Introduction générale

 

Car je leur rends témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu, mais c’est un zèle qui [ne procède] pas de la connaissance.

Épître aux Romains, 10, 2

 

Ce livre devait s’appeler « Ecclésiodicée contre histoire ». Je n’ai renoncé à ce titre qu’en raison de son caractère technique qui, m’avait-on prévenu, risquait d’être incompréhensible et de dissuader des lecteurs éventuels de prendre connaissance du contenu de l’ouvrage. J’ai forgé le néologisme d’« ecclésiodicée » à partir du classique « théodicée ». Cette dernière désigne la démarche théologique consistant à justifier Dieu par les voies de la raison et de la piété. Ce que j’appelle « ecclésiodicée » en est le pendant caricatural, en ce qu’elle s’efforce de justifier, par n’importe quel moyen, tout ce que disent et font l’Église et ses pontifes.

La théodicée est née de la nécessité où se sont trouvés les théologiens chrétiens de répondre à l’un des plus difficiles problèmes de la philosophie, en général et de la religion, en particulier. Partant du principe dogmatique selon lequel, étant la bonté même et la perfection absolue, Dieu ne saurait vouloir le mal ni devoir compter avec un dieu maléfique, comme dans le système manichéen, les champions de la perfection et de la toute-puissance divines se sont évertués, au fil des siècles, à « justifier » Dieu de la présence et de l’action du mal dans l’univers et dans les créatures, ainsi que des actes et des paroles, attribués à Dieu par les Écritures, et qui heurtent la raison et la morale humaines. Cet effort multiséculaire d’explicitation et de justification théologiques n’a trouvé son appellation technique qu’au début du XVIIIe siècle, lorsque Leibniz, célèbre philosophe et savant allemand, publia ses Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal (1710). En bon rationaliste athéisant qu’il était, Voltaire s’en gaussait en ces termes : « Toute la théodicée de Leibniz ne vaut pas une expérience de Nollet » [1].

Toutes proportions gardées, la boutade peut s’appliquer aux apologètes inconditionnels de l’impeccabilité de la hiérarchie et des responsables de l’Église. De cette « ecclésiodicée », on peut dire, pour pasticher Voltaire, qu’elle ne vaut pas une enquête historique de Jules Isaac, pionnier juif de la répudiation de « l’enseignement du mépris » [2].

Qu’on se rassure, toutefois : ce qui est critiqué, au fil de ces pages, ce ne sont pas les recherches des historiens et des théologiens sérieux, qui s’efforcent d’expliquer, en les resituant dans leur contexte et sans les gauchir, les faits et les dires des responsables de l’Église. Ceux-là font leur travail avec compétence et objectivité. Comme quiconque cherche la vérité, ils ont le droit à l’erreur. On peut, certes, ne pas être convaincu par leurs thèses, mais nul n’est fondé à mettre en doute leur honnêteté intellectuelle, sauf à produire des preuves contraignantes du contraire.

Tel n’est pas le cas des zélateurs de l’« ecclésiodicée ». En mettant leur savoir – réel ou supposé – au service d’une entreprise de justification systématique de leur théologie et/ou de leur Église, ils ne peuvent, au moins dans ce champ de leur action, être considérés comme des chercheurs objectifs.

Mais ce travers apologétique a un autre domaine d’élection que celui de la défense de la foi et de l’édification spirituelle. Mon implication de plusieurs décennies dans les rapports entre les Églises et le peuple juif m’a rendu sensible aux relents d’« ecclésiodicée » qui émanent de certains documents ecclésiaux eux-mêmes, lorsqu’y sont abordées des problématiques de nature à réveiller un contentieux judéo-chrétien multiséculaire non apuré. Preuve, s’il en était besoin, qu’il s’agit d’« un passé qui ne passe pas », comme le dit une formule célèbre à propos de celui de Vichy.

De ces blocages, qui semblent relever de la psychologie des profondeurs ou de l’inconscient collectif, témoignent deux attitudes dont, à ce jour, l’Église ne parvient pas à se départir entièrement, et qui sont au cœur du présent ouvrage : 1) la difficulté qu’elle éprouve à émettre une déclaration sincère de repentance, indemne de réticences et d’autojustifications ; 2) le recours, qui va croissant depuis près de quatre décennies, à une défense apologétique a-critique, voire polémique, de l’attitude de l’Église du temps de guerre et du pape Pie XII envers les juifs, durant la Seconde Guerre mondiale.

À ce stade, une remarque méthodologique s’impose. En étudiant, au cours de mes recherches de ces dernières années, non seulement l’occasion des polémiques et des dissensions internes et externes à l’Église, inhérentes à ce contentieux, mais également l’histoire de ses conditionnements théologiques, sociologiques et idéologiques, telle qu’elle se dégage de l’examen des documents anciens et récents où ils se font jour, je suis parvenu à la conclusion que ce contentieux ressortit moins à des convictions religieuses qu’à deux tendances fondamentales de la psychologie humaine : le refus de reconnaître ses torts, et son double corollaire pervers : l’adhésion systématique au camp du plus fort et le refus de la vérité pour éviter le sort des « persécutés pour la justice » (cf. Mt 5, 10 ; 2 Th 2, 10).

Depuis Adam rejetant la faute sur Ève, qui l’impute elle-même au Serpent, jusqu’au dictateur qui se prévaut de l’intérêt national pour justifier les excès de sa tyrannie, en passant par le violeur qui accuse sa victime de l’avoir provoqué, et les antisémites qui mettent leur haine raciale sur le compte du comportement, réputé criminel, des juifs, les mêmes peurs et lâchetés ancestrales sont à l’oeuvre. Nous ne savons que trop de quelles compromissions et bassesses sont capables les hommes, dans les périodes troublées, lorsque pour sauver leur peau ou simplement leur tranquillité, ils se réfugient dans le déni, ou pire, collaborent activement au processus de diabolisation, voire d’extermination d’une partie de l’humanité, réputée subversive parce qu’elle ne « suit » pas « la Bête » (cf. Ap 13, 3), et avec laquelle il serait dangereux de se compromettre.

Et lorsque le tyran a disparu et que sonne l’heure de la reddition de comptes et de la recherche des responsabilités, le réflexe d’autojustification prend la relève de celui d’auto-défense. Les institutions civiles et leurs cadres mis en cause cherchent désespérément à se disculper, certains avec la force de leur bon droit, d’autres avec une mauvaise foi difficile à cacher. Pour ce qui est de la France, on sait que « la raison d’État » a longtemps empêché l’aveu libérateur de sa responsabilité dans le Statut discriminatoire des juifs, durant l’Occupation. Dieu merci, c’est maintenant chose faite [3].


Le cas des institutions ecclésiales est plus complexe. Confrontées à des révélations, aussi gênantes qu’irréfutables, concernant l’attitude et les propos de certains de leurs membres au détriment du peuple juif, tant au fil des siècles que durant la Seconde Guerre mondiale, elles se défendent encore plus âprement que leurs homologues civiles. À la « raison d’État » de ces dernières correspond chez elles ce qu’on pourrait appeler la « raison d’Église ». C’est que l’enjeu est de taille. Reconnaître ne serait-ce qu’une once de culpabilité apparaît au noyau dur conservateur de la hiérarchie ecclésiastique et aux fidèles qui les soutiennent comme une menace directe pour la foi et la discipline dont l’Église a la charge. Si elle admet que ses hauts responsables ont failli, raisonnent les hiérarques et leurs théologiens, les fidèles ne croiront plus en son infaillibilité doctrinale, et son autorité morale sera minée.

C’est alors qu’entrent en lice les champions de l’apologie. Parée des insignes de la croisade théologique et brandissant l’épée de la foi et l’étendard de la piété, leur « ecclésiodicée » fait flèche de tout bois, et ne recule devant aucun moyen pour conditionner la conscience de fidèles auxquels elle entend imposer son interprétation des faits, même lorsque celle-ci est démentie par « l’histoire, maîtresse de vérité », selon la formule des anciens, reprise par Jean-Paul II [4]. Il arrive même que cette vérité ne sorte pas indemne du traitement apologétique qu’on lui a fait subir. Or, en refusant d’« accepter le poids de l’Histoire » [5], non seulement les thuriféraires de l’institution et de ses ministres n’atteignent pas leur but, qui est de sauvegarder l’honneur de l’Église, mais ils détournent d’elle des hommes et des femmes de bonne volonté, que scandalisent de tels procédés.

C’est d’autant plus dommage qu’il existe, pour préserver la dignité de l’institution religieuse, un moyen bien plus efficace que la dénégation fidéiste, l’apologie naïve, ou la langue de bois ecclésiastique, à savoir : la reconnaissance, humble et contrite, des déficiences, voire des fautes, quels qu’en soient les auteurs ou les responsables, et quelque éminentes que soient leur dignité ou leur fonction.

C’est la voie qu’ont courageusement choisie un certain nombre de Pasteurs, soit individuellement, soit collectivement, sans que, pour autant, cette attitude ait nui à la crédibilité ou à l’autorité de l’institution ecclésiale.

C’est celle qu’empruntent, à leur manière et conformément aux règles de leur discipline, quelques théologiens, exégètes et historiens de l’Église et de la doctrine chrétienne. Ils ont résolument rompu avec l’orgueil d’une narration triomphaliste et sûre de sa respectabilité, et avec la théologie frileuse d’une Église trop soucieuse d’autojustification. Ils ont mis leur savoir au service d’une reconsidération de la doctrine chrétienne, qui rend enfin aux juifs leur place, indûment usurpée par un « Nouvel Israël » persuadé depuis trop longtemps de les avoir supplantés et d’être devenu l’héritier légitime de l’élection, dont leur refus du Christ est censé les avoir définitivement dépossédés.

Et c’est à relayer la contagion bénéfique de la repentance de tels Pasteurs et celle de l’humilité de tels théologiens, que veut contribuer ce livre. C’est pourquoi, si sévères que soient ses dénonciations des pratiques de l’ecclésiodicée, il n’a rien d’un réquisitoire ni d’un catalogue des fautes, manquements et erreurs des Pasteurs et des ministres de l’Église. Son but est de démontrer la nocivité de l’obsession de l’honorabilité ecclésiale, et de dénoncer la nature inadmissible – et, en tout état de cause, contreproductive – d’une apologétique désuète qui vise à justifier les déficiences et les fautes historiques des chrétiens et de leur hiérarchie religieuse à l’égard de la « question juive ». Il veut être un plaidoyer pour la transparence et la vérité.

Pour des raisons qui tiennent à mon engagement, déjà évoqué, au service de l’entreprise de purification des rapports entre chrétiens et juifs, après des siècles de mépris et d’ignorance mutuels, ma réflexion sur les mécanismes d’autojustification confessionnelle, se limite ici à leur incidence néfaste sur ce qu’on appelle aujourd’hui, de manière trop optimiste à mon gré, les « relations judéo-chrétiennes ».

J’estime, en effet, qu’avant d’envisager des relations entre des personnes et, a fortiori, entre des institutions qui ne partagent pas la même foi, dont les rapports historiques ont été entachés de profonds malentendus, et dont l’une des parties a subi de très graves préjudices de la part de l’autre, il convient d’opérer une clarification radicale, sans rien dissimuler des griefs mutuels, ni taire aucune frustration, même s’il faut faire preuve de beaucoup de compréhension et de tact dans la mise en œuvre de cette délicate opération de catharsis.

Ceci étant dit, il faut reconnaître qu’au cours des quarante-six ans écoulés depuis « Nostra Aetate », l’attitude des Églises envers les juifs a davantage évolué qu’en dix-neuf siècles, et ce de manière très positive. Malheureusement, bien des signes indiquent que ce « nouveau regard » est loin d’être celui de toute la chrétienté, et que « l’enseignement de l’estime », préconisé par Jules Isaac pour faire pièce à celui du « mépris », se heurte à des oppositions, tant populaires que savantes, souvent irréductibles.

Les « incidents de parcours » du dialogue, au cours des récentes décennies, ne sont pas tous imputables à des fanatiques ou à des nostalgiques d’une Église hégémonique. L’observateur attentif, surtout s’il est amené à dépouiller la presse spécialisée et les revues savantes, est confronté à l’apparition inquiétante de réticences, voire de remises en question du bien-fondé de la nouvelle attitude de l’Église envers le peuple juif et le judaïsme.

On l’aura compris, c’est sur le plan doctrinal que se manifeste l’opposition la plus déterminée. Certains spécialistes estiment que l’on court trop vite et que les sentiments généreux l’emportent sur la prudence théologique. Les plus ombrageux mettent en garde contre des conceptions, qu’ils qualifient d’« aventureuses » parce qu’elles évoquent la pérennité du choix d’Israël par Dieu, alors que, selon eux, l’élection a été ôtée à ce peuple, en raison de son incrédulité, pour être transférée à l’Église. De telles considérations sont, à l’évidence, des résurgences de la théorie de la « substitution », courante en chrétienté durant près de vingt siècles, et qui, jusqu’au Concile, faisait encore partie de l’enseignement ordinaire de l’Église. Selon celui-ci, l’Alliance de Dieu avec le peuple juif, qu’il avait lui-même choisi, avait été abolie [6] au profit de la Nouvelle Alliance, annoncée par le prophète Jérémie (Jr 31, 31 = Lc 22, 20) et accomplie dans le sang du Christ (cf. Mc 14, 24). Toujours selon cette conception, l’Église fondée par Jésus était alors devenue l’héritière des promesses et des alliances, jadis réservées à Israël [7]. Selon les spécialistes évoqués plus haut, on passait ainsi d’une « conception nationale », voire « tribale », du Salut, à un universalisme bénéfique. L’Église était devenue l’instrument vivant, unique et définitif, créé par le Christ pour amener l’humanité à faire ce que les juifs avaient refusé de toutes les fibres de leur être : « croire au nom du Fils [de Dieu] Jésus Christ » (1 Jn 3, 23), « aller dans le monde entier prêcher la Bonne Nouvelle à toutes les créatures » (Mc 16, 15) et, « de toutes les nations, faire des disciples » (Mt 28, 19).

Aussi, lorsque des théologiens et des chercheurs soucieux de conforter la reconsidération positive de l’histoire et de la vocation du peuple juif, préconisée par les Pères conciliaires [8], osent prendre au sérieux tel passage d’un discours papal adressé à des juifs, pour affirmer, à la suite du pape Jean-Paul II [9], que la Première Alliance est toujours en vigueur [10], on leur oppose plusieurs citations du Nouveau Testament, censées dire diamétralement le contraire [11]. Entrent alors en lice des « gardiens du Temple » qui dressent, telle une barrière dogmatique, leur conception de la Tradition, entre les fidèles et cet enseignement qu’ils ne reçoivent pas, comme s’il s’agissait d’une hérésie [12].

De ce qui précède, on comprendra pourquoi je m’en prends au dévoiement de l’histoire et de la pastorale de l’Église, qu’est cette « ecclésiodicée ». À mon avis, c’est elle qui est à l’œuvre dans les polémiques évoquées ci-dessus et dans celles dont traitent les chapitres qui suivent. On aurait tort de sous-estimer ses ravages, comme le font même de fervents artisans du dialogue entre chrétiens et juifs, qui ne voient, dans ces résistances, qu’un combat idéologique d’arrière-garde. J’estime, pour ma part, que ces réactions témoignent d’une « non-réception », passive ou militante, de la nouvelle attitude ecclésiale envers le peuple juif. Et, ne serait-ce qu’au titre du contre-témoignage qu’elles constituent, elles doivent être réfutées avec toutes les ressources du savoir historique et théologique accumulé par la recherche des récentes décennies, mais aussi avec une vigueur et une détermination analogues à celles qui animent le médecin lorsqu’il combat une affection grave. En effet, l’ « ecclésiodicée » m’apparaît comme symptomatique d’une maladie spirituelle qui pourrait être fatale à l’avenir des rapports entre chrétiens et juifs : la certitude orgueilleuse d’avoir raison et d’être dans le bon camp.

On connaît les retombées séculaires néfastes de ce triomphalisme confessionnel qui s’est progressivement mué en mépris, puis en haine antijuive génératrice de persécutions et de pogroms, et qui a très certainement joué un rôle dans l’inhibition des réflexes les plus élémentaires de pitié et d’humanité de tant de chrétiens, face au sort atroce des juifs dans la tragédie de la Shoah. Ce qu’on ignore, par contre, ce sont les conséquences incalculables de la cruelle déception que causerait aux juifs d’aujourd’hui, s’il devait se produire, un retour à « l’âge d’or » des ghettos, au « beau temps » où leurs ancêtres, les « juifs perfides » et « déicides», étaient traités pour ce qu’ils sont, selon certains Pères de l’Église : des « témoins de la vérité chrétienne », un « peuple à la nuque raide », « stupidement et pharisaïquement orgueilleux » de sa « superstition judaïque » et de ses « rites folkloriques », et dont « l’insatiable appétit de domination » et le « fanatisme national » ont toujours constitué un « danger mortel » pour la foi et la société chrétiennes ; rappelons que, selon Augustin, si les juifs avaient reçu de Dieu les Écritures c’était au seul bénéfice des chrétiens, et ils n’étaient que des « porte-livres » [13].

Les expressions mises entre guillemets n’ont rien d’imaginaire. Elles sont extraites d’œuvres des Pères de l’Église, mais aussi d’ouvrages et d’articles d’auteurs et de penseurs modernes. Et pour que nul ne croie qu’il s’agit là de conceptions fanatiques et irresponsables dont on ne saurait trouver l’équivalent à l’ère moderne, et surtout pas chez des Pasteurs, des savants, ou des chrétiens éclairés et cultivés, je crois utile de citer quelques textes contemporains qui illustrent à quel point les préjugés et les stéréotypes antijuifs, voire antisémites, conformes à un antijudaïsme chrétien multiséculaire, ont infecté la chrétienté jusqu’à nos jours.

Témoin, pour commencer, ce texte de Newman, de 1833 :

…on peut se demander si la tendance à refuser au Christ l’honneur qui lui est dû n’a pas sa source dans l’observation des rites juifs et, plus généralement, dans la religion sensuelle et complaisante qui semble avoir eu cours dans cette nation réprouvée. Lorsque l’âme et la morale d’un peuple sont profondément avilies, diverses formes d’erreurs doctrinales surgissent, de façon quasi spontanée et se propagent rapidement. Du fait qu’il prônait une soumission teintée de superstition et même d’idolâtrie aux simples hasards de la vie quotidienne, et flattait les penchants les moins raffinés de la nature humaine, le judaïsme rendait les esprits inaptes à apprécier les mystères graves et austères, les promesses immenses mais imprécises et les sanctions lointaines qui caractérisaient la foi catholique ; celle-ci paraissait aux imaginations dépravées aussi froide, aussi rébarbative qu’avait paru la doctrine de l’unité divine et de la foi implicite en un Dieu invisible aux esprits des premiers Israélites […] L’épître aux Hébreux jette une certaine lumière sur ce sujet : en effet, il y est constamment sous-entendu que les rites juifs, après la venue du Christ, leur antitype, ne faisaient que dissimuler au regard de la foi sa divinité, sa souveraineté et l’absolue suffisance de sa grâce. Si l’on considère ensuite l’histoire de l’Église, on a l’impression d’y voir prendre corps les malheurs mêmes que l’apôtre avait prédits; on se rend compte en effet que le fatras démodé du cérémonial juif entretenait le mal pernicieux de l’incroyance juive et que celle-ci, directement ou indirectement, mais de façon inéluctable frayait un chemin à une erreur fondamentale sur la personne du Christ [14].

L’honnêteté oblige à préciser brièvement le contexte et l’occasion de ces considérations atterrantes. Dans son ouvrage sur les Ariens, Newman s’efforçait de retracer la genèse de cette hérésie, qui, rappelons-le, niait la divinité du Christ. Bien qu’il s’en défendît, en ces termes : « Je n’irai pas jusqu’à dire que la doctrine arienne est la conséquence d’une pratique judaïsante [de certains milieux arianisants de l’Église d’Antioche] » [15], le futur converti (qui devait devenir cardinal de l’Église romaine) croyait à l’influence des pratiques syncrétistes judéo-chrétiennes de l’époque sur le développement de l’hérésie arienne. Quoi qu’il en soit de cette question disputée, et pour nous en tenir au propos de cette Introduction, il reste que les arguments de Newman, à l’appui de sa théorie théologico-historique, témoignent, par la tranquille assurance de leur antijudaïsme, qu’ils ressortissent à une apologie d’un christianisme aux yeux duquel le judaïsme n’était, au pire, qu’un contre-exemple de la bonne religion, et au mieux, un faire-valoir de la vérité chrétienne. Enfin, le fait que ce texte appartienne à l’époque anglicane de la vie de Newman démontre, s’il en était besoin, qu’au XIXe siècle tout au moins, le catholicisme n’avait pas l’apanage de « l’enseignement du mépris ».

Témoins, aussi, plus près de nous, ces considérations, peu connues, du Maritain des années 1920, encore sous l’influence de Charles Maurras :

 […] un peuple essentiellement messianique comme le peuple juif, dès l’instant qu’il refuse le vrai Messie, jouera fatalement dans le monde un rôle de subversion […] Je n’insiste pas sur le rôle énorme joué par les financiers juifs et par les sionistes dans l’évolution politique du monde pendant la guerre et dans l’élaboration de ce qu’on appelle la paix. De là, la nécessité évidente d’une lutte de salut public contre les sociétés secrètes judéo-maçonniques et contre la finance cosmopolite, de là même la nécessité d’un certain nombre de mesures générales de préservation, qui étaient, à vrai dire, plus aisées à déterminer au temps où la civilisation était officiellement chrétienne [16].

À quoi font écho ces propos, émis du haut de la chaire de vérité, par un important dignitaire de l’Église catholique, en 1939, à l’apogée du fascisme italien et du nazisme allemand :

Il est bien vrai que [l'Église] dut, et non rarement, avec les moyens qu’elle avait à sa disposition, se défendre elle-même, ainsi que ses fidèles, contre de dangereux contacts et l’envahissement des juifs, qui semble être, en vérité, la note héréditaire de ce peuple contre lequel les chrétiens doivent se défendre par tous les moyens [17].

On doit à un religieux franciscain, le P. Agostino Gemelli, alors Recteur de l’Université Catholique et Président de l’Académie Pontificale des Sciences, cette terrible nécrologie antisémite, parue en 1924 dans une revue catholique:

Un juif, professeur d’enseignement secondaire, grand philosophe, grand socialiste, Felice Momigliano, s’est suicidé. Les journalistes invertébrés ont écrit des articles nécrologiques pleurnichards. Mais si, avec le Positivisme, le Socialisme, la Libre Pensée et avec Momigliano, pouvaient mourir tous les Juifs qui poursuivent l’oeuvre des Juifs qui ont crucifié Notre Seigneur, n’est-il pas vrai que le monde s’en trouverait mieux ? Ce serait une libération encore plus complète si, avant de mourir, repentis, ils demandaient l’eau du Baptême [18].

Le même religieux écrivait, en 1939, ces lignes non moins terribles, après la promulgation des lois raciales en Italie :

Tragique, sans doute, et douloureuse est la situation de ceux qui, tant du fait de leur sang qu’en raison de leur religion, ne peuvent faire partie de cette magnifique patrie ; situation tragique dans laquelle nous voyons, une fois de plus, comme en d’autres circonstances au fil des siècles, se réaliser la terrible sentence que le peuple déicide s’est infligée à lui-même, et qui lui vaut d’errer de par le monde, incapable de trouver la paix d’une patrie, tandis que les conséquences de cette horrible faute le poursuivent en tout temps et en tout lieu [19].

Pie XII lui-même avait tellement intériorisé cette conviction qu’au cours d’une allocution au collège des cardinaux, fin 1942, il évoquait

 […] l’amertume qui accablait le cœur du Sauveur et lui faisait verser des larmes à la vue de Jérusalem qui opposait à son invitation et à sa grâce cet aveuglement obstiné et cette ingratitude opiniâtre qui l’[ont] conduite sur la voie de la faute jusqu’au déicide [20].

Beaucoup plus tard, en plein débat conciliaire sur la question du déicide, autour de laquelle se cristallisait l’opposition de la minorité conservatrice, Mgr Carli, évêque de Segni, écrivait, dans la revue du clergé de son diocèse :

Le peuple juif du temps de Jésus, entendu au sens religieux, c’est-à-dire comme collectivité professant la religion de Moïse, fut responsable solidairement du crime de déicide. La Sainte écriture légitime la dénomination qu’on a coutume de donner au judaïsme – entendu comme religion – de réprouvé par Dieu […] Le fait que saint Paul considère encore Israël comme aimé de Dieu (du moins jusqu’à son temps !) n’annule pas la justice ou l’authenticité de la colère de Dieu. Les juifs peuvent-ils être appelés maudits de Dieu ? Il ne s’agit pas d’une malédiction formelle […] On veut seulement manifester (ici) une malédiction objective, c’est-à-dire une situation concrète sur laquelle Dieu exprime son jugement de condamnation et à laquelle une peine est concrètement liée. Une telle situation a été librement acceptée par Israël. Tant que dure cette libre acceptation, l’état de malédiction objective subsiste avec toutes ses conséquences [21].

Enfin, la minorité conciliaire irréductible ayant obtenu que le mot « déicide » (dans la phrase « que jamais le peuple juif ne soit présenté comme un peuple réprouvé ou maudit ou déicide ») ne figure pas dans la version définitive du texte sur les juifs, la presse arabe publia, en guise de communiqué de victoire, cette paraphrase antijuive et antisioniste d’une déclaration du Patriarche Maximos IV :

Le texte modifié reconnaît que l’Église est le peuple élu de Dieu, de sorte que les juifs ne peuvent plus prétendre l’être, ni se réclamer des droits spéciaux de la Terre Sainte; il en ressort que, occupant une partie de cette terre, ils ont agi en usurpateurs et sont considérés comme tels. Les juifs [sic !] [22] ont réussi à obtenir le maintien, dans le projet définitif, du passage les innocentant du « sang du Christ » [c'est-à-dire le déicide], mais le texte ne les décharge pas de leur responsabilité dans la mort du Christ. Il dit, en effet : les dirigeants juifs et leurs partisans ont incité à la mise à mort du Christ. L’interdit qui figurait dans le texte initial empêchant de prêcher que les juifs ont été déicides a été supprimé dans le texte modifié. Les juifs continueront à être marqués de leur crime [23].

On objectera sûrement que ce pénible déballage a cessé après Vatican II. Eh bien, non. Il faudrait un volume entier, voire davantage, pour citer tous les textes, parus depuis le Concile, qui sont dans le ton et l’esprit de l’ancienne attitude polémique à l’égard du peuple juif, de sa foi et de ses coutumes. Un auteur fiable en a déjà dressé une anthologie, brève mais inquiétante [24]. J’ajoute à son dossier les quatre extraits suivants.

Le premier remonte à 1968. Il est dû à un bibliste réputé, dont les ouvrages font encore autorité :

Sur le plan de l’histoire du salut, le peuple juif comme tel a commis une faute spéciale, correspondant à sa mission spéciale, que le Nouveau Testament enseigne clairement et que la théologie chrétienne ne peut méconnaître. Cette faute peut se comparer d’une certaine manière au péché originel : sans engager la responsabilité de chaque descendant, elle le fait hériter de la banqueroute ancestrale. Tout juif pâtit de la ruine qu’a subie son peuple, lorsqu’il s’est refusé, au moment décisif de son histoire […] Tant qu’Israël n’aura pas reconnu son Messie, et repris, grâce à lui, sa vraie place dans le plan du salut, au sein de l’Église, il demeurera inquiet et inquiétera le monde [25].

Le second date de 1992. Il émane d’un spécialiste des origines du christianisme, qui se prévaut de son titre de théologien catholique pour écrire ce qui suit :

Je n’ai pas peur de dire qu’il est dans le destin des juifs de tuer ou d’être tués […] Ceci se vérifie depuis la conquête de la Terre promise par Josué jusqu’à nos jours […] Il entre, en effet, dans la définition du juif d’être tantôt Caïn, qui fait couler le sang d’autrui, et tantôt Abel, la victime qui verse son propre sang. Mais je soulignerai combien la figure qui guide historiquement et irrésistiblement le juif, celle qui signifie et annonce la riposte de l’histoire, c’est bien celle de Caïn [26].

Le troisième est de 1997. Il est dû à un exégète catholique, réputé favorable au peuple juif :

 […] on doit, au mieux de l’interprétation, donner raison à ceux qui pensent que les juifs ayant dépassé les bornes, Dieu a porté son jugement qui les condamne sans appel et deviendra effectif au jour de la « colère » qui ne saurait tarder [27].

Le quatrième, enfin, est de 1998. Il est dû à un exégète protestant réputé, considéré comme un spécialiste de la relecture positive des passages antijudaïques du Nouveau Testament :

De bout en bout, Mt 23 dénonce la scrupuleuse obéissance pharisienne comme la quintessence de l’erreur, comme le sommet de la fraude, puisque, sous le couvert de la minutie elle barre aux hommes l’accès du Royaume des cieux (23, 13). « Que reste-t-il à Israël enfermé dans son refus ? », demande Simon Légasse [28] […] « La réponse est parfaitement claire: rien d’autre que la damnation ». La damnation tombera sous la forme d’une auto-condamnation des foules jérusalémites lors de la Passion (27, 25) [29].

De 1968 à 1998 : trente années ! Trente ans au cours desquels des dizaines de textes, élaborés par des théologiens et des historiens spécialisés et promulgués officiellement par des commissions épiscopales et par les plus hautes instances de l’Église, ont apporté une contribution extrêmement positive à la répudiation d’un « enseignement du mépris » qui diabolisait les juifs, leur religion et leurs coutumes, ou les traitait avec condescendance. Trente ans d’efforts pour promouvoir un « enseignement de l’estime », seul susceptible de faire que se dessillent les yeux des chrétiens qui ne le sont pas que de nom, en sorte qu’ils puissent enfin poser sur leurs frères et sœurs d’Israël un « nouveau regard » étonné par ce qu’il découvre, en eux et dans leurs traditions, de beautés, de qualités et de richesses spirituelles, culturelles et humaines. Trente ans, et toujours des propos aussi regrettables !

En parler irrite : j’en ai maintes fois fait l’expérience. Ceux qui estiment que je verse dans un pessimisme de mauvais aloi se font rassurants et m’expliquent qu’il s’agit d’opinions marginales. Ce n’est pas mon avis. J’estime, au contraire, qu’elles ne sont que la partie émergée de l’iceberg et que leur socle idéologique est solidement et profondément enfoui dans l’inconscient religieux collectif. Ce qui affleure çà et là, sous la forme des autojustifications dont il sera largement question plus loin, constitue, pour les chrétiens convaincus de « leur propre justice », une tentation toujours renaissante. Dans leur zèle mal éclairé pour la justification et la glorification systématiques de leur institution, ils en réécrivent l’histoire, parfois au mépris de la réalité des faits, augmentant ainsi la défiance, souvent injuste, que suscite cette Église chez beaucoup de fidèles, et le mépris qu’elle inspire aux mal-croyants.

Ce labeur inutile, contreproductif et générateur de scandale, ne contribue en rien à l’honneur de l’Église. D’autant qu’une autre voie est possible et préférable, outre qu’elle est traditionnelle et a fait ses preuves au fil des siècles : celle du repentir et de l’humble reconnaissance de ses fautes. Depuis le roi David reconnaissant publiquement son grave péché (Ps 51, 5-6), jusqu’aux saints, dont l’humilité était telle, qu’ils se considéraient comme pécheurs, c’est le même état d’esprit qui non seulement désarme les accusateurs et est agréable à Dieu, mais qui gagne les cœurs.

La mise au point qui fait l’objet des chapitres qui suivent voudrait s’inscrire dans cette ligne et participer de son esprit.



[1] Savant français qui fut le premier à enseigner la physique expérimentale.

[2] Historien de métier et inspecteur général de l’enseignement de l’histoire au ministère de l’Éducation nationale, Jules Marx Isaac, juif français (1877-1963), horrifié par la persécution antijuive nazie (sa femme, sa fille et son gendre périrent dans les camps d’extermination), consacra le reste de son existence à étudier et à dénoncer les racines chrétiennes de l’antisémitisme et à prôner un redressement radical de l’enseignement de l’Église concernant le peuple juif. Très mal perçu au début et contesté dans ses analyses, réputées incompétentes, du Nouveau Testament – dont il affirmait que l’enseignement antijudaïque était à la racine de l’antisémitisme chrétien –, il parvint à se faire entendre de certains chrétiens et même du pape Jean XXIII, qui accorda une attention bienveillante à son vibrant plaidoyer en faveur d’une prise de position positive explicite de l’Église envers le peuple juif, et d’une rectification de son enseignement antijudaïque traditionnel. Il fut à l’origine du discrédit croissant de conceptions erronées, telle l’accusation de « déicide », et de l’abolition de la formule « Pro perfidis Iudaeis », dans la liturgie du Vendredi Saint. Et il ne fait guère de doute que son action fut pour quelque chose dans la décision prise par l’autorité suprême de l’Église de traiter des juifs au Concile Vatican II. Principaux ouvrages : Jésus et Israël, Fasquelle, Paris, 1948, Grasset, 1970 ; Genèse de l’antisémitisme, Calmann-Lévy, Paris, 1956 ; L’enseignement du mépris, Fasquelle, Paris, 1962, Grasset, 2004.

[3] Voir le Discours prononcé lors des commémorations de la Rafle du Vel’d'Hiv’, le 16 juillet 1995, par le Président de la République française, Jacques Chirac.

[4] « Comme le disaient les anciens, l’histoire est Magistra vitae, maîtresse de vie. C’est pour cela que nous devons être décidés à guérir les blessures du passé, afin qu’elles ne s’ouvrent plus. Nous devons oeuvrer pour une nouvelle ère de réconciliation et de paix entre les juifs et les chrétiens […]. » (Discours de Jean-Paul II au Président de l’État d’Israël, le 23 mars 2000, en ligne sur le site du Vatican.

[5] « Accepter le poids de l’Histoire » est le titre d’une déclaration commune, en forme de confession de culpabilité, publiée par les Conférences épiscopales d’Allemagne fédérale, d’Autriche et de Berlin, le 20 octobre 1989.

[6] Paul dit le contraire : « Je demande donc: Dieu aurait-il rejeté son peuple? Jamais de la vie ! Dieu n’a pas rejeté le peuple que d’avance il a discerné » (Rm 11, 1-2). Et encore : « Ennemis, il est vrai, selon l’Évangile à cause de vous, ils sont, selon l’élection, chéris à cause de leurs pères. Car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance [= irréversibles] » (Rm 11, 27-28).

[7] Une fois encore, Paul dit le contraire : « eux qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses » (Rm 9, 4).

[8] Dans la Déclaration Nostra Aetate, § 4.

[9] « La première dimension de ce dialogue, à savoir la rencontre entre le peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance, jamais révoquée par Dieu (Rm 11, 29), et celui de la Nouvelle Alliance, est en même temps un dialogue interne à notre Église. » (Discours de Jean-Paul II aux représentants de la communauté juive allemande, Mayence, 17 novembre 1980).

[10] Position défendue, entre autres, par J. Stern, « Le peuple de l’Alliance non dénoncée, l’Église et les nations », Euntes docete, Rome, 1993, p. 325-348 ; Emmanuelle Main, « Ancienne et Nouvelle Alliance dans le dessein de Dieu. À propos d’un article récent », dans Nouvelle Revue théologique, 118, Bruxelles, 1996, p. 34-58 ; B. de Margerie, « ”L’Ancienne Alliance n’a jamais été révoquée” », dans Revue Thomiste, 1987, p. 203-241 ; N. Lohfink, Der niemals gekündigte Bund. Exegetische Gedanken zum christlich-jüdischen Dialog, Freiburg, Herder 1989 ; etc.

[11] Par exemple : « En disant : Alliance nouvelle, il rend vieille la première. Or, ce qui est vieilli et vétuste est près de disparaître » (He 8, 13).

[12] Ce fut le cas, il y a une quinzaine d’années, d’un article d’A. Vanhoye, « Salut universel par le Christ et validité de l’Ancienne Alliance », Nouvelle Revue théologique, 116, Bruxelles 1994, p. 815-835, auquel je me suis opposé énergiquement : M.R. Macina, « Caducité ou irrévocabilité de la première Alliance dans le Nouveau Testament ? A propos de la «formule de Mayence », Istina, XLI (1996), Paris, p. 347-400.

[13] « Ils sont les dépositaires des livres où le chrétien trouve le fondement le plus solide de sa foi. Ils sont nos [bibliothécaires] : ils ressemblent à ces serviteurs qui portent des livres derrière leurs maîtres: ceux-ci les lisent à leur profit: ceux-là les portent sans autre bénéfice que d’en être chargés. Tel est l’opprobre infligé aux Juifs […] ». Cité d’après Augustin, Discours sur les psaumes, I, du psaume 1 au psaume 80, Cerf, coll. « Sagesses chrétiennes », Paris, 2007, p. 969.

[14] John Henri, Cardinal Newman, Les Ariens du quatrième siècle, traduit de l’anglais par P. Veyriras et M. Durand, Téqui, Paris, 1988, p. 38-39.

[15] Op. cit., p. 38.

[16] Texte paru, sous le titre « À propos de la “question juive” », dans La Vie spirituelle, II, n° 4, de juillet 1921. Cité d’après Pierre-Vidal Naquet (éd.), Jacques Maritain, L’impossible antisémitisme, précédé de Jacques Maritain et les Juifs. Réflexions sur un parcours, Desclée de Brouwer, Paris, 1994, p. 62-63.

[17] Homélie du Cardinal Piazza, patriarche de Venise, prononcée le 6 janvier 1939.

[18] A. Gemelli, Il suicidio di Felice Momigliano, in Vita e pensiero, X, XV (1925). Voir Roberto Finzi, L’ antisemitismo. Dal pregiudizio contro gli ebrei ai campi di sterminio, Giunti, Firenze, 1997.

[19] Cité dans Renzo De Felice, Storia degli ebrei italiani sotto il fascismo, Torino, Einaudi, 1993, p. 325.

[20] « […] il rammarico che gravava sul cuore del Salvatore e gli faceva versare lacrime alla vista di Gerusalemme, la quale al suo invito e alla sua grazia opponeva quell’accecamento ostinato e quella pervicace sconoscenza, che la condussero lungo il cammino della colpa, fino al deicidio. », Voir : « Discorso di sua Santità Pio XII al Sacro Collegio alla vigilia del Santo Natale », jeudi, 24 décembre 1942.

[21] Palestra del Clero, n° 44, 15 février 1965, p. 196, cité par René Laurentin, L’Église et les juifs à Vatican II, Casterman, Paris, 1967, p. 111. Pour l’objectivité, il convient de préciser que le cardinal Bea, responsable du schéma de Iudaeis, réfuta énergiquement les thèses du prélat italien; voir Cardinal Bea, « Il popolo ebraico nel piano divino » (le peuple juif dans le plan divin), article paru dans Civiltà Cattolica, IV, Rome, 1965, p. 210-213, 216, 223. Voir aussi : Augustin Cardinal Bea, L’Église et le peuple juif, Cerf, Paris, 1967.

[22] Lapsus révélateur de l’impact de la théorie du « complot juif » ou « judéo-maçonnique », qui voit la « puissance occulte juive » à l’œuvre derrière tout événement censé profiter à la « juiverie internationale ». Car – faut-il le rappeler ? – ce ne sont pas les juifs qui ont adopté le texte définitif de la Déclaration Nostra Aetate § 4, mais les Pères conciliaires, par 2.221 votes favorables contre 88 négatifs. Il n’empêche, pour l’imaginaire antisémite chrétien, aggravé, dans ce cas d’espèce, par l’antisionisme arabe, il est bien évident que les juifs ont été à l’origine de ce texte, élaboré et promu par leurs « séides philosémites catholiques ».

[23] Journal L’Orient, Beyrouth, 24 octobre 1965. Voici la traduction exacte du communiqué officiel du patriarche: « Les juifs ont exploité quelques expressions de l’ancien projet pour se déclarer innocents du sang du Christ. Dans le texte nouveau il est parlé clairement de leurs responsabilités dans le crime de meurtre [sic]. Le texte dit : “les dirigeants juifs et leurs partisans ont incité à la mort du Christ” ». Suppléons la suite du raisonnement implicite: or, le Christ est Dieu : donc les juifs sont déicides.

[24] Michel Remaud, Chrétiens devant Israël serviteur de Dieu, Cerf, Paris, 1983, 2e éd.: Israël serviteur de Dieu, CCEJ – Ratisbonne, Jérusalem, 1996.

[25] Pierre Benoît, Exégèse et théologie, vol. III, Cerf, Paris, 1968, p. 420 et 440.

[26] André Paul, Leçons paradoxales sur les juifs et les chrétiens, Desclée de Brouwer, Paris, 1992, p. 196-197.

[27] Simon Légasse, « Paul et les juifs d’après 1 Thessaloniciens 2, 13-16 », Revue Biblique n° 4, octobre 1997, p. 589. Par souci d’honnêteté intellectuelle, je précise que le contexte de son article, qu’il serait trop long de citer ici, rend difficile de trancher la question de savoir s’il faut comprendre ce texte comme exprimant le jugement de l’auteur sur le peuple juif, ou comme résumant maladroitement celui du rédacteur de l’épître concernée.

[28] Simon Légasse, « L’ "antijudaïsme" dans l’évangile selon Matthieu », dans M. Didier (éd.), L’Évangile selon Matthieu. Rédaction et théologie, Biblioteca Ephemeridum Theologicarum Lovaniensium, 29, Gembloux, Duculot, 1972, p. 417-428.

[29] Daniel Marguerat, « Quand Jésus fait le procès des juifs. Matthieu 23 et l’antijudaïsme », in A. Marchadour (dir.), Procès de Jésus, procès des juifs ? Éclairage biblique et historique, Lectio divina, hors série, Cerf, Paris, 1998, p. 104. Contrairement à la nuance que j’ai tenu à apporter aux expressions de Légasse, dans la note précédente, le texte et le contexte de celles de Marguerat, qui cite d’ailleurs un autre article de son collègue, semblent bien exprimer la pensée de l’exégète.

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