30. Tribulations d’Israël et consolation eschatologique

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Vous dites : il est vain de servir Dieu, et que gagnons-nous à avoir gardé ses observances et marché dans le deuil devant L’Éternel Sabaot ? Maintenant nous en sommes à déclarer heureux les arrogants : ils prospèrent, ceux qui font le mal ; ils mettent Dieu à l’épreuve et ils s’en tirent ! Alors ceux qui craignent L’Éternel se parlèrent l’un à l’autre. L’Éternel prêta attention et entendit : un livre aide-mémoire fut écrit devant lui en faveur de ceux qui craignent L’Éternel et qui pensent à son Nom. Au jour que je prépare, ils seront mon bien propre, dit L’Éternel Sabaot. J’aurai compassion d’eux comme un homme a compassion de son fils qui le sert. Alors vous verrez la différence entre un juste et un méchant, entre qui sert Dieu et qui ne le sert pas. Car voici : le Jour vient, brûlant comme un four. Ils seront de la paille, tous les arrogants et malfaisants ; le Jour qui arrive les embrasera – dit L’Éternel Sabaot – au point qu’il ne leur laissera ni racine ni rameau. Mais pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons ; vous sortirez en bondissant comme des veaux à l’engrais. Vous piétinerez les méchants, car ils seront de la cendre sous la plante de vos pieds, au Jour que je prépare, dit L’Éternel Sabaot. (Ml 3, 14-21).

 

J’ai toujours été surpris et déçu de constater que ce texte de Malachie tient si peu – voire pas – de place dans la réflexion chrétienne sur les tribulations des victimes d’injustices, en général, et de celles du peuple juif, en particulier.

Pourtant, comme le démontreront, j’espère, les nombreuses citations scripturaires évoquées ci-après (1), il ne manque pas de textes prophétiques porteurs de consolation et d’espérance pour les persécutés, ainsi qu’en témoigne l’apôtre Paul dans une formule saisissante :

«ce qui a été écrit dans le passé l’a été pour notre instruction, afin que par la constance et par la consolation des Écritures, nous ayons l’espérance.» (Rm 15, 4)

 

Dieu sait la détresse de ses fidèles et leur annonce la consolation par le ministère de ses prophètes

 

On lit dans le livre du prophète Zacharie :

Alors l’ange qui me parlait me dit : Fais cette proclamation : Ainsi parle L’Éternel Sabaot. J’éprouve un amour très jaloux pour Jérusalem et pour Sion, mais une très grande irritation contre les nations tranquilles ; car moi, je n’étais que peu irrité, mais elles, elles ont contribué au mal. C’est pourquoi, ainsi parle L’Éternel : Je me tourne de nouveau vers Jérusalem avec compassion ; mon Temple y sera rebâti – oracle de L’Éternel Sabaot – et le cordeau sera tendu sur Jérusalem. Fais encore cette proclamation : Ainsi parle L’Éternel Sabaot. Mes villes abonderont encore de biens. L’Éternel consolera encore Sion, il fera encore choix de Jérusalem. (Za 1, 14-17).

La prophétie rend clair que le sursaut de Dieu (son «amour très jaloux pour Jérusalem») et son «courroux contre les nations» sont à l’origine (cf. le «c’est pourquoi») de sa «compassion» qui entraînera le rétablissement de Jérusalem et la reconstruction du Temple.

Même constatation pour cet extrait d’un célèbre chapitre d’Isaïe, dont j’ai déjà traité dans le cadre du thème de la vengeance de Dieu :

Is 61, 1-4 : L’esprit du Seigneur L’Éternel est sur moi, car L’Éternel m’a donné l’onction ; il m’a envoyé porter la [bonne] nouvelle aux malheureux, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de faveur de la part de L’Éternel, et un jour de vengeance pour notre Dieu, pour consoler tous les affligés, pour faire attention aux affligés de Sion et leur donner un diadème au lieu de cendre, de l’huile de joie au lieu d’un vêtement de deuil, un manteau de fête au lieu d’un esprit abattu ; et on les appellera térébinthes de justice, plantation de L’Éternel pour se glorifier. Ils rebâtiront les ruines antiques, ils relèveront les restes désolés d’autrefois ; ils restaureront les villes en ruines, les restes désolés des générations passées […].

C’est parce qu’ils ont été «malheureux», que leur cœur a été «meurtri» et qu’ils ont été «prisonniers» et «affligés», que Dieu les «venge», les «délivre» et les «console», comme l’illustrent les passages suivants, qu’il faut lire attentivement sous peine de ne pas comprendre le dessein de Dieu :

Is. 40, 1-11 : Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui que son service est accompli, que sa faute est expiée, qu’elle a reçu de la main de L’Éternel double punition pour tous ses péchés. Une voix proclame : Dans le désert, frayez le chemin de L’Éternel ; dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissées, que les lieux accidentés se changent en plaine et les escarpements en large vallée ; alors la gloire de L’Éternel se révélera et toute chair, d’un coup, la verra, car la bouche de L’Éternel a parlé. […] Monte sur une haute montagne, messagère de Sion : élève avec force la voix, messagère de Jérusalem ; élève la voix, ne crains pas, dis aux villes de Juda : Voici votre Dieu ! Voici le Seigneur L’Éternel qui vient avec puissance, son bras assure son autorité ; voici qu’il porte avec lui sa récompense, et son salaire devant lui. Tel un berger il fait paître son troupeau, de son bras il rassemble les agneaux, il les porte sur son sein, il conduit doucement les brebis mères.

C’est maintenant aux nations que s’adresse le Serviteur qui, si on en croit l’oracle suivant, ne peut être Jésus, si ce n’est par «intrication prophétique».

Is 49, 1-23 : Îles, écoutez-moi, soyez attentifs, peuples lointains ! L’Éternel m’a appelé dès le sein maternel, dès les entrailles de ma mère il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a abrité à l’ombre de sa main ; il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois. Il m’a dit : Tu es mon serviteur, Israël, toi en qui je me glorifierai. Et moi, j’avais dit : C’est en vain que j’ai peiné, pour rien, pour du vent j’ai usé mes forces. Et pourtant mon droit était avec L’Éternel et mon salaire avec mon Dieu. Et maintenant L’Éternel a parlé, lui qui m’a modelé dès le sein de ma mère pour être son serviteur, pour ramener vers lui Jacob, et qu’Israël lui soit réuni ; – je serai glorifié aux yeux de L’Éternel, et mon Dieu sera ma force ; il a dit : C’est trop peu que tu sois pour moi un serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les survivants d’Israël. Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre. Ainsi parle L’Éternel, le rédempteur, le Saint d’Israël, à celui dont l’âme est méprisée, honnie de la nation, à l’esclave des tyrans : des rois verront et se lèveront, des princes verront et se prosterneront, à cause de L’Éternel qui est fidèle, du Saint d’Israël qui t’a élu. Ainsi parle L’Éternel : Au temps de la faveur je t’exaucerai, au jour du salut je te secourrai. Je t’ai façonné et j’ai fait de toi l’alliance d’un peuple pour relever le pays, pour restituer les héritages dévastés, pour dire aux captifs : Sortez, à ceux qui sont dans les ténèbres : Montrez-vous. Ils paîtront le long des chemins, sur tous les monts chauves ils auront un pâturage. Ils n’auront plus faim ni soif, ils ne souffriront pas du vent brûlant ni du soleil, car celui qui les prend en pitié les conduira, il les mènera vers les eaux jaillissantes. De toutes mes montagnes je ferai un chemin et mes routes seront relevées. Les voici, ils viennent de loin, ceux-ci du Nord et de l’Occident, et ceux-là du pays de Sînîm. Cieux, criez de joie, terre exulte, que les montagnes poussent des cris, car L’Éternel a consolé son peuple, il prend en pitié ses affligés. Sion avait dit : L’Éternel m’a abandonnée ; le Seigneur m’a oubliée. Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas. Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains, tes remparts sont devant moi sans cesse. Tes bâtisseurs se hâtent, ceux qui te détruisent et te ravagent vont s’en aller. Lève les yeux aux alentours et regarde : tous sont rassemblés, ils viennent à toi. Par ma vie, oracle de L’Éternel, ils sont tous comme une parure dont tu te couvriras, comme fait une fiancée, tu te les attacheras. Car tes ruines, tes décombres, ton pays désolé sont désormais trop étroits pour tes habitants, et ceux qui te dévoraient s’éloigneront. Ils diront de nouveau à tes oreilles, les fils dont tu étais privée : L’endroit est trop étroit pour moi, fais-moi une place pour que je m’installe. Et tu diras dans ton cœur : Qui m’a enfanté ceux-ci ? J’étais privée d’enfants et stérile, exilée et rejetée, et ceux-ci, qui les a élevés ? Pendant que moi j’étais laissée seule, ceux-ci, où étaient-ils ? Ainsi parle le Seigneur L’Éternel : Voici que je lève la main vers les nations, que je dresse un signal pour les peuples : ils t’amèneront tes fils dans leurs bras, et tes filles seront portées sur l’épaule. Des rois seront tes pères adoptifs, et leurs princesses, tes nourrices. Face contre terre, ils se prosterneront devant toi, ils lécheront la poussière de tes pieds. Et tu sauras que je suis L’Éternel, ceux qui espèrent en moi ne seront pas déçus.

Ici, c’est bien de l’Israël eschatologique qu’il est question. Conformément à la théologie prophétique, le peuple de Dieu est son épouse malheureuse et opprimée, à qui son Seigneur annonce qu’elle sera l’objet d’une protection :

Is 54, 11-17 : Malheureuse, battue par les vents, inconsolée, voici que je vais poser tes pierres sur des escarboucles, et tes fondations sur des saphirs ; je ferai tes créneaux de rubis, tes portes d’escarboucle et toute ton enceinte de pierres précieuses. Tous tes enfants seront disciples de L’Éternel, et grand sera le bonheur de tes enfants. Tu seras fondée dans la justice, libre de l’oppression : tu n’auras rien à craindre, libre de la frayeur : elle n’aura plus prise sur toi. Voici : s’il se produit une attaque, ce ne sera pas de mon fait ; quiconque t’aura attaquée tombera à cause de toi. Voici : c’est moi qui ai créé le forgeron qui souffle sur les braises et tire un outil à son usage ; c’est moi aussi qui ai créé le destructeur pour anéantir. Aucune arme forgée contre toi ne saurait être efficace. Toute langue qui t’accuserait en justice, tu la confondras. Tel est le lot des serviteurs de L’Éternel, la victoire que je leur assure. Oracle de L’Éternel.

Même thématique en plus glorieux : Israël est environné de la gloire de Dieu et les nations viennent à lui. D’ailleurs, malheur à celles qui ne serviraient pas le peuple de Dieu :

Isaïe 60, 1-22 : Debout ! Resplendis ! car voici ta lumière, et sur toi se lève la gloire de L’Éternel. Tandis que les ténèbres s’étendent sur la terre et l’obscurité sur les peuples, sur toi se lève L’Éternel, et sa gloire sur toi paraît. Les nations marcheront à ta lumière et les rois à ta clarté naissante. Lève les yeux aux alentours et regarde : tous sont rassemblés, ils viennent à toi. Tes fils viennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors, tu verras et seras radieuse, ton cœur tressaillira et se dilatera, car les richesses de la mer afflueront vers toi, et les trésors des nations viendront chez toi. […] Qu’est-ce que cela qui vole comme un nuage, comme des colombes vers leurs colombiers ? C’est en moi que les îles espèrent : les bateaux de Tarsis ont pris la tête pour ramener de loin tes fils, avec leur argent et leur or, à cause du nom de L’Éternel ton Dieu, du Saint d’Israël qui t’a glorifiée. Les fils de l’étranger rebâtiront tes remparts, et leurs rois te serviront. Car dans ma colère je t’avais frappée, mais dans ma bienveillance j’ai eu pitié de toi. Tes portes seront toujours ouvertes, ni le jour ni la nuit on ne les fermera, pour qu’on apporte chez toi les richesses des nations et qu’on introduise leurs rois. Car la nation et le royaume qui ne te servent pas périront, et les nations seront exterminées. […] Le plus petit deviendra un millier, le plus chétif une nation puissante. Moi, L’Éternel, en temps voulu j’agirai vite.

J’ai commenté, plus haut, ces versets d'Isaïe qui font tant problème aux chrétiens, à cause de leur tonalité de vengeance ; je n’y reviendrai pas :

Is 61, 1-11 : L’esprit du Seigneur L’Éternel est sur moi, car L’Éternel m’a donné l’onction ; il m’a envoyé porter la nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de faveur de la part de L’Éternel et un jour de vengeance pour notre Dieu, pour consoler tous les affligés, pour faire attention aux affligés de Sion pour leur donner un diadème au lieu de cendre, de l’huile de joie au lieu d’un vêtement de deuil, un manteau de fête au lieu d’un esprit abattu ; et on les appellera térébinthes de justice, plantation de L’Éternel pour se glorifier. Ils rebâtiront les ruines antiques, ils relèveront les restes désolés d’autrefois ; ils restaureront les villes en ruines, les restes désolés des générations passées. Des étrangers se présenteront pour paître vos troupeaux, des immigrants seront vos laboureurs et vos vignerons. Mais vous, vous serez appelés prêtres de L’Éternel, on vous nommera ministres de notre Dieu. Vous vous nourrirez des richesses des nations, vous leur succéderez dans leur gloire. Au lieu de votre honte, vous aurez double part ; au lieu de l’humiliation, les cris de joie seront leur part ; aussi recevront-ils double héritage dans leur pays et auront-ils une joie éternelle […] Leur race sera célèbre parmi les nations, et leur descendance au milieu des peuples ; tous ceux qui les verront les reconnaîtront comme une race que L’Éternel a bénie. Je suis plein d’allégresse en L’Éternel, mon âme exulte en mon Dieu, car il m’a revêtu de vêtements de salut, il m’a drapé dans un manteau de justice, comme l’époux qui se coiffe d’un diadème, comme la fiancée qui se pare de ses bijoux. Car de même que la terre fait éclore ses germes et qu’un jardin fait germer sa semence, ainsi le Seigneur L’Éternel fait germer la justice et la louange devant toutes les nations.

Dans le texte suivant confluent deux thématiques prophétiques prégnantes : celle des épousailles entre Dieu et Jérusalem, et celle de la sanctification du peuple de Dieu :

Is 62, 1-12 : À cause de Sion je ne me tairai pas, à cause de Jérusalem je ne me tiendrai pas en repos, jusqu’à ce que sa justice jaillisse comme une clarté, et son salut comme une torche allumée. Alors les nations verront ta justice, et tous les rois ta gloire. Alors on t’appellera d’un nom nouveau que la bouche de L’Éternel désignera. Tu seras une couronne de splendeur dans la main de L’Éternel, un turban royal dans la main de ton Dieu. On ne te dira plus : Délaissée, et de ta terre on ne dira plus : Désolation. Mais on t’appellera : Je la désire, et ta terre : Épousée. Car L’Éternel trouvera en toi son plaisir, et ta terre sera épousée. Comme un jeune homme épouse une vierge, ton bâtisseur t’épousera. Et c’est la joie de l’époux au sujet de l’épouse que ton Dieu éprouvera à ton sujet. Sur tes remparts, Jérusalem, j’ai posté des veilleurs, de jour et de nuit, jamais ils ne se tairont. Vous qui vous rappelez au souvenir de L’Éternel, pas de repos pour vous. Ne lui accordez pas de repos qu’il n’ait établi Jérusalem et fait d’elle une louange au milieu du pays. L’Éternel l’a juré par sa droite et par son bras puissant : «Je ne donnerai plus ton blé en nourriture à tes ennemis, les étrangers ne boiront plus ton vin, le fruit de ton labeur, mais les moissonneurs mangeront le blé et loueront L’Éternel, les vendangeurs boiront le vin, dans mes parvis sacrés.» Passez, passez par les portes, frayez le chemin de mon peuple, nivelez, nivelez la route, ôtez-en les pierres. Élevez un signal pour les peuples. Voici que L’Éternel se fait entendre jusqu’à l’extrémité de la terre : Dites à la fille de Sion : Voici que vient ton salut, voici avec lui sa récompense, et devant lui son salaire. On les appellera : Le peuple saint, les rachetés de L’Éternel. Quant à toi, on t’appellera : Recherchée, Ville non délaissée.

Le passage suivant d’Isaïe a été pris à la lettre par Irénée de Lyon, en ces termes : «Si certains essaient d’entendre de telles prophéties dans un sens allégorique, ils ne parviendront même pas à tomber d’accord entre eux sur tous les points (2)» :

Is 65, 17-25 : Car voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit. Mais soyez pleins d’allégresse et exultez éternellement de ce que moi, je vais créer : car voici que je vais faire de Jérusalem une exultation et de mon peuple une allégresse. J’exulterai en Jérusalem, en mon peuple je serai plein d’allégresse, et l’on n’y entendra plus retentir les pleurs et les cris. Là, plus de nouveau-né qui ne vive que quelques jours, ni de vieillard qui n’accomplisse son temps ; car le plus jeune mourra à l’âge de cent ans, c’est à cent ans que le pécheur sera maudit. Ils bâtiront des maisons et les habiteront, ils planteront des vignes et en mangeront les fruits. Ils ne bâtiront plus pour qu’un autre habite, ils ne planteront plus pour qu’un autre mange. Car les jours de mon peuple égaleront les jours des arbres, et mes élus useront ce que leurs mains auront fabriqué. Ils ne peineront pas en vain, ils n’enfanteront plus pour la terreur, mais ils seront une race de bénis de L’Éternel, et leur descendance avec eux. Ainsi, avant qu’ils n’appellent, moi je répondrai, ils parleront encore que j’aurai déjà entendu. Le loup et l’agnelet paîtront ensemble, le lion comme le bœuf mangera de la paille, et le serpent se nourrira de poussière. On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, dit L’Éternel.

Autre prophétie de rétablissement d’Israël et de sa ville sainte, sous les yeux des nations contraintes de reconnaître que la chose vient de Dieu :

Is 66, 5-24 : Écoutez la parole de L’Éternel, vous qui tremblez à sa parole. Ils ont dit, vos frères qui vous haïssent et vous rejettent à cause de mon nom : «Que L’Éternel manifeste sa gloire, et que nous soyons témoins de votre joie», mais c’est eux qui seront confondus ! Une voix, une rumeur qui vient de la ville, une voix qui vient du sanctuaire, la voix de L’Éternel qui paie leur salaire à ses ennemis. Alors qu’elle n’était pas encore en travail elle a enfanté, alors que les douleurs n’étaient pas encore survenues, elle a accouché d’un garçon. Qui a jamais entendu rien de tel ? Qui a jamais vu chose pareille ? Peut-on mettre au monde un pays en un jour ? Enfante-t-on une nation en une fois ? À peine était-elle en travail que Sion a enfanté ses fils. Ouvrirais-je le sein pour ne pas faire naître ? dit L’Éternel. Si c’est moi qui fais naître, fermerai-je le sein ? dit ton Dieu. Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez en elle, vous tous qui l’aimez, soyez avec elle dans l’allégresse, vous tous qui avez pris le deuil sur elle, afin que vous soyez allaités et rassasiés par son sein consolateur, afin que vous suciez avec délices sa mamelle plantureuse. Car ainsi parle L’Éternel : Voici que je fais couler vers elle la paix comme un fleuve, et comme un torrent débordant, la gloire des nations. Vous serez allaités, on vous portera sur la hanche, on vous caressera en vous tenant sur les genoux. Comme celui que sa mère console, moi aussi, je vous consolerai, à Jérusalem vous serez consolés. À cette vue votre cœur sera dans la joie, et vos membres reprendront vigueur comme l’herbe ; la main de L’Éternel se fera connaître à ses serviteurs et sa colère à ses ennemis. Car voici que L’Éternel arrive dans le feu, et ses chars sont comme l’ouragan, pour assouvir avec ardeur sa colère et sa menace par des flammes de feu. Car par le feu, L’Éternel se fait juge, par son épée, sur toute chair ; nombreuses seront les victimes de L’Éternel. […] d’un même coup finiront, oracle de L’Éternel, leurs actions et leurs pensées. Mais moi je viendrai rassembler toutes les nations et toutes les langues, et elles viendront voir ma gloire. Je mettrai chez elles un signe et j’enverrai de leurs survivants vers les nations : vers Tarsis, Put, Lud, Méshek, Tubal et Yavân, vers les îles éloignées qui n’ont pas entendu parler de moi, et qui n’ont pas vu ma gloire. Ils feront connaître ma gloire aux nations, et de toutes les nations ils ramèneront tous vos frères en offrande à L’Éternel, sur des chevaux, en char, en litière, sur des mulets et des chameaux, à ma montagne sainte, Jérusalem, dit L’Éternel, comme les Israélites apportent les offrandes à la Maison de L’Éternel dans des vases purs. Et de certains d’entre eux je me ferai des prêtres, des lévites, dit L’Éternel. Car, de même que les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je fais subsistent devant moi, oracle de L’Éternel, ainsi subsistera votre race et votre nom. De nouvelle lune en nouvelle lune, et de sabbat en sabbat, toute chair viendra se prosterner devant ma face, dit L’Éternel. Et on sortira pour voir les cadavres des hommes révoltés contre moi, car leur ver ne mourra pas et leur feu ne s’éteindra pas, ils seront en horreur à toute chair.

Encore la thématique du rétablissement d’Israël, en témoignage à la face des nations châtiées par Dieu pour avoir persécuté son peuple :

Jr 30, 1-24 : Parole qui fut adressée à Jérémie de la part de L’Éternel en ces termes : Ainsi parle L’Éternel, le Dieu d’Israël. Écris pour toi dans un livre toutes les paroles que je t’ai adressées. Car voici venir des jours oracle de L’Éternel où je restaurerai mon peuple Israël et Juda, dit L’Éternel, je les ferai revenir au pays que j’ai donné à leurs pères et ils en prendront possession. Voici les paroles qu’a prononcées L’Éternel à l’adresse d’Israël et de Juda. Ainsi parle L’Éternel : Nous avons perçu un cri d’effroi, c’est la terreur, non la paix. Interrogez donc et regardez. Est-ce qu’un mâle enfante ? Pourquoi vois-je tout homme les mains sur les reins comme celle qui enfante ? Pourquoi tous les visages sont-ils devenus livides ? Malheur ! C’est le grand jour ! Il n’a pas son pareil ! Temps de détresse pour Jacob, mais dont il sera sauvé. Ce jour-là, oracle de L’Éternel Sabaot, je briserai le joug qui pèse sur ta nuque et je romprai tes chaînes. Alors les étrangers ne t’asserviront plus, mais Israël et Juda serviront L’Éternel leur Dieu et David leur roi que je vais leur susciter. Toi donc, ne crains pas, mon serviteur Jacob, oracle de L’Éternel, ne sois pas terrifié, Israël. Car voici que je vais te sauver des terres lointaines et tes descendants du pays de leur captivité. Jacob reviendra et sera paisible, tranquille, sans personne qui l’inquiète. Car je suis avec toi pour te sauver, oracle de L’Éternel, je vais en finir avec toutes les nations où je t’ai dispersé ; avec toi je ne veux pas en finir, mais te châtier selon le droit, ne te laissant pas impuni. […] Mais tous ceux qui te dévoraient seront dévorés, tous tes adversaires, absolument tous, iront en captivité, ceux qui te dépouillaient seront dépouillés, et tous ceux qui te pillaient seront livrés au pillage. Car je vais te porter remède, guérir tes plaies, oracle de L’Éternel, toi qu’on appelait : la Répudiée, Sion dont nul ne prend soin. Ainsi parle L’Éternel : Voici que je vais rétablir les tentes de Jacob, je prendrai en pitié ses habitations ; la ville sera rebâtie sur son tell, la maison forte restaurée à sa vraie place. Il en sortira l’action de grâces et les cris de joie. Je les multiplierai : ils ne diminueront plus. Je les glorifierai : ils ne seront plus abaissés. Ses fils seront comme jadis, son assemblée devant moi sera stable, je châtierai tous ses oppresseurs. Son chef sera issu de lui, son souverain sortira de ses rangs. Je lui donnerai audience et il s’approchera de moi ; qui donc en effet aurait l’audace de s’approcher de moi ? Oracle de L’Éternel. Vous serez mon peuple et moi, je serai votre Dieu. Voici l’ouragan de L’Éternel, sa fureur qui éclate, c’est un ouragan qui gronde, sur la tête des impies il fait irruption. L’ardente colère de L’Éternel ne se détournera pas qu’il n’ait accompli et réalisé les desseins de son cœur. À la fin des jours [ou : dans la suite des temps], vous comprendrez cela.

Dans ce long passage, qui appartient à la thématique de la consolation, sont proclamés le rassemblement d’Israël et sa glorification ; il y est encore question des nations, mais, cette fois, c’est pour les associer à la joie d’Israël et même les inviter à annoncer cette bonne nouvelle au loin :

Jr 31, 1-34 : En ce temps-là, oracle de L’Éternel, je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël, et elles seront mon peuple. Ainsi parle L’Éternel : Il a trouvé grâce au désert, le peuple échappé à l’épée. Israël marche vers son repos. De loin L’Éternel m’est apparu. D’un amour éternel je t’ai aimée, aussi t’ai-je maintenu ma faveur. De nouveau je te bâtirai et tu seras rebâtie, vierge d’Israël. De nouveau tu te feras belle, avec tes tambourins, tu sortiras au milieu des danses joyeuses. De nouveau tu seras plantée de vignes ; sur les montagnes de Samarie ils planteront, les planteurs, et ils cueilleront. Oui, ce sera le jour où les veilleurs crieront sur la montagne d’Éphraïm : «Debout ! Montons à Sion, vers L’Éternel notre Dieu !» Car ainsi parle L’Éternel : Criez de joie pour Jacob, acclamez la première des nations ! Faites-vous entendre ! Louez ! Proclamez : «L’Éternel a sauvé son peuple, le reste d’Israël !» Voici que moi je les ramène du pays du Nord, je les rassemble des extrémités du monde. Parmi eux l’aveugle et le boiteux, la femme enceinte et la femme qui enfante, tous ensemble : c’est une grande assemblée qui revient ici ! En larmes ils reviennent, dans les supplications je les ramène. Je vais les conduire aux cours d’eau, par un chemin tout droit où ils ne trébucheront pas. Car je suis un père pour Israël et Éphraïm est mon premier-né. Nations, écoutez la parole de L’Éternel ! Annoncez-la dans les îles lointaines ; dites : «Celui qui dispersa Israël le rassemble, il le garde comme un pasteur son troupeau.» Car L’Éternel a racheté Jacob, il l’a délivré de la main d’un plus fort. Ils viendront, criant de joie, sur la hauteur de Sion, ils afflueront vers les biens de L’Éternel le blé, le vin et l’huile, les brebis et les bœufs ; ils seront comme un jardin bien arrosé, ils ne languiront plus. […] Ainsi parle L’Éternel : À Rama, une voix se fait entendre, une plainte amère ; c’est Rachel qui pleure ses fils. Elle ne veut pas être consolée pour ses fils, car ils ne sont plus. Ainsi parle L’Éternel : Cesse ta plainte, sèche tes yeux ! Car il est une compensation pour ta peine – oracle de L’Éternel – ils vont revenir du pays ennemi. Il y a donc espoir pour ton avenir – oracle de L’Éternel – ils vont revenir, tes fils, sur leur territoire. […] Voici venir des jours – oracle de L’Éternel – où j’ensemencerai la maison d’Israël et la maison de Juda d’une semence d’hommes et d’une semence de bétail. Et de même que j’ai veillé sur eux pour arracher, pour renverser, pour démolir, pour exterminer et pour affliger, de même je veillerai sur eux pour bâtir et pour planter – oracle de L’Éternel. […] Voici venir des jours – oracle de L’Éternel – où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle. […] Mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là – oracle de L’Éternel. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain, chacun son frère, en disant : «Ayez la connaissance de L’Éternel !» Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle de L’Éternel – parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché.

 

Jugement eschatologique des nations

 

Ma vie durant, je me suis interrogé sur la signification de ce texte étrange de l’évangile de Matthieu :

Mt 25, 31-46 : Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux de droite : «Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir.» Alors les justes lui répondront : «Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ?» Et le Roi leur fera cette réponse : «En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.» Alors il dira encore à ceux de gauche : «Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire, j’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli, nu et vous ne m’avez pas vêtu, malade et prisonnier et vous ne m’avez pas visité.» Alors ceux-ci lui demanderont à leur tour : «Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou prisonnier, et de ne te point secourir ?» Alors il leur répondra : «En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.» Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle.

Je me demandais s’il fallait prendre à la lettre les perspectives étonnantes qu’exprime ce texte. J’en ai, bien sûr, entendu des dizaines d’interprétations réductrices, allant du moralisme social à la charité paternaliste. À en croire les nombreux «post-chrétiens» compassionnels d’aujourd’hui, il prouve que la seule chose qui compte c’est de «lutter pour la cause des pauvres et des opprimés». Sans nier la part de vérité de cette conception, je n’ai jamais pu me convaincre qu’elle rend justice aux deux situations opposées décrites dans ce passage, de manière aussi radicale que solennelle, avec leurs conséquences finales inéluctables : la béatitude éternelle pour les uns, et la damnation éternelle pour les autres. Il me semblait impossible, voire injuste, qu’on pût gagner le ciel ou en être exclu pour toujours, en fonction de l’accomplissement ou de l’omission d’œuvres de bienfaisance qui sont à la portée d’un individu moyen doté d’une empathie minimale et d’un sens élémentaire de l’entraide. Je soupçonnais que la sanction extrême – positive ou négative – des actions ou des inactions, qu’énonce ce texte évangélique, cachait une perspective que l’évidence trop aveuglante d’une interprétation banalisante ne permettait pas de distinguer, mais qui se révélera au regard de la foi des croyants dont Dieu aura «ouvert l’esprit pour qu’ils comprennent les Écritures» (cf. Lc 24, 45). Et je me demandais si, dans ces bonnes œuvres – même s’il n’est pas toujours aisé de les accomplir, en raison de notre égoïsme naturel – il ne fallait pas voir l’annonce prophétique de celles dont l’accomplissement requerra un héroïsme hors normes, «au temps de la fin» (3), quand ces affamés, ces assoiffés, ces mal vêtus, ces malades et ces prisonniers «ne pourront rien acheter ni vendre» parce qu’ils auront refusé d’être «marqués au nom et au chiffre de la Bête», dont parle l’Apocalypse (cf. Ap 13, 17).

Alors, la survie de ces véritables «pauvres et opprimés» pour la défense de leur foi dépendra uniquement du courage dont feront preuve ceux et celles – croyants ou non – qui les assisteront, au risque de leur vie. Souvenons-nous du sort des «héros ordinaires» qui, par pitié pour des juifs pourchassés, les hébergèrent et les nourrirent, et dont certains furent durement châtiés, voire mis à mort à cause de leur charité héroïque. Ai-je tort de croire que telle est la portée prophétique réelle du texte évangélique mis en exergue ? Si je l’ai correctement interprété, il constitue un avertissement et une menace pour la génération qui vivra la Fin des temps.

Alors, l’humanité en pleine apostasie se sera divisée en deux camps très inégaux en nombre : d’une part, la masse des apostats de «la terre entière qui, émerveillée, aura suivi la Bête» (cf. Ap 13, 3), d’autre part, le «petit nombre qui sera sauvé» (Lc 13, 23). Alors, porter assistance aux proscrits de l’Antichrist ou de la Bête – qui sont, à proprement parler, les «frères» du Christ (4) – ne sera pas une pieuse option laissée à la discrétion de chacun, mais un choix héroïque qui, au risque du martyre, agrégera à la communauté des élus, sans condition de foi ou de religion, celles et ceux qui auront fait preuve d’un tel héroïsme et n’auront «pas aimé leur leur vie jusqu’à la mort» (Ap 12, 11), et pour cela, s’entendront dire par le Christ :

«Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde.» (Mt 25, 34).

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1.
On voudra bien excuser les doublons, inévitables, que constituent certains textes déjà cités ailleurs dans ce livre.

2. Adversus Haereses, V, 35, 1.

3. Cf. Dn 8, 17 ; 11, 35.40 ; 12, 4. 9.

4. C’est ainsi que les nomme le «Fils de l’homme venant dans sa gloire» (en Mt 25, 40, cité plus haut). Il est courant aujourd’hui de considérer que tout homme est, au moins potentiellement, un frère du Christ. Mais il faut prêter attention au sens précis qu’a, dans la bouche de Jésus, l’appellation «mes frères» (Mt 12, 48.49 ; 28, 10 ; Mc 3, 33.34 = Lc 8, 2 ; Jn 20, 17) : il s’agit de ceux qui ont cru en lui, et en particulier de ses disciples ; c’est tout à fait clair en Mt 28, 10 : «[…] allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront», et en Jn 20, 17 : «[…] va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu».

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Date de dernière mise à jour : 27/08/2014