12. Conclusion de la Deuxième partie

 

Ma longue analyse des travaux de Krupp et de ses collaborateurs de Pave The Way aura mis en lumière, je l’espère, les faiblesses, les erreurs, et surtout l’absence totale de sens critique qui entachent la crédibilité de la collecte de documents réalisée par la fondation, ainsi que l’interprétation apologétique qu’elle en donne, tant est fervente – voire aveugle – son admiration pour Pie XII. Ce matériau, généralement hétéroclite et plus journalistique que réellement historique, mérite la mordante épigramme (anonyme) par laquelle, dit-on, un professeur sanctionnait un jour le devoir calamiteux d’un de ses élèves : Une grande partie de ce que vous dites est exact et original ; malheureusement, ce qui est exact n’est pas original, et ce qui est original n’est pas exact [1].

Comme pourra s’en convaincre quiconque consultera ce document, il s’agit d’un vain labeur qui s’apparente à un dossier de presse de mauvaise qualité, éclectique, prolixe et superficiel. Pire, il ne réfère pas au moindre document sérieux qui puisse justifier son apologie inconditionnelle d’un pape qui fut, certes, outrageusement calomnié, mais qui n’est pas pour autant le meilleur candidat au titre de « Juste des Nations », dont M. Krupp rêve qu’il lui soit décerné.

Toutefois le travail minutieux que je me suis imposé pour vérifier les allégations des auteurs de ces documents n’aura pas été stérile. Il m’a permis de resituer dans leur contexte historique les faits et les arguments invoqués, d’en corriger l’appréciation surfaite et d’en limiter l’impact indu éventuel, à la lumière de documents dont l’éclatante force de conviction reléguera, je l’espère, dans l’ombre qu’elles méritent, selon moi, les pseudo-découvertes de Pave The Way. Ce qui sera tout bénéfice pour le travail, souvent obscur mais indispensable, d’établissement des faits, qu’effectuent, sans tapage et sans distinctions honorifiques ronflantes [2], de nombreux chercheurs qui méritent, eux, le titre d’historiens.


Il me faut à présent tenter de répondre à la question que j’ai eu l’imprudence de poser dans le chapitre précisément intitulé « Qu’est-ce qui fait courir Mr Krupp ? ». Je parle d’imprudence parce que, en effet, je n’ai pas la réponse à cette question. Pas plus, d’ailleurs, qu’à celle de l’engouement du Vatican pour ce personnage que la Curie couvre d’honneurs et de distinctions, conférant ainsi à ses publications médiocres l’aura d’un « imprimatur » inattendu, sur les motivations duquel on ne peut que s’interroger, même s’il n’est pas question de faire à qui que ce soit un procès d’intention.


Pour finir, et afin qu’on ne croie pas que j’ai entrepris ce travail de décrédibilisation pour des motifs troubles, ou pour régler je ne sais quels comptes avec la fondation Pave the Way et son fondateur Gary Krupp – homme respectable, sans doute, mais peu qualifié pour la tâche qu’il s’est assignée –, je me réfère aux opinions sévères émises à ce propos par des spécialistes de haut niveau que cite un article récent paru dans l’un des plus grands journaux américains, et qui corroborent le bien-fondé de ma critique [3].

• Rabbi Eric J. Greenberg, directeur des Affaires interreligieuses à l’Anti-Defamation League, parle de l’entreprise de Mr Krupp comme étant « une campagne de désinformation ».

• Pour la professeure Dwork, la recherche de Mr Krupp est l’oeuvre d’un « dilettante », pire, elle est « risible » ; et l’universitaire d’ajouter: « il est sans doute de bonne volonté mais son manque d’expérience des affaires internationales et de la recherche historique le rend extrêmement vulnérable à la manipulation par des factions internes au Vatican ».

• Pour sa part, le Révérend professeur John T. Pawlikowski, prêtre catholique, membre fondateur du Comité du Mémorial américain de l’Holocauste au Musée du Souvenir, et professeur d’éthique sociale à la Catholic Theological Union de Chicago, estime que « le Vatican se discrédite en s’associant à ce type de recherche douteuse ».



[1] C. Ford Runge, The Climate Commons and a Global Environmental Organization, Brookings Trade Forum – 2008-2009), sous la forme : « Much of what you say is good and new; unfortunately, what is good is not new, and what is new is not good ».

[2] Le 29 juillet 2000, Gary Krupp, a été fait commandeur de l’Ordre équestre pontifical de St Grégoire le Grand. En juillet 2005, il a été élevé dans l’Ordre anglican de Saint Jean, de la Reine Elizabeth II d’Angleterre. En 2006, il a reçu le prix « Servitor Pacis » [serviteur de la paix]. La même année, il a été honoré de la médaille « Benemerenti » [bonnes œuvres], décoration instituée par le pape Grégoire XVI en 1832, et décernée aux personnes qui ont rendu de longs et éminents services à l’Église catholique. Enfin, le 22 janvier 2007, au cours d’une cérémonie qui a eu lieu au Vatican, Krupp s’est vu élever, par le cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d’État du Vatican, au rang de Chevalier, avec médaille d’argent, dans l’Ordre Équestre pontifical de St Grégoire le Grand, diplôme dont le récipiendaire fait figurer une reproduction sur le site de sa Fondation. Voir mon article « Krupp et les honneurs du Vatican », et la photographie de l’homme en grand uniforme de chevalier de l’Ordre équestre.

[3] Paul Vitello, « Wartime Pope Has a Huge Fan: A Jewish Knight » (Le Pape du temps de guerre a un formidable admirateur : un chevalier juif), The New York Times du 7 mars 2010.

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