Fuir l’apostasie et se préparer à résister à l’Antichrist

 

Ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les hauteurs célestes. C’est pour cela qu’il vous faut endosser l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister et, après avoir tout mis en œuvre, rester inébranlables. Tenez-vous donc debout, avec la vérité pour ceinture, la justice pour cuirasse, et pour chaussures le zèle à propager l’Évangile de la paix ; ayez toujours en main le bouclier de la foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais; enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit; apportez-y une vigilance inlassable et intercédez pour tous les saints. (Ep 6, 12-18).

 

Nombreux sont les « hérauts » de l’imminence de la Fin des temps, voire de la fin du monde. Je ne parle ici que de ceux qui appartiennent à la mouvance chrétienne. Ils affirment que les catastrophes naturelles, les conflits et les crises économiques sont l’indice de l’approche de la catastrophe finale, dont certains d’entre eux se risquent même à prédire la date. Pourtant, le Christ nous a mis en garde contre cette extravagance :

Il dit: Prenez garde de vous laisser abuser, car il en viendra beaucoup sous mon nom, qui diront: « C’est moi » ; et « Le temps est tout proche ». N’allez pas à leur suite. Lorsque vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne vous effrayez pas ; car il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas de sitôt la fin [1].

De ces exaltés, les esprits rassis se gaussent. Ils en ont vus d’autres. Certains expliquent doctement que le phénomène est presque aussi ancien que l’Église. En cela ils disent vrai. Mais faut-il les croire lorsqu’ils affirment catégoriquement que cette perspective – qu’ils qualifient, avec mépris, de « catastrophaliste » – est entièrement imaginaire et ne se produira pas ? Je ne le crois pas. L’apôtre Pierre, dans sa seconde Lettre, nous met fermement en garde contre ces « loups déguisés en brebis » [2] :

Sachez tout d’abord qu’aux derniers jours, il viendra des railleurs pleins de raillerie, guidés par leurs passions. Ils diront : « Où est la promesse de son avènement ? Depuis que les Pères sont morts, tout demeure comme au début de la création. » Car ils ignorent volontairement qu’il y eut autrefois des cieux et une terre qui, du milieu de l’eau, par le moyen de l’eau, surgit à la parole de Dieu et que, par ces mêmes causes, le monde d’alors périt inondé par l’eau. Mais les cieux et la terre d’à présent, la même parole les a mis de côté et en réserve pour le feu, en vue du jour du Jugement et de la ruine des hommes impies. Mais voici un point, très chers, que vous ne devez pas ignorer : c’est que devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir. Il viendra, le Jour du Seigneur, comme un voleur ; en ce jour, les cieux se dissiperont avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, la terre avec les oeuvres qu’elle renferme sera consumée. Puisque toutes ces choses se dissolvent ainsi, quels ne devez-vous pas être par une sainte conduite et par les prières, attendant et hâtant l’avènement du Jour de Dieu, où les cieux enflammés se dissoudront et où les éléments embrasés se fondront. Ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons selon sa promesse, où la justice habitera. C’est pourquoi, très chers, en attendant, mettez votre zèle à être sans tache et sans reproche, pour être trouvés en paix. Tenez la longanimité de notre Seigneur pour salutaire […] Vous donc, très chers, étant avertis, soyez sur vos gardes, de peur qu’entraînés par l’égarement des criminels, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté. Mais croissez dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ : à lui la gloire maintenant et jusqu’au jour de l’éternité ! Amen [3].

Celles et ceux qui croient à l’accomplissement des Écritures, prennent au sérieux la promesse du Christ à ses Apôtres :

En vérité je vous le dis, à vous qui m’avez suivi: dans la régénération, quand le Fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous siégerez vous aussi sur douze trônes, pour juger les douze tribus d’Israël [4].

Même sans bien comprendre la manière dont s’accomplira cet événement, et sans tenter de « connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité » [5] – comme les en a dissuadés le Christ –, ces chrétiens fidèles l’attendent, néanmoins, avec ferveur, conformément à l’invitation du Livre de l’Apocalypse : « Le garant de ces révélations l’affirme : “Oui, mon retour est proche !” Amen, viens, Seigneur Jésus ! » [6].

Mais il en est qui, intimidés par les mises en garde des « sages et des intelligents » [7], se demandent s’il est conforme à la volonté divine de chercher à « discerner les signes des temps » [8]. Qu’on me pardonne de paraphraser Paul pour leur répondre : « je n’ai pas d’ordre du Seigneur [à ce propos], mais je donne un avis en homme qui, par la miséricorde du Seigneur, est digne de confiance » [9], et « je leur dis, moi, non le Seigneur » [10] : l’Écriture ne dissuade personne de chercher à comprendre le dessein de Dieu et à discerner sa main dans les événements. D’ailleurs, l’apôtre Pierre, dont j’ai cité, plus haut, les paroles surprenantes, atteste que les prophètes eux-mêmes « ont cherché à découvrir quel temps et quelles circonstances avait en vue l’Esprit du Christ, qui était en eux, quand il attestait à l’avance les souffrances du Christ et les gloires qui les suivraient. » [11].

Voici, me semble-t-il, ce qu’il convient de faire – et là, aucun risque d’erreur – : sans négliger de scruter les Écritures et tout en restant attentif aux signes annonciateurs du temps de la fin, il faut se préparer intérieurement, par l’étude et la prière, à résister à l’apostasie et à la subversion spirituelle de l’Antichrist.

Qu’on n’aille pas croire qu’il s’agit là d’hypothèses fantaisistes, ou de vaticinations de visionnaires exaltés. L’apôtre Paul ne laisse aucun doute sur la réalité et le caractère inéluctable de ces deux événements. Tout en résistant à une agitation eschatologique prématurée, il n’en tire pas pour autant la conséquence que ce qui est annoncé, à tort, comme imminent, n’aura jamais lieu. En témoigne ce long développement riche de précisions qui, si elles ne sont pas toutes claires, corroborent le fait qu’il y aura bien une « apostasie », et que se manifestera un homme qualifié d’ « impie » et d’ « adversaire » de Dieu, qui, sous l’influence de Satan, entraînera le genre humain dans l’erreur [12]:

Nous vous le demandons, frères, à propos de la Venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui, ne vous laissez pas trop vite mettre hors de sens ni alarmer par des manifestations de l’Esprit, des paroles ou des lettres données comme venant de nous, et qui vous feraient penser que le Jour du Seigneur est déjà là. Que personne ne vous abuse d’aucune manière. Auparavant doit venir l’apostasie et se révéler l’Homme impie, l’Être perdu, l’Adversaire, celui qui s’élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu ou reçoit un culte, allant jusqu’à s’asseoir en personne dans le sanctuaire de Dieu, se produisant lui-même comme Dieu. Vous vous rappelez, n’est-ce pas, que quand j’étais encore près de vous je vous disais cela. Et vous savez ce qui le retient maintenant, de façon qu’il ne se révèle qu’à son moment. Dès maintenant, oui, le mystère de l’impiété est à l’œuvre. Mais que seulement celui qui le retient soit d’abord écarté. Alors l’Impie se révélera, et le Seigneur le fera disparaître par le souffle de sa bouche, l’anéantira par la manifestation de sa Venue. Sa venue à lui, l’Impie, aura été marquée, par l’influence de Satan, de toute espèce d’œuvres de puissance, de signes et de prodiges mensongers, comme de toutes les tromperies du mal, à l’adresse de ceux qui sont voués à la perdition pour n’avoir pas accueilli l’amour de la vérité qui leur aurait valu d’être sauvés. Voilà pourquoi Dieu leur envoie une influence qui les égare, qui les pousse à croire le mensonge, en sorte que soient condamnés tous ceux qui auront refusé de croire la vérité et pris parti pour le mal [13].

Dûment avertis par ce témoignage irrécusable, les chrétiens sincères et responsables ne devraient pas se comporter comme s’ils n’étaient pas concernés par ce que prophétise l’Écriture à propos de la fin des temps, ni par ce qu’il adviendra alors à l’humanité, en général, et aux croyants, en particulier. Malheureusement, force est de constater que la majorité d’entre nous avons, vis-à-vis de cette réalité eschatologique, la même attitude qu’à l’égard de notre propre mort, pourtant inéluctable : nous préférons ne pas y penser et vivons comme si rien de tout cela ne devait jamais se produire.

Les rares fois où j’ai tenu publiquement des propos de cette nature, je me suis heurté à deux types de réactions. La théologique, d’abord, qui dit à peu près ceci : « Dieu ne nous demande pas de spéculer sur l’avenir et surtout pas en se référant à des passages difficiles de l’Écriture, pris au sens littéral. Sur ce point, il faut s’en remettre aux études des biblistes et autres spécialistes et ne pas se lancer, sans mandat ni compétences nécessaires, dans des interprétations personnelles qui n’ont pas la garantie de l’Église. ». Ensuite, la réaction plus générale des clercs, pasteurs et autres chrétiens engagés dans l’apostolat, le témoignage spirituel et les œuvres sociales et caritatives, laquelle est, en substance, la suivante : « Tout ce que Dieu nous demande, c’est d’agir dans le monde d’aujourd’hui conformément à notre vocation de chrétiens, sans chercher à comprendre ce qui n’est pas à notre portée. » Ou, plus brutalement, et ad hominem : « De quel droit perturbez-vous l’esprit de bons chrétiens qui n’ont pas votre culture, et sont incapables de discerner le vrai du faux dans ce que vous racontez ? Qui vous l’a demandé ? Vous rendez-vous compte des dégâts que vous risquez de causer ? »

Je confesse bien volontiers que ne suis mandaté par aucune autorité, qu’elle soit céleste ou ecclésiale, pour témoigner, comme je le fais, discrètement, depuis quatorze ans sur des sites Internet, et publiquement, dans mes livres depuis fin 2009. Et je suis conscient que, si je cite en exemple le comportement des légions de saints et des cohortes d’hommes et de femmes spirituels de tous les temps, qui ont contribué au renouveau et à la sanctification de l’Église avec leur génie propre et conformément aux besoins de leur époque, sans avoir bénéficié – au moins au départ, mais parfois durant toute leur vie ! – de l’approbation des autorités religieuses, bref, si j’ose me prévaloir de leur exemple, on dira (on me l’a déjà dit !) que je me prends pour un saint, voire pour un prophète, et, en tout état de cause, que je suis un illuminé.

Et il est vrai qu’il peut paraître prétentieux et même insensé de se lancer, même après plus d’un demi-siècle de réflexion, de méditation et de prières, dans la difficile entreprise de sensibiliser des chrétiens à une perception du dessein de Dieu, différente de celle qui est acquise et réputée suffisante, voire complète et non susceptible d’ajustements et de développements [14].

Comme je l’ai écrit ailleurs, à plusieurs reprises, je ne l’ai fait que sous la pression intérieure de la maturation des grâces reçues dans les dix premières années de ma vie d’homme, et par crainte de résister à Dieu. J’ose dire, comme Paul, que j’ai longtemps « regimbé contre l’aiguillon » [15]. Et, de fait, suite aux avanies que m’avaient valu mes premières tentatives de faire part à des gens de mon entourage – excellents chrétiens au demeurant –, de ma vision personnelle de l’urgence des temps, je m’étais dit, comme Jérémie : « Je ne penserai plus à Lui, je ne parlerai plus en Son Nom ! Mais c’était, en mon cœur, comme un feu dévorant enfermé dans mes os. Je m’épuisais à le contenir, mais je n’ai pas pu. » [16].

Aussi, après tant d’atermoiements et de combats intérieurs, j’ai opté pour le grand saut dans le vide consistant à exposer, sans plus de circonlocutions ni de justifications – qui, de toutes manières, ne me vaudraient probablement aucune approbation –, mes conceptions relatives à la fin des temps, à l’apostasie et à la manifestation de l’Antichrist, qui, selon l’Écriture, la Tradition des Pères et le témoignage de maints auteurs spirituels, précéderont la seconde Venue du Christ et l’établissement de Son règne glorieux sur la terre.

Et pour ne pas me limiter à la seule description de ces événements encore à venir et à la justification de leur prise au sérieux, je vais exposer de mon mieux, ci-après, ce qu’il y a lieu de faire, dès à présent, me semble-t-il, de peur que ce jour nous « surprenne comme un voleur » [17], et que nous « soyons trouvés vêtus et non pas nus » [18].



[1] Lc 21, 8-9.

[2] Cf. Mt 7, 15.

[3] 2 P 3, 3-18.

[4] Mt 19, 28.

[5] Cf. Ac 1, 7.

[6] Ap 22, 20.

[7] Mt 11, 25 = Lc 10, 21.

[8] Cf. Mt 16, 3.

[9] Cf. 1 Co 7, 25.

[10] 1 Co 7,12.

[11] 1 P 1, 11.

[12] En 2 Jn, 7, il est appelé «le trompeur» ; et cf. Ap 12, 9 et 20, 10.

[13] 2 Th 2, 1-12.

[14] Je fais allusion ici, aux vues de l’illustre cardinal J. H. Newman, en me limitant aux références suivantes : Essai sur le développement de la doctrine chrétienne, vol. IV des Textes Newmaniens, publiés par L. Bouyer et M. Nédoncelle, Desclée de Brouwer, Paris, 1964 ; Jean Stern, Bible et tradition chez Newman. Aux origines de la théorie du développement, Aubier-Montaigne, Paris, 1966 ; Jérôme Levie, « L’essai sur le développement de J.H. Newman », texte en ligne.

[15] Cf Ac 26, 14.

[16] Cf. Jr 20, 9.

[17] 1 Th 5, 4.

[18] Cf. 2 Co 5, 3.

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