III.4 Vouloir des hommes et dessein de Dieu : l’épreuve de « l’obéissance de la foi »

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Ce n’est certainement pas un hasard si l’ultime avatar de la haine antijuive multiséculaire est géopolitique et atteint son point culminant sur la terre même où Dieu a fait choix de ce peuple contesté, Eretz Israel, la terre d’Israël.

Les prophètes ont menacé de destruction les nations qui monteront contre ce peuple et contre Jérusalem. En effet, elles ne veulent ou ne peuvent pas comprendre qu’en persécutant l’Israël d’aujourd’hui, elles s’opposent à l’instauration du Royaume de Dieu, dont ce peuple est l’instrument messianique privilégié.

Outre les prophéties citées plus haut, le passage suivant du Deutéronome est particulièrement significatif à cet égard :

À moi la vengeance et la rétribution, pour le temps où leur pied trébuchera. Car il est proche le jour de leur ruine ; leur destin se précipite ! Car L’éternel va faire droit à son peuple, il va prendre en pitié ses serviteurs. (Dt 32, 35-36).

Il concerne les nations dans leur ensemble, mais les chrétiens ne sont pas oubliés, comme l’annonce Paul :

Ne t’enorgueillis pas; crains plutôt. Car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, prends garde qu’il ne t’épargne pas davantage. Considère donc la bonté et l’extrême sévérité divines : extrême sévérité pour ceux qui sont tombés, et pour toi bonté, pourvu que tu demeures en cette bonté ; autrement tu seras retranché toi aussi (Rm 11, 21-22).

Nombreux sont les ministres du culte et les théologiens qui s’efforcent de minimiser la menace, voire de la nier purement et simplement, comme s’il était inconcevable que la chrétienté puisse faillir un jour [1]. Certes, les modalités de cette situation nous sont encore cachées. Il semble bien qu’il s’agisse de l’apostasie annoncée par le même Paul:

Auparavant doit venir l’apostasie et se révéler l’homme impie, l’être perdu [...] (2 Th 2, 3).

L’Écriture nous offre un paradigme d’une telle situation, dans le récit que fait le Premier Livre des Maccabées, de l’apostasie d’une partie du peuple d’Israël, au temps de l’impie Antiochus Épiphane :

En ces jours-là surgit d’Israël une génération de vauriens qui séduisirent beaucoup de personnes en disant: « Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes séparés d’elles, bien des maux nous sont advenus. » Ce discours leur parut bon. Plusieurs parmi le peuple s’empressèrent d’aller trouver le roi, qui leur donna l’autorisation d’observer les coutumes païennes. Ils construisirent donc un gymnase à Jérusalem, selon les usages des nations, se refirent des prépuces et renièrent l’alliance sainte pour s’associer aux nations. Ils se vendirent pour faire le mal. (1 M 1, 11-15).

Mais pour affirmer qu’il s’agit d’une situation à portée apocatastatique, au sens que je donne à ce terme dans le présent ouvrage et dans le précédent, il faudrait des lumières que je n’ai pas.

Par contre, j’incline à voir dans le passage suivant du Livre des Proverbes une annonce mystérieuse de la coalition future des nations contre l’Israël reconstitué, à laquelle nul ne sera obligé de s’associer, mais qui en séduira plus d’un.

Mon fils, si des pécheurs veulent te séduire, n’y va pas ! S’ils disent : « Viens avec nous, embusquons- nous pour répandre le sang, sans raison, prenons l’affût contre l’innocent » [...]. Mon fils, ne les suis pas dans leur voie, éloigne tes pas de leur sentier, car leurs pieds courent au mal, ils ont hâte de répandre le sang [...]. C’est pour répandre leur propre sang qu’ils s’embusquent, contre eux-mêmes ils sont à l’affût ! (Pr 1, 10-18).

Et voici un oracle de Michée qui devrait retenir notre attention :

Avec colère, avec fureur, je tirerai vengeance des nations qui n’ont pas obéi. (Mi 5, 14).

On ne s’interroge pas assez, me semble-t-il, sur la nature de cette « désobéissance des nations », qui leur vaudra d’être objet de la sanction divine. Les contextes où figurent les oracles qui suivent (dont certains ont été cités plus haut) ne permettent pas de les relier à des événements historiques repérables, mais leur charge eschatologique est incontestable :

Maintenant, des nations nombreuses se sont assemblées contre toi. Elles disent : « Qu’on la profane et que nos yeux se repaissent de Sion ! » […] Debout ! broie-les, fille de Sion, car je rendrai tes cornes de fer, de bronze tes sabots, et tu broieras des peuples nombreux […] (Mi 4, 11-13).

C’est moi qui te viens en aide, oracle de L’Éternel, celui qui te rachète, c’est le Saint d’Israël. Voici que j’ai fait de toi un traîneau à battre, tout neuf, à doubles dents. Tu écraseras les montagnes, tu les pulvériseras, les collines, tu en feras de la paille. Tu les vanneras, le vent les emportera et l’ouragan les dispersera ; pour toi, tu te réjouiras en L’Éternel, tu te glorifieras dans le Saint d’Israël. (Is 41, 13-16).

Ce jour-là, le Seigneur étendra la main une seconde fois, pour racheter le reste de son peuple […]. Il dressera un signal pour les nations et rassemblera les bannis d’Israël. Il regroupera les dispersés de Juda des quatre coins de la terre. Alors cessera la jalousie d’Éphraïm, et les ennemis de Juda seront retranchés. Éphraïm ne jalousera plus Juda et Juda ne sera plus hostile à Éphraïm. Ils fondront sur le dos des Philistins à l’Occident, ensemble ils pilleront les fils de l’Orient. Edom et Moab seront soumis à leur main et les fils d’Ammon leur obéiront. (Is 11, 11-14).

Je poursuis mes ennemis et les atteins, je ne reviens pas qu’ils ne soient achevés ; je les frappe, ils ne peuvent se relever, ils tombent, ils sont sous mes pieds. Tu m’as ceint de force pour le combat, tu fais ployer sous moi mes agresseurs ; mes ennemis, tu me fais voir leur dos, ceux qui me haïssent, je les extermine. Ils crient, et pas de sauveur, vers L’Éternel, mais pas de réponse ; je les broie comme poussière au vent, je les foule comme la boue des ruelles. […] Vive L’Éternel, et béni soit mon rocher, exalté, le Dieu de mon salut, le Dieu qui me donne les vengeances et prosterne les peuples sous moi ! (Ps 18, 38-43.47-48).

Car j’ai tendu pour moi Juda, j’ai garni l’arc avec Éphraïm; je vais exciter tes fils, Sion, contre tes fils, Yavân, et je ferai de toi comme l’épée d’un vaillant. Alors L’Éternel apparaîtra au-dessus d’eux et sa flèche jaillira comme l’éclair. Le Seigneur L’Éternel sonnera de la trompe, il s’avancera dans les ouragans du sud. L’Éternel Sabaot sera leur protection, ils dévoreront, ils piétineront les pierres de fronde, ils boiront le sang comme si c’était du vin, ils en seront gorgés comme un vase à aspersions, comme les angles de l’autel. Et il les sauvera, L’Éternel leur Dieu, en ce jour-là, comme les brebis qui sont son peuple […] (Za 9, 13-16).

[…] ensemble ils seront comme des vaillants qui piétinent la boue des rues dans le combat. Ils combattront, car L’Éternel est avec eux, et ceux qui montent des chevaux seront confondus. Je rendrai vaillante la maison de Juda et victorieuse la maison de Joseph. (Za 10, 4-6).

En ce jour-là, je ferai des chefs de Juda comme un brasier allumé dans un tas de bois, comme une torche allumée dans une gerbe. Ils dévoreront à droite et à gauche tous les peuples alentour. (Za 12, 6).

La maison de Jacob sera du feu, la maison de Joseph, une flamme, la maison d’Esaü, du chaume ! Elles l’embraseront et la dévoreront, et nul ne survivra de la maison d’Ésaü : L’Éternel a parlé ! […] Ils graviront la montagne de Sion pour juger la montagne d’Esaü, et à L’Éternel sera la royauté ! (Ab 18.21).

Les païens m’ont tous entouré, au nom de L’Éternel je les sabre ; ils m’ont entouré, enserré, au nom de L’Éternel je les sabre; ils m’ont entouré comme des guêpes, ils ont flambé comme feu de ronces, au nom de L’Éternel je les sabre. Ils m’ont entouré, enserré, au nom de L’Éternel je les sabre; ils m’ont entouré comme des guêpes, ils ont flambé comme feu de ronces, au nom de L’Éternel je les sabre. (Ps 118, 10-12).

Oracle de L’Éternel qui a tendu les cieux et fondé la terre, qui a formé l’esprit de l’homme au-dedans de lui. Voici que moi je fais de Jérusalem une coupe de vertige pour tous les peuples alentour. Ce sera lors du siège contre Jérusalem. Il arrivera en ce jour-là que je ferai de Jérusalem une pierre à soulever pour tous les peuples, et tous ceux qui la soulèveront se blesseront grièvement. Et contre elle se rassembleront toutes les nations de la terre. En ce jour-là – oracle de L’Éternel – je frapperai tous les chevaux de confusion, et leurs cavaliers de folie. Et je frapperai de cécité tous les peuples. Mais sur la maison de Juda j’ouvrirai les yeux. Alors, les chefs de Juda diront en leur cœur : La force pour les habitants de Jérusalem est en L’Éternel Sabaot, leur Dieu. En ce jour-là, je ferai des chefs de Juda comme un brasier allumé dans un tas de bois, comme une torche allumée dans une gerbe. Ils dévoreront à droite et à gauche tous les peuples alentour. Et Jérusalem sera encore habitée en son lieu à Jérusalem. L’éternel sauvera tout d’abord les tentes de Juda pour que la fierté de la maison de David et celle de l’habitant de Jérusalem ne s’exaltent aux dépens de Juda. En ce jour-là, L’Éternel protégera l’habitant de Jérusalem; celui d’entre eux qui chancelle sera comme David en ce jour-là, et la maison de David sera comme Dieu, comme l’Ange de L’Éternel devant eux. Il arrivera en ce jour- là que j’entreprendrai de détruire toutes les nations qui viendront contre Jérusalem. (Za 12, 2-9).

Le territoire de Juda deviendra la terreur de l’Égypte : chaque fois qu’on le lui rappellera, elle sera terrorisée à cause du dessein que L’Éternel Sabaot a formé contre elle. (Is 19, 17).


Selon moi, ces événements adviendront après que Dieu aura réintégré son peuple dans son intimité (Os 2, 16 et s.), établi ses juges comme autrefois (cf. Is 1, 26), donné à Israël la royauté messianique qui lui était destinée (cf. Ac 1, 6), et restauré les 12 tribus d’Israël (cf. Is 49, 6 ; Mi 4, 8 ; Si 48, 10 ; etc.). Je reviendrai sur ce point difficile dans ma Conclusion.

 


[1] «… ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16, 18). Cependant, ces paroles ne garantissent pas l’impeccabilité de l’Église (pas plus que le choix de Pierre par Jésus comme chef de son Église ne l’a prémuni contre son reniement), mais seulement – et c’est déjà beaucoup –, qu’après avoir subi une attaque sans précédent des puissances infernales, sa foi ne succombera pas, comme il est écrit : « C’est un temps de détresse pour Jacob, mais dont il sera sauvé » (Jr 30, 7).

Selon moi, ces événements adviendront après que Dieu aura réintégré son peuple dans son intimité (Os 2, 16 et s.), établi ses juges comme autrefois (cf. Is 1, 26), donné à Israël la royauté messianique qui lui était destinée (cf. Ac 1, 6), et restauré les 12 tribus d’Israël (cf. Is 49, 6 ; Mi 4, 8 ; Si 48, 10 ; etc.). Je reviendrai sur ce point difficile dans ma Conclusion.

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Date de dernière mise à jour : 14/05/2014