Annexe 1: Déclaration de foi du synode de Barmen (Wuppertal, 31 mai 1934)

 

Ce texte de la charte de la résistance spirituelle au nazisme a été adopté à Barmen (Wuppertal), en Allemagne, en 1934, par des membres d’Églises luthériennes, réformées et unies.

 

1 – « Je suis le chemin, la vérité et la vie, nul ne vient au Père que par moi. » (Jn 14, 6).

«En vérité, en vérité je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs est un brigand [...]. Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé.» (Jn 10, 1-9).

Jésus-Christ, selon le témoignage de l’Écriture Sainte, est l’unique Parole de Dieu. C’est elle seule que nous devons écouter; c’est à elle seule que nous devons confiance et obéissance, dans la vie et dans la mort.

Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle, en plus et à côté de cette seule Parole de Dieu, l’Église pourrait et devrait reconnaître d’autres événements et pouvoirs, personnalités et vérités, comme Révélation de Dieu et source de sa prédication.

 

2 – « Jésus-Christ a été fait pour nous, de la part de Dieu, sagesse et justice, sanctification et rédemption » (Col 1, 30)

De même que Jésus-Christ nous communique de la part de Dieu le pardon de tous nos péchés, de même il est également la puissante interpellation de Dieu qui revendique notre vie tout entière; en lui nous advient une joyeuse libération des entraves impies de ce monde pour un service libre et reconnaissant parmi ses créatures.

Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle il y aurait des domaines de notre vie dans lesquels nous n’appartiendrions pas à Jésus-Christ mais à d’autres seigneurs et dans lesquels nous n’aurions plus besoin de justification et de sanctification.


3 – « Professons la vérité dans la charité, et croissons à tous égards en celui qui est le Chef, Christ, par lequel tout le corps est uni » (Ep 4, 15-16)

L’Église chrétienne est la communauté des frères dans laquelle Jésus-Christ présent agit comme Seigneur, par le Saint-Esprit, dans la Parole et les Sacrements. C’est au milieu même du monde pécheur que, par sa foi et son obéissance, par son message et par ses institutions, elle doit confesser, Église des pécheurs sauvés par grâce, qu’elle n’appartient qu’à lui seul et qu’elle vit et voudrait vivre uniquement de la force qu’il donne et de ses enseignements dans l’attente de son retour.

Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Église pourrait abandonner le contenu de son message et son organisation à son propre bon plaisir ou aux courants successifs et changeants de convictions idéologiques et politiques.


4 – « Vous savez que les princes des nations asservissent et que les grands les tiennent sous leur puissance. Il n’en sera pas ainsi parmi vous ; au contraire, celui qui voudra être grand parmi vous qu’il soit votre esclave. » (Mt 20, 25-26).

S’il y a différentes fonctions dans l’Église, aucune d’entre elles ne doit dominer les autres, car toutes doivent concourir à l’exercice du ministère confié à la communauté toute entière.

Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Église pourrait, en dehors de ce ministère, se donner ou se laisser donner un chef muni de pouvoirs dictatoriaux.


5 – « Craignez Dieu, et rendez honneur au Roi ! » (I P
2, 17)

L’Écriture nous dit que, selon l’ordre voulu par Dieu, l’État a, dans un monde qui n’est pas encore libéré et dans lequel l’Église est dressée, la tâche de veiller au droit et à la paix en usant de la menace et de la violence dans les limites de la clairvoyance et des possibilités humaines. Avec gratitude, et dans la crainte de Dieu, l’Église reconnaît les bienfaits de cet ordre. En annonçant le Royaume de Dieu, sa loi et sa justice, elle rappelle, tant à ceux qui sont gouvernés qu’à ceux qui gouvernent, quelle est leur responsabilité. Elle se fie à la puissance de la Parole de Dieu et lui obéit, car c’est par elle que Dieu soutient toutes choses.

Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’État devrait et pourrait, dépassant en cela les compétences de sa mission particulière, prétendre devenir l’ordre unique et total de toute la vie humaine et remplir ainsi jusqu’à la vocation même de l’Église. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Église devrait et pourrait, dépassant en cela les compétences de sa mission particulière, s’approprier le caractère, les tâches et le prestige de l’État et devenir ainsi elle-même un organe de l’État.


6 – « Voici, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 20).

«La Parole de Dieu n’est pas liée» (2 Tm 2, 9)

La mission de l’Église, en quoi s’enracine sa liberté, consiste à communiquer à tout le peuple, à la place du Christ, donc au service de sa parole et de son œuvre, attestées par la prédication et les sacrements, le message de la libre grâce de Dieu.

Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Église pourrait, en vertu d’un acte d’autonomie humaine, mettre la Parole et l’œuvre du Seigneur au service de désirs, de buts et de plans quelconques choisis de sa propre autorité.

Le Synode confessant de l’Église évangélique allemande déclare voir, dans la reconnaissance de ces vérités et le rejet de ces erreurs, l’indispensable fondement théologique de l’Église évangélique allemande, considérée comme une fédération des Églises confessantes. Il invite tous ceux qui peuvent se joindre à ces déclarations à se souvenir de ces mises au point théologiques lorsqu’ils auront à prendre des décisions de politique ecclésiastique. Il prie tous ceux que cela concerne de revenir à l’unité de la foi, de l’amour et de l’espérance.

«Verbum Dei manet in aeternum».


EKD

Église évangélique en Allemagne

(http://www.ekd.de/fr/barmen.html)

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