18. Une supplique restée sans réponse: Jacques Maritain, le Pape Pie XII et l’Holocauste

 

Auteur: Michael R. Marrus *

Professeur émérite d’histoire de l’Holocauste, Université de Toronto

* Membre de l’Ordre du Canada, Michael Marrus jouit d’une renommée internationale pour sa contribution à l’étude de l’histoire de l’Europe moderne et de l’antisémitisme (voir, entre autres ouvrages, Vichy et les Juifs, en collaboration avec Robert O. Paxton, Calmann-Lévy, 1981 ; The Nazi Holocaust: Historical Articles on the Destruction of European Jews, 9 vol., 1989; L’Holocauste dans l’Histoire, Flammarion, 1994). Par ses enseignements et ses travaux de recherche, il a contribué à développer le savoir universitaire en matière d’histoire, et sur les causes et les conséquences de l’Holocauste. Auteur de plusieurs ouvrages primés, il a été membre de l’International Catholic-Jewish Historical Commission chargée d’examiner le rôle du Vatican durant l’Holocauste.

Professeur à l’Université de Toronto, il a été le premier à occuper la chaire d’études Chancellor Rose and Ray Wolfe sur l’Holocauste.

 (D’après le site du Gouverneur Général du Canada, 30 octobre 2009).

 

Parfois, comme le sait tout historien, un nouvel élément venant de l’extérieur d’un débat historiographique apparemment improductif, peut mettre des positions solidement établies dans un relief saisissant, poser de nouvelles questions, voire faire progresser notre compréhension [1]. Comme je le suggérerai dans cet article, c’est le cas d’une lettre écrite à l’été 1946 par le célèbre philosophe Jacques Maritain, alors qu’il était ambassadeur de France près le Saint-Siège ; son thème, qui pourrait certainement ouvrir de nouvelles perspectives : le pape Pie XII, l’antisémitisme et l’Holocauste. Plus précisément, écrivant à son ami et partenaire de longue date, Jean-Baptiste Montini, le futur pape Paul VI, qui était alors Substitut à la Secrétairerie d’État – en fait le chef d’État-major du pape – Maritain adressa à Pie XII une supplique pour qu’il fasse une déclaration solennelle dénonçant le grand fléau de l’antisémitisme dans le contexte de la destruction par les Nazis de la population juive européenne et la large connivence des catholiques avec ces événements. Le résultat fut décevant pour Maritain et ce pour des raisons qui avaient à voir avec la manière dont ces choses étaient comprises au Vatican à cette époque. Dans les pages qui suivent nous écouterons les parties parler pour elles-mêmes, je proposerai ensuite quelques commentaires de mon cru.

Un mot, pour commencer, sur Jacques Maritain et l’arrière-plan de son appel. Né en 1882, Maritain n’était pas seulement l’un des principaux penseurs catholiques de son temps et un éminent spécialiste de saint Thomas d’Aquin, il était aussi, en 1946, l’un des laïcs les plus influents du monde catholique de l’après-guerre. En tant qu’Ambassadeur de France, Maritain était profondément respecté en raison de sa collaboration avec le Général Charles De Gaulle et la Résistance française, et il jouait alors un rôle important dans l’évolution de la Démocratie Chrétienne en France et en Italie.

La Seconde Guerre mondiale, contexte incontournable de cet épisode, plaça Jacques Maritain au centre de la scène mondiale en matière de pensée et de politique catholiques. Au cours de ces années, comme l’a exprimé plus tard Raymond Aron, Maritain devint « l’une des voix de la conscience des Français à l’extérieur de la France » [2]. A l’été de 1940, quand commença l’épreuve de la France sous domination nazie, Maritain était au Canada, où il enseignait à l’Institut Pontifical d’Études Médiévales de Toronto, comme il l’avait fait durant six ans ; il utilisait cette base canadienne pour donner des conférences dans diverses universités américaines. Avec l’effondrement des armées françaises et la mise en place du régime collaborationniste de Vichy, Maritain défia la politique défaitiste du chef de l’État français, le maréchal Philippe Pétain, malgré l’appui ostentatoire de ce dernier aux institutions de l’Église catholique. Il s’installa à New York et, selon les termes de Bernard Doering, professeur notoire [aujourd’hui émérite] de l’Université de Notre Dame, « il devint une sorte d’ambassadeur de France sans « portefeuille », qui jouissait d’un prestige et d’une influence beaucoup plus grands que ceux de l’ambassadeur de Vichy à Washington » [3]. Maritain s’engagea activement dans des activités de sauvetage visant à faire venir de France en Amérique des universitaires persécutés et menacés, dont beaucoup étaient juifs. Il contribua à la fondation de l’École Libre des Hautes Études, une sorte d’université en exil, qui était en même temps le centre de la résistance gaulliste aux États-Unis. Quoiqu’il ait respectueusement refusé d’être membre du Comité National Français de De Gaulle en 1942 (probablement parce que les États-Unis, à l’époque, reconnaissaient le Général Giraud comme étant le dirigeant français), il resta, du sein de l’université, étroitement associé au camp gaulliste. Et quand la France Libre fut finalement instaurée à Paris, à l’automne 1944, il revint en France pour travailler au ministère français des Affaires étrangères, sous les ordres de son ami, le dirigeant chrétien démocrate Georges Bidault, ancien chef du réseau qui chapeautait le Conseil National de la Résistance.

Après quelques semaines, tant Bidault que De Gaulle convainquirent Maritain, jusque là réticent, d’accepter le poste d’ambassadeur près le Saint-Siège. Pour ceux qui avaient combattu le régime de Vichy, il était impératif de remplacer Léon Bérard, le délégué de Pétain auprès du Pape, qui occupait cette fonction depuis 1940. De plus, il était particulièrement important pour Paris de renforcer les relations françaises avec le Vatican, étant donné que le nouveau gouvernement français avait l’intention d’expurger l’épiscopat de beaucoup d’hommes d’Église français de haut rang qui s’étaient compromis durant la période de l’Occupation allemande. Du point de vue des nouvelles autorités de Paris, Maritain était sans conteste l’homme idoine pour ce poste – fervent républicain et partenaire de De Gaulle, mais catholique affiché et tenu en haute estime par l’institution auprès de laquelle il serait accrédité.

Lié à des juifs du fait de ses activités de résistance et de sauvetage, Maritain avait réfléchi sur le judaïsme pendant de nombreuses années, et ce depuis le temps de ses études à l’époque de l’Affaire Dreyfus, lorsque, comme protestant, il avait collaboré avec Charles Péguy, Henri Bergson, et Léon Bloy – qui avaient chacun beaucoup à dire sur le peuple juif [4]. Par sa femme juive, Raissa Oumansoff, qui, avec lui, se convertit au catholicisme romain en 1906, Maritain resta étroitement associé à une famille et à des traditions juives, ainsi qu’à l’héritage intellectuel d’un catholique écrivant sur ce sujet en France [Léon Bloy]. Auteur, en 1937, d’un article séminal intitulé « L’impossible antisémitisme » [5], Maritain attaqua dans ses écrits et ses conférences la vague antijuive montante de l’époque, et spécialement la tendance des fascistes et des tenants de l’extrême droite à assimiler les juifs au communisme et à la révolution. Durant les années de guerre, il continua à dénoncer les idées de base de l’antisémitisme. Selon lui, les juifs avaient un rôle vital à jouer dans l’histoire du monde. Le fascisme, estimait-il, avait singularisé les juifs, parce qu’ils étaient les annonciateurs du christianisme : « Le fait central et sans doute le plus significatif du point de vue de la philosophie de l’histoire et du destin du genre humain », déclara-t-il au cours d’une émission de la France Libre en 1944, « est que, de nos jours, la passion d’Israël prend de plus en plus distinctement la forme d’une croix. Juifs et chrétiens sont persécutés ensemble et par les mêmes ennemis : les chrétiens parce qu’ils sont les fidèles du Christ, et les juifs parce qu’ils ont donné le Christ au monde [6] ». Du fait que ces idées étaient étroitement liées à sa conception du catholicisme, la voix de Maritain fut l’une des expressions prophétiques au sein du monde catholique, qui pointait vers le Deuxième Concile du Vatican au milieu des années 1960, avec sa radicale transformation des vues catholiques sur les juifs et le peuple juif [7].

L’interlocuteur de Maritain dans l’échange que nous allons examiner fut son vieil ami Monseigneur Jean-Baptiste Montini, le subordonné du Cardinal Secrétaire d’État Luigi Maglione, et surtout après la mort de ce dernier en août 1944, l’un des plus proches assistants d’Eugenio Pacelli, le Pape Pie XII [8]. De quelque quinze ans plus jeune que Maritain, Montini considérait le philosophe français, son professeur et célèbre interprète de Thomas d’Aquin, comme l’un des promoteurs-clé d’une réponse catholique au défi de la modernité. Aumônier d’une fédération d’étudiants catholiques, au milieu des années 1920, Montini rencontra pour la première fois Maritain à Paris quand le philosophe enseignait à l’Institut catholique. Montini encouragea la traduction en italien de l’un des ouvrages de Maritain [Primauté du spirituel (Paris, 1927)], et fit connaître sa pensée thomiste à son cercle d’intellectuels catholiques dans l’Italie de Mussolini [9]. Le prêtre italien demeura un défenseur de la philosophie de Maritain, en Italie, au cours des années 1930, quand les affrontements entre l’Église et le fascisme s’intensifiaient, et quand, en 1937, il entra à la Curie Papale comme Substitut. (Beaucoup plus tard, apparemment, alors même qu’il était le pape Paul VI, Montini évoquait Maritain en l’appelant « mio maestro » [mon maître].) L’un et l’autre avaient d’importants engagements communs – à l’égard de la philosophie thomiste, à laquelle ils s’étaient consacrés durant plus de deux décennies, mais aussi à l’égard de l’effort visant à restaurer l’autorité spirituelle de l’Église Catholique, qu’ils espéraient, dans la période d’après-guerre, dissocier de l’appareil des États [10]. Perçus comme étroitement associés, tant l’Ambassadeur que l’assistant du pape firent l’objet d’attaques de la part de la droite catholique, en 1946, en partie du fait de la promotion antérieure, par Maritain, de la doctrine de « l’humanisme intégral » – alors considérée comme aventureuse sur le plan culturel –, et probablement à cause de son adhésion étroite à la détermination de De Gaulle de traiter avec sévérité l’Allemagne vaincue [11].

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La lettre de Maritain à Montini est datée du 12 juillet 1946, soit deux mois après qu’il ait présenté ses lettres de créance en tant qu’ambassadeur. Et bien que la lettre fût adressée à son disciple Montini, c’est, à l’évidence, à son supérieur que son message était destiné. Maritain écrivait, disait-il à Montini, en tant qu’ami et non en tant qu’ambassadeur, « pour lui parler d’une supplique que [son] cœur de catholique se sent[ait] intérieurement pressé de déposer aux pieds du Saint-Père, avec [ses] sentiments de filiale et profonde dévotion. » [12]

Voilà bien des années, rappelait à Montini le diplomate Maritain fraîchement intronisé, qu’il était frappé de la haine la plus sauvage dirigée contre « Israël ». Le Nazisme n’avait fait que porter l’ancienne campagne à de nouveaux niveaux d’atrocité. « Pendant la [récente] guerre six millions de Juifs ont été liquidés », écrivait-il, « des milliers d’enfants juifs ont été massacrés, des milliers d’autres arrachés à leur famille et dépouillés de leur identité […] le nazisme a proclamé la nécessité d’exterminer les Juifs de la face de la terre (c’est le seul peuple qu’il ait voulu ainsi exterminer comme peuple) […] » (les italiques sont de Maritain). « Parmi tant d’autres crimes qui ont ravagé et avili l’humanité », poursuivait-il, il s’agissait d’ « une tragédie mystérieuse » qui exprimait une « haine contre le Christ », visant, comme elle l’a fait, « le peuple qui a donné au monde Moïse et les prophètes et dont le Christ est sorti […] ».

Maritain évoquait ensuite « l’inlassable charité avec laquelle le Saint-Père s’est efforcé par tous les moyens de sauver et protéger les persécutés », et « les condamnations qu’il a portées contre le racisme, [qui] lui ont attiré la juste gratitude des Juifs et de tous ceux dans lesquels vit encore la caritas humani generis [l’amour du genre humain] ». « Cependant » – et c’était évidemment l’objet fondamental de cette lettre – « ce dont Juifs et Chrétiens ont aussi et par-dessus tout besoin [dans cette conjoncture], c’est qu’une voix, — la voix paternelle, la Voix par excellence, celle du Vicaire de Jésus-Christ, dise au monde la Vérité et lui apporte la lumière sur cette tragédie. » [« Il y a eu à ce sujet, permettez-moi de vous le dire, une grande souffrance de par le monde. »]

Maritain reconnaissait que, durant la guerre, « pour des raisons d’une sagesse et d’une bonté supérieures, et afin de ne pas risquer d’exaspérer encore la persécution, et de ne pas provoquer des obstacles insurmontables à l’action de sauvetage qu’Il poursuivait, le Saint-Père [s’était] abstenu de parler directement des Juifs et d’appeler directement et solennellement l’attention de l’univers sur le drame d’iniquité qui se déroulait à leur sujet. » « Mais », interrogeait-il, « maintenant que le nazisme a été vaincu, et que les circonstances ont changé, n’est-il pas permis, et c’est là l’objet de cette lettre, de transmettre à Sa Sainteté l’appel de tant d’âmes angoissées, et de La supplier de faire entendre sa parole ? »

Et Maritain de poursuivre en plaidant auprès de Montini que le temps était vraiment mûr. « Il me semble, – que Votre Excellence ne voie aucune présomption dans ce que je Lui écris ainsi en toute humilité –, il me semble que le moment pour une telle déclaration souveraine de la pensée de l’Église serait particulièrement opportun. » On est frappé du fait que l’une des raisons invoquées a trait aux juifs eux-mêmes : « la conscience d’Israël est profondément troublée », notait Maritain, « [et] beaucoup de Juifs sentent intérieurement l’attrait de la grâce du Christ, et la parole du Pape éveillerait sûrement en eux des échos d’une exceptionnelle importance ». Et, d’autre part, observait-il, « la psychose antisémite ne s’est pas évanouie, au contraire on voit partout en Amérique comme en Europe, l’antisémitisme se répandre dans bien des couches de la population, comme si les poisons issus du racisme nazi continuaient de faire leur œuvre […] »

Cet appel, disait Maritain, était « urgent ». Il évoquait « la part que beaucoup de catholiques ont eue dans le développement de l’antisémitisme, soit dans le passé, soit récemment». Une proclamation comme celle qu’il proposait, de « la vraie pensée de l’Église serait, en même temps qu’une œuvre d’illumination frappant une erreur néfaste et cruelle, une œuvre de justice et de réparation. » Finalement soulignait Maritain, c’est « comme catholique et comme fils humblement dévoué de Sa Sainteté, et comme philosophe chrétien », qu’il avait rédigé cette supplique, et « pris la liberté d’écrire […] »

Le 16 juillet, quatre jours après avoir écrit à Montini, Maritain était reçu en audience par le Pape. Apparemment informé de la requête de son ambassadeur, Pie XII décida de ne rien faire. Il dit à Maritain qu’il « avait déjà parlé en recevant une délégation juive » [13]. Il n’était pas question, apparemment, de répéter ce qui avait déjà été dit en cette occasion. Maritain rencontra Montini le 19 et exprima sa déception. Les choses en restèrent là. Ensuite, soit Maritain prit la peine de rechercher le texte de l’allocution à la délégation juive, soit le pape lui en donna copie – nous le savons parce que, comme nous le verrons plus loin, trois jours plus tard, il mentionna la déclaration dans sa réponse aux auteurs d’une requête. Il est logique de se référer ici aux remarques du pape, puisque Pie XII lui-même les considérait comme une réponse appropriée au type de préoccupations que Maritain avait exprimées.

Pie XII avait prononcé l’allocution en question le 29 novembre 1945, devant un public de soixante-dix réfugiés juifs rescapés des camps de concentration, qui avaient sollicité « le très grand honneur de remercier personnellement le Saint-Père pour la générosité qu’il leur avait témoignée, lorsqu’ils furent persécutés durant la terrible période du nazi-fascisme » [14]. Formulé selon la rhétorique extrêmement apologétique et alambiquée de l’époque, le discours de Pie XII parut dans le quotidien du Vatican, L’Osservatore Romano, du lendemain. « Votre présence, Messieurs, Nous semble un éloquent reflet des transformations psychologiques et des orientations nouvelles que le conflit mondial a, sous différents aspects, fait mûrir dans le monde », commença-t-il. Puis il fit mention des « abîmes de la discorde, de la haine et de la folie de la persécution, qui, sous l’influence de doctrines erronées et intolérantes, en opposition avec l’esprit noblement humain et vraiment chrétien, ont englouti d’innombrables victimes innocentes, même parmi celles qui n’avaient eu aucune part active aux événements de la guerre. »

Le Pape glissa soigneusement dans son discours quelques discrètes allusions à ce qui séparait ses auditeurs juifs de la foi catholique. « Le Siège apostolique reste fidèle aux principes éternels qui rayonnent de la loi, écrite par Dieu au cœur de chaque homme, qui resplendissent dans la révélation divine du Sinaï et qui ont trouvé leur perfection dans le Sermon de la Montagne, et [il] n’a jamais, fût-ce aux moments les plus critiques, laissé [planer] le moindre doute [quant à] ses maximes et [à leur application…] ». Pie XII se sentait conforté par l’appréciation de la charité de l’Église, qu’exprimait la démarche de la délégation. « Votre présence ici », dit-il, « veut être un témoignage intime de gratitude de la part d’hommes et de femmes qui, en des temps angoissants pour eux et souvent même sous la menace d’un péril de mort imminent, ont expérimenté comment l’Église catholique et ses vrais disciples savent, dans l’exercice de la charité, s’élever au-dessus de toutes les limites étroites et arbitraires créées par l’égoïsme humain et par les passions raciales. » Le Pape faisait preuve de circonspection quant à l’implication politique de ses propos. « Sans doute, en un monde qui, peu à peu seulement et en luttant contre de nombreux obstacles, doit aborder et résoudre les multiples problèmes qui sont le douloureux héritage de la guerre, l’Église, consciente de sa mission religieuse, ne peut que maintenir une sage réserve en présence des différentes questions, en tant qu’elles sont de caractère purement politique et territorial. Toutefois, cela n’empêche pas que, en proclamant les grands principes d’une vraie humanité et fraternité, elle établisse les bases et les présupposés sûrs pour la solution de ces mêmes problèmes selon la justice et l’équité. »

En conclusion, Pie XII profita de l’occasion pour exposer tant sa propre compréhension de ce que les survivants de l’Holocauste ressentaient, que le rôle de l’Église catholique dans ce processus : « Vous avez éprouvé dans vos propres personnes les dommages et les morsures de la haine ; mais au milieu de vos angoisses, vous avez également senti les bienfaits et les délicatesses de l’amour, de cet amour qui ne se nourrit point de motifs terrestres, mais d’une foi profonde dans le Père céleste, dont le soleil resplendit sur tous les hommes, quelles que soient leur langue et leur race, et dont la grâce est ouverte à tous ceux qui cherchent le Seigneur en esprit et en vérité. »

*

Je terminerai cet examen par cinq observations concernant cet épisode, son contexte, et les conclusions qui peuvent en être tirées.

Tout d’abord, en ce qui concerne l’historiographie, j’espère qu’il est évident que la reconstruction des attitudes du temps de guerre à l’égard de l’Holocauste peut tirer bénéfice d’un coup d’œil sur la période d’après-guerre. Les problèmes afférents à l’Holocauste ont modelé les attitudes et les prises de décision de la période postérieure à 1945, et les historiens doivent en tenir compte. Bien que le matériau discuté dans cet article, ne soit pas examiné dans les Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde guerre mondiale, la publication officielle par le Vatican de ses archives du temps de guerre, je pense qu’il est clair que les positions et les observations de Maritain, ainsi que le point de vue du Pape, peuvent nous aider à comprendre les actes et les mentalités de la période antérieure. Ceux qui étudient l’époque de l’Holocauste tireront certainement bénéfice de travaux récents, tels ceux de Michael Phayer, David Alvarez et Peter Kent, précisément parce qu’ils ne sont pas liés par le cadre chronologique de la Seconde Guerre mondiale [15].

Deuxièmement, un examen du matériau présenté ici met en relief la nécessité, qu’ont les historiens, d’être attentifs au langage et d’avoir tout particulièrement présent à l’esprit le discours catholique d’une période plus ancienne, qui était la manière de parler de l’époque, et le fait que les mots employés sont susceptibles d’être compris de manières variées. En effet, pratiquement aucune des personnes dont les propos sont étudiés ici ne parle notre langage ; chacun de ces mots provient d’une convention langagière particulière que l’historien doit garder présente à l’esprit dans son entreprise d’analyse. L’appel de Maritain à une déclaration papale est assez clair, bien sûr. Mais comment pouvons-nous nous situer par rapport à l’allusion qu’il fait à « l’inlassable charité avec laquelle le Saint-Père s’est efforcé par tous les moyens de sauver et protéger les persécutés » ? Était-ce un jugement réfléchi qui se voulait un résumé exact des efforts du pape du temps de guerre, ou était-ce une appréciation conventionnelle de la position globale et des bonnes intentions générales du Saint-Siège ? Selon notre perception, s’efforcer d’expliquer, comme l’a fait Pie XII, aux survivants de l’Holocauste, la « grande bienveillance de l’Église », et leur rappeler qu’ « au milieu de [leurs] angoisses », ils ont « senti les bienfaits et les délicatesses de l’amour », serait une impardonnable arrogance si ces propos étaient émis aujourd’hui. Ce discours était-il compris à l’époque comme la hautaine et paternaliste condescendance que nous pourrions y percevoir aujourd’hui ? Ou bien était-il inséparable du style conventionnel du Vatican – une attitude (sans parler de la prolixité d’expression) adoptée non seulement pour des thèmes juifs mais pour pratiquement tout ce dont le Saint-Siège parlait publiquement ?

Troisièmement, il est important de réfléchir à la profonde tristesse de Maritain suite au refus du Pape d’accepter ses suggestions sur le problème juif. Bien que la chose soit susceptible d’interprétation, il semble y avoir peu de doute sur l’émotion et la sincérité de la lettre de Maritain à Montini, et sur ses espoirs d’une réponse positive. Il existe un contexte pertinent supplémentaire sur ce point. Au moment même où Maritain émettait sa supplique concernant les juifs, il apprenait que de nouveaux déchaînements d’antisémitisme s’étaient produits en Europe de l’est, et avaient atteint leur apogée dans l’atroce explosion de violence de la ville polonaise de Kielce, le 4 juillet 1946. Juste avant la lettre du 12 juillet écrite par Maritain à Montini, la presse occidentale avait relaté ces événements, en mentionnant la perte choquante de vies juives, ainsi que les accusations de meurtre rituel et la complicité d’évêques polonais. Le Monde relaya l’affaire les 7 et 8 juillet, et le New York Times fit de même le 11. Le 16 juillet, le jour où Maritain rencontrait le Pape, Maritain recevait un appel du Jewish Labor Committee de New York, déplorant le silence de l’Église catholique et pressant le philosophe de dénoncer ces atrocités [16].

Maritain répondit avec empathie trois jours plus tard, soit le 19 juillet [17].

Ce jour-là, l’esprit entièrement occupé par les terribles événements de Pologne, Maritain rencontra Montini et donna, une fois de plus, libre cours à sa frustration, comme on peut le lire dans son journal :

« Visite à Mgr Montini. Je lui parle des juifs et de l’antisémitisme. Le Saint Père ne les a jamais nommés [en italiques dans l’original]. Conscience catholique empoisonnée, il faut l’éclairer. Article de l’O[sservatore] R[omano] d’hier sur le “prétexte” de Kielce, où le pogrom de Kielce est déclaré non racial !! (sic, en italiques dans l’original). » [18]

A la suite de cet incident, Maritain continua à plaider la cause des juifs au Vatican. Un mois après ces événements, il écrivit à Montini en se focalisant sur ce qu’il ressentait comme la responsabilité collective des Allemands pour les crimes génocidaires du Nazisme [19]. Il pressa Montini de s’occuper de la prière pro perfidis Judaeis de la liturgie du Vendredi Saint [20]. Mais Pie XII ne fut pas plus réceptif. « Il ne veut pas traiter de la question du “mystère d’Israël” », notait l’Ambassadeur dans son journal, en février 1948 [21]. En conséquence de quoi, peut-être, Maritain perdit de plus en plus ses illusions concernant sa fonction. Il rêvait de revenir à l’enseignement, dit-il à son disciple Yves Simon ; il demanda à Bidault de lui « rendre [sa] liberté» [22]. Quand il démissionna finalement, au printemps de 1948, il confia à son ami [l’abbé] Charles Journet « l’ambivalence déchirante de [ses] sentiments » : une « affection croissante pour la personne du Pape », d’une part, mais une « déception croissante à l’égard de son action », d’autre part [23].

Quatrièmement, pour une raison quelconque, le Vatican ne voulait pas répondre positivement à la demande de Maritain. La réponse régulière du Pape (« Nous avons déjà parlé »), rappelait énormément celles qui étaient avancées durant la guerre quand le Vatican n’était pas disposé à parler, ou à parler explicitement, comme Maritain l’a noté aussi. Dans la situation d’après-guerre, ainsi qu’il le faisait remarquer, il n’y avait pas lieu de craindre que le fait de s’exprimer ouvertement déclenche des représailles ou provoque une persécution allemande pire encore. Donc, pourquoi ce refus ? Malheureusement, Maritain lui-même n’avait pas d’explication, et aucun des éléments dont nous disposons n’est de nature à nous fournir une réponse décisive. Pourtant une remarquable rencontre que fit Maritain suggère que son expérience était loin d’être unique. En septembre 1945, Léon Kubowitzki, alors Secrétaire Général du Congrès Juif Mondial, appela les catholiques et le Pape lui-même à faire une déclaration solennelle de soutien des juifs dont l’épreuve était enfin terminée. Kubowitzki échoua, et quand il rencontra Maritain à Paris en août 1946, les deux hommes comparèrent leurs notes sur leur expérience similaire respective de frustration. Kubowitzki a relaté l’échange dans son journal :

Je parlai [avec Maritain] de mon entretien avec le Pape et de mes idées à propos d’une encyclique sur le problème juif. Il sourit et me dit qu’il avait lui-même proposé avec insistance une initiative similaire au Pape et à Monseigneur Montini. L’un et l’autre avaient été très amicaux, mais il avait eu l’impression qu’ils avaient peur de mettre l’idée à exécution. Il me rappela à quel point il avait été affligé par le silence du Pape sur la persécution des juifs durant la guerre et par ses efforts pour éviter toute mention directe du sujet en se limitant à des déclarations allusives et vagues. Je demandai à Maritain si le pape n’était pas intéressé à ce que son nom soit associé à un tel document qui aurait une considérable importance historique. Il répliqua : « Je n’hésiterais pas à répondre par l’affirmative si nous parlions de son prédécesseur » [Pie XI] [24].

Finalement, il est impossible de clore ces réflexions sans faire référence au contexte théologique de la théorie de la « substitution » qui, à l’époque, était invariablement sous-jacent à toute discussion sur les juifs dans les sphères vaticanes. Il y a plus qu’un indice, dans la tentative sans succès de Maritain, du fait que le Pape Pie XII se sentait obligé d’assortir toute déclaration sur les juifs d’une affirmation parallèle de rectitude et d’hégémonie spirituelle catholiques. Sinon, pourquoi, alors qu’il rencontrait des survivants juifs des camps de concentration, le Pape s’était-il senti obligé d’insister sur la fidélité de l’Église à la « révélation divine du Sinaï […] qui [a] trouvé [sa] perfection dans le Sermon de la Montagne » ? Et pourquoi, à ce propos, Jacques Maritain – dont les bonnes dispositions envers les victimes de l’Holocauste ne peuvent être mises en doute –, a-t-il pourtant dit à Montini, peut-être pour aiguiser l’intérêt du Pape, que « la conscience d’Israël est profondément troublée [que] beaucoup de Juifs sentent intérieurement l’attrait de la grâce du Christ, et [que] la parole du Pape éveillerait sûrement en eux des échos d’une exceptionnelle importance » ?

Quand ces mots sont exprimés, nous sommes encore à vingt ans du Deuxième Concile du Vatican et de la transformation révolutionnaire des relations entre juifs et catholiques du milieu des années 1960. Il convient de garder cela en mémoire pour comprendre la correspondance évoquée dans cet article, et les événements beaucoup plus atroces du temps de guerre, qui l’avaient précédée.

 

© Michael R. Marrus, 2004

Traduction française : Menahem R. Macina



[1] Le texte qui suit est traduit de l’original anglais: « A Plea Unanswered: Jacques Maritain, Pope Pius XII, and the Holocaust » [Une supplique restée sans réponse: Jacques Maritain, le Pape Pie XII et l’Holocauste], paru dans Studies in Contemporary Jewry, XXI (2005), p. 3-11. Une version légèrement différente de cet article est parue sous le titre « The Ambassador and the Pope: Maritain and the Vatican », dans Commonweal, 22 octobre 2004, p. 14-19.

[2] Michel Fourcade, « Jacques Maritain et l’Europe en exil (1940-1945) », in Charles Adras et al., Maritain en Europe. La réception de sa pensée, Beauchesne, Paris, 1996, p. 281.

[3] Bernard E. Doering, Jacques Maritain and the French Catholic Intellectuals, Presse universitaire de Notre Dame, Notre Dame et Londres 1986, p. 193.

[4] Voir Robert Royal, éd., Jacques Maritain and the Jews, Presse universitaire de Notre Dame, Notre Dame, 1994.

[5] Voir Jacques Maritain, « Le Mystère d’Israël », in Jacques et Raïssa Maritain, Œuvres complètes, vol. XII, éditions universitaires, Fribourg, Suisse, éditions Saint-Paul, Paris, 1992, Nova et Vetera, III , 1994, p. 196. « Jamais auparavant dans l’histoire du monde les juifs n’ont été persécutés de manière aussi universelle ; et jamais auparavant cette persécution n’a frappé, comme elle [le] fait aujourd’hui, tant les juifs que les chrétiens. », Jacques Maritain, « The Pagan Empire and the Power of God » [L’empire païen et la puissance de Dieu], Virginia Quarterly, 15, printemps 1939, p. 168.

[6] Article paru dans un ouvrage collectif édité par Présences, Cahiers publiés sous la direction de Daniel-Rops, sous le titre Les Juifs, Librairie Plon, Paris, 1937. Il s’agit d’un recueil d’articles d’intellectuels de l’époque, dont entre autres, outre J. Maritain, Paul Claudel, P. Bonsirven, André Spire, René Schwob, G. Cattaui, etc. L’article de Maritain figure aux pages 44 à 71. Ce texte a été repris dans Jacques Maritain, L’impossible antisémitisme. Précédé de « Jacques, Maritain et les Juifs. Réflexions sur un parcours », par Pierre Vidal-Naquet, Desclée de Brouwer, Paris, 1994, p. 69-102. [Note de M. Macina].

[7] Parlant de Vatican II, Bernard Doering observe que la déclaration du Concile sur les juifs « est comme un précis de ce que Maritain avait écrit des années avant la guerre. La position qui lui a valu une forte opposition et même des insultes dans beaucoup de cercles catholiques est devenue, vers 1964, chose banale pour un nombre croissant de théologiens catholiques libéraux. » Doering, Jacques Maritain and the French Catholic Intellectuals, op. cit., p. 165.

[8] Voir Robert A. Graham, « G.B. Montini Substitut Secretary of State (in Tandem with Domenico Tardini) », in Paul VI et la modernité dans l’Église. Actes du colloque organisé par l’École française de Rome (Rome 2-4 juin 1983), École française de Rome, Rome, 1984, p. 67-84. Montini travailla étroitement avec un autre assistant de Maglione, Mgr Domenico Tardini, Secrétaire de la Congrégation pour les Affaires Écclésiastiques extraordinaires. Pie XII ne remplaça pas Maglione après son décès, assumant lui-même le travail de son ancien Secrétaire d’État, et augmentant, de ce fait, de manière importante, les responsabilités de Montini.

[9] « Ce qu’admire Montini chez Maritain, plus encore que le contenu de ses réflexions sur les origines de la modernité, c’est sa capacité de redonner vie et vigueur à une philosophie dont l’Église, par la voix de Benoît XV, avait déclaré qu’elle était “la sienne propre” (encyclique Fausto appetente die, 29 juin 1921). Loin d’en dénoncer l’archaïsme, il loue au contraire la nouveauté de la démarche du maître thomiste qui lui permet d’entrevoir enfin le profond renouvellement de la pensée chrétienne auquel il aspirait depuis la fin de la guerre. » (Philippe Chenaux, Paul VI et Maritain: Les rapports du « Montinianisme » et du « Maritanisme” », Institut Paul VI, Edizioni Studium, Rome, 1994, p. 30). Sur la relation entre Maritain et Montini, voir aussi Giorgio Campanini, « Montini e Maritain », Studium, 80, 1984, p. 349-55 ; Bernard Hubert et Yves Floucat, éd., Jacques Maritain et ses contemporains, Desclée, Paris, 1991.

[10] Voir Laurent Gothelf, « Jacques Maritain, Mgr Montini et l’internationalisation du Saint-Siège (1945-1948) », Revue d’histoire diplomatique, 1985, p. 99-100, 149-55. Selon Gothelf, « L’identité de vues entre Maritain et Mgr Montini féconde une amitié intime, bientôt indéfectible entre les deux hommes. » Ibid., p. 154.

[11] Jacques Maritain, Humanisme intégral : problèmes temporels et spirituels d’une nouvelle chrétienté, F. Aubier, Paris, 1936. On trouvera un utile résumé des vues de Maritain sur ce point et sur des problèmes connexes dans John M. Dunaway, Jacques Maritain, Twayne, Boston, 1978, Ch. V. Voir aussi Graham, « Montini », p. 78-9; Doering, Jacques Maritain and the French Catholic Intellectuals, p. 208-9 ; Fourcade, « Jacques Maritain et l’Europe en exil (1940-1945) », p. 43-5 ; Michael Phayer, The Catholic Church and the Holocaust, 1930-1965, University Press, Bloomington, Indiana, 2000, p. 178.

[12] La lettre de Maritain est reproduite in extenso dans Journet Maritain Correspondance, Vol. III, 1940-1949, Fondation du Cardinal Journet, Éditions Saint-Augustin, Paris, 1998, p. 917-20. Elle est également accessible dans Bruno Charmet, « Jacques Maritain et Pie XII. Quelques précisions d’ordre documentaire », Sens No. 2, 2000 (http://www.rivtsion.org/f/ index.php?sujet_id=2947).

[13] Chenaux, Paul VI et Maritain, p. 44.

[14] La Documentation catholique, n° 1025 (12 septembre 1948), 1183-4, et Charmet, « Jacques Maritain et Pie XII ».

[15] Phayer, The Catholic Church and the Holocaust ; Peter C. Kent, The Lonely Cold War of Pope Pius XII, McGill-Queen’s University Press, Montreal et Kingston 2002 ; David Alvarez, Spies in the Vatican: Espionage and Intrigue from Napoleon to the Holocaust, University Press of Kansas, Lawrence, Kansas, 2002. Justus George Lawler, dans un ouvrage apparemment consacré à corriger des distorsions factuelles concernant le rôle du Saint-Siège durant l’Holocauste, caractérise de manière erronée la supplique de Maritain, qu’il présente comme la demande, faite en juillet et août 1946, « d’une déclaration [vraisemblablement papale] sur la responsabilité collective de l’Allemagne concernant l’Holocauste ». Voir son ouvrage, Popes and Politics: Reform, Resentment and the Holocaust, Continuum, New York, 2002, p. 55. Quelle que soit son évaluation concernant l’Allemagne, il est clair que Maritain était également préoccupé par la responsabilité propre du Vatican – chose qui entre à l’évidence dans le cadre de la thèse de Lawler, mais dont il ne parle pas du tout.

[16] Journet Maritain Correspondance, III, 912 ; Molette, « Jacques Maritain et la Conférence de Seelisberg », p. 216-17.

[17] Il est intéressant de noter que la réponse de Maritain fait référence à l’allocution du Pape aux survivants juifs de l’Holocauste, à laquelle le Pontife avait fait allusion, trois jours auparavant : « Profondément touché par votre télégramme c’est ma conviction que toute renaissance de l’antisémitisme serait une honte pour l’humanité [...] J’espère que vous avez pris connaissance de la déclaration du Pape aux réfugiés juifs, le 30 novembre 1945, dans laquelle il disait que les idées racistes “ne peuvent être admises” et “seront comptées dans l’histoire de la civilisation parmi les aberrations de l’esprit et des sentiments humains les plus déplorables et les plus déshonorants. » Journet Maritain Correspondance, III, p. 913-14.

[18] Ibid., p. 914.

[19] Phayer, Catholic Church and the Holocaust, p. 179.

[20] Journet Maritain Correspondance, III, p. 922-31.

[21] Humbert et Floucat, Jacques Maritain et ses contemporains, p. 332.

[22] Doering, Jacques Maritain and the French Catholic Intellectuals, p. 213.

[23] Journet Maritain Correspondance, III, p. 622.

[24] Aryeh L. Kubovy, « The Silence of Pope Pius XII and the Beginnings of the “Jewish Document” », Yad Vashem Studies, VI, 1967, p. 24.

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