 11), afin qu’aux temps de l’apocatastase (cf. Ac 3, 21), nous en comprenions toute la portée et croyions à l’accomplissement du dessein de Dieu sur « les deux familles qu’a élues L’Éternel » (Jr 33, 24). L’Écriture le prophétise par l’annonce de la réunion des deux anciens royaumes : Juda et Israël (ou Ephraïm), comme dans la geste d’Ézéchiel (Ez 37, 15 s.), évoquée ci-dessus, et elle le symbolise par deux paradigmes végétaux prégnants : celui de l’olivier et surtout celui du figuier, longuement analysé plus haut.

 

L’olivier

La greffe des nations chrétiennes sur l’olivier originel d’Israël (Rm 11, 17) s’est faite « à la faveur » du faux pas d’Israël, comme il est écrit :

Et si leur faux pas a fait la richesse du monde [au verset 11 : le salut des nations] et leur amoindrissement la richesse des païens, que ne fera pas leur totalité ! (Rm 11, 12).

Le trébuchement d’Israël pourrait bien présager celui des nations chrétiennes, comme il est écrit :

Considère donc la bonté et l’extrême sévérité de Dieu: extrême sévérité envers ceux qui sont tombés, et envers toi bonté (de Dieu), pourvu que tu demeures en cette bonté ; autrement tu seras retranché toi aussi. (Rm 11, 22).

Et ce passage du prophète Michée garantit le retour en grâce d’Israël :

Ne te réjouis pas à mon sujet, ô mon ennemie: si je suis tombée, je me relèverai ; si je demeure dans les ténèbres, L’Éternel est ma lumière. (Mi 7, 8).

 

Le figuier


Nous avons vu, plus haut [1], que le desséchement du figuier par Jésus ne constituait pas une sanction, mais un signe eschatologique. Pourtant, la tradition chrétienne, elle, a fait de cet épisode un usage antijudaïque, dont quelques exemples ont été cités. Avec une joie mauvaise et un triomphalisme satisfait, ces Pères de l’Église, ces liturgistes, ces théologiens et ces catéchètes ont confondu leurs déductions apologétiques avec le dessein de Dieu, si caché dans les Écritures, qu’ils ne l’avaient pas discerné. Aussi n’ont-ils pas prêté attention à des textes tels que ceux-ci, qui donnent une tout autre signification, chargée d’espérance, à cette geste mystérieuse :

L’arbre conserve un espoir, une fois coupé, il se renouvelle encore et ses rejetons continuent de pousser. Même avec des racines qui ont vieilli en terre et une souche qui périt dans le sol, dès qu’il flaire l’eau, il bourgeonne et se fait une ramure comme un jeune plant. (Jb 14, 7-9).

C’est moi, L’Éternel, qui abaisse l’arbre élevé et qui élève l’arbre abaissé, qui fais sécher l’arbre vert et fleurir l’arbre sec. Moi, L’Éternel, j’ai dit et je fais. (Ez 17, 24).

À l’avenir, Jacob s’enracinera, Israël bourgeonnera et fleurira, ils couvriront de récolte la face du monde. (Is 27, 6).

Car, en effet, l’extrême sévérité de Dieu envers son élu a sa contrepartie en l’espèce d’une rétribution inouïe : le reverdissement du figuier, symbole de l’avènement des temps messianiques, destinés en priorité à Israël (cf. « le juif d’abord » de Rm 1, 16, et 2, 9). Témoin ce texte, qui clôt, précisément – et ce n’est pas un hasard ! – le discours eschatologique de Jésus :

Que le figuier vous serve de comparaison. Dès que sa ramure devient flexible et que ses feuilles poussent, vous comprenez que l’été est proche. Ainsi vous, lorsque vous verrez cela, comprenez qu’Il est proche, aux portes. (Mt 24, 32-33).

 

Je le dis ici, en toute liberté, voici plus de soixante-cinq  ans que les chrétiens assistent à la reconstitution étonnante d’Israël, après la plus grande hécatombe de son histoire, sans comprendre, pour la majeure partie d’entre eux, que le peuple juif est rétabli et que nous sommes parvenus « aux temps où Dieu va remettre en vigueur tout ce qu’il a énoncé par la bouche de ses saints prophètes de toujours [2] ».

La ramure du vénérable figuier d’Israël a reverdi ; ses feuilles (les Israéliens d’aujourd’hui) ont poussé. Plus d’un tiers des juifs du monde sont replantés sur la terre de leurs ancêtres, qu’ils font revivre, malgré la résistance des nations. C’est le lieu de citer ce passage du Psaume 71, qui illustre bien aussi le thème du reverdissement d’Israël :

Ô Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse, et jusqu’ici j’annonce tes merveilles. Or, vieilli, chargé d’années, ô Dieu, ne m’abandonne pas, que j’annonce ton bras aux âges à venir […] Toi qui m’as fait voir tant de maux et de détresses, tu reviendras me faire vivre. Tu reviendras me tirer des abîmes de la terre, tu nourriras mon grand âge, tu viendras me consoler. (Ps 71, 17-21).

Et cet oracle d’Osée appose le sceau de la prophétie eschatologique sur cette consolation promise :

Je les guérirai de leur infidélité je les aimerai de bon cœur, puisque ma colère s’est détournée de lui. Je serai comme la rosée pour Israël, il fleurira comme le lis, il enfoncera ses racines comme le chêne du Liban, ses rejetons s’étendront, il aura la splendeur de l’olivier et le parfum du Liban. Ils reviendront s’asseoir à mon ombre ils feront revivre le froment, ils feront fleurir la vigne qui aura la renommée du vin du Liban. Éphraïm qu’a- t-il encore à faire avec les idoles ? Moi, je l’exauce et le regarde. Je suis comme un cyprès verdoyant, c’est de moi que vient ton fruit. Qui est sage pour comprendre ces choses, intelligent pour les connaître ? (Os 14, 5-10).

L’histoire tragique et glorieuse du peuple juif, au cours du XXe siècle et particulièrement durant ces soixante dernières années, témoigne de l’accomplissement inéluctable des prophéties scripturaires annonçant sa restauration glorieuse, à l’initiative gratuite de Dieu, comme il est écrit :

Fais encore cette proclamation : Ainsi parle L’Éternel Sabaot : mes villes abonderont encore de biens. L’éternel consolera encore Sion. Il fera encore choix de Jérusalem. (Za 1, 17).



[1] Voir III. 1 Signes avant-coureurs de l’apostasie. « Prégnance apocatastatique de la parabole du figuier ».

[2] Cf. Ac 3, 21. J’ai donné ailleurs les raisons de cette traduction, rigoureusement fidèle au texte grec original, même si elle sort des sentiers battus. Voir, entre autres, ci-dessus : Troisième partie : Résistance à l’apostasie. « Quand les mots manquent pour exposer le mystère  – L’apocatastase ».

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Date de dernière mise à jour : 14/05/2014