Dieu a rétabli Son peuple – Synthèse en forme de témoignage personnel, par Menahem Macina

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Rappel [1] .


Ce jour du printemps de 1967, je venais de lire, pour la énième fois, la célèbre exclamation prophétique de saint Paul, dans son Épître aux Romains : « Dieu aurait-Il rejeté son peuple ? – Jamais de la vie ! Dieu n’a pas rejeté le peuple qu’il a discerné d’avance. » (Rm 11, 1-2). Alors, jaillit de mon âme une protestation presque violente dont, jusqu’alors, je n’avais pas pris conscience qu’elle était latente en moi depuis longtemps. C’était un véritable cri, qui peut se résumer à peu près en ces termes, que j’émis intérieurement avec fougue et dans le silence d’un recueillement intense, déjà quasi surnaturel :

« Mais enfin, Seigneur, dans les faits, les Juifs sont éloignés du Christ et de Son Église. Qu'en est-il de cette merveilleuse annonce de Paul ? »

Il faut croire que l’ardeur de ce cri fut agréable à Dieu, puisque, dans Son immense miséricorde, Il daigna me répondre. Je me sentis soudain submergé par un recueillement intérieur surnaturel m’avertissant de la proximité d’un dévoilement de la Présence divine. Je compris que ma supplication avait atteint le cœur de Dieu et même qu’elle Lui avait été agréable. La vision fut brève et la suspension de mes sens cessa assez vite. Toutefois, juste avant que se dissipe la lumière surnaturelle, s’imprima clairement en moi la phrase suivante :

« Dieu a rétabli Son Peuple. »


En même temps, m’était infusée la certitude qu’il s’agissait du Peuple juif ; que son rétablissement, dont on venait de m’annoncer la « bonne nouvelle », était chose faite, et que l’événement concernait autant les Juifs d’aujourd’hui, la Terre d’Israël et Jérusalem, que la Chrétienté et toute l’humanité.

Autant l’extase avait été brève, autant le recueillement qui la suivit fut long, profond et nourricier. Cependant, malgré la joie indicible qui m’imprégnait encore, lorsque je redevins pleinement conscient du monde extérieur, une certaine perplexité m’habitait. Je me demandais ce que pouvait bien signifier ce “rétablissement” qu’on m’annonçait comme déjà accompli ; d’autant que s’imposait irrésistiblement à mon esprit la référence à un passage - d’interprétation difficile, au demeurant – du Livre des Actes des Apôtres:

Repentez-vous donc et convertissez-vous, afin que vos péchés soient effacés, et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps du répit. Il enverra alors le Christ qui vous a été destiné, Jésus, celui que le ciel doit garder jusqu’aux temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes. (Ac 3, 19-21).

Ce n’est que beaucoup plus tard que je compris la portée capitale de ce passage prophétique. À mes yeux, il dévoile la ligne de partage entre l’histoire humaine et l’eschatologie, et annonce le temps où l’humanité, grosse d’un dessein divin venu à terme, « crie dans les douleurs de l’enfantement » (cf. Ap 12, 2 = Is 26, 17), sans avoir la force d’accoucher, comme il est écrit :

C’est un jour d’angoisse, de châtiment et d’opprobre que ce jour-ci. Car les enfants sont à terme et la force manque pour enfanter. (2 R 19, 3).

Ce passage du Livre des Actes (Ac 3, 19-21) prophétise l’immutabilité des promesses divines consignées dans les paroles de l’Écriture – dont témoigne ce qu’il est convenu d’appeler l’Ancien Testament –, et leur accomplissement plénier réalisé par le renouvellement de l’Alliance en Jésus-Christ, que confirme ce qu’il est convenu d’appeler le Nouveau Testament. Mais, conformément à ma mentalité de Chrétien traditionnel, il m’était difficile d’imaginer comment le Peuple juif pouvait être rétabli (dans la faveur divine, pensais-je), alors qu’il ne croyait pas encore en Jésus, son Messie et son Dieu. Non que j’aie un seul instant douté de la vérité de ce qui venait de m’être communiqué, mais je ne savais pas à quoi rattacher cette certitude – qui m’habitait désormais, sans que je pusse encore en rendre compte –, d’un rétablissement, déjà réalisé, du Peuple juif dans sa vocation première.

À cette époque, je connaissais trop peu l’Écriture et la doctrine des Pères et de l’Église (outre que j’ignorais tout de la Tradition juive), pour me fier à mes “lumières” propres, et je n’avais ni les moyens techniques, ni la science nécessaire pour vérifier si cette "révélation privée” [2] était bien conforme au dépôt de la foi [3] (cf. 1 Tm 6, 20 ; 2 Tm 1, 12). Un instant, je songeai à la mise en garde scripturaire contre les artifices du Diable, réputé capable de « se déguiser en ange de lumière » (cf. 2 Co 11, 14). Pourtant, je ne pouvais croire que l’immense recueillement et les sentiments extraordinaires d’amour et d’humilité, que je venais de ressentir, pussent avoir été produits en moi par l’Adversaire, car, dit saint Paul : « Dieu est fidèle; Il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces » (1 Co 10, 13). En outre, je savais, par mes lectures d’auteurs spirituels, que le Prince des Ténèbres n’a pas ce pouvoir et que seuls ceux qui vivent habituellement dans le mensonge et le désordre peuvent se laisser abuser par lui. Et, malgré la piètre opinion que j’avais fini par avoir de moi-même, sous les coups humiliants de mes infidélités répétées, j’étais bien obligé de convenir que telles n’étaient pas mes dispositions du moment. Toutefois, je restais préoccupé, car je n’avais rien lu de tel dans ce que je connaissais de l’enseignement de l’Église, de celui des théologiens, et des témoignages des auteurs spirituels fiables.

Pour me rassurer, je me dis alors que la phrase sibylline qui s’était gravée en moi devait être une expression biblique courante, dont Dieu avait voulu me donner une certaine intelligence spirituelle. Je ne doutais pas un instant que je la retrouverais facilement, au hasard de mes nombreuses lectures scripturaires, et qu’à l’aide du contexte et des parallèles, je pourrais compléter, avec la grâce divine et en me servant de ma raison, ce qui manquait encore à l’intelligence, qui était alors la mienne, de la locution surnaturelle dont j’avais été l’indigne bénéficiaire.

En fait, il m’en prit plusieurs années pour découvrir que, si la perspective du « rétablissement » d’Israël est bien attestée dans les Écritures (les prophètes y ont fréquemment recours pour annoncer à leur Peuple une reconstitution nationale et un accomplissement futur inespéré de toutes les promesses messianiques), le verbe qui le connote n’y figure jamais au passé accompli. Pour l’heure, ce que je percevais intuitivement, sans l’aide de la science exégétique – dont je ne possédais alors même pas les rudiments – et sans la moindre connaissance de la langue hébraïque, que je n’ai apprise que plus tard, c’était que la restitution finale au Peuple juif de ses prérogatives originelles était déjà accomplie. Je comprenais également – mais obscurément et de manière plus intuitive que rationnelle – qu’il découlait de cette annonce qu’étaient inaugurés les « temps de la restitution [apokatastasis] – ou réalisation  de tout ce que Dieu a énoncé par la bouche de ses saints prophètes de toujours », annoncés par l’apôtre Pierre (Ac 3, 21) [4].

Au fil des décennies subséquentes, ma méditation de la réalisation progressive du dessein divin dans l’histoire s’est presque essentiellement concentrée sur la venue du Royaume de Dieu sur la terre, magistralement exposée par Irénée de Lyon (IIe siècle) [5]. Curieusement, durant ces longues années d’études et d’intenses recherches, j’ai très peu réfléchi sur l’Apostasie prophétisée par l’apôtre Paul (cf. 2 Th 2, 1 ss.), sans doute en raison de mon ignorance du sujet, et surtout par crainte d’induire en erreur quiconque lirait mes spéculations, qui ne pouvaient être, pensais-je, qu’aventureuses. Aujourd’hui je comprends que Dieu - qui m’avait révélé le rétablissement de Son Peuple et le mystère de l’unité des deux parties de « l’Israël de Dieu » : les Juifs et les Chrétiens – m’acculait, en quelque sorte, à actualiser la mise en garde solennelle de l’apôtre Paul :

Nous vous le demandons, frères, à propos de la Venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui, ne vous laissez pas trop vite mettre hors de sens ni alarmer par des manifestations de l’Esprit, des paroles ou des lettres données comme venant de nous, et qui vous feraient penser que le Jour du Seigneur est déjà là. Que personne ne vous abuse d’aucune manière. Auparavant doit venir l’Apostasie et se révéler l’Homme d’iniquité, l’être perdu, l’Adversaire, celui qui s’élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu’à s’asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui-même comme Dieu. (2 Th 2, 1-4).

Malheureusement, le propos de l’Apôtre est trop souvent mal interprété, quand il n’est pas utilisé pour discréditer les fidèles qui, sans croire « que le Jour du Seigneur est déjà là », n’en sont pas moins attentifs à la présence mystérieuse, ici et maintenant, de l’Apostasie et de l’Antichrist, sur la foi de ces paroles de Jean :

Petits enfants, voici venue la dernière heure. Vous avez entendu dire que l’Antichrist doit venir ; et déjà maintenant beaucoup d’antichrists sont survenus : à quoi nous reconnaissons que la dernière heure est là. (1 Jn 2, 18).

Mais Paul parle, lui, d’une Apostasie eschatologique d’une ampleur incommensurable, qui aura lieu avant la Venue du Christ en gloire, et au cours de laquelle « se révélera l’Homme impie, l’être perdu… » (cf. 2 Th 2, 3). S’agit-il d’une contradiction, ou d’une de ces obscurités qui ne sont pas rares dans l’Écriture ? En fait, la difficulté vient de notre ignorance de la Tradition apostolique. Nous croyons que l’Apostasie est un événement ponctuel encore à venir. Or, telle n’est pas la perception qu’en avaient les Pères de l’Église des trois premiers siècles, dont surtout Irénée de Lyon. Dans son Adversus Haereses, déjà cité, Irénée considère l’Apostasie comme une atteinte originelle au plan divin de Salut, dont les conséquences traversent le temps jusqu’à la fin de l’histoire humaine, ainsi qu’en témoigne ce long passage :

C’est pourquoi aussi, dans la Bête qui doit venir, aura lieu la récapitulation de toute iniquité et de toute tromperie, afin que toute la puissance de l’Apostasie ayant conflué vers elle et s’étant ramassée en elle, soit jetée dans la fournaise de feu. C’est donc à juste titre que le chiffre de la Bête aura le chiffre six cent soixante-six, récapitulant en lui tout le mélange de mal qui se déchaîna avant le Déluge par suite de l’Apostasie des anges […] récapitulant aussi toute l’erreur idolâtrique postérieure au Déluge et le meurtre des prophètes et le supplice du feu infligé aux justes, car la statue dressée par Nabuchodonosor avait soixante coudées de hauteur et six coudées de largeur, et c’est pour avoir refusé de l’adorer qu’Ananias, Azarias et Misaël furent jetés dans la fournaise de feu, prophétisant, par cela même qui leur arrivait, l’épreuve du feu que subiront les justes à la fin des temps : toute cette statue a été, en effet, une préfiguration de l’avènement de celui qui prétendra se faire adorer lui seul par tous les hommes sans exception. Ainsi donc, les six cents ans de Noé, au temps de qui le Déluge eut lieu à cause de l’Apostasie, et le nombre des coudées de la statue, à cause de laquelle les justes furent jetés dans la fournaise de feu, signifient le chiffre du nom de cet homme en lequel sera récapitulée toute l’Apostasie, l’injustice, l’iniquité, la fausse prophétie et la tromperie de six mille ans, à cause de quoi surviendra le Déluge de feu [6].

De ces considérations et de plusieurs autres qui figurent dans cette œuvre, il ressort que l’Apostasie qui culminera lors de la manifestation de l’Antichrist, s’origine à une rébellion angélique primordiale contre Dieu. La Révélation nous enseigne que l’être céleste qui en est l’instigateur, est parvenu, par ruse, à y impliquer l’espèce humaine en la personne des créatures naïves et inexpérimentées qu’étaient Adam et Ève. A ce propos, Irénée fait remarquer que si Adam et Ève ont bien été punis, cependant, Dieu ne les a pas maudits. Il n’empêche, ce drame cosmique se perpétuera et deviendra le paradigme et le type de la rébellion contre Dieu, dont la sanction est la peine du feu, tant pour les êtres célestes que pour les hommes eux-mêmes s’ils imitent cet exemple de déchéance angélique :

…toute la malédiction retomba sur le Serpent qui les avait séduits : « Et Dieu dit au Serpent : Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les animaux domestiques et tous les animaux sauvages de la terre. » C’est la même malédiction que le Seigneur adresse dans l’Évangile à ceux qui se trouveront à sa gauche : « Allez, maudits, au feu éternel que mon Père a préparé pour le Diable et ses anges. [Mt 25, 41] ». Il indique par là que le feu éternel n’a pas été préparé principalement pour l’homme, mais pour celui qui a séduit et fait pécher l’homme et qui est l’initiateur de l’Apostasie, ainsi que pour les anges qui sont devenus apostats avec lui ; c’est ce même feu que subiront aussi en toute justice ceux qui, à l’instar des anges, dans l’impénitence et l’obstination, auront persévéré dans les œuvres mauvaises [7].

Dans le même ouvrage, Irénée expose le « mécanisme » théologique de cette Apostasie primordiale du Diable et le moyen qu’a prévu Dieu pour prémunir l’espèce humaine des conséquences catastrophiques de cette atteinte à son dessein :

Tel est le Diable. Il était l’un des anges préposés aux vents de l’atmosphère, ainsi que Paul l’a fait connaître dans son Épître aux Éphésiens [cf. Ep 2, 2]. Il se prit alors à envier l’homme et devint, par là même, apostat à l’égard de la Loi de Dieu: car l’envie est étrangère à Dieu. Et comme son Apostasie avait été mise au jour par le moyen de l’homme et que l’homme avait été la pierre de touche de ses dispositions intimes, il se dressa de plus en plus violemment contre l’homme, envieux qu’il était de la vie de celui-ci et résolu à l’enfermer sous sa puissance apostate. […] [8]

Et c’est à bon droit que Justin a dit qu’avant la Venue du Seigneur, Satan n’avait jamais osé blasphémer Dieu, parce qu’il ignorait encore sa condamnation: car c’est en paraboles et en allégories que les prophètes avaient parlé de lui. Mais depuis la Venue du Seigneur, par les paroles du Christ et de ses apôtres, il sait de façon claire qu’un feu éternel a été préparé pour lui, qui s’est séparé de Dieu de son propre mouvement, et pour tous ceux qui, refusant de faire pénitence, auront persévéré dans l’Apostasie [9].

Même thématique, mais, cette fois, avec une portée eschatologique, dans un autre ouvrage d’Irénée, consacré à la « prédication apostolique » :

Que, ressuscité et enlevé à la droite du Père, il [le Christ] attende le moment fixé par le Père pour le Jugement, tous ses ennemis devant d’abord lui être soumis – ces ennemis sont tous ceux d’entre les anges, archanges, puissances et trônes qui auront été trouvés dans l’Apostasie, [ainsi que] tous ceux qui auront rejeté la vérité – le prophète David le dit encore en ces termes [Ps 110, 1] : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite, jusqu’à ce que j’aie placé tes ennemis sous tes pieds. » [10]

Ces textes sont précieux en ce que, à la manière de la aggadah [11] dans la Tradition juive, ils nous transmettent, par le canal des presbytres [12], l’enseignement oral sur lequel Irénée se fonde fidèlement dans ses exposés concernant la foi et les événements eschatologiques. Ces enseignements n’ont certes pas été rapportés par les auteurs du Nouveau Testament, mais il serait erroné d’en inférer qu’il s’agit de traditions hétérodoxes ou légendaires. En effet, la finale de l’Évangile de Jean – malgré son caractère hyperbolique – atteste du contraire :

Il y a encore bien d’autres choses qu’a faites Jésus. Si on les mettait par écrit une à une, je pense que le monde lui-même ne suffirait pas à contenir les livres qu’on en écrirait. (Jn 21, 25)

Et Irénée d’exposer comment Dieu triomphe, par son dessein de vie, du dessein de mort du Diable. C’est par cette humanité même, qu’il voulait associer à sa rébellion contre le Créateur et entraîner dans sa perte éternelle, que le corrupteur est mis en échec :

Mais l’Artisan de toutes choses, le Verbe de Dieu, après avoir vaincu [le Diable] par le moyen de l’homme et avoir démasqué son Apostasie, le soumit à son tour à l’homme, en disant: « Voici que je vous donne le pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions, ainsi que toute la puissance de l’Ennemi. » De la sorte, comme il [le Diable] avait dominé sur les hommes par le moyen de l’Apostasie, son Apostasie était à son tour réduite à néant par le moyen de l’homme revenant à Dieu [13].

Il convient d’être attentif à ce qui ressort de la fin du passage cité ci-dessus : le repentir et la conversion à Dieu sont le moyen donné par Dieu pour vaincre l’Apostasie, tant celle qui est déjà à l’œuvre dans le monde de notre époque, que celle de la Fin des Temps. Voici d’ailleurs ce que disait le Christ Jésus à son propos :

Il surgira, en effet, des faux christs et des faux prophètes, qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, même les élus. Voyez, je vous aurai prévenus (Mt 24, 24-25).

Paul est dans la même veine, en plus détaillé :

Sa venue à lui, l’Impie, aura été marquée, par l’influence de Satan, de toute espèce d’œuvres de puissance, de signes et de prodiges mensongers, comme de toutes les tromperies du mal, à l’adresse de ceux qui sont voués à la perdition pour n’avoir pas accueilli l’amour de la vérité qui leur aurait valu d’être sauvés (2 Th 2, 10).

J’invite ici celles et ceux qui reçoivent notre témoignage et pensent « qu’il y a là une parole de L’Éternel » (cf. Za 11, 11), à s’adresser – humblement mais sans crainte – à nos contemporains chrétiens, dans les termes de Jean le Baptiste, repris par Jésus lui-même :

« Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche. » (Mt 3, 2 ; 4, 17 = Mc 1, 15).

Bien que conscients de l’imperfection de notre vie, nous les avertirons de « la Colère qui vient » (cf. Mt 3, 7), en transposant ainsi les exhortations du Précurseur :

Produisez donc un fruit digne du repentir et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : « Nous avons pour Maître le Christ ». Car […] Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des disciples au Christ. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. Pour nous, nous vous appelons au repentir ; mais celui qui vient […] vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire ; il recueillera son blé dans le grenier ; quant aux bales, il les consumera au feu qui ne s’éteint pas. (Mt 3, 8-12).

C’est le lieu de rappeler qu’en parlant ainsi, le Baptiste se comportait comme Élie, dont il avait reçu l’esprit, ainsi qu’en témoigne l’Évangile de Luc :

il ramènera de nombreux fils d’Israël au Seigneur, leur Dieu. Il marchera devant lui avec l’esprit et la puissance d’Élie, pour ramener le coeur des pères vers les enfants et les rebelles à l’intelligence des justes, préparant au Seigneur un peuple bien disposé. (Lc 1, 16-17).

Il n’y a nulle démesure à exercer – avec humilité, certes, mais sans lâcheté – le charisme d’« avertissement prophétique » évoqué ailleurs [14], pour contribuer, avec tous ceux et celles « qui n’ont pas plié le genou devant Baal » (cf. 1 R 19, 18), à préparer, avec l’esprit d’Élie et dans l’attente de sa venue pour combattre l’Antéchrist [15], le « Peuple bien disposé » que « le Maître, en arrivant, trouvera en train de veiller » (cf. Lc 12, 37), et sur lequel l’Apostasie n’aura aucune prise.



[1] Je reprends ici, en l’allégeant, le récit détaillé que j’ai fait de cette « visitation » céleste dans mon livre intitulé Confession d’un fol en Dieu, paru en 2012 aux éditions Docteur Angélique, Collection Témoignage mystique, p. 35-41. Voir le texte intégral de ce chapitre, en ligne.

[2] Voir la position du Magistère catholique sur les révélations privées.

[3] Pour la définition de cette expression, voir l’article du P. Olivier de la Brosse « L’église et la transmission du dépôt de la foi ».

[4] À l’époque, la plupart des traductions françaises portaient : « jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes », ce qui inclinait nombre d’exégètes et la quasi-totalité des fidèles à comprendre qu’il s’agissait de la Fin du Monde, ou de la Parousie – ce qui, pour beaucoup, et à tort, est la même chose. Je n’explicite pas ici le pourquoi de ma traduction du terme grec apokatastasis par « réalisation », ou « restitution », car j’ai traité de ce sujet en détail ailleurs ; voir, entre autres : « Apocatastase » ; « Le mystère de l’Apocatastase » ; « Voici un homme dont le nom est "Germe" » ; « La "génétique" divine » ; etc.

[5] Surtout dans le Livre V de son Adversus Haereses ; voir Irénée de Lyon, Contre les hérésies. Dénonciation et réfutation de la prétendue gnose au nom menteur. Traduction française par Adelin Rousseau, moine de l’Abbaye d’Orval, éditions du Cerf, Paris, 1991.

[6] Irénée, Adversus Haereses, V, 29, 2 = Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, op. cit., p. 655-656.

[7] Id., Ibid., III, 23, 3 = Id. Ibid., p. 389.

[8] Id., Ibid., V, 24, 4 = Id. Ibid., p. 641.

[9] Id., Ibid., V, 26, 2 = Id. Ibid., p. 649.

[10] Irénée de Lyon, Démonstration de la Prédication apostolique, 85 ; Sources Chrétiennes n° 406, éditions du Cerf, Paris, 1995, p. 198-199.

[11] Voir l’article « Aggadah » dans l’Encyclopédie Universalis.

[13] Irénée, Adversus Haereses, V, 24, 4 = Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, Cerf, 1991, p. 641.

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Date de dernière mise à jour : 30/05/2014