Royaume rendu aux Juifs, selon le “Livre des Actes”

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La lecture du Nouveau Testament révèle que l’enseignement de Jésus contient une perspective beaucoup plus positive et stimulante que celles de l’ignorance (Ac 3, 13-18) et de l’endurcissement des Juifs (cf. Rm 11, 7.25 ; 2 Co 3, 15). Nous lisons, en effet, au début du livre des Actes, le dialogue suivant entre les disciples et Jésus ressuscité :

Étant réunis, ils l’interrogeaient ainsi : Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas restituer [ou : « instaurer comme promis » - grec: apokathistanai] le Royaume à [1] Israël ? – Il leur répondit : Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. (Ac 1, 6-7).

C’est faute d’avoir perçu la portée apocatastatique [2] des Écritures que les théologiens chrétiens, dans leur quasi-totalité, n’admettent pas l’éventualité d’une restitution par Dieu à Israël de la royauté messianique. Pourtant, à en croire le Nouveau Testament lui-même, Jésus ressuscité annonce clairement la restauration future des tribus, au temps connu du Père seul :

En vérité je vous le dis, à vous qui m’avez suivi : dans la régénération, quand le Fils de l’Homme siégera sur son trône de gloire, vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël. (Mt 19, 28).


Perspective eschatologique

Il dit: Prenez garde de vous laisser abuser, car il en viendra beaucoup sous mon Nom, qui diront: C’est moi ! et Le temps est tout proche. N’allez pas à leur suite. Lorsque vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne vous effrayez pas; car il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas de sitôt la fin. Alors il leur disait: On se dressera nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, par endroits, des pestes et des famines; il y aura aussi des phénomènes terribles et, venant du ciel, de grands signes. Mais, avant tout cela, on portera les mains sur vous, on vous persécutera, on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous traduira devant des rois et des gouverneurs à cause de mon Nom, et cela aboutira pour vous au témoignage. Mettez-vous donc bien dans l’esprit que vous n’avez pas à préparer d’avance votre défense: car moi je vous donnerai un langage et une sagesse, à quoi nul de vos adversaires ne pourra résister ni contredire. Vous serez livrés même par vos père et mère, vos frères, vos proches et vos amis; on fera mourir plusieurs d’entre vous, et vous serez haïs de tous à cause de mon Nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne se perdra. C’est par votre constance que vous sauverez vos vies! Mais lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, alors comprenez que sa dévastation est toute proche. Alors, que ceux qui seront en Judée s’enfuient dans les montagnes, que ceux qui seront à l’intérieur de la ville s’en éloignent, et que ceux qui seront dans les campagnes n’y entrent pas; car ce seront des jours de vengeance, où devra s’accomplir tout ce qui a été écrit. Malheur à celles qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là! Car il y aura grande détresse sur la terre et colère contre ce peuple. Ils tomberont sous le tranchant du glaive et ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par des païens jusqu’à ce que soient accomplis les temps des nations. Et il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur la terre, les nations seront dans l’angoisse, inquiètes du fracas de la mer et des flots ; des hommes défailliront de frayeur, dans l’attente de ce qui menace le monde habité, car les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors on verra le Fils de l’Homme venant dans une nuée avec puissance et grande gloire. Quand cela commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche. Et il leur dit une parabole: Voyez le figuier et les autres arbres. Dès qu’ils bourgeonnent, vous comprenez de vous-mêmes, en les regardant, que désormais l’été est proche. Ainsi vous, lorsque vous verrez cela arriver, comprenez que le Royaume de Dieu est proche. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout ne soit arrivé. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. (Lc 21, 8-33).

Avant même de tenter de discerner si, comme l’affirment certains fidèles – qui estiment avoir, eux aussi, l’Esprit de Dieu (cf. 1 Co 7, 40) -, l’histoire des hommes est entrée dans le « commencement des douleurs » (cf. Mc 13, 8) qui doivent précéder l’ère messianique, et quels sont les signes précurseurs de cet événement capital, il faut bien comprendre ce qu’entendait Jésus par l’expression : « jusqu’à ce que soient accomplis les temps des nations » (Lc 21, 24).

Quiconque examine attentivement le large extrait du chapitre 21 de l’Évangile de Luc, qui figure en exergue, ci-dessus, constatera que l’expression « Temps des nations » (cf. Lc 21, 24) apparaît au terme de la description des tribulations de la fin des temps, qui précède la « délivrance », c’est-à-dire l’irruption des temps messianiques : la Parousie du Christ. C’est donc qu’il est question, dans ce texte, des nations qui, au temps connu de Dieu seul, se ligueront contre Dieu et contre Son Oint (cf. Ps 2, 2).

Les prophètes annoncent deux montées des nations : l’une maléfique, l’autre bénéfique. Les deux perspectives se mêlent dans les oracles des prophètes, comme on peut le constater en lisant les suivants. Celui de Joël d’abord :

Je produirai des signes dans le ciel et sur la terre, sang, feu, colonnes de fumée ! Le soleil se changera en ténèbres, la lune en sang, avant que ne vienne le jour de L’Éternel, grand et redoutable ! Tous ceux qui invoqueront le Nom de L’Éternel seront sauvés, car sur le mont Sion il y aura des rescapés, comme l’a dit L’Éternel, et à Jérusalem des survivants que L’Éternel appelle. Car en ces jours-là, en ce temps-là, quand je rétablirai Juda et Jérusalem, je rassemblerai toutes les nations, je les ferai descendre à la Vallée de Josaphat ; là j’entrerai en jugement avec elles au sujet d’Israël, mon Peuple et mon héritage. Car ils l’ont dispersé parmi les nations et ils ont partagé mon pays. Ils ont tiré mon Peuple au sort; ils ont troqué les garçons contre des prostituées, pour du vin ils ont vendu les filles, et ils ont bu ! (Jl 3, 3-5 – Jl 4, 1-3).

Perspective plus eschatologique encore chez Michée :

Maintenant, des nations nombreuses se sont assemblées contre toi. Elles disent: Qu’on la profane et que nos yeux se repaissent de Sion ! C’est qu’elles ne connaissent pas les plans de L’Éternel et qu’elles n’ont pas compris son dessein: il les a rassemblées comme les gerbes sur l’aire. Debout ! foule le grain, fille de Sion ! car je rendrai tes cornes de fer, de bronze tes sabots, et tu broieras des peuples nombreux. Tu voueras à L’Éternel leurs rapines, et leurs richesses au Seigneur de toute la terre. Maintenant, fortifie-toi, Forteresse ! Ils ont dressé un retranchement contre nous ; à coups de verge ils frappent à la joue le juge d’Israël. Et toi, (Bethléem) Ephrata, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël ; ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques. C’est pourquoi il les abandonnera jusqu’au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter. Alors le reste de ses frères reviendra aux enfants d’Israël. Il se dressera, il fera paître son troupeau par la puissance de L’Éternel, par la majesté du nom de son Dieu. Ils s’établiront, car alors il sera grand jusqu’aux extrémités du pays […] Alors, le reste de Jacob sera, au milieu des peuples nombreux, comme une rosée venant de L’Éternel, comme des gouttes de pluie sur l’herbe, qui n’espère point en l’homme ni n’attend rien des humains. Alors, le reste de Jacob sera, au milieu des peuples nombreux, comme un lion parmi les bêtes de la forêt, comme un lionceau parmi les troupeaux de moutons: chaque fois qu’il passe, il piétine, il déchire, et personne ne lui arrache sa proie. (Mi 4, 11-14 – Mi 5, 1-7).

Habacuq n’est pas moins dramatique :

Avec rage tu arpentes la terre, avec colère tu écraseras les nations. Tu t’es mis en campagne pour sauver ton peuple, pour sauver tes oints, tu as abattu la maison de l’impie, mis à nu le fondement jusqu’au rocher. Tu as percé de tes épieux le chef de ses guerriers qui se ruaient pour nous disperser, avec des cris de joie comme s’ils allaient, dans leur repaire, dévorer un malheureux […] J’ai entendu ! Mon sein frémit. A ce bruit mes lèvres tremblent, la carie pénètre mes os, sous moi chancellent mes pas. J’attends en paix ce jour d’angoisse qui se lève contre le peuple qui nous assaille ! […] Mais moi je me réjouirai en L’Éternel, j’exulterai en Dieu mon Sauveur ! (Ha 3, 12-19).

Zacharie, enfin :

Il arrivera en ce jour-là que je ferai de Jérusalem une pierre à soulever pour tous les peuples, et tous ceux qui la soulèveront se blesseront grièvement. Et contre elle se rassembleront toutes les nations de la terre. (Za 12, 3).

Le même Zacharie dévoile soudain la perspective eschatologique d’une parole prophétique de Jésus, qui n’était pas perceptible au temps où elle fut émise :

Épée, éveille-toi contre mon pasteur et contre l’homme qui m’est proche, oracle de L’Éternel Sabaot. Frappe le pasteur, que soient dispersées les brebis [cf. Mt 26, 31 = Mc 14, 27] ; et je tournerai la main contre les petits. Alors il arrivera, dans tout le pays, oracle de L’Éternel, que deux tiers en seront retranchés et que l’autre tiers y sera laissé. Je ferai entrer ce tiers dans le feu ; je les épurerai comme on épure l’argent, je les éprouverai comme on éprouve l’or. Lui, il invoquera mon nom, et moi je lui répondrai ; je dirai: Il est mon peuple et lui dira : L’Éternel est mon Dieu! Voici qu’il vient le jour de L’Éternel, quand on partagera tes dépouilles au milieu de toi. J’assemblerai toutes les nations vers Jérusalem pour le combat ; la ville sera prise, les maisons pillées, les femmes violées ; la moitié de la ville partira en exil, mais le reste du peuple ne sera pas retranché de la ville. Alors L’Éternel sortira pour combattre les nations, comme lorsqu’il combat au jour de la guerre… (Za 13, 7-9 – Za 14, 1-3).

La montée bénéfique, ce sera celle des nations qui reconnaissent qu’Israël est resté l’Élu de Dieu, et que son Rédempteur lui fait grâce et lui restitue sa gloire passée. Isaïe nous la décrit ainsi :

Il arrivera, à la fin des jours, que la montagne de la maison de L’Éternel sera établie en tête des montagnes et s’élèvera au-dessus des collines. Alors toutes les nations afflueront vers elle [Sion] ; alors viendront des peuples nombreux qui diront : Venez, montons à la montagne de L’Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, qu’il nous enseigne ses voies et que nous suivions ses sentiers. Car de Sion vient la Loi et de Jérusalem la parole de L’Éternel. (Is 2, 2-3).

Ces deux types de « montées » – maléfique et bénéfique - apparaissent comme les phases successives de l’avènement des temps messianiques, l’une conditionnant l’autre. Mais quel est cet Israël au secours de qui Dieu mobilise toutes les puissances célestes, et quelles sont ces nations contre lesquelles le Seigneur entre en campagne pour sauver son Peuple, pour sauver son Oint ? (Cf. Ha 3, 13).

A ce propos, il convient de prendre ses distances avec une interprétation actualisante des événements ultimes de l’histoire du Salut – que l’Écriture déclare pourtant clos et scellés jusqu’au temps de la Fin (cf. Dn 12, 9). Selon cette vision des choses, qui se veut prophétique et qui circule depuis quelques décennies dans des cercles fervents, les nations, que l’Évangile de Luc annonce comme devant « fouler aux pieds Jérusalem » (cf. Lc 21, 24), seraient les non-Juifs, Chrétiens inclus. Les « temps des nations » représenteraient la longue période qui a suivi la dispersion du Peuple juif, après la montée au Ciel du Seigneur ressuscité. Durant tout ce temps, explique-t-on, en suivant Paul, les Juifs ont été mis à l’écart, jusqu’à ce que soient accomplis les temps des nations, après quoi ils seront admis à nouveau, et ce sera pour eux, toujours selon Paul, « une vie d’entre les morts » (cf. Rm 11, 15).

Cette perspective contient, certes, une part de vérité. Cependant, elle devient inacceptable lorsque ceux qui l’exposent affirment que l’événement qui, selon eux, a mis fin aux « temps des nations » est la réunification de Jérusalem, réalisée par l’État d’Israël lors de la « Guerre des Six Jours » en juin 1967. Obnubilés par leur amour d’Israël et confondant leur exégèse actualisante avec la réalisation véritable des prophéties scripturaires, les tenants de cette interprétation erronée risquent, avec les meilleures intentions du monde, de hâter la manifestation d’un ou de plusieurs pseudo-messies et pseudo-prophètes, contre lesquels le Seigneur Lui-même a mis en garde (cf. Mt 24, 4-5.11). Et ce, par suite d’une lecture fondamentaliste [3] et audacieusement actualisante des signes des temps, qui les pousse à confondre leurs propres spéculations avec les voies de Dieu, lesquelles sont au-dessus des nôtres (cf. Is 55, 9). Il convient donc de lire humblement et attentivement le texte néotestamentaire, tel qu’il est, sans choisir entre les événements qui y sont décrits, ni en inverser l’ordre, c’est-à-dire, comme le prescrit Moïse pour la Torah, sans ajouter ni retrancher (cf. Dt 4, 2 et Dt 13, 1).

Or, si l’on se reporte au chapitre 21 de l’Évangile de Luc, où figure la prophétie de « l’accomplissement des temps des nations », on constate que cet événement est précédé et suivi de plusieurs autres qui, eux, ne se sont pas encore produits. Pourtant, diront certains, de faux messies ne sont-ils pas déjà présents parmi nous, n’y a-t-il pas des guerres et des désordres, comme l’annonce le Seigneur ? Certes, mais Jésus Lui-même affirme à ce propos : « Ne vous effrayez pas, car il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. » (Cf. Lc 21, 8-9.24 = Mt 24, 4-6).

D’ailleurs, en lisant mieux ce texte, on a l’impression que, volontairement ou non, le Nouveau Testament a comme « télescopé » les perspectives. Car, de fait, tout ce que Jésus annonce s’est déjà produit dès les débuts de l’Église, lorsque, de façon quasi ininterrompue d’abord, puis pendant de longues décennies, et ensuite sporadiquement, durant plus de deux siècles, de terribles persécutions ont frappé les Chrétiens. On remarquera également que même la description de la prise et de la ruine de Jérusalem peut très bien se rapporter à celle qui eut lieu en l’an 70 de notre ère. C’est d’ailleurs ainsi que la majorité des biblistes interprètent l’ensemble de ce chapitre de Luc (Lc 21). Pourtant, ni la suite du texte (Lc 21, 25 ss.), ni les nombreux parallèles qu’on en lit au chapitre 24 de l’Évangile de Matthieu, ne peuvent laisser place au moindre doute concernant l’existence, dans ces textes, d’une perspective eschatologique.

Par contre, il ne subsiste aucune ambiguïté sur un point capital, à savoir: l’accomplissement des Temps des nations n’aura lieu qu’après que les nations aient « foulé aux pieds Jérusalem ». C’est donc qu’à la Fin des temps, la Ville sainte subira l’assaut d’armées liguées contre elle pour massacrer ses habitants. (Cf. Lc 21, 24 ; Is 56, 8).

Mais, demandera-t-on peut-être, que devient l’Église dans ce « scénario » ? Et, de fait, cette question pertinente révèle les points faibles de la spéculation qui voit, dans le retour d’une partie du Peuple juif dans sa terre, et surtout dans la reconquête de sa capitale historique, l’accomplissement de la prophétie du Christ sur la fin des Temps des nations. Tout d’abord, affirmer que « dorénavant Jérusalem n’est plus foulée aux pieds par les nations », c’est faire preuve d’un grand optimisme, quand on sait que cette ville est revendiquée par plusieurs religions et que le Dôme du rocher (improprement appelé « mosquée d’Omar ») et la mosquée d’Al Aqsa trônent toujours sur l’esplanade du Temple. Ensuite, le verbe grec utilisé n’a pas, dans ce contexte, le sens de « dominer », ou d’ « occuper », comme le croient les tenants de cette interprétation présomptueuse, mais plutôt celui d’ « écraser », ou de « fouler », comme dans le passage: « L’Éternel a foulé au pressoir la vierge de Juda » (cf. Lm 1, 15).

En outre, l’affirmation selon laquelle les « temps des nations » seraient ceux de la « domination d’Israël par les nations », réputée avoir pris fin en juin 1967, suite à la victoire israélienne, est battue en brèche par un simple examen comparatif de l’utilisation de cette expression dans l’Écriture. Il s’avère, en effet, qu’elle ne figure qu’en Ézéchiel, sous la forme hébraïque ‘et goyim = « temps (au singulier) des nations ». Chez ce prophète, l’expression désigne la brève période eschatologique durant laquelle les impies écraseront, une dernière fois, la force du Peuple Saint (cf. Dn 12, 7), avant d’être vaincus par l’Agneau (cf. Ap 17, 14), comme il est écrit:

Fils d’Homme, prophétise et dis : Ainsi parle L’Éternel Dieu. Poussez des cris : Ah ! Quel jour ! Car le jour est proche, il est proche le Jour de L’Éternel. Ce sera un jour chargé de nuages, ce sera le temps des nations (‘et goyim). (Ez 30, 2-3).

Alors, le Peuple juif fidèle à son Dieu et les non-Juifs qui auront lié leur destin au sien « complèteront en leur chair ce qui reste de souffrances du Christ pour son Corps, qui est l’Église » (cf. Col 1, 24), actualisant ainsi pour leur temps la parole de Jésus, lorsqu’il dit à ceux qui l’arrêtaient comme s’il était un brigand : « c’est votre heure et la puissance des ténèbres » (Lc 22, 53). Les « temps des nations » sont donc la période où Dieu livre son Peuple à leur puissance déchaînée.

Que des Chrétiens puissent se liguer avec les impies qui monteront contre Jérusalem, à la fin des temps, est préfiguré dans les Écritures. Judas était bien l’un des Douze choisis par Jésus, pourtant, aux dires du Seigneur lui-même, il est devenu un démon et a livré son Maître par un baiser (cf. Lc 22, 48 ; Jn 6, 70). Le Livre des Proverbes annonce mystérieusement une telle complicité criminelle :

Mon fils, si des pécheurs veulent te séduire, n’y va pas ! S’ils disent: « Viens avec nous, embusquons-nous pour répandre le sang, sans raison, prenons l’affût contre l’innocent. » [...] Mon fils, ne les suis pas dans leur voie, éloigne tes pas de leur sentier, car leurs pieds courent au mal ils ont hâte de répandre le sang [...] C’est pour répandre leur propre sang qu’ils s’embusquent, contre eux-mêmes ils sont à l’affût ! (Pr 1, 10-18).

Quant au Livre des Actes (Ac 4, 25-26), évoquant le Psaume 2, il met « les peuples d’Israël » au nombre des coalisés contre le Messie (cf. Ac 4, 27). Peut-être est-ce là « l’Apostasie » dont Paul prophétise qu’elle doit se produire avant la manifestation de l’Antichrist (cf. 2 Th 2, 3).

Ce sont là des perspectives redoutables, et quiconque en traite a besoin de l’assistance de l’Esprit Saint pour ne pas tomber sous le coup de la critique adressée à la croyance évoquée plus haut [4], en confondant le résultat de ses propres spéculations avec l’obscure réalité de la dispensation du mystère (Cf. Ep 3, 9). Certes, Paul en a parlé dans ses Épîtres, mais, comme le dit l’apôtre Pierre : « il s’y rencontre des points obscurs, que les gens sans instruction et sans fermeté détournent de leur sens, comme d’ailleurs les autres Écritures, pour leur perdition ». (Cf. 2 P 3, 16).



[1] Malheureusement, la traduction, qu’on lit dans la plupart des bibles, du datif de l’original par la préposition « en », absente du grec, escamote cette perspective.

[2] Sur cette notion, voir M. Macina, « Qu’est-ce que l’apocatastase ? ».

[3] Sur cette notion, voir l’article (imparfait, mais suffisant pour les non-spécialistes) de Wikipédia, « Fondamentalisme ».

[4] Il s’agit de la "croyance" au rôle joué par la victoire israélienne lors de la Guerre des Six-Jours. Voir M. Macina, La Pierre rejetée par les bâtisseurs, « La Guerre des Six-Jours a-t-elle inauguré la "fin du temps des nations" ? »

 

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Date de dernière mise à jour : 29/05/2014