8. Conclusion de la Première Partie

Voir la table des chapitres

 

Tous les textes cités dans les trois premiers chapitres de cette Première Partie illustrent à quel point les mentalités chrétiennes d’alors étaient imprégnées d’un antijudaïsme viscéral, ou à tout le moins de la théorie de la substitution. Le besoin urgent d’une réforme de l’enseignement chrétien sur les juifs fut perçu bien avant le Concile, et s’exprima par diverses initiatives sur lesquelles on s’attardera plus loin. Il fut surtout mis en lumière par la parution, en 1952, de l’enquête de P. Démann, dans laquelle j’ai puisé largement pour réaliser l’anthologie donnée plus haut [1]. Pinchas Lapide a fait un résumé succinct des préjugés chrétiens qui s’en dégagent [2] :

• Les juifs n’ont ni la crainte ni l’amour de Dieu…

• Ils recherchent le bonheur dans l’or et l’argent, dans la convoitise honteuse, la querelle et la vengeance…

• Jusqu’à la fin des temps, les enfants d’Israël porteront la malédiction que leurs pères ont appelée sur eux...

• Jésus était si humble et si noble, que cela irritait les juifs ; aussi décidèrent-ils de le mettre à mort…

• Les mauvais juifs ne pouvaient supporter sa pureté ; aussi se réunirent-ils en secret et décidèrent-ils de se débarrasser de lui…

• C’est à cause de leur haine, que les juifs voulaient sa mort…

• Une foule nombreuse le suivit au Golgotha, la plupart étaient ses ennemis, les juifs, qui se réjouissaient de ses souffrances.

 
Ces expressions insupportables et les textes cités dans les chapitres précédents appartiennent à ce que Jules Isaac a si justement appelé « l’enseignement du mépris ».

À ce dernier a succédé, depuis le Concile Vatican II – même si c’est avec des hésitations, des réticences, voire des retours en arrière –, un mouvement d’ « enseignement de l’estime » (la formule est encore de Jules Isaac), dont on verra plus avant qu’il est loin d’être partagé par tous les chrétiens, quand il n’est pas ouvertement remis en cause, sous divers prétextes et particulièrement en réaction à l’attitude de l’État juif dans le conflit palestino-israélien, estimée scandaleuse par nombre d’entre eux.

C’est à la lumière de tels textes qu’il faut apprécier le revirement radical d’attitude que constitua la répudiation officielle, par les Pères du concile Vatican II et les documents d’application subséquents, de toute formulation accusatrice et dépréciatrice du peuple juif, de sa foi et de ses coutumes.

C’est à retracer les signes avant-coureurs du « nouveau regard » que l’Église préconise à ses fidèles de porter désormais sur les juifs, et à évoquer les efforts des précurseurs en ce sens et leurs initiatives pionnières, qu’est majoritairement consacrée la deuxième partie de cet ouvrage.



[2] P. E. Lapide, Rome et les juifs, op. cit., p. 367-368.

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 14/05/2014