Quand passé et avenir coïncident, à l’horizon eschatologique

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Car autant de jours a comporté la création du monde, autant de millénaires comprendra sa durée totale. C’est pourquoi le livre de la Genèse dit: « Ainsi furent achevés le ciel et la terre et toute leur parure. Dieu acheva le sixième jour toutes les oeuvres qu’il avait faites. » [cf. Gn 2, 1-2. Ceci est à la fois un récit du passé, tel qu’il se déroula, et une prophétie de l’avenir : en effet, si « un jour du Seigneur est comme mille ans » et si la création a été achevée en six jours, il est clair que la consommation des choses aura lieu la six millième année.

(Irénée de Lyon) [1]


Sauf erreur, peu de théologiens et de biblistes d’aujourd’hui seraient prêts à donner au texte mis en exergue ci-dessus l’importance qu’il mérite [2]. Et en effet, seule une sensibilité à la lecture typologique de l’Écriture que faisaient les Pères, en général, et Irénée de Lyon, en particulier [3], permet de situer la perspective du rétablissement d’Israël dans sa véritable dimension, spirituelle et eschatologique, à savoir : l’instauration du Royaume de Dieu sur la terre, perspective hélas presque totalement discréditée, de nos jours [4]. Selon M. Macina, ce rejet d’une doctrine qui fut celle de Pères rigoureusement orthodoxes et vénérés par l’Église, et dans les oeuvres desquels elle a abondamment puisé pour élaborer sa doctrine, est en grande partie responsable de l’aveuglement chrétien face au rétablissement d’Israël. Car, confie-t-il, de même qu’il n’y aurait pas eu de Salut universel pour l’humanité sans l’Incarnation de la deuxième Personne de la Trinité, le dessein divin ne parviendra pas à sa plénitude sans le Peuple juif, comme l’exprime l’apôtre Paul :

Car si leur défection [5] fut une réconciliation pour le monde, que sera leur agrégation [6], sinon une vie d’entre les morts [7] ? (Rm 11, 15).

La foi chrétienne, on en conviendra, est davantage que l’observance, plus ou moins fidèle, des commandements et des coutumes d’une religion. À en croire l’Écriture et surtout le Nouveau Testament, elle est tout entière orientée vers un événement eschatologique fulgurant : l’avènement du Royaume de Dieu en la personne de son Messie lui-même, escorté de son Église, c’est-à-dire les Élus. On ne méditera jamais assez sur le caractère insolite de cette conception, dont le moins qu’on puisse en dire est qu’elle va radicalement à l’encontre de la saisie qu’a le genre humain, en général, de la gestion des affaires de ce monde. De fait, nous sommes tellement habitués à être gouvernés par des hommes que la perspective d’une administration divine concrète de l’humanité apparaît aux Chrétiens eux-mêmes comme mythique.

Un rapide survol de l’Écriture montre que tel était bien, pourtant, le dessein initial de Dieu. L’Ancien Testament, d’abord, en témoigne de maintes manières. Il ne sera pas inutile de rappeler ici les passages scripturaires évoqués ailleurs. Lorsque le Peuple demande à Samuel de lui donner un roi, Dieu enjoint au prophète d’obtempérer, non sans formuler une remarque étonnante :

Satisfais à tout ce que te dit le peuple, car ce n’est pas toi qu’ils ont rejeté, c’est moi qu’ils ont rejeté, ne voulant plus que je règne sur eux. (1 S 8, 7).

Le prophète Osée se fait l’écho de cette réprobation divine, lorsqu’il dit de la part de Dieu :

Un roi, je te l’ai donné dans ma colère, et dans ma fureur je te le retire ! (Os 13, 11)

Et Isaïe témoigne de cette nostalgie de la royauté divine en ces termes :

Nous sommes, depuis longtemps, des gens sur qui tu ne règnes plus et qui ne portent plus ton nom. Ah! si tu déchirais les cieux et descendais, devant ta face les montagnes seraient ébranlées. (Is 63, 19).

C’est sur cet arrière-plan eschatologique que le Baptiste d’abord, puis Jésus fondent leur prédication de la venue imminente du Royaume de Dieu. Pourtant - nous l’avons vu ailleurs -, les Évangiles nous donnent, de ce Royaume, des présentations contrastées, allant de l’apocalyptique – « des violents s’en emparent » (Mt 11, 12) – à l’intériorisation – « le Royaume est au dedans de vous » (Lc 17, 21). À l’évidence, c’est cette dernière conception, légitime au demeurant, qui s’est imposée dans l’Église. Malheureusement, ce fut au détriment de l’attente du Règne terrestre du Christ, surtout sous l’influence de saint Augustin qui, après avoir y avoir cru d’abord, sur la base de l’Apocalypse, interpréta ensuite ce Royaume sur la terre de manière spirituelle, lorsqu’il renia sa croyance à la doctrine millénariste [8].

Pourtant, plusieurs textes patristiques vénérables témoignent de ce que telle n’était pas la foi des Apôtres, ni celle de l’Église des tout premiers siècles de notre ère. C’est le cas de Justin (IIe s.) [9], qui écrivait :

Pour moi et les Chrétiens d’orthodoxie intégrale, tant qu’ils sont, nous savons qu’une résurrection de la chair adviendra, pendant mille ans, dans Jérusalem rebâtie et agrandie. Beaucoup, par contre, même Chrétiens de doctrine pure et pieuse, ne le reconnaissent pas. (Justin, Dialogue avec Tryphon, 80).

Pour Irénée (IIe s.), c’est la seule vraie doctrine :

Ainsi donc, certains se laissent induire en erreur par les discours hérétiques au point de méconnaître les ‘économies’ de Dieu et le mystère de la résurrection des justes et du royaume qui sera le prélude de l’incorruptibilité […] Aussi est-il nécessaire de déclarer à ce sujet que les justes doivent d’abord, dans ce monde rénové, après être ressuscités à la suite de l’Apparition du Seigneur, recevoir l’héritage promis par Dieu aux pères et y régner ; ensuite seulement aura lieu le jugement de tous les hommes. Il est juste, en effet, que, dans ce monde même où ils ont peiné et où ils ont été éprouvés de toutes les manières par la patience, ils recueillent le fruit de cette patience ; que, dans le monde où ils ont été mis à mort à cause de leur amour pour Dieu, ils retrouvent la vie ; que, dans le monde où ils ont enduré la servitude, ils règnent. » (Irénée de Lyon, Adv. Haer., V, 32, 1).

C’était d’ailleurs la conception de Jésus, comme en témoigne sa réponse, déjà citée, à la question des apôtres :

Étant donc réunis, ils l’interrogeaient ainsi : Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas restituer le royaume à Israël ? Il leur répondit : Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité. (Ac 1, 6 ss.).

Cependant, sur la base de deux traductions possibles d’une phrase du Nouveau Testament – « le Royaume est "au-dedans de vous" », ou : "au milieu de vous", (Lc 17, 21) –, pour la quasi-totalité des Chrétiens d’aujourd’hui, le Royaume dont parle Jésus se résume uniquement à une union spirituelle de l’âme du croyant avec le Christ, considéré comme « régnant dans nos cœurs », dès ici-bas, comme il règne déjà, là-haut, et comme nous régnerons avec Lui, « au ciel ».

Dans ce pieux schéma intimiste, l’eschatologie est évacuée. C’est dans l’Église et dans la vie des Chrétiens individuels que réside, quasi substantiellement, le Royaume, déjà « mystérieusement présent » en attendant qu’il se manifeste dans la gloire du Ciel, « à la fin du monde ». Ce que ne sauraient accepter les diverses mouvances chrétiennes qui croient à une instauration concrète du Royaume de Dieu sur la terre, durant une longue période (traditionnellement évaluée à mille ans), conformément à ce qui est écrit dans le livre de L’Apocalypse (Ap 20, 6). On qualifie généralement cette croyance de « pré-millénariste [10] », et ceux qui la professent acceptent volontiers ce label, non sans nuancer leurs conceptions respectives de cette doctrine.

Précisons cependant que rien dans l’enseignement actuel de l’Église ne permet de penser qu’à ses yeux, le Règne mystérieux du Christ - déjà initié dans les âmes des croyants - serait, au sens strict, la forme définitive du Royaume de Dieu et qu’il ne faudrait pas en attendre une autre. La manière dont un texte du Concile Vatican II exprime ce mystère témoigne, semble-t-il, du contraire :

Mystérieusement, le royaume est déjà présent sur cette terre, il atteindra sa perfection quand le Seigneur reviendra. (Gaudium et Spes, 39, § 3)

En tout état de cause, la foi au Christ et en son Règne ne constitue nullement une garantie d’appartenance à ce Royaume à venir, comme Jésus en avertit lui-même :

Beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin [eschatologique] avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, tandis que les fils [= membres] du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures: là seront les pleurs et les grincements de dents. (Mt 8, 11-12).

S’il est vrai que le baptême fait, des Chrétiens, des "fils du Royaume", cette participation à la royauté du Christ est tout sauf acquise, et elle n’a rien à voir avec un spiritualisme intimiste et confortable. Au contraire, les disciples du Christ savent que le Royaume de leur Maître ne provient pas de ce monde (Jn 18, 36). L’Église catholique, quant à elle, utilise l’expression de « Peuple de Dieu par qui ce royaume prend corps ». (Cf. Lumen Gentium, 13).

Cette conception d’un Royaume en devenir exprime adéquatement la nature progressive de l’implication de Dieu dans l’histoire des hommes, par la médiation intérieure mystérieuse de ceux que, « d’avance, Il a discernés » (cf. Rm 8, 29) : ceux qui l’aiment, qui gardent sa Parole, et en qui Il a déjà « fait sa demeure » (cf. Jn 14, 23).

Initiée par le don de l’Esprit, la mainmise progressive de Dieu sur la Création se manifestera, de manière subite et triomphale, au temps connu de Dieu seul. Ce processus, à la fois historique et surnaturel, n’est, en fait, que l’extension du mystère de l’Incarnation à l’ensemble du Corps du Christ,

jusqu’à ce que nous parvenions, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l’âge qui réalise la plénitude du Christ. (Ep 4, 13).

C’est pourquoi le Concile proclame :

L’Église, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée à garder ses préceptes de charité, d’humilité et d’abnégation, reçoit mission d’annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de l’instaurer dans toutes les nations, formant, de ce Royaume, le germe et le commencement sur la terre. Cependant, tandis qu’elle s’accroît peu à peu, elle-même aspire à l’achèvement de ce Royaume espérant de toutes ses forces et appelant de ses vœux l’heure où elle sera, dans la gloire, réunie à son Roi. (Lumen Gentium, 5).

Le Concile dit encore, à propos du Peuple de Dieu (Lumen Gentium, 9):

Sa destinée enfin, c’est le Royaume de Dieu, inauguré sur la terre par Dieu même, qui doit se dilater encore plus loin, jusqu’à ce que, à la fin des siècles, il reçoive enfin de Dieu son achèvement, lorsque « le Christ, notre vie, sera apparu » (cf. Col 3, 4) et que « la création elle-même sera affranchie de l’esclavage de la corruption pour connaître la glorieuse liberté des enfants de Dieu » (cf. Rm 8, 21).

Il ne sera pas inutile de rappeler que la croyance en une royauté terrestre de Dieu, par l’intermédiaire de Son Messie et de son Peuple, a des racines juives profondes. En effet, outre le « retour d’Élie » (cf. Ml 3, 24 ; Si 48, 10) – « qui doit tout remettre en état » (cf. Mt 17, 11 ; Mc 9, 12, etc.) -, les Juifs attendent, eux aussi, eux surtout, la venue du Messie, qui reconstruira le Temple (cf. Dn 9, 25 ; Za 1, 16 ; To 13, 10-11), soumettra les nations (cf. Ps 72, 9 ; Ps 110, 1 ss. ; Is 49, 23 ; Mi 7, 17 ; Mt 22, 44 ; Lc 20, 43 ; He 10, 13, etc.), purifiera la terre de son Peuple (cf. Dt 32, 43), et régnera sur un Israël racheté, rénové, rétabli dans ses frontières d’antan (cf. Jr 31, 15-16). Enfin, Israël lui-même, après avoir été longtemps asservi aux nations et avoir subi leur mépris (cf. Mi 4, 10), les asservira à son tour et régnera sur elles (cf. Dt 15, 6 ; Ps 18, 48 ; Ps 47, 4 ; Ba 4, 25 ; Ba 5, 5 ss.).

Pour en revenir aux Chrétiens, s’ils lisent sérieusement le Livre de l’Apocalypse, ils ne peuvent nier qu’il y est parlé d’une « première résurrection » (Ap 20, 5 ss.). À moins de n’admettre qu’une interprétation symbolique de cette expression - ce dont ne se privent pas les a-millénaristes [11], tel Augustin, qui y voyait le baptême -, elle constitue une sérieuse difficulté pour les tenants de l’équivalence : « fin des temps » = « fin du monde ».

En effet, si la Chrétienté n’attend plus, à la fin du temps de l’histoire, qu’une consommation de la terre et de ses habitants dans la gloire du Ciel, que signifie la « seconde mort », dont parle l’Apocalypse (Ap 20, 6) ? Certainement pas la perspective d’une mort après la première résurrection, laquelle n’aurait alors été qu’un simple retour temporaire à la vie, comme le fut la résurrection de Lazare. Qu’il n’y ait qu’une mort, le Nouveau Testament en témoigne : « les hommes ne meurent qu’une fois, après quoi il y a un jugement. » (cf. He 9, 27). Et l’Apocalypse corrobore cette conception en ces termes :

Puis, je vis des trônes sur lesquels ils s’assirent, et on leur remit le jugement, et aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu, et tous ceux qui refusèrent d’adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main. Ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. Les autres morts ne purent reprendre vie avant l’achèvement des mille années. C’est la première résurrection. (Ap 20, 4-5).

C’est donc qu’il y aura deux étapes dans la consommation du mystère du Salut. Tout d’abord, adviendront les temps messianiques, période durant laquelle les élus ressusciteront pour mener, ici-bas, une vie paradisiaque et constituer une « Royauté de prêtres régnant sur la terre » (cf. Ap 5, 10). Puis, adviendra le Jour de Dieu, où « les cieux enflammés se dissoudront et où les éléments embrasés se dissoudront pour laisser la place à de nouveaux cieux et à une terre nouvelle, où la justice habitera. » (2 P 3, 12-13 = Ap 21, 1).

En proclamant « heureux et saint celui qui participe à la première résurrection » et en précisant que « la seconde mort n’a pas pouvoir sur eux » (cf. Ap 20, 6), l’Apocalypse veut dire que ces élus messianiques sont assurés de ne plus jamais mourir et surtout de ne pas se voir « jetés, avec le Diable, la Bête et le faux prophète, dans l’étang de feu et de soufre » (Ap 20, 10), qui est « la seconde mort » (Ap 2, 11 ; 20, 6.14 ; 21, 8), celle dont on ne ressuscite jamais, et où « le supplice dure jour et nuit, éternellement » (Ap 20, 10).

C’est à la lumière de ces textes scripturaires qu’il faut comprendre les étonnantes descriptions d’Irénée, citées ailleurs [12]. Malheureusement, incapables de croire à la réalité de l’exposé que font les Écritures, des deux étapes de la consommation eschatologique du projet divin de Salut, maints fidèles et clercs chrétiens réputent « symboliques » ces récits, comme ils le font à chaque fois que le sens obvie d’un passage leur résiste ou les choque. Certains poussent même cette « démythologisation » (pour employer leur terminologie [13]) jusqu’à affirmer que la royauté messianique dont parle l’Apocalypse est celle que tout Chrétien exerce déjà, dès ici-bas, en croyant au Salut en Jésus Christ !

Plaise à Dieu que ce texte de Paul les invite à entrer dans le mystère :

De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ. Mais chacun à son rang : comme prémices, le Christ, puis ceux qui seront au Christ lors de son Avènement. Puis ce sera la fin, lorsqu’il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds […] et lorsque toutes choses Lui auront été soumises, le Fils se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous. (1 Co 15, 22-28).

Malheureusement, ce qu’on nomme, en milieu catholique, la théologie des « Fins dernières » ne sait pas encore faire la distinction qui n’échappait ni aux Juifs, ni aux Apôtres, entre les "Jours du Messie" (yemot hamashiaH), où les « fils de la résurrection [= ceux qui ont part à la résurrection] » (cf. Lc 20, 36) régneront avec le Christ durant mille années (Ap 20, 6), sur cette terre – qui aura été renouvelée (cf. Ps 104, 30), mais qui sera encore de cette création -, et le "Monde à venir", où le Fils Lui-même se soumettra à celui qui lui a tout soumis (cf. 1 Co 15, 28), pour que le Père règne sur une création entièrement glorifiée, au sein de laquelle les ressuscités ne peuvent plus mourir, car ils sont pareils aux anges (cf. Mt 22, 30), étant fils de Dieu par la résurrection.

Mais la prédication du Royaume qui vient (cf. Mc 11, 10) se heurte au scepticisme des spécialistes qui n’admettent que ce que leur savoir et leur raison juge plausible, et rejettent ce qui leur paraît inacceptable. Nul ne résiste à leurs arguments imparables, servis par un savoir impressionnant, auquel, même quand son âme est troublée et sa foi implicitement ridiculisée, le simple fidèle ne peut ou n’ose objecter. C’est d’eux que Jésus a prophétisé en ces termes :

Malheur à vous [...] qui fermez aux hommes le Royaume des Cieux ! Non seulement vous n’entrez pas vous-mêmes, mais vous barrez le chemin à ceux qui entrent. (Mt 23, 13).

Et encore :

Malheur à vous, spécialistes de la Loi, parce que vous avez enlevé la clef de la connaissance ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés ! (Lc 11, 52).

Voici, par exemple, ce qu’on peut lire dans l’ouvrage grand public d’un bibliste qui fait autorité :

« Quand la fin viendra, des hommes passeront sans transition du "monde présent" au "monde à venir", puisque le Retour du Christ en gloire les trouvera encore vivants. Ici, les représentations utilisées montrent la parution du Christ sur les nuées comme une manifestation de gloire, analogue à ses apparitions après sa résurrection, et notamment à celle qui servit de cadre à son ascension symbolique vers le ciel (Ac 1, 11). Quant à la date de ce Retour, elle comporte naturellement une imminence psychologique qui est toujours de règle en pareil cas ».

Comme en témoignent les mots mis en italiques par nos soins, il est clair que, pour ce savant, la Parousie est aussi « symbolique » que l’est sa conception de l’Ascension « apparente » du Christ, qu’il professe à l’encontre de la saisie traditionnelle qu’a l’Église de ce mystère ! À ses yeux, l’imminence de la Parousie n’est pas réelle, mais « psychologique ». Il s’agit d’un schéma eschatologique qui passe sans transition de l’histoire des hommes au surgissement du "monde à venir", comme l’illustre cet autre développement du même spécialiste, fondé sur Ph 3, 20-21 :

« Alors, les morts et les vivants rejoignent le Seigneur [...] Le lieu de rassemblement est la Cité céleste ».

Pas la moindre allusion aux événements du Temps de la Fin (cf. Dn 8, 17), ni à l’instauration du Royaume du Christ sur la terre, contre le gré des nations révoltées (cf. Ps 2), comme il est écrit :

Nous te rendons grâce, Seigneur, Dieu Maître-de-tout [...] parce que tu as pris en main ton immense puissance pour établir ton règne. Les nations s’étaient mises en fureur ; mais voici ta fureur à toi, et le temps pour les morts d’être jugés; le temps de récompenser tes serviteurs les prophètes, les saints, et ceux qui craignent ton nom, petits et grands, et de perdre ceux qui perdent la terre. (Ap 11, 17-18).

Mais le bibliste va plus loin dans sa symbolisation et sa démythologisation des textes de saint Paul, à propos de Rm 8, 18-23, déniant, cette fois, toute réalité à la transfiguration future du monde qu’annonce pourtant clairement l’Apôtre. Il écrit en effet :

« La liaison entre le corps de l’homme et l’ensemble de l’univers matériel permet à saint Paul de transférer sur la création entière l’aspiration intérieure qui tend l’homme vers la transfiguration finale de son corps. La mythologie antique divinisait la terre en la représentant sous les traits de la Grande Mère. Ici, la même image n’a plus qu’une valeur symbolique : c’est une Grande Mère démythisée qui enfante l’humanité nouvelle, arrachée à la corruption pour entrer dans le "monde à venir". Cet emploi du langage figuré invite à ne pas imaginer arbitrairement une métamorphose finale de l’univers matériel, c’est le rapport de l’homme avec lui qui sera transformé, ce n’est pas sa matérialité même. Pour le Christ ressuscité, devenu chef de toutes les réalités cosmiques (Col 1, 16.20), les cieux nouveaux et la terre nouvelle sont déjà advenus ».

Telle n’est évidemment pas la pensée de Paul, qui enseigne que même la création sera transfigurée :

Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : si elle fut assujettie à la vanité, - non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise -, c’est avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. (Rm 8, 19-21).

On remarquera à quel point l’interprétation du spécialiste cité détourne de leur sens obvie les textes invoqués, au nom de la seule autorité du théologien et à l’encontre de l’attente d’un Royaume de Dieu sur la terre, dont témoignent non seulement les Écritures mais la Tradition des Pères les plus vénérables. On n’ose penser aux conséquences que peut avoir, sur la foi chrétienne, cette « réduction symbolique » de l’eschatologie, si contraire, entre autres, à l’enseignement de Paul (cf. Rm 8, 19 ss.), mais qu’approuvent pourtant maints théologiens et biblistes.

Selon un autre savant, qui ne partage pas la vision des choses du précédent, ces conceptions sont l’apanage de la quasi-totalité des biblistes allemands et des « tenants de la méthode esthético-littéraire qui prévaut dans les études bibliques ».

Ces résistances de spécialistes à la réception du dessein de Dieu tel qu’il s’exprime dans l’Écriture, n’auront d’influence que sur celles et ceux qui, malgré la sévère mise en garde de Jacques (cf. Jc 3, 1), aspirent à devenir docteurs et qui, toujours à s’instruire, ne sont jamais capables de parvenir à la connaissance de la vérité (cf. 2 Tm 3, 7). Ils sont des proies faciles pour d’autres auteurs, beaucoup plus pernicieux, dont l’orgueil et la démesure, inversement proportionnels à leur ignorance des voies de Dieu, les poussent à faire des adeptes. Faux prophètes, loups ravisseurs déguisés en brebis (cf. Mt 7, 15), faux docteurs créateurs de sectes pernicieuses (cf. 2 P 2, 1), charlatans, à la fois trompeurs et trompés (cf. 2 Tm 3, 13), ils égarent celles et ceux qui ne supportent plus la saine doctrine, mais, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, se donnent des maîtres en quantité (cf. 2 Tm 4, 3-4).

Aujourd’hui, plus que jamais, voici les maîtres dont les disciples du Royaume ont besoin (cf. Tt 1, 9 ; 2, 1) : humbles et détachés d’eux-mêmes; fidèles au « dépôt » et à sa transmission ecclésiale ininterrompue depuis les origines ; enseignant ce qui est conforme à la saine doctrine ; capables, à la fois, d’exhorter dans la saine doctrine et de confondre les contradicteurs; ne parlant pas de leur propre initiative et ne cherchant pas leur propre gloire, mais celle de Dieu qui les a envoyés. Tels sont les témoins véridiques en qui il n’y a pas d’imposture (cf. Jn 7, 18) et auxquels il faut s’attacher, comme il est écrit:

Nous devons nous attacher avec plus d’attention aux enseignements que nous avons entendus, de peur d’être entraînés à la dérive (He 2, 1).

Si quelqu’un enseigne autre chose et ne reste pas attaché à de saines paroles, celles de notre Seigneur Jésus Christ, et à la doctrine conforme à la piété, c’est un être aveuglé par l’orgueil, un ignorant en mal de questions oiseuses et de querelles de mots. (1 Tm 6, 3-4).

Mais, peut-être quelqu’un objectera-t-il : tous n’ont pas la science (cf. 1 Co 8, 7), et qui sera garant de la véracité de telle ou telle interprétation, et surtout d’affirmations selon lesquelles le temps est venu où doivent s’accomplir toutes les prophéties ? De fait, au cours des siècles, l’Église du Christ a vu se dresser tant de réformateurs tant d’annonceurs d’une imminence de la Fin, que le scepticisme a fini par être de mise en cette matière.

Baptisée du label gratifiant de « prudence », cette attitude empreinte de scepticisme s’est progressivement muée, au cours des siècles, en une fin de non-recevoir, polie mais systématique, opposée par la majeure partie de la « schola » théologique et des mouvements spirituels reconnus par la hiérarchie chrétienne à toute tentative de sensibilisation aux signes des temps, d’où qu’elle émane. Ici, comme en d’autres domaines, on a, comme dit l’adage, jeté l’enfant avec l’eau du bain. Au nom du fait - patent, au demeurant - que nombreux furent, dans le passé, les fidèles qui se sont fourvoyés en suivant de faux prophètes ou des prédicateurs exaltés d’une imminence de la fin des temps, certains « pasteurs » froncent le sourcil dès qu’une ou plusieurs de leurs brebis reconnaissent le Berger et écoutent sa voix (cf. Jn 10, 3). Plaise à Dieu qu’ils ne les dissuadent pas d’obéir à l’Esprit Saint qui dit, en David : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs… » (Ps 95, 7-8 = He 3, 7-8), ni de croire à la réalité du Repos du septième jour, réservé au Peuple de Dieu - les temps messianiques - et de s’efforcer d’y entrer (cf. He 4, 9.11).

Absorbés par la gestion quotidienne des affaires de l’Église et le souci de ne pas donner prise à la critique d’une fuite des problèmes concrets de l’humanité, nombre de responsables religieux négligent la vigilance eschatologique. S’ils annoncent bien au monde le message de l’Évangile, c’est presque uniquement dans un cadre liturgique plus ou moins formel et dans des sermons qui n’ont rien de la ferveur anxieuse, voire violente, des objurgations des prophètes. Ils ménagent leurs ouailles, alors que Paul a dit :

Proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire. (2 Tm 4, 2).

Sans doute est-ce pour « ne pas perturber les fidèles » que, consciemment ou non, ils évitent, dans leurs homélies, les passages sévères, voire inquiétants, du Nouveau Testament, tels, entre autres, ceux-ci :

  • Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé! (Lc 12, 49).
  • N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. (Mt 10, 34 = Lc 12, 51).
  • Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. (Mt 10, 37).
  • Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. - Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts. (Mt 8, 21-22).
  • Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence. (Lc 19, 27).
  • Malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître!" (Mt 26, 24 = Mc 14, 21).

Etc....

Trop de ministres religieux font dans le social, le politique, l’art, la recherche, les études de théologie ou de sciences humaines, etc., aux dépens de l’approfondissement et de la prédication du dessein de Dieu tel qu’il se donne à connaître dans les Saintes Écritures. C’est contre leurs précurseurs que tonnaient déjà Malachie et Osée :

  • Car c’est aux lèvres du prêtre de garder le savoir et c’est de sa bouche qu’on recherche l’enseignement: il est messager de l’Éternel Sabaot. Mais vous vous êtes écartés de la voie; vous en avez fait trébucher un grand nombre par l’enseignement [...] (Ml 2, 7-8).
  • C’est avec toi, prêtre, que je suis en procès [...] puisque toi, tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai de mon sacerdoce. (Os 4, 4.6).

Parmi les religieux, les religieuses et les responsables laïcs de grands mouvements catholiques, beaucoup sont conscients de l’affadissement du sel chrétien (cf. Mt 5, 13). Mais rares sont ceux qui font pénitence et travaillent humblement à leur propre conversion. Le grand nombre se contente de dénoncer les déficiences et les médiocrités des autres. Leur amour de jeunesse pour Dieu n’est plus qu’un souvenir, le temps des fiançailles de leur âme est révolu (cf. Jr 2, 2) ; celui des règlements de comptes lui a succédé. Si l’Église en est là, accusent-ils, c’est de sa faute. Il ne leur vient pas à l’idée qu’ils ont leur part dans cet échec. Certains plus que d’autres, qui avertis intérieurement et investis de la grave responsabilité de "guetteurs", ont vu venir l’Ennemi mais n’ont pas averti du danger les membres de leur peuple, se rendant coupables de la mort spirituelle de beaucoup d’entre eux (cf. Ez 3, 17 ; Ez 33, 2 ss).

Quant aux fidèles sans fonction particulière dans l’Église, nombre d’entre eux, quand ils n’ont pas déserté le troupeau, sont comme des brebis sans berger (cf. Mt 9, 36 = Jr 50, 6), ballottés et emportés à tout vent de doctrine, au gré de l’imposture des hommes et de leur astuce à fourvoyer dans l’erreur (cf. Ep 4, 14). Non seulement leur charité s’est refroidie (cf. Mt 24, 12), mais il leur arrive trop souvent d’ajouter à la tiédeur le zèle amer. Ils "font la morale" au monde en lui adressant des reproches fondés, mais, dans leur agir, ils composent tellement avec lui, qu’ils ne s’en distinguent en rien. Et les voici atteints par la sévère admonestation de Paul :

Mais si toi, qui arbores le nom de [Chrétien], qui te reposes sur la Loi, qui te glorifies en Dieu, qui connais sa volonté, qui discernes le meilleur, instruit par la Loi, et te persuades d’être le guide des aveugles, la lumière de qui marche dans les ténèbres, l’éducateur des ignorants, le maître des simples, parce que tu possèdes dans la Loi l’expression même de la science et de la vérité [...] Eh bien, l’homme qui enseigne autrui, tu ne t’enseignes pas toi-même ! tu prêches de ne pas dérober et tu dérobes ! tu interdis l’adultère et tu commets l’adultère [...] Toi qui te glorifies dans la Loi, en transgressant cette Loi, c’est Dieu que tu déshonores, car le nom de Dieu, à cause de vous, est blasphémé parmi les nations, dit l’Écriture (Rm 2, 17-24, et cf. Ez 36, 22).

Et c’est à nous tous : prélats, pasteurs, simples prêtres, religieux et religieuses, laïcs consacrés, Chrétiens du rang et mal-croyants, justes et pécheurs, que cette parole de Jérémie s’adresse :

A qui dois-je parler, devant qui témoigner pour qu’ils écoutent ? Voici que leur oreille est incirconcise, ils ne peuvent pas être attentifs. Voici que la parole de l’Éternel est l’objet de leur mépris, ils n’en ont pas envie (Jr 6, 10).

C’est de nous tous que Jésus a prophétisé quand il a dit, en substance : Les signes météorologiques, vous savez les interpréter, mais pas les signes des temps ! (cf. Mt 16, 3).

Dans cette confusion universelle, de plus en plus de voix s’élèvent pour annoncer l’imminence du surgissement du Royaume dans l’histoire des hommes, avec sa charge de jugement, certes, mais aussi avec ses promesses de bonheur messianique. Faut-il les croire ? A chacun d’examiner sa conscience. Mais on ne se trompera certainement pas en se tenant prêts, fidèles en cela aux nombreux avertissements du Nouveau Testament, dont ceux-ci :

  • Tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir. (Mt 24, 44 = Lc 12, 40).
  • Veillez donc, parce que vous ne savez pas quel jour va venir votre Maître. (Mt 24, 42).
  • Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. (Mt 25, 13).
  • Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison va venir, le soir, à minuit, au chant du coq ou le matin. (Mc 13, 35).
  • Et ce que je vous dis à vous, je le dis à tous: veillez ! (Mc 13, 37).
  • Veillez donc et priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme. (Lc 21, 36).
  • Je vous aurai prévenus. (Mt 24, 25).
  • Pour vous, soyez sur vos gardes : je vous ai prévenus de tout. (Mc 13, 23).

Resterons-nous sans réponse face à ceux qui disent, comme l’a prophétisé l’apôtre Pierre:

« Où est la promesse de son avènement ? Depuis que les Pères sont morts, tout demeure comme au début de la création. » (2 P 3, 4) ?

Ou bien devons-nous nous mettre à la remorque de ceux, dont nul ne peut garantir la crédibilité, qui proclament : le temps de la fin est proche ?

Selon Irénée, après la condamnation et la défaite de l’Antichrist,

le Seigneur viendra du Ciel, sur les nuées, dans la gloire de son Père et il enverra dans l’étang de feu l’Antichrist avec ses fidèles ; il inaugurera en même temps pour les justes les temps du Royaume, c’est-à-dire le Repos du septième jour, qui fut sanctifié, et il donnera à Abraham l’héritage promis ; c’est là le Royaume en lequel, selon la parole du Seigneur, "beaucoup viendront du levant et du couchant pour prendre place à table avec Abraham, Isaac et Jacob" » (cf. Mt 8, 11). (Irénée de Lyon, Adv. Haer., V, 30, 4).

C’est dans ce monde-ci - même s’il est « rénové » - que, selon Irénée, s’exercera la royauté messianique du Christ avec ses Élus ressuscités :

Les justes doivent d’abord, dans ce monde rénové, après être ressuscités à la suite de l’Apparition du Seigneur, recevoir l’héritage promis par Dieu aux Pères et y régner […] Il convient donc que le monde lui-même, restauré en son état premier, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes. (Id., Ibid., V, 32, 1).

Commentant la phrase de Jésus : « Je ne boirai plus désormais du fruit de cette vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père » (cf. Mt 26, 29), Irénée écrit :

Sans aucun doute, c’est dans l’héritage de la terre qu’il le boira, de cette terre que lui-même renouvellera et rétablira en son état premier pour le service de la gloire des enfants de Dieu, selon ce que dit David : "Il renouvellera la face de la terre" (Ps 104, 30). En promettant d’y boire du fruit de la vigne avec ses disciples, il a fait connaître deux choses : l’héritage de la terre, en lequel sera bu le fruit nouveau de la vigne avec ses disciples, et la résurrection corporelle de ses disciples. Car la chair qui ressuscitera dans une condition nouvelle est aussi celle-là même qui aura part à la coupe nouvelle. Ce n’est pas, en effet, alors qu’il serait dans un lieu supérieur et supra-céleste avec ses disciples, que le Seigneur peut être conçu comme buvant du fruit de la vigne ; et ce ne sont pas davantage des êtres dépourvus de chair qui pourraient en boire, car la boisson tirée de la vigne a trait à la chair, non à l’esprit. (Id., Ibid., V, 33, 1).

Pour ce Père, le Royaume messianique a lieu en « ce monde-ci », et non dans le « monde à venir » :

Il dit encore: "Quiconque aura quitté champs ou maisons, ou parents, ou frères, ou enfants à cause de moi, recevra le centuple en ce monde et héritera de la vie éternelle dans le monde à venir" (cf. Mt 19, 29). Quel est donc en effet le centuple que l’on recevra en ce monde, et quels sont les dîners et les soupers qui auront été donnés aux pauvres et qui seront rendus (cf. Lc 18, 29-30) ? Ce sont ceux qui auront lieu au temps du royaume, c’est-à-dire en ce septième jour qui a été sanctifié et en lequel Dieu s’est reposé de toutes les œuvres qu’il avait faites : vrai sabbat des justes, en lequel ceux-ci, sans plus avoir à faire aucun travail pénible, auront devant eux une table préparée par Dieu et regorgeant de tous les mets. (Id., Ibid., V, 33, 2).

Fait surprenant chez ce géant de la foi, qui flétrit à maintes reprises l’incroyance juive : dans son tableau eschatologique, il fait état de la restauration future du Peuple juif sur sa terre :

Ézéchiel dit de même : « Voici que je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous introduirai dans la terre d’Israël. Et vous saurez que je suis le Seigneur quand j’ouvrirai vos tombeaux, quand je vous ferai sortir des tombeaux, mon peuple. Je mettrai mon Esprit en vous, et vous vivrez, et je vous établirai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur » (Ez 37, 12-14). Le même Prophète dit encore : « Voici ce que dit le Seigneur : Je rassemblerai Israël d’entre toutes les nations parmi lesquelles ils ont été dispersés, et je me sanctifierai en eux aux yeux des peuples des nations, et ils habiteront sur leur terre, que j’ai donnée à mon serviteur Jacob. Ils y habiteront en sécurité, ils bâtiront des maisons et planteront des vignes, ils habiteront en sécurité, quand j’exercerai un jugement sur tous ceux qui les auront méprisés. » (Ez 28, 25-26). (Id., Ibid., V, 34, 1).

Plus impressionnant encore: d’après Irénée, aux temps messianiques, Jérusalem sera rebâtie :

Isaïe dit encore au sujet de Jérusalem et de celui qui y régnera : « Voici ce que dit le Seigneur : Heureux celui qui a une postérité dans Sion et une parenté dans Jérusalem ! Voici qu’un Roi juste régnera et les princes gouverneront avec droiture » (Is 31, 9 à Is 32, 1). Et à propos des préparatifs de sa reconstruction, il dit : « Voici que je te prépare pour pierres de l’escarboucle et pour fondements du saphir, je ferai tes créneaux de jaspe, tes portes de cristal et ton enceinte de pierres précieuses. Tous tes fils seront enseignés par le Seigneur, tes enfants seront dans une grande paix, et tu seras édifiée dans la justice. » (Is 54, 11-14). (Id., Ibid., V, 34, 4).

Et répondant à l’objection de ceux qui voulaient voir, dans le texte messianique d’Isaïe, une prophétie d’un monde à venir équivalent au Ciel, Irénée précise, au passage, que cette reconstruction messianique de Jérusalem aura lieu sur le sol d’Israël :

Ces événements ne sauraient se situer dans les lieux supra-célestes, « car Dieu, vient de dire le prophète, montrera ta splendeur à tout ce qui est sous le ciel » (Ba 5, 3) ; mais ils se produiront au temps du Royaume, lorsque la terre aura été renouvelée par le Christ et que Jérusalem aura été rebâtie sur le modèle de la Jérusalem d’En-Haut. (cf. Tb 14, 5). (Id., Ibid., V, 35).

Contrairement à nombre de théologiens et de fidèles d’aujourd’hui, Irénée ne semble pas choqué par la coexistence de ressuscités et de non-ressuscités dans le Royaume messianique:

Le même prophète dit encore : « Voici que je crée Jérusalem pour l’allégresse, et mon peuple pour la joie. Je serai dans l’allégresse au sujet de Jérusalem et dans la joie au sujet de mon Peuple. On n’y entendra plus désormais le bruit des lamentations ni le bruit des clameurs ; il n’y aura plus là d’homme frappé d’une mort prématurée, ni de vieillard qui n’accomplisse pas son temps : car le jeune homme aura cent ans, et le pécheur qui mourra aura cent ans et sera maudit. Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes les habiteront, ils planteront des vignes et eux-mêmes en mangeront les fruits. Ils ne bâtiront plus pour que d’autres habitent, ils ne planteront pas pour que d’autres mangent. Car les jours de mon Peuple seront comme les jours de l’arbre de vie : ils useront les ouvrages de leurs mains. » (Is 65, 18-22). (Id., Ibid., V, 34, 4).

Toujours à propos des mêmes perspectives, Irénée n’accepte pas qu’on en élude la littéralité prophétique :

Si certains essayent d’entendre de telles prophéties dans un sens allégorique [14], ils ne parviendront même pas à tomber d’accord entre eux sur tous les points. D’ailleurs, ils seront convaincus d’erreur par les textes eux-mêmes, qui disent : « Lorsque les villes des nations seront dépeuplées, faute d’habitants, ainsi que les maisons, fautes d’hommes, et lorsque la terre sera laissée déserte […] » (cf. Is 6, 11) […] Il dit encore : « Que l’Impie soit enlevé, pour ne point voir la gloire du Seigneur ! » (cf. Is 26, 10). « Et après » que « cela » aura eu lieu, « Dieu, dit-il, éloignera les hommes (cf. Is 6, 12), et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre ». « Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes les habiteront » […] (cf. Is 65, 21). Toutes les prophéties de ce genre se rapportent sans conteste à la résurrection des justes, qui aura lieu après l’avènement de l’Antichrist et l’anéantissement des nations soumises à son autorité : alors les justes régneront sur la terre […] Et tous ceux que le Seigneur trouvera en leur chair, l’attendant des cieux après avoir enduré la tribulation et avoir échappé aux mains de l’Impie, ce sont ceux dont le prophète a dit : « Et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre » (cf. Is 6, 12, selon la LXX). Ces derniers sont aussi tous ceux d’entre les païens que Dieu préparera d’avance pour que, après avoir été laissés, ils se multiplient sur la terre, soient gouvernés par les saints et servent à Jérusalem. (Id., Ibid., V, 35, 1).

Tels sont, en substance, les propos d’Irénée concernant les temps messianiques, appelés par lui « temps du Royaume ».

Voyons maintenant ce qu’il dit du « Monde à venir ». Notons qu’il en distingue parfaitement les deux perspectives. Ce qu’il va décrire à présent - en citant principalement les chapitres 20 et 21 de l’Apocalypse - est expressément placé par lui « après les temps du Royaume ». Et la Jérusalem céleste qui descend du Ciel n’est pas confondue avec celle qui a été rebâtie précédemment, au temps du Royaume messianique :

« C’est de cette Jérusalem-là que la Jérusalem de la première terre sera l’image, où les justes s’exerceront à l’incorruptibilité et se prépareront au Salut, comme c’est aussi de ce tabernacle-là que Moïse a reçu le modèle sur la montagne. (cf. Ex 25, 40 - He 8, 5) ». (Id., Ibid., V, 35, 2).

Pour ce Père, le temps du Royaume est la période où, dans une création partiellement renouvelée, les ressuscités franchiront graduellement les étapes qui les séparent de l’incorruptibilité parfaite. Ce schéma peut étonner, pourtant il ressort des propos mêmes de ce Père, comme en font foi les passages qui suivent :

De même que [l’homme] ressuscitera réellement […], c’est réellement aussi qu’il s’exercera à l’incorruptibilité, qu’il croîtra et qu’il parviendra à la plénitude de sa vigueur, aux temps du Royaume, jusqu’à devenir capable de saisir la gloire du Père. Puis, quand toutes choses auront été renouvelées, c’est réellement qu’il habitera la Cité de Dieu. (Id., Ibid., V, 35, 2).

À propos de ce processus, étrange à nos yeux, Irénée parle même de « transfert » de cette création à la nouvelle. Mais pour ne pas qu’une fois de plus, quelque héritier de la philosophie platonicienne s’avise d’imaginer une espèce d’angélisation de l’humanité, ou de spiritualisation de la matière, il précise :

Ni la substance ni la matière de la création ne seront anéanties […] mais « la figure de ce monde passera » (cf. 1 Co 7, 31), c’est-à-dire les choses dans lesquelles la transgression a eu lieu : car l’homme a vieilli en elles. (Id., Ibid., V, 36, 1).

Et entrant plus avant dans le mystère, Irénée ajoute :

Mais lorsque cette « figure » aura passé, que l’homme aura été renouvelé, qu’il sera mûr pour l’incorruptibilité au point de ne plus pouvoir vieillir, « ce sera alors le ciel nouveau et la terre nouvelle » (cf. Is 65, 17 = Ap 21, 1), en lesquels l’homme nouveau demeurera, conversant avec Dieu d’une manière toujours nouvelle. (Id., Ibid., V, 36, 1).

Il se réfère même à une vénérable tradition pour décrire ce que l’on peut appeler les "degrés proportionnels de gloire", qui seront l’apanage des participants de ce Royaume :

Et, comme le disent les Presbytres, c’est alors que « ceux qui auront été jugés dignes » (cf. Lc 20, 35) du séjour du Ciel y pénétreront, tandis que d’autres jouiront des délices du Paradis, et que d’autres encore posséderont la splendeur de la Cité ; mais partout Dieu sera vu, dans la mesure où ceux qui le verront en seront dignes. (Id., Ibid., V, 36, 1).

Et Irénée de poursuivre sur le même thème :

Telle sera la différence d’habitation entre ceux qui auront produit « cent pour un, soixante pour un, trente pour un » (cf. Mt 13, 8) : les premiers seront enlevés aux cieux, les seconds « séjourneront dans le Paradis » (cf. Lc 23, 43), les troisièmes habiteront « la Cité » (cf. Ap 22, 14). C’est la raison pour laquelle le Seigneur a dit qu’« il y a de nombreuses demeures chez son Père » (cf. Jn 14, 2). […] C’est là la « salle du festin » (cf. Mt 8, 11), en laquelle prendront place et se régaleront « les invités aux noces ». (cf. Ap 19, 9). (Id., Ibid., V, 36, 2).

C’est alors qu’Irénée formule ce qu’il faut bien appeler une « procession trinitaire » [15] - au sens théologique du terme -, laquelle est parfaitement conforme à l’expression de ce mystère par saint Paul lui-même :

Tels sont, aux dires des Presbytres, disciples des apôtres, l’ordre et le rythme que suivront ceux qui sont sauvés, ainsi que les degrés par lesquels ils progresseront : par l’Esprit ils monteront au Fils, puis, par le Fils, ils monteront au Père, lorsque le Fils cédera son œuvre au Père, selon ce qui a été dit par l’Apôtre : « Il faut qu’il règne, jusqu’à ce que Dieu ait mis tous ses ennemis sous ses pieds : le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. » (cf. 1 Co 15, 25-26). (Id., Ibid., V, 36, 2).

Parvenu au terme de son œuvre, Irénée exprime, avec une rare densité d’expression, la quintessence de la consommation du mystère de Dieu, en une série d’affirmations qu’il convient d’analyser, brièvement mais avec soin, car elles renferment une doctrine qui n’a malheureusement pas encore été prise en compte comme elle le mérite par la théologie chrétienne. Tout d’abord - chose qui étonnera sans doute - il affirme, sans la moindre ambiguïté, que la première résurrection a lieu sur la terre et au temps du Royaume :

Ainsi donc, de façon précise, Jean a vu par avance « la première résurrection » (cf. Ap 20, 5-6), qui est celle des justes, et l’héritage de la terre, qui doit se réaliser dans le Royaume. (Id., Ibid., V, 36, 3).

Immédiatement après cette formulation, Irénée croit nécessaire de l’étayer par deux passages néotestamentaires qui, du coup, s’éclairent pour nous d’une lumière nouvelle :

C’est exactement cela que le Seigneur a enseigné, lui aussi, quand il a promis de « boire le mélange nouveau » (cf. Mt 26, 29) de la coupe avec ses disciples « dans le Royaume », et encore lorsqu’il a dit : « Des jours viennent où les morts qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l’Homme et ils ressusciteront: ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement » (Jn 5, 25.28-29). (Id., Ibid., V, 36, 3).

Et les explications fournies par ce Père s’avèrent extrêmement précieuses pour la compréhension des événements du Temps de la Fin :

Il dit par là que ceux qui auront fait le bien ressusciteront les premiers pour aller vers le repos, et qu’ensuite ressusciteront ceux qui doivent être jugés.

Ce qui rappelle quelque peu ce mystérieux passage néotestamentaire :

Tel sera aussi l’avènement du Fils de l’homme. Alors, deux hommes seront aux champs : l’un est pris, l’autre laissé ; deux femmes en train de moudre : l’une est prise, l’autre laissée. (Mt 24, 39-41). (Id., Ibid., V, 36, 3).

De cette exégèse, Irénée glisse ensuite, sans transition, vers la justification de la doctrine controversée, appelée par la suite « millénarisme [16] », c’est-à-dire la croyance en un Royaume du Christ sur la terre, avec ses élus, durant une très longue période, fixée à « mille ans » par l’Apocalypse (Cf. Ap 20, 5-6). Mais, comme c’est souvent le cas chez Irénée, la justification est faite sur base scripturaire :

C’est ce qu’on trouve déjà dans le livre de la Genèse, d’après lequel « la consommation de ce siècle » aura lieu « le sixième jour » (cf. Gn 1, 31 à Gn 2, 1), c’est-à-dire la six millième année ; puis ce sera le septième jour, jour du repos, au sujet duquel David a dit : « C’est là mon repos, les justes y entreront » (Ps 118, 20 ; 132, 14). (Id., Ibid., V, 36, 3).

Et toujours sur la foi des Écritures, Irénée conclut ainsi l’argumentation de sa foi millénariste :

Ce septième jour est le septième millénaire, celui du Royaume des justes (cf. Ap 20, 4-6), dans lequel ils s’exerceront à l’incorruptibilité, après qu’aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. C’est ce que confesse l’apôtre Paul lorsqu’il dit que « la création sera libérée de l’esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu ». (Rm 8, 21). (Id., Ibid., V, 36, 3).

L’expression « ceux qui auront été gardés dans ce but » fait écho aux oracles suivants des prophètes Daniel, Isaïe, Joël et Zacharie :

Pour toi, va, prends ton repos et tu te lèveras pour ta part à la Fin [ou : dans la suite] des Jours. (Dn 12, 13).

Le Reste laissé à Sion, ce qui survit à Jérusalem, sera appelé saint, tout ce qui est inscrit pour la vie à Jérusalem […] l’Éternel créera, partout sur la montagne de Sion et sur ceux qui s’y assemblent, une nuée, le jour, et une fumée avec l’éclat d’un feu flamboyant, la nuit. (Is 4, 3.5).

Tous ceux qui invoqueront le nom de l’Éternel seront sauvés, car sur le mont Sion il y aura des rescapés […] et à Jérusalem des survivants que l’Éternel appelle. (Jl 3, 5).

Ainsi parle l’Éternel. Je reviens à Sion et je veux habiter au milieu de Jérusalem. Jérusalem sera appelée Ville-de-Fidélité, et la montagne de l’Éternel Sabaot, Montagne sainte. Ainsi parle l’Éternel Sabaot. Des vieux et des vieilles s’assiéront encore sur les places de Jérusalem: chacun aura son bâton à la main, à cause du nombre de ses jours. (Za 8, 3-4).

Irénée écrit encore :

Toutes les prophéties de ce genre se rapportent, sans conteste, à la résurrection des Justes, qui aura lieu après l’avènement de l’Antichrist et l’anéantissement des nations soumises à son autorité. Alors les Justes régneront sur la terre, croissant à la suite de l’apparition du Seigneur, ils s’accoutumeront, grâce à lui, à saisir la gloire du Père, et, dans ce Royaume, ces justes accéderont au commerce des saints anges ainsi qu’à la communion et à l’union avec les réalités spirituelles. (Id., Adv. Haer., V, 35, 1).

Enfin, en une synthèse qui n’a pas été dépassée, il rejoint l’enseignement de Paul :

Et en tout cela et à travers tout cela, apparaît un seul et même Dieu Père : c’est Lui qui a modelé l’homme et promis l’héritage de la terre ; c’est Lui qui le donnera lors de la résurrection des Justes et réalisera ses promesses dans le Royaume de son Fils ; c’est Lui enfin qui accordera, selon Sa paternité, "ces biens que l’œil n’a pas vus, que l’oreille n’a pas entendus et qui ne sont pas montés au cœur de l’homme." (cf. 1 Co 2, 9 = Is 64, 3). (Id., Adv. Haer., V, 36, 3).

Cette dernière citation, dans le contexte où la place Irénée, a pour but de nous en convaincre : la victoire sur les impies conduits par l’Antichrist, la première résurrection, le Royaume des justes avec le Christ sur la terre des promesses, sont les biens des temps messianiques. Irénée le confirme en précisant qu’il s’agit des promesses que « Dieu […] réalisera dans le Royaume de son Fils » ; et nous avons vu, plus haut, que cette Royauté s’exercera sur la terre. Par contre, la transfiguration définitive de la création et de l’humanité n’adviendra qu’après la résurrection finale, dont les deux derniers chapitres de l’Apocalypse nous décrivent, dans le style qui leur est propre, les modalités et les conséquences. (Cf. Ap 21 et 22).



[1] Voir Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, Livre V, 28, 3, vol. 2, Sources Chrétiennes 153, Cerf, Paris, 1969, p. 359. Sur ce Père de l’Église du IIe siècle, voir l’article que lui consacre Wikipédia.

[2] Voir Menahem R. Macina, « Le Royaume de Dieu : au ciel ou sur la terre ? ». Une exception toutefois : une spécialiste de la théologie d’Irénée ose la formule suivante « la Genèse étant une "prophétie de l’avenir" a une valeur typologique par rapport à l’eschatologie ». Voir Ysabel de Andia, Homo vivens : Incorruptibilité et divinisation de l’homme selon Irénée de Lyon, Études Augustiniennes, Paris 1986, p. 305 et note 40.

[3] A ce propos, consulter, entre autres, les document suivants : « Lire l’Ancien Testament. Contribution à une lecture catholique de l’Ancien Testament pour permettre le dialogue entre juifs et Chrétiens », Document Episcopat Bulletin du secrétariat de la conférence des évêques de France, n° 9, juin 1997 ; « L’interprétation de l’Écriture chez les Pères de l’Église », un article de la Rédaction de la revue Christus ; « Écriture et Tradition chez saint Irénée de Lyon. La théologie de la Tradition et son rapport à l’Écriture chez saint Irénée de Lyon », un autre article de la même revue. Nota : le site, très utile, de cette revue, met en ligne de nombreuses contributions sur ce thème et sur d’autres, voir, par exemple, les articles affichés dans sa catégorie « La Révélation divine ».

[4] C’est le thème du livre de Menahem R. Macina, « Un voile sur leur cœur… » Le "non" catholique au Royaume millénaire du Christ sur la terre, format électronique, éd. Tsofim, Limoges, 2013.

[5] Le terme grec peut encore se traduire par « perte », ou « absence ».

[6] Le grec recouvre plusieurs acceptions : « réception », « intégration », « admission ».

[7] Il semble bien que cette certitude qu’a Paul de la conversion finale de son Peuple s’appuie sur la prophétie de Dt 4, 30-31 : « [...] Mais, dans les derniers temps, tu reviendras à L’Éternel, ton Dieu, et tu écouteras sa voix ; car L’Éternel, ton Dieu, est un Dieu miséricordieux qui ne t’abandonnera ni ne te détruira et qui n’oubliera pas l’alliance qu’il a conclue avec serment à tes Pères » ; cf. aussi Dt 4, 37 ; 9, 4-5 ; 10, 15. Au sujet de cette alliance avec les Pères qui vaut aux fils le Salut, cf. Rm 11, 28-29.

[8] Voir l’article « Millénarisme », dans l’Encyclopédie électronique Wikipédia. Sur Saint Augustin (IIIe-IVe siècle), voir l’article Augustin d’Hippone de Wikipédia.

[9] Sur ce philosophe et apologète chrétien, voir l’article de Wikipédia, Justin de Naplouse.

[10] Voir la rubrique « Prémillénarisme» de l’article Millénarisme, dans l’Encyclopédie électronique Wikipédia.

[11] Voir la rubrique «Amillénarisme» dans Wikipédia.

[12] Voir M. Macina, « Irénée de Lyon et le Royaume »

[13] Sur cette théorie systématisée par Rudolf Bultmann, voir la recension de deux ouvrages favorables à ses thèses : « R. Bultmann. Jésus. Mythologie et démythologisation. A. Malet. Bultmann et la mort de Dieu ».

[14] « Vient du grec allos, autre, et agoreuein, dire: l’allégorie en énonçant une chose en dit aussi une autre. Ce procédé littéraire était connu aussi dans la Grèce Antique... » (D’après Wikipédia, article « Quatre sens de l’Écriture », Sens allégorique).

[15] Parmi les exposés relatifs à cette notion de « procession », ceux du Fr. Gilles Emery, nous ont paru relativement assimilables par le non-spécialiste ; voir, entre autres, son article intitulé « Le propos de la théologie trinitaire spéculative chez saint Thomas d’Aquin ».

[16] Voir l’article « Millénarisme », dans l’Encyclopédie électronique Wikipédia.

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Date de dernière mise à jour : 29/05/2014