Conclusion: «…pour faire à tous miséricorde» (Rm 11, 32)

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Bien que ce chapitre ait pour objet la miséricorde que Dieu exercera finalement envers « les deux [Peuples] dont Dieu a fait un » (cf. Ep 2, 14), il nous faut, auparavant, achever notre examen minutieux du mystère de la désobéissance, entrepris dans le chapitre précédent.

Ce faisant, nous en revenons au processus d’apocatastase [1] qui court en filigrane dans le présent écrit, et que l’on peut résumer ainsi : ce qui s’est produit en germe [2], se reproduira en plénitude. Or, précisément, en abordant maintenant le processus de l’ultime désobéissance des nations et de nombreux Chrétiens, nous tenterons d’entrevoir, du même coup, les modalités du rétablissement de celles et ceux d’entre eux qui reviendront à Dieu [3]. Ce rétablissement sera analogue à celui du Peuple juif et concomitant du sien,  si l’on admet la typologie proposée dans ses ouvrages par M. Macina : Juda et Israël = Juifs et Chrétiens, les « deux familles » que beaucoup croient rejetées par Dieu (Jr 33, 24), mais qu’il rétablira, après les avoir réunies sous un seul « Maître et Seigneur » (cf. Jn 13, 13), ce qui est proprement la récapitulation [4], dont parle Paul (Ep 1, 9-10), et l’aboutissement du mystère de l’apocatastase.

On conviendra qu’il est pour le moins téméraire de tenter de dévoiler les modalités concrètes de ce que nous avons appelé « faux-pas des nations, et collaboration de Chrétiens à leur révolte contre le dessein de Dieu ». On pourra en contester la possibilité et surtout la pertinence. Certains objecteront : N’est-ce pas risquer la fausse prophétie ? Dieu demande-t-il cela ?

C’est la confusion actuelle, perceptible dans le coeur de maints croyants, et aggravée par la prolifération des métastases intellectuelles cancéreuses que sont les écrits indignes du nom de « théologiques », « exégétiques », « spirituels », ou « catéchétiques », qui a conduit qui a conduit l’initiateur du présent Témoignage à « ne pas suivre la voie de ce peuple » (cf. Is 8, 11). M. Macina, précise en effet qu’il écrit en tant que fidèle ordinaire, sans mission divine explicite ni mandat des autorités religieuses. Il ne cache pas qu’il recourt aux lumières naturelles de sa raison et de son intelligence, ainsi qu’aux connaissances qu’il a acquises, tant par ses études universitaires, que par ses vastes lectures, et une incessante réflexion personnelle de plus d’un demi-siècle, suite à une révélation privée, brièvement exposée au début du présent écrit [5]. Il affirme toutefois, sans illuminisme comme sans fausse modestie – ce qui reviendrait à mettre la lampe du don de Dieu sous le boisseau (cf. Mt 5, 15) – qu’il n’a pas entièrement conçu tout cela par lui-même. Il confesse que certains exposés du mystère qu’il contemple depuis des décennies se sont « présentés » subitement à son esprit sous forme de connaissances intérieures (qualifiées d’« infuses » par les spécialistes). Le plus souvent, précise-t-il, ces « lumières » lui sont venues dans la prière et au cours de ses lectures scripturaires. Mais il reconnaît volontiers qu’il a lui-même agencé l’exposé de ses réflexions avec ses moyens intellectuels propres et en fonction de sa connaissance personnelle, limitée, du mystère de la Foi.

C’est pourquoi il avertit le lecteur de ne pas croire que tout ce qu’il expose dans ses écrits vient directement de Dieu ou de Son Esprit. Il espère toutefois qu’on s’abstiendra d'imputer à ses écrits une origine ou une influence diaboliques. Quiconque lira le présent livre voudra bien se reporter à l’Écriture et à la Tradition, par lui-même, ou, s’il n’est pas suffisamment versé dans l’étude, en se fiant à un maître et à des ouvrages éprouvés, pour discerner, avec l’aide de l’Esprit Saint, ce qui vient de Dieu et ce qui vient de l’auteur humain sujet à l’erreur, qu’il est. Il espère, de la miséricorde divine, que l’Esprit de Dieu a guidé le sien, tout au long de ces pages. Et, si cela n’a pas toujours été le cas, le fidèle instruit des choses de la foi « retiendra ce qui est bon » (cf. 1 Th 5, 21) et l’attribuera à Dieu, et il priera pour l’auteur afin que Dieu lui pardonne ce qui est discutable ou erroné.

Revenons aux modalités d’une désobéissance des nations à laquelle s’associeront de nombreux Chrétiens, à l’approche de la Fin des temps. La nature en est préfigurée d’une manière éclatante dans les chapitres 3 et 4 de l’Épître aux Hébreux, analysée dans le précédent chapitre. Comme dit plus haut, il est étonnant que la méditation du refus d’obéir, opposé par la génération du désert à l’injonction divine d’entrer en Terre de Canaan, malgré le bon témoignage de Caleb et de Josué, n’ait pas été utilisée par l’auteur, pour flétrir le refus des Juifs, ses contemporains, de croire en Jésus ; il présentait pourtant une très forte analogie avec cet épisode. On objectera peut-être – avec quelque raison – qu’adressant sa lettre à des Juifs croyant au Christ, une telle prédication n’était nullement nécessaire. Pourtant, on s’explique mal l’utilisation de cette révolte de la génération du désert, à titre de mise en garde contre « l’endurcissement et la séduction du péché » (He 3, 13).

Ici surgit la question que nous nous posions à propos de l’ « incrédulité » ultime prévisible des pagano-Chrétiens sur la base de Rm 11, 20-23. Le contexte est bien le même, mais la méditation de l’Épître aux Hébreux s’enracine – on l’a vu – sur un tout autre terreau. Car, de fait, c’est à des Juifs que l’auteur s’adresse. Avec eux, il peut se permettre de jongler, en virtuose, avec les situations et les citations vétérotestamentaires, au point que le pagano-Chrétien, à quelque époque et quelque culture qu’il appartienne, a souvent du mal à s’y retrouver.

Et, de fait, il semble qu’ait échappé à beaucoup le propos fondamental de l’auteur. Une lecture minutieuse de cette Épître révèle en effet l’usage le plus abondant, après l’Épître aux Romains, du terme « foi » (pistis) àla forme absolue. Trente fois contre trente-trois dans l’Épître aux Romains. Ceci, sans même tenir compte des termes opposés (désobéissance, révolte, incrédulité, etc.) et des apparentés (obéissance, écoute, etc.).

On voit donc que l’objet principal de l’Épître aux Hébreux est d’exalter, de maintenir et de raviver la foi de ses destinataires. Cela implique qu’ils avaient des problèmes sur ce point précis. On peut s’en étonner. Et pourtant, l’auteur va jusqu’à employer un verbe grec dont la connotation d’apostasie semble exorbitante dans ce contexte (cf. He 3, 12). Même s’il n’a probablement pas été utilisé au sens fort et eschatologique par l’auteur de l’Épître, il n’en reste pas moins que l’inspiration inhérente aux écrits du Nouveau Testament donne à penser que le Seigneur n’a pas permis qu’un terme aussi significatif apparaisse dans ce contexte précis sans une disposition toute spéciale de son « économie » prophétique.

Pour en revenir au texte, rappelons que de la typologie du refus d’obéir de la génération du désert, et de sa punition : « Ils n’entreront pas dans mon Repos » (Ps 95, 11 = He 3, 11), l’auteur de l’Épître aux Hébreux tire la conclusion paradoxale suivante : « C’est donc qu’un Repos, celui du septième jour, est destiné [6] au Peuple de Dieu » (He 4, 4).

Le verbe grec, que le français rend par « destiné », est apoleipein, qui signifie « laisser », « rester ». On peut en déduire que ce « Jour » demeure ouvert ; mieux : que cet « aujourd’hui » (Ps 95, 7 = He 3, 13 ; He 4, 7) concerne tous les croyants du « Peuple de Dieu » (He 4, 9).

C’est ici que se noue le drame de l’Apostasie. À en croire l’auteur de l’Épître aux Hébreux, il commencera par un péché d’ « incrédulité », issu d’un « coeur mauvais » (He 3, 12). Mais comment aboutira-t-il à un « abandon de Dieu » (ibid.), à une Apostasie ? Et quel sera l’objet de cette incrédulité ? La réponse se trouve dans les chapitres 3 et 4 de la dite Épître. Pour la découvrir, examinons une dernière fois ces passages, sous l’angle juif, c’est-à-dire en nous efforçant de mieux comprendre les représentations eschatologiques sous-jacentes.

La comparaison qu’établit l’auteur de l’Épître est particulièrement instructive, même dans une perspective chrétienne. En effet, l’allusion au chapitre 14 du Livre des Nombres situe le contexte : l’exode du Peuple de Dieu, auquel correspond, pour le Chrétien, celui de Jésus, comme il est écrit au récit de la Transfiguration, en Luc :

Et voici que deux hommes s’entretiennent avec lui : c’étaient Moïse et Élie qui, apparus en gloire, parlaient de son exode [7] qu’il allait accomplir (plèroun) à Jérusalem. (Lc 9, 30-31).

Les deux mots mis en italiques jettent une lumière inattendue sur le mystère extraordinaire qu’exprime ce passage. De fait, c’est bien d’exode qu’il est question, précisément, après la Pâque sanglante, qui ne fut pas l’extermination, par l’Ange de L’Éternel, des premiers-nés d’Égypte, mais la mort volontaire de la Victime innocente, de l’Agneau (cf. Jn 1, 29, et par. ; Ap 5, 6 et par.), pour que tout le Peuple fût épargné !… Quant à l’emploi du verbe plèroun = accomplir, il connote, comme souvent dans le Nouveau Testament, la réalisation plénière des oracles vétérotestamentaires. C’est donc bien le véritable Exode qui s’accomplit, lors de la mort du Christ Jésus, avec cette différence capitale, toutefois, que cet accomplissement – qui n’a eu lieu qu’en « germe » en Jésus – se réalisera à nouveau, de manière apocatastatique [8] et collectivement, en la personne du Peuple de Dieu eschatologique, parvenu à la « plénitude de l’âge du Christ » (cf. Ep 4, 13).

Ayant compris sur quel mystère s’enracine la méditation de l’auteur de l’Épître aux Hébreux, il est clair que, s’il peut affirmer tranquillement qu’un Repos, celui du Septième Jour, est destiné au Peuple de Dieu (He 4, 9), c’est qu’il sait que tout n’est pas joué pour ceux qui n’ont pas encore cru à la Bonne Nouvelle.

À ce propos, il ne faut pas comprendre le « Repos du Septième Jour » à la manière chrétienne courante, à savoir : la béatitude éternelle du Ciel. Pour les Juifs, destinataires de l’Épître, il est évident qu’une telle conception n’était même pas imaginable. Pour l’Israélite, le Septième Jour est celui où Israël se repose en paix, à l’ombre du Messie, dans un contexte de Royauté universelle de Dieu sur la terre. Cette conception, qualifiée de « charnelle » par maints théologiens d’hier et d’aujourd’hui, on l’a vu, a pour elle non seulement une vénérable tradition, tant juive que chrétienne, mais également tellement de supports scripturaires, qu’il faudrait littéralement allégoriser abusivement la majeure partie des prophéties et une part non négligeable des autres Écritures (Ancien comme Nouveau Testament) pour en nier le réalisme. Malheureusement, on peut compter sur les doigts d’une seule main les spécialistes qui osent exposer, ex cathedra, l’évidence de l’avènement futur du Royaume de Dieu sur cette terre.

Or, c’est précisément sur ce point que risque de basculer à nouveau toute l’histoire du Peuple de Dieu. En effet, si l’on nie la Venue eschatologique du Christ sur notre terre et l’établissement de son Règne ici-bas, on nie du même coup la Venue eschatologique d’Élie [9], la conversion massive du Peuple juif par le ministère de ce prophète [10], et bien d’autres événements annoncés clairement par les prophètes et, plus mystérieusement, par le Nouveau Testament, et même par certains Pères de l’Église.

Et c’est bien pour cela que l’auteur de l’Épître aux Hébreux exhorte les fidèles à ne pas se laisser aller à l’incrédulité. Nul doute qu’il envisage une incrédulité encore à venir. En effet, si nous nous remémorons les événements de l’Exode, nous constatons que le Peuple a refusé d’obéir et d’entrer dans la Terre Sainte, quarante jours après être sorti d’Égypte (cf. Nb 14, 34). C’est dire qu’il avait eu le temps de connaître la puissance et la grandeur de son Dieu, qui ne lui ménageait ni ses théophanies, ni ses prodiges. Ce qui ne l’a pas empêché de se « révolter » contre Lui (cf. Nb 14, 9 = Is 63, 10).

C’est, toutes proportions gardées, ce qui pourrait se produire pour les Chrétiens des nations, s’ils s’enorgueillissent (cf. Rm 11, 20-22). Ils ont une longue expérience de l’origine divine de leur religion. Ni les miracles, ni les saints, ne leur ont fait défaut. Mieux, ils ont eu largement le loisir d’expliciter les vérités et les mystères de la foi chrétienne et, de nos jours, il ne serait pas possible à un cerveau, même génial, de venir à bout d’une partie seulement de l’immense production littéraire qu’a engendrée cette séculaire rumination chrétienne. C’est dire que les Chrétiens sont, sans conteste, à un niveau de compréhension de leur foi au moins égal à celui qu’avaient les Juifs de la leur, ce qui n’empêcha pas alors Jean Baptiste, d’abord, puis Jésus, de les confondre.

Aussi, à l’instar des Juifs d’alors, certains Chrétiens risquent-ils de « combler la mesure de [leurs] pères » (Mt 23, 32), surtout si, perdant toute mesure, ils en viennent, comme les scribes, les Pharisiens et les docteurs de la Loi, à se convaincre que Dieu ne leur réserve plus de surprise, et que son Retour équivaudra à une extase de la Chrétienté dont chacun des membres, pourvu qu’il n’ait pas été un impie consommé, se verra alors remettre, sur simple présentation de son acte de baptême, un visa pour le Paradis. C’était, en caricaturant à peine et moyennant les transpositions requises, l’état d’esprit plus ou moins conscient d’une grande partie des élites religieuses juives. Plaise à Dieu que ce ne soit jamais celui des Chrétiens.

Pourtant, à en croire maints conférenciers et auteurs de livres, il n’y aura pas d’épreuve pour la Chrétienté, pas de venue d’Élie, pas de Règne de Dieu sur la terre. Et qui se dresse pour les convaincre d’erreur et pour alerter le Peuple de Dieu ? De son temps déjà, Osée prophétisait à ce propos quand il s’écriait : « mon peuple périt faute de connaissance » (Os 4, 6), et il fulminait la condamnation contre les prêtres, responsables de cette ignorance :

C’est avec toi, prêtre, que je suis en procès. [...] Puisque toi, tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai de mon sacerdoce ; puisque tu as oublié l’enseignement de ton Dieu, à mon tour, j’oublierai tes fils. (Os 4, 4.6).

La génération des Chrétiens du temps de l’Apostasie ne rééditera-t-elle pas la révolte de celle du désert ? Sommés, quelque jour, d’entrer dans la Terre Promise, à leur tour, pour y attendre la venue du Christ en gloire, les Chrétiens de ce temps-là risquent, à leur tour, de ne pas se laisser convaincre, sur la base même des Écritures qu’ils scruteront alors, sans discerner que ces oracles ne concernent pas que les Juifs d’hier, mais atteignent les Chrétiens d’aujourd’hui [11].

En ce temps-là, le Seigneur pourra bien multiplier les signes, envoyer prophète sur prophète : cela ne servira de rien à ceux qui sont endurcis. Rivés à leurs interprétations apologético-spirituelles, ayant stérilisé les Écritures par leurs analyses rationalistes, hypercritiques, structuralistes, symboliques et autres, leurs théologiens et leur clergé, privés de connaissance et en ayant ôté la clef, empêcheront d’entrer ceux qui le voudraient (cf. Lc 11, 52 et par.).

En ce temps-là se produiront, coup sur coup, tous les signes et événements du Temps de la Fin, annoncés par les Écritures et repris à son compte, de manière condensée, par Jésus, selon le récit que nous en lisons au chapitre 24 de Matthieu et dans ses parallèles (surtout Lc 21). Alors, force leur sera de croire, mais il sera trop tard pour arrêter la colère. Elle ira à son terme. Ceux qui ne sont pas fondés sur la vérité et sur l’amour apostasieront, subjugués par la puissance et le prestige de l’Antichrist et terrorisés par ses crimes abominables, révélant ainsi publiquement de quel esprit ils sont. Alors aussi, se révélera le mauvais serviteur (cf. Lc 12, 45 ss.), le traître, le Judas eschatologique, qui livrera le Peuple de Dieu… Mais ces choses « sont closes jusqu’au Temps de la Fin » (cf. Dn 12, 4), et d’ici là, comme le dit encore Daniel (ibid.) : « Beaucoup erreront de-ci de-là et la connaissance abondera. » [12] Ce qui implique que les maskilim, c’est-à-dire ceux qui ont l’intelligence des choses de Dieu et la communiquent aux autres, enseigneront le Peuple, comme le dit le même Daniel (cf. Dn 11, 33 ; 12, 3).

Auparavant, ces événements auront été annoncés par les envoyés que le Seigneur a choisis de toute éternité à cette fin, pour que tous soient avertis, comme le dit le Seigneur en ces termes :

Si un homme n’écoute pas mes paroles que ce prophète aura prononcées en mon Nom, alors c’est moi-même qui en demanderai compte à cet homme. (Dt 18, 19).

Nous n’irons pas plus loin ici dans le dévoilement de ce qui sera, croyons-nous, la réédition apocatastatique [13], par des Chrétiens, de la désobéissance initiale des Juifs.


Abordons maintenant la partie plus réconfortante de cette méditation, qui a trait à la miséricorde dont bénéficiera alors le Peuple juif. Elle a, d’ailleurs, déjà été inaugurée par la réponse inouïe à la Shoah qu’a été, pour ce Peuple martyr, le recouvrement inespéré de son indépendance nationale, de sa terre, de sa langue ancestrale et de sa capitale éternelle : Jérusalem.

Mais tous n’ont pas cru à l'incarnation historique de l'accomplissement du mystère, tant s’en faut. Si bien que l’on n’a pas pris garde, en Chrétienté, que l’apocatastase [14] a déjà commencé. Le début du Retour du Peuple juif sur sa terre a constitué le point de départ, obscur mais irréversible, de la « restitution [apokatastasis] de tout ce que Dieu a énoncé par la bouche de ses saints prophètes de toujours » (Ac 3, 21).

Telle est la pierre d’achoppement : l’ingrate incarnation du dessein de Dieu dans un Peuple méprisé et énigmatique, qui correspond à celle d’un Dieu venu en forme d’homme obscur et déconcertant, dont les prétentions « exorbitantes » juraient tellement avec ses piètres apparences, qu’il fut rejeté par sa génération.

Non que tous les Juifs doivent constituer la personne coextensive du Serviteur, comme semblent le comprendre certains auteurs généreux à l’égard de ce Peuple à la souffrance multiséculaire ; en effet, comme le dit Paul : « Tous les descendants d’Israël ne sont pas Israël » (Rm 9, 6). Mais il semble que les Juifs constituent typologiquement la Maison de Juda, dont fait partie la Tribu de David, de laquelle doit sortir le Fils de David, leur prince, qu’ils attendent depuis des millénaires. Et leur attente ne sera pas vaine. En effet, les Chrétiens croient que le Messie destiné aux Juifs est Jésus, et ils ont raison. Mais, quand ils ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre qu’Il vient pour régner sur son Peuple, dont la Maison de Juda est « le plant (dont il fait) ses délices » (Is 5, 7) [15], ils escamotent l’Écriture qui affirme que ceux-ci le reconnaîtront et l’introniseront comme leur Seigneur aux cris de : « Béni soit Celui qui vient dans le nom du Seigneur! » (Ps 118, 26). En effet, Jésus a dit expressément :

Voici que votre Maison va vous être laissée déserte. Je vous le dis, vous ne me verrez plus jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit Celui qui vient dans le Nom du Seigneur » (Mt 23, 38-39).

C’est pourquoi également, après avoir solennellement proclamé sa messianité divine devant le Sanhédrin, Jésus affirme :

D’ailleurs, je vous le déclare, dorénavant, vous verrez le Fils de l’Homme siégeant à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du Ciel. » (Mt 26, 64).

Malheureusement, certains apologètes chrétiens ironisent volontiers sur cette espérance eschatologique, allant jusqu’à nier cette « vie d’entre les morts » que constituera la « totalité » (plèroma, plérôme) des Juifs, que Paul annonce de toute sa ferveur (Rm 11, 12-15). Ces gens-là désamorcent la charge d’espérance de ce texte, trop explosive à leur gré, en interprétant : Oui, ils le verront, mais ce sera trop tard. Et certains d’entre eux d’affirmer présomptueusement : C’est déjà trop tard. Il fallait croire avant. (Entendez : il fallait s’agréger à l’Église et demander le baptême).

Ils errent grandement ceux qui ont de telles pensées. En effet, comme jadis les autorités et élites religieuses juives, ils s’appuient sur l’Écriture pour nier l’Écriture. Ils ne prennent même pas garde aux textes prophétiques non encore accomplis, tels ceux-ci :

Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles, qui annonce le Salut, qui dit à Sion : Ton Dieu règne ! C’est la voix de tes guetteurs, ils élèvent la voix ensemble, ils poussent des cris de joie, car ils ont vu, de leurs propres yeux, L’Éternel qui revient à Sion ! (Is 52, 7-8).

Jérusalem, regarde vers l’Orient. Vois la joie qui te vient de Dieu. Voici : ils reviennent, les fils que tu vis partir, ils reviennent, rassemblés du Levant au Couchant, sur l’ordre du Saint, jubilant de la gloire de Dieu. (Ba 4, 36-37).

De ma chair, je verrai Dieu. Celui que je verrai sera pour moi, celui que mes yeux regarderont ne sera pas un étranger. (Jb 19, 27).

Et ce n’est là qu’une infime sélection. D’autres textes sont au moins aussi éloquents. Ceux-ci ont l’avantage d’être concrets. Les Juifs verront. Leur illumination sera un pur don de Dieu. Ce sera là la « miséricorde » dont Paul – on l’a vu plus haut – assurait qu’ils l’avaient obtenue « maintenant » (Rm 11, 31).

Pourquoi, alors, demandera-t-on peut-être, cette miséricorde qui leur sera faite constituera-t-elle une pierre d’achoppement pour les Chrétiens ?… Parce qu’elle sera inouïe, glorieuse et qu’elle revêtira le caractère d’une consolation. Mais cela, tous ne l’accepteront pas, d’autant qu’elle sera accompagnée d’une apocatastase [16] qui verra la réalisation de toutes les promesses de bonheur et de gloire annoncées par les prophètes. La gloire à venir de ce Peuple méprisé apparaîtra comme insupportable à ceux qui le « considéraient comme puni, frappé par Dieu et humilié » (Is 53, 4).

Il se fera alors qu’un grand nombre de Chrétiens – et non des moindres – n’accepteront pas cet aspect, inattendu pour eux, du dessein de Dieu. Leur ‘lecture’ triomphaliste des Écritures ne leur ayant pas permis de déceler ce qui, pourtant, y foisonne, ils tomberont sous le coup de ces apostrophes de Jésus :

Vous scrutez les Écritures parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle et ce sont elles qui me rendent témoignage ! (Jn 5, 39).

Votre accusateur, c’est Moïse (= la Loi) en qui vous avez mis votre espoir. Car, si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car il a écrit de moi. Mais, si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ? (Jn 5, 45-47).

Par delà le contexte historique où elle a été prononcée, cette dernière phrase de Jésus, nous atteint de plein fouet, car notre génération chrétienne est précisément celle de l’incroyance à l’égard de l’Écriture. À telle enseigne que lorsque celles et ceux dont le Seigneur « a ouvert l’esprit pour qu’ils comprennent les Écritures » (cf. Lc 24, 45), interrogent des modernes scribes et docteurs de la Loi, sur la base de textes prophétiques vétéro- ou néotestamentaires irréfutables, impossibles à allégoriser, on leur répond par des dérobades et des arguments spécieux, dont voici quelques échantillons :

- Ceci n’est pas une parole du Christ, mais une espérance, ou une interprétation personnelle de l’auteur (ou de la première Communauté chrétienne).

- Tel passage des prophètes ne doit pas être pris au pied de la lettre.

- Il y a ce qui concerne l’Église et qui, seul, est à retenir, le reste, c’est la chair, la lettre qui tue, l’espérance nationaliste des Juifs de ce temps.

Etc. etc.

Jérémie a bien prophétisé d’eux quand il s’écrie :

Comment pouvez-vous dire: « Nous sommes doctes et la Loi de L’Éternel est avec nous ! » Vraiment, c’est en mensonge que l’a changée le calame mensonger des scribes ! (Jr 8, 8).

L’arme suprême des « sages de ce siècle » (cf. 1 Co 1, 20), c’est l’ironie, voire la moquerie, la dérision. Il n’est pas rare que quiconque lit l’Écriture avec simplicité s’entende dire : Comment un homme intelligent et instruit tel que vous peut-il interpréter la Bible au pied de la lettre : c’est du pur fondamentalisme !

Face à ces spécialistes, difficile de ne pas songer à deux apostrophes prophétiques consonantes avec un tel état d’esprit. Celle de Jérémie, d’abord :

À qui parlerai-je, devant qui témoignerai-je pour qu’ils entendent ? Voilà que leur oreille est incirconcise, qu’ils ne peuvent écouter. Voici que la parole de l’Eternel est pour eux un objet de mépris, ils ne l’aiment pas. (Jr 6, 10).

Celle de Jésus, ensuite:

Vous avez annulé la Parole de Dieu, au nom de votre tradition. Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé de vous, lorsqu’il a dit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur coeur est loin de moi. Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains. (Mt 15, 6-9).

Une telle attitude ne porterait pas à conséquence, si elle était le fait de marginaux, de gens sans audience. Ce n’est, hélas, pas le cas. Nombre de ceux qui renient ainsi le sens obvie des Écritures sont des théologiens et des biblistes de renom, ou dont les ouvrages font autorité. Leurs erreurs s’infiltrent dans les âmes par mille canaux. Ils ont la haute main sur l’enseignement universitaire, théologique, catéchétique. Ils profitent de leur savoir pour rejeter tout ce qui va à l’encontre de leur sagesse humaine. Ils tournent en dérision ceux qui lisent la Parole de Dieu avec un coeur d’enfant, et qui croient à sa réalisation « jusqu’au point sur l’i » (cf. Mt 5, 18). Ils ont substitué leur expertise, leur exégèse, à l’enseignement de Dieu. Ils encombrent la Parole divine de leurs distinguos spécieux et de leurs considérations personnelles, passent le texte sacré au crible de leur critique textuelle, inversent les péricopes et les versets et déclarent souverainement nulle telle parole, corrompue telle autre. Ils érigent en connaissance absolue les théories non éprouvées de novateurs audacieux et impatients, pour qui la Parole de Dieu n’est pas le fruit de l’inspiration, coulée dans le moule humain de l’histoire et du génie propre du rédacteur, mais un corpus hétéroclite de récits tribaux, de légendes, de tentatives d’explications de l’histoire, relus, à la lumière de sa foi, par un petit peuple turbulent, charnel, imbu de son élection, et qu’aurait réunis et unifiés sur le tard un scribe savant (Esdras) assisté d’une armée de scholiastes laborieux, et auquel il ne faudrait pas, selon eux, accorder un crédit exagéré. Ceci, pour l’Ancien Testament. Le Nouveau les gêne davantage. Plus récent et, surtout, fondement de la foi chrétienne, ils ne peuvent lui faire subir impunément le traitement dévastateur décrit ci-dessus. Ils ont pourtant, à peu de choses près, les mêmes opinions à son propos, moyennant les transpositions inhérentes à l’époque, aux moeurs, aux genres littéraires et à la nature du témoignage porté. Aussi procèdent-ils avec beaucoup plus de prudence, mais non sans ruse et sans jamais se départir de leur détermination à « inculturer » [17] la Parole de Dieu, selon des critères censés la rendre « acceptable et crédible » par nos contemporains.

Ceci étant dit, il ne faut pas généraliser de manière outrancière. Il est clair qu’il y a des théologiens et des biblistes « selon le coeur de Dieu » (cf. 1 S 13, 14). Nous procédons ici à l’instar de Jésus, qui invectivait sans nuances les scribes, docteurs et Pharisiens, et tous les Juifs de l'époque, au point de paraître englober sa Mère, ses Apôtres et ses disciples, ainsi que les pieux Israélites qui croyaient en lui, dans l’invective globale de « Génération mauvaise et adultère ! » (cf Mt 12, 39 et par.). Ce qui ne l’a pas empêché d’accueillir fraternellement Nicodème, un Pharisien sincère et épris de vérité, (cf. Jn 3, 1 ss.), ni de dire à un scribe, dont il fustigeait volontiers la corporation : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu » (Mc 12, 34). Ce sont encore des scribes qui ont rendu à Jésus ce témoignage : « Maître, tu as bien parlé ! » (Lc 20, 39).

Mais, c’est un fait massif que la majeure partie des élites religieuses juives de l’époque est passée à côté du mystère, parce qu’elle pratiquait, toutes proportions gardées, les mêmes méthodes que nos modernes théologiens et exégètes. Lorsqu’ils étaient prophétiquement confrontés par Jésus (et, plus tard, par les Apôtres), à des textes dont l’obscurité relative fondait brutalement à la lumière implacable des faits ou des paroles qui en dévoilaient soudain le sens caché, ils refusaient obstinément l’évidence, pour se barricader dans l’incrédulité. Or, quelles sont les armes majeures de l’incrédulité ? – Le doute, le relativisme, le refus de reconnaître le bien-fondé d’une argumentation, le retranchement derrière le voile ou l’ambiguïté des mots ; le tout culminant dans la désobéissance, qui résulte du refus systématique de croire à ce à quoi on ne s’attendait pas.

Le malheur des docteurs, c’est qu’ils prétendent corriger la Parole de Dieu. Interprètes autoproclamés de l’Écriture, qu’ils se flattent de connaître (cf. Rm 2, 17 ss.), ils osent en déclarer nuls et non avenus les passages qui contredisent leurs conceptions scientifiques, philosophiques, rationnelles, littéraires, sociopolitiques et même ecclésiologiques ! Privés par Dieu, en raison de leur orgueil, de la véritable connaissance que Lui seul peut donner, ils s’en sont créé une, à leur mesure, majoritairement fondée sur la sagesse et la science  humaines, et elle les a égarés, ainsi que ceux qui les ont suivis. C’est d’eux que le Seigneur a dit :

Laissez-les, ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or, si un aveugle guide un aveugle tous les deux tomberont dans un trou ! (Mt 15, 14).

Et encore :

Malheur à vous, les légistes (= docteurs de la Loi = exégètes et théologiens) parce que vous avez enlevé la clef de la science ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés. (Lc 11, 52).

Et c’est bien là le malheur suprême ! Ces doctes barrent aux simples l’accès au mystère du dessein de Dieu !

Alors, voilà ce qu’a fait Dieu. Depuis un peu plus d'un siècle, il a laissé se produire les faits, se créer les circonstances matérielles et historiques qui, le moment venu, rendront impossible le doute... On ne précisera pas davantage. Ceux qui auront lu attentivement les écrits de M. Macina et le présent Témoignage pourront en décrypter les arguments, dont le rétablissement progressif d’Israël dans ses prérogatives d’antan est la pierre d’angle.

Mais ce n’est pas tout, voici que le Seigneur a commencé d’accomplir, sous nos yeux, la prophétie d’Isaïe :

Le Seigneur a dit : Parce que ce peuple s’est approché pour me glorifier en paroles et des lèvres, alors que son coeur est loin de moi et que son amour pour moi n’est qu’un commandement humain, une leçon apprise, eh bien, voici que je vais continuer à étonner ce peuple par des prodiges et des merveilles. La sagesse des sages se perdra et l’intelligence des intelligents s’envolera. (Is 29, 13-14).

Les « sages » et les « intelligents », ce sont les interprètes rationalistes de l’Écriture. Les « prodiges » et les « merveilles » dont Dieu continue à nous « étonner », ce sont les réalisations impressionnantes du Peuple juif depuis le retour progressif d’une grande partie de ses membres dans leur patrie d’antan, en attendant les interventions divines directes annoncées par les prophètes, comme il est écrit :

L’Éternel créera partout, sur la montagne de Sion et sur ceux qui s’y assemblent une nuée le jour et une fumée avec l’éclat d’un feu flamboyant, la nuit. Car sur toute gloire, il y aura un dais et une hutte pour faire ombre le jour contre la chaleur et servir de refuge et d’abri contre l’averse et la pluie. [18] (Is 4, 5-6).

Détail frappant - qui échappe le plus souvent aux spécialistes, ou qu’ils négligent, par souci de démythologisation [19] - : le rôle eschatologique qui sera alors, selon l’Écriture, celui de la Sagesse, laquelle est comparée à la colonne de Nuée qui accompagnait et protégeait les Israélites dans le désert, ainsi qu’il est écrit :

C’est elle (la Sagesse) qui délivra un peuple saint et une race irréprochable d’une nation d’oppresseurs. Elle entra dans l’âme d’un serviteur du Seigneur (Moïse) et tint tête à des rois redoutables par des prodiges et des signes. Aux saints, elle remit le salaire de leurs peines, elle les guida par un chemin merveilleux, elle devint, pour eux, un abri pendant le jour et une lumière d’astres pendant la nuit. (Sg 10, 15-17).

Sa proximité avec Dieu est attestée par plusieurs textes, tel celui-ci :

Je suis issue de la bouche du Très-Haut et, comme une vapeur, j’ai couvert la terre. J’ai habité dans les cieux et mon trône était une colonne de nuée. (Si 24, 3-4).

Son intervention eschatologique semble préfigurée dans les textes suivants, dont le premier évoque son rôle lors de l’Exode, tandis que les suivants annoncent, aussi prophétiquement que mystérieusement, la réitération de la protection miraculeuse, qui sera l’œuvre de la Sagesse.

Qui est-elle celle-là qui monte du désert comme des colonnes de fumée ? (Ct 3, 6).

Tu es belle, mon amie, comme Tirça [ancienne capitale du Royaume de l’Israël du Nord], charmante comme Jérusalem [Capitale du Royaume de Juda], redoutable comme des bataillons… (Ct 6, 4).

Qui est celle-là qui surgit comme l’aurore. Belle comme la lune, resplendissante comme le soleil, redoutable comme des bataillons… (Ct 6, 10).

Cet aspect guerrier, conjugué à la beauté féminine, fait penser aux hauts faits inattendus accomplis par des femmes qui vinrent à bout, tant par leur charme que par leur foi, leur force morale et leur courage, des tyrans ou des ennemis les plus redoutables ; depuis Gaël, femme d’Héber le Qénite, qui tua, par ruse féminine, le redoutable général Sisera qu’elle avait hébergé (Jg 4, 17 ss.) ; en passant par la vaillante Judith qui, usant de ses charmes convaincants, trancha la tête d’Holopherne, le féroce stratège des armées assyriennes (Jd 12, 10 ss.) ; jusqu’à Esther, la favorite du roi Assuérus, qui, au péril de sa vie, osa affronter le roi et changea son coeur qui inclinait à la destruction du Peuple juif (Est 5).

Ce thème, conjugué à la personnification féminine mystérieuse de la Sagesse divine, est consonant avec le récit de la chute, dans la Genèse, où l’on voit Dieu lui-même instaurer une hostilité entre le Serpent et la Femme (cf. Gn 3, 15). La traduction latine devenue traditionnelle dans l’Église, « elle t’écrasera la tête », n’est conforme, ni à l’hébreu, ni au grec de la Septante [20], qui utilisent le masculin, puisqu’il s’agit de la descendance de la femme (mot masculin dans les deux langues). Toutefois, cette pieuse interprétation exprime avec éclat la foi traditionnelle, en Chrétienté, selon laquelle c’est Marie, elle-même, parfaite descendante d’Êve, qui écrasera la tête du Serpent. L’iconographie chrétienne a, depuis longtemps, illustré cette croyance. [21]

Précisons, à ce propos, sans pouvoir développer ici ce point comme il le mériterait, que la dimension féminine de l’eschatologie juive ne le cède en rien à celle du christianisme. Elle peuple la Bible, la littérature midrashique, haggadique et poétique et surtout la prière juive, les deux principales « figures » typologiques féminines étant la communauté juive (= le Peuple d’Israël) et Jérusalem (également dénommée Sion). Laissant de côté – car ils sont trop nombreux - les passages qui évoquent la Ville sainte, arrêtons-nous sur deux textes, qui ne constituent d’ailleurs qu’un infime échantillon de la personnification féminine du Peuple de Dieu. Ils ont été choisis en raison de leur consonance avec la restitution à Israël de sa fonction messianique, qui est le thème du présent Témoignage. Le premier est extrait des chapitres consacrés par Isaïe à la consolation d’Israël :

Crie de joie, stérile, toi qui n’as pas enfanté ; pousse des cris de joie, des clameurs, toi qui n’as pas mis au monde, car plus nombreux sont les fils de la délaissée que les fils de l’épousée, dit L’Éternel. Élargis l’espace de ta tente, déploie sans lésiner les toiles qui t’abritent, allonge tes cordages, renforce tes piquets, car à droite et à gauche tu vas éclater, ta race va déposséder des nations et repeupler les villes abandonnées. N’aie pas peur, tu n’éprouveras plus de honte, ne sois pas confondue, tu n’auras plus à rougir ; car tu vas oublier la honte de ta jeunesse, et tu ne te souviendras plus de l’infamie de ton veuvage. Car ton époux c’est celui t’a façonnée, Éternel Sabaot est son nom ; et ton rédempteur c’est le Saint d’Israël, qu’on appelle le Dieu de toute la terre. Car, comme une femme délaissée et à l’esprit attristé, L’Éternel t’a appelée, et comme la femme du temps de la jeunesse qui aurait été répudiée, a dit ton Dieu. Un bref instant je t’ai délaissée, et dans une immense pitié, je te rassemblerai. Dans une débordante fureur, je t’ai caché ma face un instant. Avec un amour éternel, j’ai pitié de toi, dit ton rédempteur, L’Éternel. Il en sera pour moi comme au temps de Noé, quand j’ai juré que les eaux de Noé n’envahiraient plus la terre. Ainsi je jure de ne plus m’emporter contre toi, de ne plus te menacer. Même si les montagnes se détachaient et si les collines chancelaient, mon amour ne se détachera pas de toi, mon Alliance de paix ne trébuchera pas, dit celui qui a pitié de toi, L’Éternel. Malheureuse, battue par les vents, inconsolée, voici que je vais poser tes pierres sur l’escarboucle, et tes fondations sur des saphirs ; je ferai tes créneaux de rubis, tes portes d’escarboucle et toute ton enceinte de pierres précieuses. Tous tes enfants seront enseignés par L’Éternel, et grand sera le bonheur de tes enfants. Tu seras fondée dans la justice, loin de l’oppression: tu n’auras rien à craindre, libre de la frayeur : elle ne s’approchera pas de toi. Voici : s’il se produit une attaque, ce ne sera pas de mon fait ; quiconque t’aura attaquée tombera à cause de toi. Voici: c’est moi qui ai créé le forgeron qui souffle sur les braises du feu et fabrique un outil à son usage; c’est moi aussi qui ai créé le destructeur pour anéantir. Aucune arme fabriquée contre toi ne réussira. Et toute langue qui t’accuserait en justice, tu la feras condamner. Tel est le lot des serviteurs de L’Éternel, et leur justification vient de moi. Oracle de L’Éternel. (Is 54, 1-17).

Le second texte provient du Nouveau Testament et concerne Rachel, l’épouse préférée du patriarche Jacob. Relatant la mise à mort des enfants de Bethléem par les soldats du roi juif Hérode, vassal de Rome, résolu à éliminer le « concurrent » royal nouveau-né, dont les Mages lui avaient révélé l’existence, l’Évangile selon Matthieu considère ce crime comme l’accomplissement de l’oracle du prophète Jérémie (cf. Mt 2, 17), qu’il cite en ces termes :

Une voix dans Rama s’est fait entendre, pleur et longue plainte: c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas qu’on la console, car ils ne sont plus. (Mt 2, 18 = Jr 31, 15)

Il suffit de se reporter au contexte en Jérémie, pour remarquer que le texte évangélique en a omis les deux versets suivants :

Ainsi parle L’Éternel : Cesse ta plainte, sèche tes yeux! Car il est une compensation pour ta peine – oracle de L’Éternel – ils vont revenir du pays ennemi. Il y a donc espoir pour ton avenir – oracle de L’Éternel – ils vont revenir, tes fils, dans leurs frontières. (Jr 31, 16-17).

C’est que le temps de l’accomplissement de cet oracle prophétique n’était pas encore venu. Nous croyons qu’il a commencé à se réaliser, de manière obscure et progressive (cf. Jr 3, 14), vers la fin du XIXe siècle, quand des dizaines de milliers de Juifs, las d’être traités en parias des nations, sont « revenus dans les frontières » de la Terre d’Israël, dans lesquelles ils croyaient avoir « un espoir pour leur avenir ». Aimantés par la ville au nom mythique de Yeroushalaim, à propos de laquelle la piété populaire avait forgé le voeu multimillénaire : « L’an prochain à Jérusalem », les plus religieux d’entre eux avaient cru proche le temps de bâtir ses remparts [22] et imminente l’aube des temps messianiques. De leur côté, des pionniers et intellectuels juifs, majoritairement agnostiques, prophétisaient à leur manière, sans le savoir, en donnant à la Ville sainte le nom biblique et poétique de « Sion », ce qui leur valut d’être appelés « amoureux de Sion » [23], puis, plus simplement « sionistes [24] ». Qui pouvait imaginer alors que ce label cristalliserait progressivement toute la haine antijuive accumulée au fil des millénaires ? Dès lors, n’est-on pas fondé à voir, dans le nazisme et la personne de Hitler [25], la préfiguration de l’agir eschatologique de « la Bête » et de « son faux prophète » [26] ?

Nul doute qu’une telle interprétation sera jugée fantaisiste, ou, au mieux, comme relevant d’un fondamentalisme biblique [27], bête noire des « raisonneurs de ce siècle » (cf. 1 Co 1, 20), qui croient le déceler dans tout commentaire spirituel ou mystique qui ne satisfait pas à leurs critères qualifiés de « scientifiques ». Tout en acceptant par avance d’être traités d’illuminés et de fous – « car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1 Co 1, 25) –, nous pensons « avoir, nous aussi l’Esprit de Dieu » (cf. 1 Co 7, 40) en témoignant, devant l’Église, de notre foi dans la restitution, déjà réalisée, du Peuple juif dans ses prérogatives messianiques, comme exposé et justifié plus haut à la lumière d’oracles scripturaires. Nous croyons également que le non-discernement, voire le refus catégorique opposés par de nombreux Chrétiens au dévoilement de cet aspect inattendu, ici exposé, du dessein divin, constitueront, comme dit plus haut, la « pierre de touche de leurs dispositions intimes » [28] et « révéleront les pensées intimes de beaucoup de coeurs » [29], à propos du Peuple juif.

Depuis qu’Israël est devenu un État – et même une puissance régionale, du fait de l’expérience militaire acquise en défendant son existence [30] –, ses citoyens sont devenus des « balayures, un rebut parmi les peuples » (cf. Lm 3, 45). Ils sont en butte à une haine quasi universelle alimentée par une propagande éhontée, tandis que se taisent les nations, quand elles ne pactisent pas ouvertement avec les persécuteurs, en avançant la raison, prétendument humanitaire, de l’« occupation du peuple palestinien et de sa patrie ». Y a-t-il démesure dans l’intuition qu’ont certains Chrétiens, que la rage [31] des très nombreux ennemis d’Israël, acharnés à l’éliminer de l’histoire, trahit le défi formidable que représente, pour l’Adversaire (cf. 2 Th 2, 4) qui les a séduits, cette réhabilitation géopolitique d’Israël, qui ne fait pas l’affaire de l’ange de la désunion et de la zizanie. Bien que la théologie enseigne qu’il a perdu sa puissance angélique et sa faculté de comprendre les desseins de Dieu et d’y adhérer, il demeure un pur esprit doté d’une redoutable intelligence, capable de comprendre, plus ou moins confusément, à la lumière obscure des Écritures et au travers des événements, ainsi que des actes et des paroles des hommes, ce qui va advenir à l’humanité, lors de la consommation du dessein divin de Salut. À cet effet, il surveille tout particulièrement le Peuple juif, parce que, contrairement à nombre de ministres religieux et de fidèles, il sait, lui, que c’est à cause de ce Peuple que son royaume de ténèbres sera réduit à néant, aussi cherche-t-il sans cesse à le détruire par la main des hommes, comme il tenta jadis de faire tuer Jésus enfant, par les sbires d’Hérode, ainsi qu'évoqué ci-dessus, et comme il y réussit finalement, sur permission de Dieu, suite à sa condamnation à mort par Pilate.

La croyance en l’accomplissement des prophéties est au coeur du message et de l’enseignement du Nouveau Testament [32], et de nombreux ouvrages de théologie biblique en traitent, aussi abondamment que doctement. Il est d’autant plus étonnant que, sauf exceptions, les biblistes et les exégètes qualifient de « littéraliste », voire de « fondamentaliste », toute prise au sérieux de la réalisation historique des oracles prophétiques qui annoncent la révolte des nations contre le rétablissement d’Israël par Dieu, et dont voici quelques exemples [33] :

Car, en ces jours-là, en ce temps-là, quand je rétablirai Juda et Jérusalem, je rassemblerai toutes les nations, je les ferai descendre à la Vallée de Josaphat ; là, j’entrerai en jugement avec elles au sujet d’Israël, mon peuple et mon héritage, car ils l’ont dispersé parmi les nations et ils ont divisé mon pays. (Jl 4, 1-2).

Il arrivera, en ce jour-là, que je ferai de Jérusalem une pierre à soulever pour tous les peuples, et tous ceux qui la soulèveront se blesseront grièvement. Et contre elle se rassembleront toutes les nations de la terre. […] Il arrivera, en ce jour-là, que j’entreprendrai de détruire toutes les nations qui viendront contre Jérusalem. (Za 12, 3.9).

J’assemblerai toutes les nations vers Jérusalem pour le combat ; la ville sera prise, les maisons pillées, les femmes violées; la moitié de la ville partira en exil, mais le reste du peuple ne sera pas retranché de la ville. (Za 14, 2).

En ce jour-là – oracle de L’Éternel – je veux rassembler les éclopées, rallier les égarées et celles que j’ai maltraitées. Des éclopées je ferai un reste, des éloignées une nation puissante. Alors L’Éternel régnera sur eux à la montagne de Sion, dès maintenant et à jamais. Et toi, Tour du Troupeau, Ophel de la fille de Sion, à toi va venir la souveraineté d’antan, la royauté de la fille de Jérusalem. […] Maintenant, des nations nombreuses se sont assemblées contre toi. Elles disent: « Qu’on la profane et que nos yeux se repaissent de Sion ! » C’est qu’elles ne connaissent pas les plans de L’Éternel et qu’elles n’ont pas compris son dessein: il les a rassemblées comme les gerbes sur l’aire. Debout ! Foule, fille de Sion, car je rendrai tes cornes de fer, de bronze tes sabots, et tu broieras des peuples nombreux. Tu voueras à L’Éternel leurs rapines, et leurs richesses au Seigneur de toute la terre. […] (Mi 4, 6-13).

L’Esprit du Seigneur L’Éternel est sur moi, car L’Éternel m’a donné l’onction; il m’a envoyé porter la nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part de L’Éternel et un jour de vengeance pour notre Dieu, pour consoler tous les affligés, pour mettre aux endeuillés de Sion un diadème au lieu de cendre, de l’huile de joie au lieu d’un vêtement de deuil, un manteau de fête au lieu d’un esprit abattu ; et on les appellera térébinthes de justice, plantation de L’Éternel pour se glorifier. Ils rebâtiront les ruines antiques, ils relèveront les restes désolés d’autrefois ; ils restaureront les villes en ruines, les restes désolés des générations passées. Des étrangers se présenteront pour paître vos troupeaux, des immigrants seront vos laboureurs et vos vignerons. […] Car de même que la terre fait éclore ses germes et qu’un jardin fait germer sa semence, ainsi le Seigneur L’Éternel fait germer la justice et la louange devant toutes les nations. (Is 61, 1-11).

À cause de Sion je ne me tairai pas, à cause de Jérusalem je ne me tiendrai pas en repos, jusqu’à ce que sa justice jaillisse comme une clarté, et son Salut comme une torche allumée. Alors les nations verront ta justice, et tous les rois ta gloire. […] Sur tes remparts, Jérusalem, j’ai posté des veilleurs, de jour et de nuit, jamais ils ne se tairont. Vous qui vous rappelez au souvenir de L’Éternel, pas de repos pour vous. Ne lui accordez pas de repos qu’il n’ait établi Jérusalem et fait d’elle une louange au milieu du pays. […] Élevez un signal pour les peuples. Voici que L’Éternel se fait entendre jusqu’à l’extrémité de la terre : Dites à la fille de Sion: Voici que vient ton Salut, voici avec lui sa récompense, et devant lui son salaire. On les appellera : « Le peuple saint », « les rachetés de L’Éternel ». Quant à toi, on t’appellera : « Recherchée », « Ville non délaissée ». (Is 62, 1-12).

[…] Car j’ai au cœur un jour de vengeance, c’est l’année de ma rédemption qui vient. Je regarde : personne pour m’aider ! Je montre mon angoisse: personne pour me soutenir ! Alors mon bras est venu à mon secours, c’est ma fureur qui m’a soutenu. J’ai écrasé les peuples dans ma colère, je les ai brisés dans ma fureur, et j’ai fait ruisseler à terre leur sang. Je vais célébrer les grâces de L’Éternel, les louanges de L’Éternel, pour tout ce que L’Éternel a accompli pour nous, pour sa grande bonté envers la maison d’Israël, pour tout ce qu’il a accompli dans sa miséricorde, pour l’abondance de ses grâces. Car il dit : « Certes, c’est mon peuple, des enfants qui ne vont pas me tromper » ; et il fut pour eux un sauveur. […] (Is 63, 1-8).

Et toi, (Bethléem) Ephrata, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël ; ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques. C’est pourquoi il les abandonnera jusqu’au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter. Alors le reste de ses frères reviendra aux enfants d’Israël. […] Alors, le reste de Jacob sera, au milieu des peuples nombreux, comme une rosée venant de L’Éternel, comme des gouttes de pluie sur l’herbe, qui n’espère point en l’homme ni n’attend rien des humains. […] Avec colère, avec fureur, je tirerai vengeance des nations qui n’ont pas obéi. (Mi 5, 1-8.14). [34]

Écoutez la parole de L’Éternel, vous qui tremblez à sa parole. Ils ont dit, vos frères qui vous haïssent et vous rejettent à cause de mon nom : « Que L’Éternel manifeste sa gloire, et que nous soyons témoins de votre joie », mais c’est eux qui seront confondus ! Une voix, une rumeur qui vient de la ville, une voix qui vient du sanctuaire, la voix de L’Éternel qui paie leur salaire à ses ennemis. Avant d’être en travail elle a enfanté, avant que viennent les douleurs elle a accouché d’un garçon. Qui a jamais entendu rien de tel ? Qui a jamais vu chose pareille ? Peut-on mettre au monde un pays en un jour ? Enfante-t-on une nation en une fois ? À peine était-elle en travail que Sion a enfanté ses fils. […] Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez en elle, vous tous qui l’aimez, soyez avec elle dans l’allégresse, vous tous qui avez pris le deuil sur elle, afin que vous soyez allaités et rassasiés par son sein consolateur, afin que vous suciez avec délices sa mamelle plantureuse. Car ainsi parle L’Éternel : Voici que je fais couler vers elle la paix comme un fleuve, et comme un torrent débordant, la gloire des nations. […]. Car voici que L’Éternel arrive dans le feu, et ses chars sont comme l’ouragan, pour assouvir avec ardeur sa colère et sa menace par des flammes de feu. Car par le feu, L’Éternel fait justice, par son épée, sur toute chair ; nombreuses seront les victimes de L’Éternel. (Is 66, 5-16).

Il n’aura pas échappé que nombreux sont les oracles qui concernent le rassemblement du Peuple juif sur sa terre d’antan [35]. Que ce regroupement soit progressif, Jérémie l’annonce mystérieusement en ces termes :

Je vous prendrai, un d’une ville, deux d’une famille, pour vous amener à Sion. (Jr 3, 14).

Au loin, souvenez-vous de L’Éternel et que Jérusalem vous monte au cœur. (Jr 51, 50).

La Parole en est garante : il se produira, l’aboutissement ultime du dessein de Dieu, auquel s’opposent déjà, et s’opposeront encore plus violemment les nations rebelles, à « l’heure de l’épreuve qui va fondre sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre » (Ap 3, 10).

Jusqu’à ce que Dieu intervienne enfin pour parachever l’événement, comme le prophétise Baruch, le scribe de Jérémie, en ces termes :

Jérusalem, regarde vers l’Orient, vois la joie qui te vient de Dieu. Voici : ils reviennent, les fils que tu vis partir, ils reviennent rassemblés du levant au couchant, sur l’ordre du Saint, jubilants de la gloire de Dieu. Jérusalem quitte ta robe de tristesse et de misère, revêts pour toujours la beauté de la gloire de Dieu, prends la tunique de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de gloire de l’Éternel ; car Dieu veut montrer ta splendeur partout sous le ciel, et ton nom sera de par Dieu pour toujours « Paix de la justice et gloire de la piété ». Jérusalem, lève-toi, tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’Orient vois tes enfants du couchant au levant rassemblés sur l’ordre du Saint, jubilants, car Dieu s’est souvenu. Car ils t’avaient quittée à pied, sous escorte d’ennemis, mais Dieu te les ramène portés glorieusement, comme un trône royal. Car Dieu a décidé que soient abaissées toute haute montagne et les collines éternelles, et comblées les vallées pour aplanir la terre, pour qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. Et les forêts, et tous les arbres de senteur feront de l’ombre pour Israël, sur l’ordre de Dieu ; car Dieu guidera Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec la miséricorde et la justice qui viennent de lui. (Ba 4, 36-37 ; 5, 1-9).



[1] Sur cette notion, voir l’article, plusieurs fois cité, de M. Macina : « Qu’est-ce que l’apocatastase ? ».

[3] Il s’agit de ceux que l’Écriture nomme « shaveï pesha » (Is 59, 20), expression souvent traduite par « pécheurs repentants », qui n’en rend pas suffisamment la teneur eschatologique. M. Macina, en a brièvement traité dans son livre intitulé La pierre rejetée par les bâtisseurs, au chapitre 34 : « Épilogue: Dieu vient racheter les repentis ». On voudra bien s’y reporter éventuellement.

[4] Sur cette notion peu familière aux non-spécialistes, voir la contribution de B. de Margerie, déjà citée : « Saint Irénée, exégète ecclésial de la récapitulation christocentrique ».

[6] On a préféré cette traduction à celle de la Bible de Jérusalem : « réservé ». La version syriaque, en utilisant la racine QWM sous la forme qaiam, rend mieux l’idée de « certitude » et de « fixité », connotée par cette racine, que le latin relinquere, « laisser », qui est banal. La traduction française « réservé » a l’inconvénient de laisser supposer une prédestination, un arbitraire dans l’élection.

[7] Les bibles traduisent généralement par « départ » ou « sortie », mais le terme utilisé par le Nouveau Testament est exodos = exode. Le fait est que cette langue, qui dispose d’autres termes plus courants pour exprimer les mots « départ », ou « sortie », ne les a pas utilisés ici.

[8] Sur cette notion, voir M. Macina, « Qu’est-ce que l’apocatastase ? ».

[11] Voir, entre autres, M. Macina, « La "génétique" divine » ; « Toutes ces paroles t’atteindront » ; etc.

[12] Le grec de la Septante porte « l’iniquité abondera ». On s’en tient ici à l’hébreu : da’at = savoir, connaissance. C’est ainsi que traduit également la Vulgate (scientia) de même que le syriaque et d’autres versions vénérables

[13] Sur cette notion, voir M. Macina, « Qu’est-ce que l’apocatastase ? ».

[15] La traduction habituelle – « plant choisi » – connote l’élection, ce qui n’est pas exactement le sens du mot hébreu employé. On pourrait traduire aussi « de sa dilection » l’hébreu neta’ sha’ashu’aw est une expression unique dans l’Écriture. Lui correspond très exactement la phrase de Jérémie 31, 20 : « Ephraïm est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré (yeled sha’ashuim) que, chaque fois que j’en parle, mes entrailles s’émeuvent pour lui ». On se gardera d’opposer ce passage à celui d’Isaïe pour affirmer que l’expression employée par Isaïe 5, 7 ne connote pas de préférence à l’égard de Juda. En effet, le contexte ne laisse aucun doute à propos de la dilection particulière de Dieu pour Juda.

[16] Sur cette notion, voir M. Macina, « Qu’est-ce que l’apocatastase ? ».

[17] Il s’agit d’une pratique relativement nouvelle en missiologie (début de la deuxième moitié du XXe siècle). Le P. Pedro Arrupe, alors supérieur des jésuites, en donnait la définition suivante : « L’inculturation est l’incarnation de la vie et du message chrétiens dans une aire culturelle concrète, en sorte que non seulement cette expérience s’exprime avec les éléments propres de la culture en question (ce ne serait alors qu’une adaptation superficielle), mais encore que cette même expérience se transforme en un principe d’inspiration, à la fois norme et force d’unification, qui transforme et recrée cette culture, étant ainsi à l’origine d’une nouvelle création. » (D’après l’article « Inculturation » de Wikipédia).

[18] Et pour que nous ne croyions pas qu’il s’agit seulement d’éléments naturels quand on parle de la pluie et de la chaleur, lisons ce qui est écrit en Isaïe 25, 4-5 : « Car tu as été un refuge pour le faible, un refuge pour le malheureux plongé dans la détresse, un abri contre la pluie, un ombrage contre la chaleur. Car le souffle des violents est comme la pluie d’hiver. Comme la chaleur sur une terre aride, tu apaises le tumulte des étrangers : la chaleur tiédit à l’ombre d’un nuage, le chant des violents se tait !... »

[19] Voir la section intitulée « Le travail de démythologisation », de l’article consacré à Bultmann par Wikipédia.

[20] Voir l’article Septante, de Wikipédia.

[21] On n’évoquera pas ici la « femme dans le soleil » d’Apocalypse 12, parce que nous ne croyons pas qu’il s’agisse d’une vision de Marie lors de sa manifestation eschatologique, comme le professent certains mariologues. En effet, cette femme « crie dans les douleurs de l’enfantement », ce qui contredit radicalement les conséquences du dogme de l’Immaculée Conception. De plus, elle ne terrasse, ni n’écrase le dragon, mais, au contraire, fuit devant lui. Elle est si peu puissante et redoutable que c’est la terre qui doit venir à son secours en ouvrant la bouche pour absorber les fleuves d’eau lancés contre elle en vue de l’emporter. Enfin, elle est si peu théophanique, qu’elle trouve refuge au désert où elle sera nourrie pour une durée déterminée. Il est regrettable que la réforme liturgique postconciliaire ait accrédité cette erreur en faisant lire ce texte lors d’une grande fête mariale, alors qu’elle a supprimé la récitation de Ct 6, 10, beaucoup plus pertinent, qui était en usage pour cette fête auparavant.

[22] Sur la base d’une interprétation juive pieuse de Dn 9, 25.

[23] En hébreu, Hovevei Tsion.

[24] Voir l’article « Sionisme » de Wikipédia.

[25] Il faudrait, pour étayer cette analogie risquée, mieux connaître la signification de ce que les spécialistes considèrent comme des « symboles apocalyptiques », à savoir la Bête et son faux prophète.

[26] La Bête est mentionnée seule en Ap 11, 7 ; 13, 3.11 ss. ; 14, 9.11 ; 15, 2; 16, 2.10.13 ; 17, 3.7.8.11.12.16 ; 19, 19 ss. ; 20, 4.10 ; elle l’est aussi, conjointement au faux prophète, en Ap 16, 13 ; 19, 20 ; 20, 10.

[27] Voir « La lecture fondamentaliste de la Bible: point de vue catholique », en ligne sur le site Exégèse et théologie.

[28] Expression d’Irénée, dans un passage de son ouvrage cité plus haut, Adv. Haer., V, 24, 4.

[29] Paroles (citées plus haut) du vieillard Syméon à propos de l’enfant Jésus, lors de sa présentation au Temple : Lc 2, 34-35.

[30] Voir Jg 3, 1-2 : « Voici les nations que L’Éternel a laissées pour mettre à l’épreuve Israël, tous ceux qui n’avaient pas connu toutes les guerres de Canaan ; ce fut uniquement pour l’enseignement des descendants des Israélites, pour apprendre la guerre à ceux qui l’ignoraient auparavant. »

[31] Le terme n’est pas trop fort. Cette rage est dans le droit fil du « scandale que provoque, inévitablement, le choix qu’a fait Dieu d’un Peuple particulier, pour le Salut du monde », dont parle, dans son ouvrage, un spécialiste qui évoque, avec pertinence, à ce propos, ce passage du midrash Exode Rabba, 2, 4 : « dès le moment où Dieu, sur le Sinaï, eut fait don de sa loi à Israël, la haine descendit sur les idolâtres » ; voir : Michel Remaud, Chrétiens devant Israël, serviteur de Dieu, Cerf, Paris, 1983, p. 78.

[32] Voir, entre autres : Mt 1, 22 ; 2, 15.17.23 ; 4, 14 ; 5, 17 ; 8, 17 ; 12, 17 ; 13, 14 .35 ; 21, 4 ; 26, 54.56 ; 27, 9 ; Mc 14, 49 ; 15, 28 ; Lc 1, 20 ; 4, 21 ; 18, 31 ; 21, 22 ; 22, 37 ; 24, 46-47 ; Jn 12, 38 ; Jn 13, 18 ; 15, 25 ; 17, 12 ; 18, 9.32 ; 19, 24.28.36 ; Ac 1, 16 ; 3, 18 ; 13, 27.29.33 ; 26, 6 ; 1 Co 15, 54 ; Jc 2, 23 ; Ap 17, 17 ; etc.

[33] On voudra bien excuser les redites que constituent certaines citations déjà effectuées dans le corps de cet écrit.

[34] Il est symptomatique que Rashi (1040-1105) le célèbre commentateur du texte biblique selon le sens littéral, ait écrit, à propos de Mi 5, 1 : « De toi me viendra le Messie, fils de David, car ainsi dit l’Écriture (Ps 118, 22) : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue pierre d’angle. » Sachant l’usage qu’a fait le Nouveau Testament de ce verset du Psaume 118, revendiqué par Jésus à l’appui de sa messianité (cf. Mt 21, 42, et par.), on est tenté de soupçonner que Rashi, qui était parfaitement au fait des croyances chrétiennes, a délibérément recouru, de manière polémique voilée, au même parallèle scripturaire pour justifier l’attente juive du Messie, que les Chrétiens disent être déjà venu en la personne de Jésus, tandis que les Juifs l’attendent pour la Fin des Temps.

[35] Il s’agit de ce qu’on appelle en hébreu kibboutz galouyot, ou rassemblement des communautés juives en exil. Le texte biblique essentiel et fondamental à cet égard est celui du prophète Malachie (Ml 3, 1 et 22-24) : « Voici que je vais envoyer mon messager pour qu’il fraye un chemin devant moi [...] Voici que je vais vous envoyer Élie, le prophète, avant que n’arrive le jour de L’Éternel, grand et redoutable. Il ramènera le coeur des pères vers les fils et le coeur des fils vers les pères, de peur que je ne vienne frapper le pays d’anathème. » Non moins important est l’éloge d’Élie par Ben Sira (Ecclésiastique) : « Toi qui fus désigné, dans des menaces futures, pour apaiser la colère avant qu’elle n’éclate, pour ramener le coeur des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob. Bienheureux ceux qui te verront et ceux qui se sont endormis dans l’amour, car, nous aussi, nous posséderons la vie. » (Si 48, 10-11). Cette attente du retour d’Élie est partagée par la Tradition orale juive en de nombreux endroits ; on se limitera ici à citer un texte, parmi de nombreux autres : « Même si vos dispersés se trouvaient aux confins des cieux, la parole de L’Éternel vous rassemblera de là, par l’intermédiaire d’Élie, le grand prêtre, et, de là, il vous fera venir, par l’intermédiaire du Roi-Messie. » (Targum de Palestine, add. 27031, sur Dt 30, 4. Traduction R. Le Déault, Targum du Pentateuque T. IV, Deutéronome, Paris 1980, p. 267). Le texte biblique essentiel et fondamental à cet égard est celui du prophète Malachie (Ml 3,1 et 22-24) : « Voici que je vais envoyer mon messager pour qu’il fraye un chemin devant moi [...] Voici que je vais vous envoyer Élie, le prophète, avant que n’arrive le jour de L’Éternel, grand et redoutable. Il ramènera le coeur des pères vers les fils et le coeur des fils vers les pères, de peur que je ne vienne frapper le pays d’anathème. » Non moins important est l’éloge d’Élie par Ben Sira (Ecclésiastique) : « Toi qui fus désigné, dans des menaces futures, pour apaiser la colère avant qu’elle n’éclate, pour ramener le coeur des pères vers les fils et rétablir les tribus de Jacob. Bienheureux ceux qui te verront et ceux qui se sont endormis dans l’amour, car, nous aussi, nous posséderons la vie. » (Si 48, 10-11). 

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Date de dernière mise à jour : 30/05/2014