Annexe 4: Les Églises pendant la Deuxième Guerre mondiale : Chronologie, par Perrine Häfner

 

Repris d’un document en ligne sur le site de ARTE, 12 avril 2007, avec l’autorisation de l’auteure et de la chaîne.

 

1929 : Accords du Latran entre le Vatican et Mussolini. Compromis entre le Pape et l’État italien. Le Pape renonce aux États pontificaux, mais conserve sa souveraineté au Vatican. L’Italie lui verse en contrepartie une indemnisation (qui constitue la base des finances du Vatican).

1932 : Message des évêques bavarois rappelant que la haine de classe et la haine raciale sont contraires à l’esprit du Christ et extrêmement dangereuses.

Fin 1932 : Élections ecclésiastiques en Prusse. Les Chrétiens allemands (un mouvement protestant à tendance nettement national-socialiste) obtiennent deux-tiers des sièges aux consistoires de l’église régionale prussienne.

30 janvier 1933 : Prise du pouvoir par les nationaux-socialistes. Hitler devient chancelier du Reich.

1er mars 1933 : Dans son discours, Hitler parle du christianisme en tant que « fondement de notre morale. Que le Dieu Tout-puissant comble notre projet de sa grâce, qu’il nous accorde d’avoir un dessein juste, qu’il bénisse notre vision des choses et qu’il nous honore de la confiance de notre peuple. »

21 mars 1933 : Le pasteur Otto Dibelius, superintendant général de l’Église de Berlin-Bandebourg, salue l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler dans son prêche tenu à l’occasion de la « Journée de Potsdam ».

23 mars 1933 : Déclaration gouvernementale de Hitler dans laquelle il affirme que les droits des deux confessions chrétiennes ainsi que leur position par rapport à l’État ne seront pas modifiés.

7 avril 1933 : « Paragraphe aryen » : les non-Aryens n’ont plus le droit d’être fonctionnaires.

9 mai 1933 : Appel du « Jungreformatorische Bewegung » (« mouvement des jeunes réformateurs ») en faveur d’une restructuration ecclésiastique.

26-27 mai 1933 : Le pasteur Friedrich von Bodelschwingh est élu évêque du Reich, poste duquel il démissionne en juin.

14 juillet 1933 : Nouvelle constitution de l’Église évangélique allemande.

23 juillet 1933 : Élections ecclésiastiques. 156 représentants des Chrétiens allemands et 71 représentants d’Evangelium und Kirche (« Évangile et Église ») sont élus.

29 juillet 1933 : Concordat du Reich entre le Vatican et Hitler.

Août 1933 : Le pasteur Dietrich Bonhoeffer proteste contre l’exclusion des Juifs par l’Église.

Septembre 1933 : Le pasteur chrétien-allemand Ludwig Müller est élu évêque du Reich lors du synode national à Wittenberg.

6 septembre 1933 : Adoption du paragraphe aryen.

12 septembre 1933 : Martin Niemöller fonde la « Ligue d’urgence des pasteurs » (qui deviendra l’église confessante).

Novembre 1933 : Assemblée générale des Chrétiens allemands.

Décembre 1933 : Incorporation des fédérations de jeunesses protestantes aux Jeunesses hitlériennes.

Janvier 1934 : 7 000 des 18 000 pasteurs allemands rejoignent la Ligue d’urgence des pasteurs.

Printemps 1934 : Fondation de L’Église confessante (BK, « Bekennende Kirche »).

29-31 mai 1934 : Premier synode libre à Barmen au cours duquel la Déclaration théologique de Barmen, rédigée par Karl Barth, est adoptée. La BK prend ses distances par rapport à toutes les idéologies politiques et prétentions totalitaires de l’État.

Août 1934 : Hitler devient président du Reich (Führer [chef, guide] et chancelier).

Octobre 1934 : Deuxième synode libre qui proclame le « droit d’urgence » de l’Église (désobéissance face aux autorités).

16 juillet 1935 : Création d’un ministère de l’Église du Reich. Hans Kerrl est nommé « Ministre du Reich chargé des affaires ecclésiastiques ».

15 septembre 1935 : Lois raciales de Nuremberg (interdiction des mariages mixtes entre Juifs et Aryens). La BK prêche contre le culte de la personne, vagues d’arrestations.

24 septembre 1935 : Loi sur la préservation de l’Église évangélique allemande

Février 1936 : Autre synode libre. La BK s’est scindée en deux ailes : une aile modérée, prête à coopérer avec le nouveau ministère de l’Église du Reich, et une aile radicale, qui refuse toute coopération.

28 mai 1936 : Lecture publique du mémorandum de la BK adressé à Hitler (rédigé, entre autres, par M. Niemöller, D. Bonhoeffer et H. Gollwitzer) condamnant la déchristianisation de l’Allemagne, la déconfessionnalisation des écoles, la manipulation des élections ecclésiastiques par les nationaux-socialistes, la haine des Juifs, les camps de concentration et la police secrète d’État.

15 février 1937 : Décret de Hitler relatif à l’élection d’un synode général de l’Église évangélique allemande.

22 février 1937 : Conférence de tous les responsables ecclésiastiques avec Hitler.

14 mars 1937 : Pie XI rédige l’encyclique « Mit brennender Sorge » (Avec une vive inquiétude) qui condamne le national-socialisme et le communisme.

1er juillet 1937 : Arrestation de Martin Niemöller (prisonnier personnel du Führer).

Avril-juillet 1938 : Tentative de faire prêter à tous les pasteurs serment de fidélité à Hitler.

9 novembre 1938 : « Nuit de cristal ». Début de la persécution systématique des Juifs.

1er septembre 1939 : Invasion de la Pologne. Début de la Deuxième Guerre mondiale.

30 avril 1940 : Premier ghetto juif à Lodz, en Pologne.

Automne 1940 : Bonhoeffer formule, avant tout autre, dans son « Éthique », la reconnaissance de culpabilité de l’Église. Selon lui, elle se reconnaît coupable d’avoir enfreint les dix commandements, sans exception, et reconnaît ainsi le reniement du Christ. L’Église, en gardant le silence, s’est rendue coupable d’avoir perdu sa marge de manœuvre lui permettant d’agir de manière responsable, le courage d’assumer ses actes et la disposition à souffrir pour ce qui est reconnu comme juste. Elle s’est rendue coupable d’avoir renié l’autorité du Christ. À propos du 5e commandement, Bonhoeffer écrit que l’Église s’est rendue coupable de ne pas avoir respecté la vie des plus faibles et des plus démunis parmi les frères de Jésus-Christ.

1941 : Début de l’extermination organisée des Juifs.

Septembre 1941 : Premiers gazages à Auschwitz.

Noël 1942 : Dans son message de Noël, le Pape Pie XII exprime son inquiétude face aux « centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nation ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une progressive extinction. »

2 juin 1943 : Dans une allocution secrète tenue devant les cardinaux, le Pape Pie XII prend position sur la persécution des Juifs : il parle « des supplications anxieuses » des innocents qui sont envoyés à la mort, et ajoute : « toutes nos paroles adressées à l’autorité compétente à ce sujet, comme toutes nos déclarations publiques doivent être sérieusement pesées et mesurées par Nous dans l’intérêt même des victimes, afin de ne pas rendre, contrairement à Nos intentions, plus lourde et plus insupportable leur situation. »

17 octobre 1943 : Le synode de l’Église de la Prusse Ancienne souligne publiquement, lors de son assemblée annuelle à Wroclaw, que le commandement de Dieu « Tu ne tueras point » doit être également respecté en temps de guerre. Il s’applique également à une manière indirecte de tuer, c’est-à-dire lorsque l’on restreint l’espace vital de son prochain, par exemple, en le privant de nourriture et de vêtements. L’ordre établi par Dieu ne connaît pas les termes « éliminer », « liquider » et « vie sans valeur ». L’extermination de personnes simplement parce qu’elles font partie de la famille d’un criminel, qu’elles sont âgées ou malades mentales, ou appartiennent à une autre race, n’a rien à voir avec l’Épée de Dieu et ne peut pas être commise au nom de l’autorité divine.

9 avril 1945: Exécution de Dietrich Bonhoeffer.

8 mai 1945 : Fin de la Deuxième Guerre mondiale.

23 août 1945 : Lors de leur première conférence plénière après la Deuxième Guerre mondiale, qui se tient à Fulda, les évêques affrontent le passé et abordent de manière critique les événements qui se sont produits sous le régime national-socialiste. Ils déplorent profondément les horreurs qui se sont produites avant la guerre en Allemagne, et pendant la guerre dans les pays occupés. « Beaucoup d’Allemands même dans nos rangs, se sont laissés tromper par les doctrines fausses du national-socialisme […]. Une responsabilité lourde pèse sur ceux qui auraient pu empêcher de tels crimes par leur influence et qui non seulement ne l’ont pas fait mais ont rendu possibles ces crimes et se sont déclarés par là solidaires des criminels ». Les évêques allemands reconnaissent leur culpabilité, mais refusent une culpabilité collective du peuple allemand : « dans un souci de justice, la culpabilité doit être vérifiée au cas par cas, systématiquement et partout, afin que les innocents n’aient pas à souffrir avec les coupables ».

18-19 octobre 1945 : Otto Dibelius, Theophil Wurm et Martin Niemöller rédigent la Confession de culpabilité des églises évangéliques de Stuttgart : « Nous l’affirmons avec une douleur profonde: c’est à cause de nous que des souffrances extrêmes se sont abattues sur de nombreux peuples et de nombreux pays. […] Mais nous nous accusons de n’avoir pas porté témoignage avec plus de courage, ni prié avec plus de persévérance, ni vécu notre foi avec plus d’allégresse, ni aimé avec plus de ferveur. »

28 octobre 1965 : Dans Nostra Ætate, la déclaration du IIe Concile œcuménique du Vatican sur la relation entre l’Église et les religions non-chrétiennes, la culpabilité de l’Église reconnue dans la déclaration de Fulda en 1945, est réitérée : « L’Église, qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes quels qu’ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. […] L’Église réprouve donc, en tant que contraire à l’esprit du Christ, toute discrimination ou vexation opérée envers des hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur classe ou de leur religion. »

22 novembre 1975 : Lors du synode de Wurtzbourg, en Allemagne de l’Ouest, l’Église catholique reconnaît ses fautes: « Malgré la conduite exemplaire de quelques individus et groupes, nous avons été en général, à cette époque du national-socialisme, une communauté ecclésiale qui a vécu en tournant le dos au destin de ce peuple persécuté, une communauté obsédée par la crainte pour ses institutions menacées, une communauté qui a gardé le silence en face des crimes perpétrés contre les Juifs et le judaïsme. »

15 janvier 2005 : Message du Pape Jean-Paul II à l’occasion du 60ème anniversaire de la libération des camps de concentration d’Auschwitz et de Birkenau : « Il n’est permis à personne de passer avec indifférence devant la tragédie de la Shoah. Cette tentative de destruction systématique de tout le peuple juif reste comme une ombre sur l’Europe et sur le monde entier ; c’est un crime qui marque pour toujours l’histoire de l’humanité. Cela sonne, au moins pour aujourd’hui et aussi pour l’avenir, comme un avertissement : on ne doit pas céder devant les idéologies qui justifient la possibilité de violer la dignité humaine en se fondant sur les différences de race, de couleur de peau, de langue ou de religion. Je renouvelle cet appel à tous, et particulièrement à ceux qui, au nom de la religion, ont recours aux abus de pouvoir et au terrorisme. »

 

Par Perrine Häfner

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