Chapitre VIII. Israël, étape ultime de l’incarnation du dessein divin, ou faux messianisme ?

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« Alors il me dit : “Fils d’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël. Les voilà qui disent : Nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, c’en est fait de nous. ” C’est pourquoi, prophétise. Tu leur diras : “Ainsi parle le Seigneur L’Éternel. Voici que j’ouvre vos tombeaux ; je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple, et je vous ramènerai sur le sol d’Israël. Vous saurez que je suis L’Éternel, lorsque j’ouvrirai vos tombeaux et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, mon peuple. Je mettrai mon esprit en vous et vous vivrez, et je vous installerai sur votre sol, et vous saurez que moi, L’Éternel, j’ai parlé et je fais, oracle de L’Éternel.” » (Ez 37, 11-14).

« Et, comme il était assis sur le mont des Oliviers, les disciples s’approchèrent de lui, en particulier, et demandèrent : “Dis-nous quand cela aura lieu, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du temps [présent]”. Et Jésus leur répondit : “Prenez garde qu’on ne vous abuse. Car il en viendra beaucoup sous mon nom, qui diront : C’est moi le Christ, et ils abuseront bien des gens. Vous aurez aussi à entendre parler de guerres et de rumeurs de guerres ; voyez, gardez-vous de vous alarmer, car il faut que cela arrive, mais ce n’est pas encore la fin [...]” » (Mt 24, 3-6).

 

Il est étrange que nos contemporains, en ce compris nombre de théologiens chrétiens, tombent sans le savoir dans une espèce de transposition de l’hérésie du docétisme. Rappelons que les docètes (IIe et IIIe siècles), incapables d’accepter le réalisme – à leurs yeux, trivial et blasphématoire – de l’incarnation du Verbe de Dieu, affirmaient que le Christ n’avait fait que revêtir une « apparence » humaine. Toutes proportions gardées, c’est une perception semblable qu’ont du peuple juif de nombreux chrétiens. Certes, cette conception n’en nie pas la réalité sociologique, voire ethnique, mais elle traite des juifs comme d’un peuple à l’état de fossile biblique et théologique, en quelque sorte.

On s’étonnera peut-être de cette affirmation. On me fera remarquer qu’après avoir exclu les juifs de la société chrétienne durant de longs siècles, puis les avoir marginalisés, et enfin admis, ratifiant, après de longues résistances, leur intégration dans la société civile par la Révolution française, l’Église, à la suite du Concile Vatican II, a regretté son hostilité multiséculaire à leur égard et changé d’attitude. Il est vrai – ce livre et d’autres avant lui en témoignent – que ce qu’on a appelé le « nouveau regard » de l’Église sur le peuple juif constitue un retournement majeur. Mais les nombreuses résistances, théologiques autant que populaires, à cette nouvelle orientation n’invitent-elles pas à se demander si la perception chrétienne du statut théologique et du rôle de ce peuple dans l’histoire du salut a fondamentalement changé ?

Par ailleurs, faut-il donner raison aux voix, de plus en plus nombreuses, qui s’élèvent, en milieu chrétien, pour mettre en garde contre une lecture fondamentaliste et « philosioniste » des Écritures ?

C’est à ces deux questions cruciales que la dernière partie de ce travail va tenter de répondre.

 

VIII.1. L’État d’Israël presque universellement discrédité et objet des pires calomnies


Bien que ce livre soit destiné en priorité à des chrétiens et que sa visée soit majoritairement spirituelle, la démarche adoptée ici oblige à examiner brièvement l’attitude politique et idéologique, presque universellement hostile, des nations envers Israël. Sans entrer dans les détails du conflit communément appelé palestino-israélien, et des responsabilités respectives des parties, force est de prendre acte des violentes critiques, voire des condamnations sans appel dont sont l’objet, de toutes parts et même de pays qui se prétendent alliés d’Israël, ce qu’on a coutume d’appeler « la politique » d’Israël – taxée d’« oppressive », de « discriminatoire », voire de « ségrégationniste » –, et « l’occupation » de territoires que se disputent les deux peuples ; l’une et l’autre réputées empêcher les Palestiniens qui y vivent de créer l’État indépendant auquel ils aspirent.

Ainsi stigmatisée, la posture d’Israël et spécialement sa détermination (« son entêtement criminel », selon ses ennemis), à ne pas renoncer si facilement – en particulier pour des motifs de sécurité –, à des pans entiers de son antique patrie, occupés par lui conformément aux lois de la guerre, suite à l’offensive militaire dont il a été l’objet, en 1967, de la part de trois nations arabes voisines – valent à l’État juif la haine de ses ennemis défaits sur le champ de bataille, mais aussi la répulsion consensuelle de nombreuses autres nations, pour des raisons idéologiques, dont j’estime, paraphrasant l’apôtre Paul, qu’elles « ont les apparences du bien, mais renient ce qui en fait la force » (2 Tm 3, 5). Il convient de s’interroger sur les motivations de cette solidarité accusatoire.

Nous vivons à une époque de sacralisation du respect des droits de l’homme. En soi, ce n’est pas une mauvaise chose. Le problème est que le traitement réservé aux contrevenants varie grandement selon leur puissance militaire, leur poids géopolitique, leur richesse financière, leurs ressources économiques, et même – paramètre de plus en plus dominant dans les dernières décennies –, la menace, militaire et/ou terroriste, qu’ils représentent. Dans cette configuration, ce n’est un mystère pour aucune personne honnête que les droits de l’homme, érigés pour la circonstance en pierre de touche de la moralité humaine et de la respectabilité politique, sont souvent instrumentalisés sous différentes formes pour décrier, voire mettre hors-la-loi tous pays, État, organisation, ou groupe humain, réputés y porter atteinte. En bref, ce qui aurait pu constituer un idéal hautement respectable, est souvent devenu une arme idéologique fatale, braquée sur quiconque est réputé coupable d’avoir enfreint gravement les droits de l’homme et commis des « crimes de guerre ».

Force est de constater toutefois qu’il est utopique de prôner l’égalité de traitement des contrevenants, en cette matière comme en d’autres. Dans un passé plus ou moins récent, des nations et des grandes puissances ont violé gravement – et, pour certaines, continuent à le faire – les droits de peuples et de groupes humains divers, perpétré des massacres de masse, déplacé d’énormes groupes de populations, spolié et exploité des centaines de millions de gens, sans payer le prix que ses ennemis entendent faire payer à Israël, pour des infractions beaucoup plus modestes, discutables et sans aucune commune mesure avec l’outrance paranoïde d’actes d’accusation, dont le moins qu’on puisse en dire est que leurs attendus sont outrageusement arbitraires et violent sans vergogne les droits de la défense.

En outre, pour peu que les anciens prévaricateurs soient restés, ou devenus « grands et considérés » (La Fontaine), leur position de force les met à l’abri des critiques, même les plus méritées. C’est ainsi que des pays comme la Chine, la Somalie, la Birmanie, le Soudan, Cuba, la Syrie, l’Iran, etc., pour ne citer que ceux qui défrayent la chronique, commettent des exactions de grande magnitude, auprès desquelles celles qu’on reproche à Israël, apparaissent comme minces. Et pourtant, nul ne peut l’ignorer, c’est l’État juif que les nations mettent sur la sellette en permanence et à propos duquel elles rivalisent de termes violents et d’expressions assassines, pour décrier ses actions politiques et surtout militaires.

Les deux reproches majeurs adressés à Israël, de manière lancinante, sont d’occuper des terres dont il a spolié les légitimes propriétaires – les Palestiniens –, et de faire, « au prétexte » de se défendre, un usage excessif et barbare de la force à l’encontre de ce peuple réputé « pacifique et désarmé ». Outre que ces accusations, disproportionnées par rapport à la réalité des faits, ne sont jamais contrebalancées, comme le voudrait l’équité, par l’évocation des attaques et attentats fréquents dont Israël est victime, il n’en faut pas plus pour être traduit au « tribunal des peuples ». Par cette expression, j’entends : tout tribunal national dans le monde, qui se déclare universellement compétent [1] pour instruire des plaintes de cette nature, généralement déposées par des ONG de défense des droits de l’homme, dont la principale activité est la chasse à l’homme israélien, spécialement le militaire, réputé « criminel de guerre » pour le seul fait d’avoir exercé son droit à l’autodéfense, et qui est présumé coupable, sur la foi d’accusations le plus souvent exorbitantes et impossibles à vérifier, et considérées comme indiscutables parce que formulées par des témoins considérés comme des « victimes », statut qui interdit à quiconque de mettre en doute leur parole.

La campagne de dénigrement d’Israël et de calomnies tous azimuts à son encontre, en cours depuis quelques années, a atteint son apogée depuis l’offensive de l’armée israélienne à Gaza [2] ; elle vise à mettre l’État juif au ban de l’humanité. Le philosophe juif Shmuel Trigano a donné à ce phénomène le nom fort pertinent de « pogrom médiatique ». Il écrit [3] :

« Nous touchons là à l’essence de la violence perpétrée sur la personne d’Israël. Elle est vertueuse ! Plus le souci des “enfants” et des “civils” est “disproportionné”, plus fort et radical est le coup (symbolique) porté. Plus Israël est stigmatisé et diabolisé. Pour des motifs humanitaires ! Le coup est ainsi moral et “clean”, car il frappe “à côté”. L’iconisation quasi religieuse des enfants-victimes vise à la déshumanisation des Juifs. Les téléspectateurs savent tout de telle ou telle famille palestinienne, dont on leur raconte l’histoire humaine, très humaine. Ils savent tout des blessés, des enfants. Mais rien des individus israéliens, de leurs enfants, de leurs femmes, de leurs blessés. On ne voit sur les écrans que des tanks, des soldats, une armée. La société israélienne n’existe pas dans le regard des médias. »

De plus une nouvelle offensive, redoutable par ses répercussions, est menée contre Israël : l’utilisation du droit comme arme de guerre [4]. Avant d’y revenir plus en détail, dans un chapitre spécifique, en voici une brève présentation.

« L’ancien général américain et juge militaire, Charles Dunlap, en a nommé le résultat lawfare : “utilisation du droit comme arme de guerre”. Dunlap entendait par là montrer essentiellement comment des acteurs non étatiques, plus faibles, cherchaient à bénéficier d’un avantage moral en déclarant que des crimes de guerre ont été commis par l’armée d’État, plus puissante ; mais l’État peut, lui aussi, recourir à l’offensive par le Droit (lawfare). »

Comme dit plus haut, ce type d’action est surtout le fait de personnes privées agissant principalement au sein de Think Tanks (laboratoires d’idées) et d’Organisations non gouvernementales (ONG) ayant des buts et des ordres du jour idéologiques et/ou politiques, le plus souvent anti-israéliens [5]. À l’inverse des lobbies, qui ciblent majoritairement les décideurs, les ONG s’adressent à ce qu’il est convenu d’appeler la « société civile » (pour la distinguer des instances de l’État). Elles agissent surtout par la publication d’études, de rapports et d’articles, généralement rédigés par des spécialistes (plus ou moins tels !) du sujet traité, et intelligemment diffusés parmi l’élite intellectuelle et politique, surtout dans des « viviers » particulièrement réceptifs, tels les membres de l’Union Européenne et d’autres institutions. Certaines ont des budgets conséquents, parfois obtenus de l’Union Européenne. Et, bien entendu, elles ont pour vitrine un ou plusieurs sites Web, toujours remarquablement bien tenus, voire attractifs.

 

VIII.2. La « guerre par le narratif », nouvelle forme de négationnisme historique et de diabolisation politique


Incapables, jusqu’ici, de vaincre Israël sur le champ de bataille, ou de le démoraliser par le terrorisme le plus barbare, les dirigeants arabes et palestiniens ont de plus en plus recours aux vieilles méthodes soviétiques de déstabilisation et d’intoxication des esprits. Le but recherché est de subvertir l’opinion publique en rendant l’adversaire odieux. On le pousse à la faute, en l’exaspérant par un harcèlement incessant sur tous les fronts : politique, diplomatique, juridique, médiatique. Confrontés à un peuple dont l’histoire ancienne, incontestable et massivement documentée, se déroula sur les lieux même qu’on lui dispute aujourd’hui, et qui ne cessa jamais, au fil des siècles, de témoigner, dans sa littérature sacrée et profane, et dans ses prières, d’un attachement indéfectible à cette terre, et d’exprimer sa nostalgie d’y revenir un jour, ses opposants arabes étaient conscients qu’il leur faudrait déployer une énorme énergie et recourir à tous les moyens, fût-ce les plus violents et les plus déloyaux, pour inverser la tendance qui fut longtemps favorable aux pionniers juifs d’abord, puis à l’État d’Israël, jusqu’au désamour, initié en 1967 par le Général de Gaulle, et qui n’a fait que s’aggraver depuis, au point de confiner à la haine. Ils n’ont épargné aucun effort, ni reculé devant aucun moyen pour parvenir à leurs fins.

Profitant du désenchantement éprouvé par les nations européennes à l’égard de la petite nation qui les avait tant impressionnés, à ses débuts, par son courage et ses prouesses militaires, économiques, sociales et technologiques, mais dont, au fil des décennies, elles ne comprenaient plus, et même réprouvaient l’énergique attitude d’auto-défense, les pays arabes et, plus récemment, les dirigeants palestiniens ont entrepris de discréditer définitivement l’État juif et de l’isoler de ses anciens alliés, espérant qu’il lui arrive ce qui s’est produit en Afrique du Sud, où la minorité blanche, lâchée par toutes les nations, ou presque, a dû se résoudre à céder le pouvoir à la majorité noire. Malgré l’inadéquation criante du parallèle, c’est ce modèle qu’à la suite d’une propagande acharnée, presque universellement relayée par les manipulateurs du « culte » des droits de l’homme, les ennemis d’Israël sont parvenus à agiter, tel un chiffon rouge devant un taureau en rage, au nez d’une opinion publique mal informée et incapable de comprendre la complexité du monde et de la mentalité arabo-musulmane, en général, et, en particulier, la situation géopolitique précaire d’un Israël en danger existentiel depuis sa naissance, cerné qu’il est par ses ennemis sur le mouchoir de poche territorial qui lui sert de patrie sans frontières reconnues.

Dans leur volonté farouche de dénier aux juifs tout titre historique à une quelconque souveraineté sur la moindre parcelle du territoire, appelé par eux Palestine, les idéologues et dirigeants palestiniens, arabes et musulmans, n’ont de cesse de nier les évidences historiques les plus indiscutables, quand elles sont favorables aux juifs, et de réécrire l’histoire pour la faire cadrer avec leur version nationaliste et religieuse et en persuader le monde. Selon le Professeur G.M. Steinberg, c’est une véritable guerre consistant à ressasser inlassablement un « narratif », ou version de l’histoire, avantageuse pour le peuple palestinien – décrit comme faible et démuni et érigé en paradigme de la victimisation face à un « occupant disposant d’un armement sophistiqué » – et ruineuse pour la réputation du peuple israélien [6]. Il s’agit d’une reconstruction mémorielle ayant pour but d’accréditer une version des événements, favorable à la cause qui inspire cette réécriture de l’histoire et discrédite brutalement la version de l’adversaire. Dans cette configuration idéologique, les faits sont sujets à une réinterprétation qui n’est souvent qu’une falsification grossière.

C’est le cas en particulier du lien établi, d’autorité, par le narratif palestinien, entre la création de l’État d’Israël et la Shoah. L’historien Georges Bensoussan en a fait magistralement justice [7]. « L’horreur de la Shoah a-t-elle joué un rôle dans le vote de l’ONU du 29 novembre 1947 en faveur du partage de la Palestine ? », se demande le présentateur de l’ouvrage de Bensoussan  [8]. Il répond par le substantiel exposé suivant :

« Bien des observateurs considèrent que ce vote a été dicté par la compassion des nations pour les persécutions subies par le peuple juif. Cela n’est pas prouvé : Georges Bensoussan rappelle l’abstention de la Grande Bretagne et le fait qu’aucune des nations participant au vote ne se sentait responsable des crimes nazis. Et de citer l’historien : “Toute chronologie est jugement. Se limiter aux années 1945-1948 pour comprendre la naissance de l’État d’Israël, c’est établir entre le génocide et la refondation de l’État juif un lien de causalité qui semble aller de soi.” C’est en ces termes que l’auteur nous invite à prendre la question plus en amont, avant 1940, à une période où le Yichouv* [population juive de l’époque du Mandat britannique] avait déjà créé l’essentiel des infrastructures du futur État, une administration, une industrie, une agriculture en plein essor et une armée organisée qui a pu triompher de la coalition arabe en 1948. [Selon Bensoussan], si la Shoah a pu accélérer la naissance de l’État juif, elle l’a privé de ses réserves démographiques : perte immense, coup presque mortel pour le sionisme. Et l’on est amené à évoquer ce qu’aurait pu être un État d’Israël renforcé par le soutien des communautés disparues, les descendants des six millions de juifs assassinés entre 1941 et 1945. Pour Georges Bensoussan, en définitive, la destruction des juifs d’Europe a failli compromettre la naissance d’Israël et encore aujourd’hui ses effets négatifs sur l’État juif persistent : “La Shoah ne crée pas l’État d’Israël, elle en parasite la naissance, au contraire, et l’existence et le sens, jusqu’à aujourd’hui encore.” »

De son côté, le Professeur Gerald M. Steinberg, déjà cité, s’intéresse surtout à la genèse et aux motivations idéologiques de la « guerre par le narratif ». Il fournit plusieurs exemples des stéréotypes mensongers véhiculés par le « narratif » palestinien [9] :

« Suite à l’échec de l’invasion de 1948, qui avait pour but de détruire l’État juif naissant, les dirigeants arabes se lancèrent dans une tentative massive de réécrire les événements. Le processus se renouvela en 1967, quand les initiatives du président égyptien Gamal Abdel Nasser pour effacer Israël de la carte furent transformées en une “guerre contre l’occupation”. En ressassant les mythes et les slogans un nombre suffisant de fois, et à l’aide de la richesse pétrolière, de l’intimidation et du terrorisme, cette stratégie a progressivement réussi. La guerre par le narratif […] commence par la falsification de l’histoire couvrant la période du Mandat, depuis la Déclaration Balfour jusqu’au Plan de partition de 1947. Cette version dépeint Israël comme un “projet de colonisation” juive, imposé aux Arabes par l’antisémitisme européen et la culpabilité de l’Holocauste […] Le violent rejet arabe de la proposition de “deux États pour deux peuples”, et le refus continuel d’accepter un État juif, quelles qu’en soient les frontières, disparaissent de ces histoires. Dans ce narratif, les Palestiniens sont toujours, par définition, d’innocentes victimes, et Israël est décrit comme un agresseur puissant et manipulateur. Les réfugiés des guerres déclenchées par les Arabes sont devenus l’objet d’une sympathie mondiale, garantie par un système de soutien international avec d’énormes budgets qui renforcent le récit. L’agence de Secours et de Travaux des Nations Unies [en anglais, UNRWA], qui “commémore ses 60 années” d’existence, garantit la perpétuation de la haine. Par contre, le nombre – presque égal [à celui des réfugiés palestiniens] – des réfugiés juifs qui ont fui les attaques arabes, a disparu des livres d’histoire : les réfugiés juifs ne cadrent pas avec le narratif [palestinien]. À Jérusalem, la guerre par le narratif a adopté la version arabe, qui élimine 3 000 ans d’histoire juive, ainsi que l’occupation et les profanations [arabes] systématiques de la période 1948-1967. L’Union Européenne alloue de grosses sommes d’argent à des organisations comme Ir Amim et B’Tselem, qui élaborent leurs rapports tendancieux, lesquels sont reproduits et publiés par la Commission Européenne pour encourager la diabolisation d’Israël. La guerre par le narratif est responsable des campagnes de boycott à l’encontre des universités israéliennes, d’une campagne immorale d’Amnesty International pour empêcher Israël d’obtenir des armes nécessaires à sa défense, et des cas de “guerre juridique” qui profitent des systèmes judiciaires d’Espagne, de Grande-Bretagne et d’ailleurs, pour renforcer les images de la victimisation palestinienne et des crimes de guerre israéliens […] [Le] rôle essentiel [des] guerres par le narratif… est de ruiner la légitimité de la souveraineté nationale juive. Sur ce front, les armes principales sont la rhétorique des droits civiques et les images d’Afro-Américains, ainsi que de Sud-Africains noirs qui ont été victimes des cruautés de la ségrégation. Mais les analogies avec ces situations sont totalement rétrogrades ; en réalité, ce sont les Palestiniens qui nient et s’efforcent de détruire l’autodétermination juive. Les ONG financées par l’Europe, de même que les donateurs, bien intentionnés mais médiocrement informés, du New Israel Fund, sont particulièrement actifs sur ce front de la diabolisation d’Israël. »


VIII.3. La « guerre par le boycott » : isoler, asphyxier et désigner un peuple entier à la vindicte internationale


Le boycott n’est pas une invention récente, il remonte à la fin du XVIIIe s[10]. D’entrée de jeu, il convient de préciser que le seul boycott légal est celui qui est décrété par un État souverain. Il s’agit d’une mesure ou d’une série de mesures coercitives, tels des embargos sur certains matériels, produits, ou services. Leur but est de faire pression sur des États qui ne respectent pas les règles internationales fixées par des organes habilités à les édicter, telle l’Organisation des Nations Unies, pour amener les contrevenants à composition. Le plus célèbre et le plus long est celui qui a frappé l’Afrique du Sud pour contraindre ses autorités politiques à mettre un terme à leur politique de ségrégation raciale (apartheid), à l’encontre de la population noire du pays [11]. Mais quoique cette arme soit uniquement du ressort des États, elle est de plus en plus préconisée et pratiquement imposée par des groupes non étatiques, particulièrement des ONG. La justification de cette démarche consistant à se faire justice soi-même aux dépens des lois internationales est clairement explicitée par Omar Bargouthi, frère du terroriste condamné à la prison à vie en Israël, pour attentats meurtriers contre des civils [12] :

« […] puisque la communauté internationale n’a pas été capable de demander des comptes à Israël sur ses violations de la loi internationale et des droits de l’homme, nous appelons la société civile internationale à prendre ses responsabilités pour qu’elle montre sa responsabilité morale, pour qu’elle demande des comptes à Israël en mettant en oeuvre le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions. »

Le boycott dont il est traité brièvement dans cette section est celui dont est l’objet l’État d’Israël en raison du conflit israélo-palestinien. Plus connu sous le sigle de BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), forgé par les ONG pro-palestiniennes [13], le boycott dirigé contre l’État juif est si important et si répandu dans le monde que l’encyclopédie électronique Wikipedia lui consacre un article spécifique [14].

Avant le boycott d’Israël, il y a eu celui du sionisme, antérieur même à la création de l’État juif. La Ligue arabe a alors mis en œuvre le boycott formel du sionisme, dès le 2 décembre 1945, puis celui d’Israël. Le boycott est également imposé par diverses fatwas islamistes.

Entre 2002 et 2004, la « société civile » palestinienne appelle au boycott, au désinvestissement et aux sanctions (BDS) [15]. Le coup d’envoi en est donné en 2005, à l’occasion de l’anniversaire de l’avis de la Cour internationale de justice,rendu à l’encontre de la Barrière de séparation, ou de sécurité (improprement appelée « Mur » par ses détracteurs, voire « Mur de la Honte » ou d’ « Apartheid »), sur laquelle je m’attarderai plus loin. Cet appel sera repris dans diverses rencontres internationales et notamment par le « Comité des Nations unies pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien ». Ci-après, différents types de boycott infligés à Israël.


Boycott de produits de consommation

Des consommateurs de divers pays se sont unis pour boycotter certaines sociétés, dont, par exemple, Starbucks ou Coca Cola, ou, plus récemment, L’Oréal. En décembre 2008, le Comité BDS appelle au boycott de cette société, en raison de ses « relations d’affaires avec Israël ».

Désinvestissement 

En 2002, Desmond Tutu, prix Nobel de la paix pour sa lutte contre l’apartheid, lance une campagne de désinvestissement d’Israël [16], conduite par des entités religieuses et politiques, pour mettre fin à l’occupation israélienne des territoires palestiniens conquis lors de l’opération militaire de 1967. Cet appel sera suivi par le « Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien » et la « société civile palestinienne », avec son appel au boycott, désinvestissement et sanctions [17].

Boycott académique [18].

L’idée d’une campagne européenne de boycott universitaire et culturel est née en Grande-Bretagne, au printemps de l’année 2002, et a été lancée dans une lettre ouverte signée par 125 universitaires et publiée par The Guardian. Les signataires suggéraient d’appeler à un « moratoire », au niveau national et européen, jusqu’à ce qu’Israël se conforme aux résolutions des Nations unies et entame des négociations de paix sérieuses avec les Palestiniens, selon les schémas élaborés dans plusieurs plans de paix, y compris celui que soutiennent les Saoudiens et la Ligue Arabe [19]. Cette lettre conduisit Mona Baker, de l’Université de Manchester, à révoquer deux universitaires israéliens, en juin 2002. En réponse à la critique du Premier ministre d’alors, Tony Blair, Mona Baker donna une interview au Daily Telegraph, ce qui lui valut 700 signatures d’approbation, dont celles de dix universitaires israéliens, ainsi que d’universitaires britanniques, canadiens, américains, ou libanais. En réalité, affirmait-elle, je ne boycotte pas les Israéliens, je boycotte les institutions israéliennes. Je suis convaincue que, comme ce fut le cas pour l’Holocauste [20], longtemps après que tout cela sera fini, les gens admettront qu’ils auraient dû faire quelque chose, que c’était déplorable, et que l’université avait fait preuve de lâcheté en n’agissant pas de la sorte.

À tout cela il faut encore ajouter, sans entrer dans le détail de leurs modalités – ce qui nous entraînerait trop loin et allongerait démesurément ce chapitre –, les boycotts diplomatique, politique, culturel, et, depuis peu, syndical, et militaire [21].

Il convient de noter un phénomène qui, me semble-t-il, n’a pas suffisamment retenu l’attention des analystes politiques, des juristes, des responsables politiques, ni même – ce qui est plus étonnant – des intellectuels et responsables communautaires juifs dans le monde. Je veux parler du fait que ces mesures de rétorsion – que l’on peut qualifier de « sauvages », et qui sont, en tout état de cause, illégales au regard des lois qui régissent la liberté du commerce et de la consommation [22], sont préconisées par la puissante mouvance à laquelle on donne de plus en plus, aussi systématiquement qu’abusivement, le nom de « société civile » [23], et mises en œuvre par ses « militants » autoproclamés. Il s’agit, en fait, d’ONG extrêmement politisées, dont l’agressivité militante et la partialité n’ont d’égales, dans de nombreux cas, que l'ignorance, souvent abyssale, des situations complexes à propos desquelles ces organisations et d’autres similaires prononcent présomptueusement des jugements sans appel, et l’hostilité pathologique dont elles font preuve envers l’État d’Israël et son armée de défense [24]. Je reviendrai, plus loin, sur ce dernier point.

À ce stade, je me limite à signaler l’angoisse, voire la détresse, que suscite, chez les juifs, tant en Israël qu’en diaspora, cette hostilité quasi universelle, d’autant qu’elle a pour paradigme – mensonger mais extrêmement mobilisateur de l’opinion publique – la discrimination (apartheid), attitude universellement honnie, de nos jours [25].


VIII.4. La « guerre par le droit international » instrumentalisé pour diaboliser l’armée de défense d’Israël


On n’entrera pas ici dans les détails des guerres conventionnelles gagnées par Israël : Guerre d’Indépendance (1948-1949) ; Campagne du Sinaï (1956) ; Guerre des Six-Jours (1967), Guerre du Kippour (1973) ; ni dans ceux des opérations militaires plus restreintes (Opérations au Liban, en 1982 et 2006, et à Gaza, fin 2008-début 2009) ; ni enfin dans ceux des deux Intifadas (insurrections) de 1987 et 2000 [26]. Si les guerres conventionnelles évoquées n’ont pas valu à Israël d’avanies judiciaires sérieuses, il en a été tout autrement pour les opérations militaires subséquentes au Liban, suite au massacre de Sabra et Shatila qui, bien que perpétré par les Phalanges chrétiennes, a valu à Ariel Sharon plusieurs tentatives d’inculpation pour crime de guerre [27]. Et même des interventions militaires, relativement limitées, de répression de soulèvements armés dans les Territoires palestiniens, par exemple, à Jénine, en 2002, ont donné lieu à de graves accusations de massacres et de crimes contre l’humanité [28].

Sans faire le panégyrique de l’armée israélienne, plus connue sous son sigle familier de Tsahal (Tsva Haganah Leyisrael : Armée de Défense d’Israël), les spécialistes de la chose militaire qui ne sont pas aveuglés par les préjugés s’accordent à reconnaître que cette armée populaire fait preuve d’un professionnalisme et d’une éthique exemplaires. Ce qui ne veut pas dire qu’aucun comportement répréhensible n’existe en son sein, mais, contrairement à ce que disent les ennemis irréductibles d’Israël, les attitudes déviantes sont sévèrement réprimées et punies.

L’opération militaire contre Gaza a illustré ces qualités. Exceptionnelle à plus d’un titre, par sa violence, sa complexité, l’affrontement avec un ennemi sans respect pour les lois de la guerre – qui n’hésite pas à prendre les civils comme boucliers humains, et tente par tous les moyens de pousser son adversaire à la faute, en lui tendant des pièges et en combattant en zone habitée, pour provoquer un maximum de pertes de vies innocentes dans la population – cette opération militaire, mondialement décriée, a mis en exergue la moralité foncière du comportement de l’armée israélienne et son souci exceptionnel de la sécurité des civils.

Dans le déchaînement universel des médias et des ONG pro-palestiniens, une seule voix militaire non juive s’est élevée pour rendre justice à l’éthique militaire israélienne. Ancien colonel dans l’infanterie britannique, Richard Kemp sait de quoi il parle. Le portrait saisissant qu’il brosse des conditions concrètes du combat, et l’empathie dont il fait preuve pour les stratèges, officiers et hommes de troupe de Tsahal, qui l’ont mené en zone urbaine, affrontant un ennemi félon et cynique qui s’abrite derrière les populations civiles et manipule la presse en se plaignant d’être victime de prétendus crimes de guerre, resteront classiques. En témoigne cet extrait [29] :

« Il y a un autre problème que rencontre Tsahal et auquel les [soldats] Britanniques n’ont pas à faire face avec la même virulence. Il s’agit du préjugé automatique, pavlovien, qu’ont en commun beaucoup de médias du monde entier ainsi que de nombreuses organisations des droits de l’homme, selon lequel Tsahal a nécessairement tort et viole les droits de l’homme.

Examinons un peu les efforts de Tsahal à Gaza pour respecter les lois de la guerre. À chaque fois que c’était possible, Tsahal donnait à la population au moins quatre heures pour partir avant l’attaque d’un lieu ciblé. Les pilotes des hélicoptères d’assaut, qui avaient pour tâche de détruire les rampes de lancement mobiles du Hamas, avaient totale discrétion pour ne pas procéder à une frappe si elle présentait trop de risques de pertes civiles. De nombreuses missions qui auraient pu toucher les capacités militaires du Hamas ont été annulées à cause de cela.

Durant le conflit, Tsahal a permis l’entrée à Gaza d’une énorme quantité d’aide humanitaire. Ce genre de tâche est considéré par les tacticiens militaires comme risqué et dangereux, même dans de bonnes conditions. Mettre en place des opérations qui apportent de l’aide dans les mains mêmes de l’ennemi est normalement totalement impensable pour un tacticien militaire. Tsahal a pourtant pris ces risques.

Dans les dernières phases de l’opération “Plomb Fondu”, Tsahal a unilatéralement annoncé un cessez-le-feu quotidien de trois heures. Tsahal a envoyé plus de 900 000 tracts prévenant la population des attaques, afin que les civils puissent quitter les zones concernées. Une escadrille entière a été mobilisée pour cette tâche. Ces tracts demandaient également à la population de téléphoner pour donner des informations sur les combattants du Hamas pour permettre d’épargner des vies innocentes.

« Tsahal a averti par téléphone plus de 30 000 foyers palestiniens pour les prévenir, en arabe, de quitter les endroits où le Hamas avait pu cacher des armes, ou avait l’intention de livrer des combats. Les mêmes messages en arabe ont été diffusés à la radio israélienne pour prévenir la population des opérations en cours. Malgré ces mesures exceptionnelles initiées par Israël, des civils innocents ont été tués ou blessés. C’est, bien sûr, le fait des conditions propres au combat dont j’ai parlé, mais surtout, ces pertes sont l’inévitable conséquence des tactiques de combat du Hamas. Par ces actions et bien d’autres mesures importantes prises durant l’opération Plomb Fondu, Tsahal fait plus qu’aucune autre armée dans l’histoire de la guerre, pour sauvegarder les droits des civils dans une zone de combat. »

Nous vivons à une époque très différente de celle où ont été rédigées les règles du droit international et celles de la guerre [30]. Sans aller jusqu’à parler d’une indifférence aux atteintes aux droits élémentaires des personnes, surtout en période de conflits, le souci qu’on en avait, au début du xxe siècle, et même au-delà, était très loin d’atteindre l’importance extrême accordée, de nos jours, au droit humanitaire, plus couramment dénommé « droits de l’homme » [31].

En soi, rien là que de très éthique, si ce n’est qu’au fil des ans et sous les coups de boutoir de l’esprit partisan, surtout pro-palestinien, les droits de l’homme sont devenus une espèce de religion laïque confinant à une néo-Inquisition au jugement de laquelle il ne fait pas bon d’être confronté. Les excès auxquels a donné lieu ce véritable « culte », ont d’ailleurs fini par lui valoir le sobriquet sarcastique de « droit-de-l’hommisme ».

Mais ce qui caractérise la forme partisane et accusatrice du zèle pour le droit humanitaire – « opposable », en quelque sorte, à l’État d’Israël, pour sa gestion estimée discriminatoire voire pire, par ses ennemis, de la « question palestinienne » –, c’est le manteau de moralité dont elle se drape.

Parmi les penseurs qui ont le mieux analysé cette caricature de la justice et de l’altruisme, le philosophe Shmuel Trigano, mérite une place de choix. Je cite ici un extrait de la présentation d’un de ses ouvrage[32] :

« Ce sont de vertueux esprits qui font entre eux assaut d’éthique pour fustiger le “péché originel” d’Israël et les tares des communautés juives. C’est tout à fait nouveau sur le plan historique, car l’inimitié envers les Juifs se justifiait autrefois, certes, en termes moraux mais ceux-ci épousaient la doctrine ou l’idéologie alors dominantes. Aujourd’hui, ce sont les arguments de la morale démocratique ou de la morale tout court, non entachés d’idéologie, qui sont invoqués pour condamner et délégitimer le sionisme, l’État d’Israël ou la communauté juive.

Ils sont au fond en accord avec l’étrange idéologie dominante de notre temps : le droit-de-l’hommisme. Son étrangeté découle de ce que les valeurs démocratiques ont été instrumentalisées pour servir les intérêts de pouvoir et d’influence de ceux, affairistes politiques individuels ou groupes (minoritaires), qui les invoquent. Les valeurs se sont vues idéologifiées [sic] sans être recouvertes de concepts. C’est une idéologie qui semble vide et creuse. Les acteurs politiques qui s’en recommandent poussent donc leurs pions au nom de la morale la plus pure.

C’est sans doute une situation nouvelle. La morale y est irrémédiablement corrompue car les méfaits se commettent en son nom, sans même une mise en scène idéologique. C’est ce qui explique pourquoi la figure du Juif, si est elle dépeinte négativement, l’est en fonction de valeurs morales, ce qui n’attente pas formellement et immédiatement à son essence directement. Ce n’est pas parce que la condition juive est en elle-même mauvaise – quoique la délégitimation d’Israël, du fait de son “péché originel” (l’injustice faite aux Palestiniens) l’implique –, c’est parce que les Juifs transgressent les valeurs les plus sacrées de la morale qui a survécu aux turpitudes meurtrières du xxe siècle. Le nouvel antisémitisme peut donc bien s’accompagner d’une quelconque célébration des Juifs ou plutôt de certains Juifs, d’une certaine figure des Juifs. Pas de « Juif Suss », de « déicide », de falsificateurs de la parole divine, etc. – moralité oblige – mais la compassion pour les victimes de la Shoah, devenue le sésame-ouvre-toi de la bonne conscience… »

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que ce soit l’appareil répressif policier et militaire israélien – auquel la loi confère le droit d’utiliser la force – qui concentre sur lui l’essentiel de la critique et de la réprobation internationales. Le nombre de méfaits, majoritairement imaginaires, qu’on lui attribue est incroyable ; la nature des accusations qu’il essuie est le plus souvent exorbitante, la vedette étant tenue par celles qu’on lit ou entend à satiété : « crime contre l’humanité » et « crime de guerre » [33].

À lui seul, ce thème mériterait une étude monographique. Rappelons que, pour qu’un comportement militaire soit qualifié de « crime de guerre », au sens pénal du terme, il faut qu’il ait été volontaire, prémédité, commis avec une intention délibérée (quels qu’en soient le motif ou la justification). Alors que, dans leur quasi-totalité, les prétendus « crimes », imputés à Israël, ne sont, en fait, que des « bavures », ou, comme on dit en langage technique, des « dommages collatéraux », causés accidentellement et sans intention de nuire. Or, toutes les actions offensives et défensives de l’armée israélienne sont décrétées « brutales » et « disproportionnées ». En outre, étant donné l’extrême médiatisation de notre société, en général, et du conflit israélo-palestinien, en particulier, le procès qu’on intente à Israël est public et s’apparente souvent plus à un lynchage qu’à une critique digne de ce nom. Et même s’il est patent qu’il n’a aucune valeur juridique ni pénale, il n’en cause pas moins des dégâts irréversibles à l’image de l’État d’Israël et de son armée de défense, outre que, à l’instar de ce qui s’est produit dans les années 30, en Allemagne, il reste toujours quelque chose des calomnies incessantes émises à l’encontre d’une partie spécifique de l’espèce humaine, et on sait à quelles horreurs ont mené ces campagnes.

Il va sans dire que les dénégations et les explications de l’armée et du pouvoir politique israéliens, même étayées de preuves indéniables, ne sont pratiquement jamais considérées comme crédibles. À l’inverse, les récits des « témoins », et les « rapports » des ONG pro-palestiniennes, si sujets à caution soient-ils, sont valorisés de manière excessive, et souvent même élevés au rang de preuves « indéniables », voire « accablantes ». Ils sont d’ailleurs avidement « avalés » par la presse internationale, et leur diffusion – qui s’apparente à un matraquage, voire à un lavage de cerveaux – est pour beaucoup dans la détérioration de la réputation d’Israël, ainsi que dans l’affaiblissement de sa posture morale et de sa crédibilité dans les instances internationales. Rares sont les courageux qui osent ramer à contre-courant [34].

Quels que soient les torts réels éventuels de cet État si calomnié – y compris par une instance internationale, dont le rôle est précisément de flétrir une telle injustice [35] –, la diabolisation indéniable dont il est l’objet, au point de le pousser à la paranoïa [36], devrait poser question aux consciences droites, surtout les chrétiennes, dont on n’entend, hélas, que fort peu la voix. Je reviendrai sur ce point important, dans ma Conclusion.

 

VIII.5. « Critiquer Israël, ce n’est pas de l’antisémitisme » : l’assertion résiste-t-elle à l’épreuve des faits ?


C’est un lieu commun du discours public et médiatique que l’insistance sur la distinction entre critique d’Israël, en tant qu’État, et antisémitisme. C’est même un argument considéré comme indiscutable et auquel recourent volontiers ceux et celles qui ont un discours virulent à l’égard de l’État juif, et se plaignent des réactions, souvent écorchées vives, et de l’accusation d’antisémitisme dont ils sont l’objet.

Posons en principe, d’entrée de jeu, que toute critique d’Israël ne peut être taxée d’antisémitisme, pour peu qu’elle soit exprimée sans excès ni parti pris. Ce n’est donc pas de ce type de critiques qu’il est question dans ce chapitre, mais de celles où s’expriment, à l’évidence, une partialité idéologique, voire une hargne, qui trahissent une hostilité de principe à tout ce que dit, fait, voire est Israël, et qui heurte les convictions politiques, sociologiques et humanitaires et la conception du monde de ses ennemis.

Quiconque a été personnellement en butte à la contradiction, à la critique, voire à l’inimitié, peut comprendre l’état d’âme de celui ou celle qui défend une cause, en toute sincérité, et se trouve confronté au déchaînement de violence verbale de certains interlocuteurs. La plupart du temps, il ne peut prouver la mauvaise foi de ses contradicteurs, mais il la perçoit toujours intuitivement, parfois même avec une acuité qui, s’il n’est pas psychiquement solide, peut le déstabiliser ou l’affecter grandement.

Dans ce genre d’affrontements – que je qualifie d’« idéologiques », au sens large du terme –, nulle place pour la rationalité. Il ne s’agit pas d’un échange de vues – courtois, même si exigeant, entre gens bien élevés et honnêtes qui savent reconnaître la part de vérité que peuvent recéler les convictions de leur interlocuteur –, mais d’une confrontation, souvent paroxystique, d’un échange de tirs, en quelque sorte, dont les munitions, si elles ne tuent pas, blessent l’âme et sèment la zizanie, voire la haine.

Conscients du fait que s’en prendre directement aux juifs en tant que tels est aujourd’hui « politiquement incorrect » dans les démocraties, les « nouveaux judéophobes », comme les appellent certains spécialistes [37], se manifestent rarement à visage découvert, mais s’avancent travestis, comme on l’a dit avec bonheur, sous l’« habit neuf » de l’antisionisme, encore qualifié de « faux nez de l’antisémitisme ». Selon le recenseur du livre de P.-A. Taguieff, l’un des spécialistes qui ont le mieux analysé ce nouvel antisémitisme [38],

« Le Juif, désormais désémitisé, appartiendrait en effet, sous l’influence d’une propagande antisioniste tout particulièrement virulente, d’abord et avant tout à l’Occident, et pas n’importe lequel : “raciste”, “impérialiste” et “colonialiste”. Profitant d’un consensus antiraciste international, où domine une idéologie “anti-raciste” hostile par principe à la nation, les “nouveaux judéophobes” auraient cristallisé l’amalgame entre le “sionisme” et l’Occident chrétien, incarné par les États-Unis. Les militants de l’islamisme radical – ennemis déclarés d’Israël – seraient, selon Taguieff, les nouveaux relais de la judéophobie. Cette passion serait doublement entretenue : par une interprétation fondamentaliste du Coran, d’une part, ainsi que par la complicité rhétorique avec le discours “progressiste” de l’intelligentsia de gauche, sensible à l’argumentaire “anti-raciste” et “anti-impérialiste” de la cause palestinienne. »

Le même critique précise :

« Taguieff qualifie cet “antisionisme” de “radical” pour mieux mettre l’accent sur “l’absence de toutes conditions, de toutes limites et de toute mesure de la haine portée à Israël, en tant qu’État-nation dans lequel s’est réalisé le projet sioniste”. Procédant d’une vulgate anti-israélienne mise au point par la propagande soviétique et arabo-musulmane dans les années 1950 et 1960, la grande vague de judéophobie planétaire actuellement observable aurait trouvé sa forme radicale lors de la guerre des Six-Jours (juin 1967), quand l’existence même d’Israël était déniée sous prétexte de “bellicisme”, d’”impérialisme” et de “nazisme”. Aujourd’hui, des hautes instances de certaines dictatures du Proche-Orient expriment cet antisionisme radical en proclamant ouvertement leur haine d’Israël. Cette haine pour Israël se confond avec une haine des Juifs en ce qu’elle puise sa source paranoïde dans une réactivation des anciens schémas de diabolisation antisémites : le Juif, représenté sous les traits d’un agent pathogène et infectieux, se voit réduit à la condition d’une sous-humanité virale. »

Et de fait, les choses en sont venues au point qu’à force de s’en prendre au sionisme, diffamé comme fasciste, impérialiste, colonialiste, et même raciste, les judéophobes ont fait du terme « sioniste » comme la quintessence de tous les péchés abhorrés par la nouvelle « religion » des droits de l’homme.

Rappelons ce que recouvrent les termes « sionisme » et « antisionisme », en nous limitant aux définitions simples de Wikipedia [39] :

« Le sionisme est une idéologie politique nationaliste prônant l’existence d’un centre spirituel, territorial ou étatique peuplé par les juifs, en général à l’intérieur des limites de la Palestine. Sur un plan idéologique et institutionnel, le sionisme entend œuvrer à redonner aux Juifs un statut perdu depuis l’Antiquité, à savoir celui d’un peuple regroupé au sein d’un même État.

L’antisionisme (ou anti-sionisme) désigne l’opposition au sionisme et, par extension, l’hostilité à la création, puis au maintien de l’État d’Israël en tant qu’État juif pour diverses raisons, tant idéologiques que politiques, morales, ou religieuses. L’antisionisme peut également désigner l’opposition à la politique d’Israël par ceux qui la considèrent comme colonialiste. »

Rappelons un exemple de discernement célèbre – car émanant d’un militant des droits civiques héroïque, mort assassiné : Martin Luther King –, entre critique d’Israël et antisémitisme [40] :

« Durant une intervention à l’Université de Harvard, peu de temps avant sa mort, un étudiant se leva pour interroger King sur le problème du sionisme. La question était à l’évidence hostile. King répondit : “Quand des gens critiquent les sionistes, ils veulent parler des Juifs. Votre propos est de l’antisémitisme.” »

On fera bien de tenir compte aussi, en la matière, du jugement suivant [41] :

« Finalement, la distinction à faire n’est pas entre l’antisémitisme et l’antisionisme, mais entre l’antisémitisme et l’anti-israélisme. Israël, comme tout État, est soumis à la critique. On a le droit de ne pas aimer son comportement, ses objectifs, sa culture. On peut être opposé à sa politique, regretter ses choix stratégiques, ses actions militaires, son refus de faire des concessions, ou au contraire sa trop grande propension à en faire. On peut ne pas aimer l’idéologie de tel ou tel parti qui compose la coalition gouvernementale. L’hostilité envers l’État d’Israël, ses institutions et ses représentants officiels – mais pas ses simples citoyens –, pour des raisons aussi justifiées que ridiculement bêtes, est parfaitement légitime, tant qu’elle ne prend pas de forme violente. L’hostilité à l’État d’Israël en tant qu’État du peuple juif, par contre, n’est pas acceptable. »

Plus exceptionnel encore, on retiendra ce propos émanant, cette fois, d’une déclaration conjointe issue du dialogue entre catholiques et juif[42] :

« Alors que nous approchons du 40e anniversaire de Nostra Aetate – la déclaration révolutionnaire du Concile Vatican II, qui a répudié l’accusation de déicide contre les Juifs, réaffirmé les racines juives du christianisme et rejeté l’antisémitisme – nous prenons bonne note des nombreux changements positifs dans l’Église catholique en ce qui concerne ses relations avec le peuple juif. Ces quarante dernières années de notre dialogue fraternel contrastent nettement avec deux millénaires d’un “enseignement du mépris” et toutes ses douloureuses conséquences. Nous nous sentons encouragés par les fruits de nos efforts collectifs qui incluent la reconnaissance de la relation d’alliance unique et intacte entre Dieu et le peuple juif et le rejet total de l’antisémitisme sous toutes ses formes, y compris l’antisionisme comme manifestation plus récente de l’antisémitisme. »

Mais la forme de plus en plus violente que prend l’antisionisme, de nos jours, oblige à examiner de plus près sa nature. Dans un article peu connu mais très original, un universitaire israélien voit, dans les livres et les vidéos violemment antisémites répandus dans le monde arabe, laréédition d’un antisémitisme intellectuel qui remonte à l’Antiquité, mais dont la longévité semble sans limite. Selon ce spécialiste, cet antisémitisme a deux caractéristiques complémentaires [43] :

« d’une part, l’invention d’une histoire parallèle (ou contre-histoire) des Juifs et, d’autre part, la description des membres de ce peuple comme [des] êtres humains inférieurs, répugnants, porteurs de maladies et ennemis de l’humanité et des dieux. L’histoire parallèle affirme que les témoignages historiques du peuple-cible sont faux, et elle présente sa propre version comme la seule véridique. »

Il affirme encore :

« Depuis sa création par les antisémites d’Égypte, au IIIe siècle avant J.-C., cette pratique s’est poursuivie jusqu’à nos jours. Elle a connu plusieurs étapes importantes, comme les écrits de certains Pères de l’Église, les œuvres de plusieurs historiens et théologiens musulmans du Moyen-Âge, l’article de Voltaire sur les Juifs dans Le Dictionnaire philosophique, “Le Protocole des Sages de Sion”, le Mein Kampf de Hitler. Aujourd’hui, l’histoire parallèle est largement répandue dans les manuels scolaires arabes, sur une foule de sites Internet et dans de nombreuses publications niant la Shoah. »

Et il précise :

« L’histoire parallèle trouve son illustration la plus récente et la plus arrogante dans la négation de la Shoah, l’apogée, en quelque sorte, de l’antisémitisme des temps modernes. Les négationnistes connaissent la vérité, car la Shoah est un des événements les plus documentés de l’histoire. Cela ne les empêche pas d’absoudre les nazis, d’accuser les victimes et de présenter l’extermination des six millions de Juifs comme une conspiration juive. Parmi ces “historiens”, on trouve l’actuel président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas (connu sous le nom de guerre de Abou Mazen). En 1982, il a obtenu son doctorat en philosophie de l’université Lumumba de Moscou, pour sa thèse intitulée “Les relations secrètes entre les nazis et le sionisme”, dans laquelle on retrouve toutes les composantes caractérisant le négationnisme […] »

Confrontés à ces excès indiscutables, les relativistes de tout poil objectent qu’il s’agit de propos hyperboliques sans conséquence et que, de toutes façons, ils sont le fait exclusif du monde arabe et ne sont pas pris au sérieux par l’ensemble du monde occidental. Voire !

On constate, au contraire, que depuis plus d’une décennie, cette littérature venimeuse, qui véhicule les calomnies antijuives les plus horribles, s’acclimate de plus en plus en Occident. Elle est surtout relayée par les journalistes qui couvrent les événements du Proche-Orient et le conflit israélo-palestinien. Ces gens, censés être des professionnels de l’information, relaient – sans recul critique et sans même prendre la peine de cacher leur parti pris anti-israélien systématique les pires accusations, dès lors qu’elles sont formulées par ce qu’ils appellent des « témoins ». Il s’agit généralement de civils palestiniens qui décrivent les « massacres » israéliens auxquels ils prétendent avoir assisté. Ils en « témoignent » donc avec un accent de sincérité qui doit être irrésistible, car les journalistes les enregistrent consciencieusement, le plus souvent, sans délai et sans effectuer les vérifications et les recoupements indispensables à l’accréditation de leur bien-fondé. Tout cela enregistré et filmé donne des vidéos reportages-choc, dont l’effet émotionnel sur l’opinion publique est d’autant plus considérable, qu’en période de confrontations, ce type de propagande est presque permanent.

Parmi les nombreux mythes que l’étude postérieure des faits a démentis, je me limiterai ici à l’évocation de cinq épisodes de la guerre médiatique incessante que mènent les ennemis arabes d’Israël et leurs « compagnons de route » occidentaux, pour diaboliser l’État juif et son armée.

1) Le prétendu « massacre » de Jénine, en avril 2002 [44].

2) Le bombardement par Israël, durant la guerre du Liban, d’un immeuble de Kfar Cana, à partir duquel le Hezbollah tirait des missiles, sachant qu’il était rempli de civils et que la réplique de Tsahal causerait un massacre [45].

3) La cassette vidéo, diffusée dès fin septembre 2000 par la chaîne de télévision nationale française, France 2, mettant en scène un mitraillage prétendument mortel d’un enfant palestinien du nom de Al-Dura [46].

4) Les innombrables condamnations de l’opération militaire israélienne, « Plomb durci », lancée contre Gaza (27 décembre 2008 - 18 janvier 2009) pour mettre fin à plusieurs années de tirs de missiles et d’obus de mortier du Hamas contre des localités israéliennes du Neguev [47].

5) L’horrible calomnie, propagée récemment par un journaliste du tabloïde suédois, Aftonbladet, accusant l’armée israélienne d’enlèvements et de meurtres d’enfants et de jeunes hommes palestiniens, dont les cadavres, prétend l’auteur de l’article, seraient ensuite vidés de leurs organes, avec la complicité de médecins israéliens. Fait aggravant : le gouvernement suédois refuse de condamner sans équivoque cette resucée odieuse des accusations médiévales de crimes rituels, au prétexte que ce serait attenter à la (sacro-sainte) liberté d’expression [48].

Faute de place pour illustrer ces cinq événements, je me limiterai à deux d’entre eux : le prétendu « massacre » de Jénine et l’article délirant paru dans le tabloïde suédois Aftonbladet.

Pour le « massacre » de Jénine, je suis, ci-après, l’analyse, sérieuse et très documentée de Martin Sieff, de United Press International [49] :

« […] la couverture médiatique [des événements] de Jénine, surtout dans les journaux d’Europe occidentale, s’est distinguée par son hystérie débridée et remarquablement uniforme. Un nombre accablant de reportages furent publiés ou diffusés dans des agences de presse, plus particulièrement de gauche, mais aussi de droite, donnant l’impression de documenter, de manière très détaillée, le massacre de centaines, ou peut-être de milliers de Palestiniens, par l’armée israélienne. Des porte-parole officiels de l’Autorité palestinienne soutenaient et confirmaient ces évaluations, et alimentaient ces rumeurs, mais les porte-parole palestiniens eux-mêmes révisèrent considérablement ces évaluations à la baisse, et reconnurent finalement qu’il n’y avait pas eu de massacre du tout. L’estimation finale faite par l’Autorité palestinienne, du nombre de Palestiniens morts dans la bataille de Jénine, a été de 66, Israël déclarant, pour sa part, que 23 de ses soldats avaient été tués. Après que l’armée israélienne eut attaqué la ville palestinienne de Jénine, située sur la Rive Occidentale du Jourdain, les médias d’Europe occidentale se sont entichés, de manière massive, du “Mythe d’un Massacre” à Jénine. En dépit du fait que l’Autorité palestinienne elle-même ait finalement revu à la baisse en reconnaissant qu’il n’y avait eu que 56 morts, la couverture médiatique des grandes nations d’Europe occidentale accorda foi aux déclarations antérieures faites par des officiels de l’AP, qui prétendaient que quelque 3 000 civils avaient été tués dans les combats. »

Et le journaliste de poursuivre :

« Ce qui est d’autant plus remarquable, dans ces reportages peu fiables et trompeurs, c’est que nombre des pires d’entre eux émanaient des organes médiatiques britanniques les plus respectés et les plus influents. La British Broadcasting Corporation et trois des quatre prétendus quotidiens de “qualité” – The Times, The Independent et The Guardian – se sont entichés du “Mythe du Massacre” sans hésitation. Même les plus circonspects et – comme cela a été démontré – les plus fiables, tel le Daily Telegraph, n’ont pas été davantage indemnes. »

Il donne quelques exemples éloquents :

« Le 17 avril, le journal de gauche The Guardian, établit, dans un éditorial, une équivalence morale entre l’attaque israélienne contre Jénine – qui était déjà une riposte à une série de massacres-suicide à la bombe contre des civils israéliens – et les super-attentats terroristes du 11 septembre contre les États-Unis. L’opération de riposte israélienne était “tout aussi répugnante” que les attentats perpétrés par les avions détournés qui tuèrent près de 3000 Américains à New York, proclama The Guardian. »

Janine di Giovanni, correspondante à Jénine du journal londonien The Times, écrivit, le 16 avril :

« En plus d’une décennie de couverture de guerre en Bosnie, Tchétchénie, Sierra Leone, Kosovo, j’ai rarement vu une destruction aussi délibérée, un tel mépris de la vie humaine. »

Et Sieff de commenter :

« Au regard de ce qui s’est avéré avoir vraiment eu lieu, cette déclaration constituait une énorme désinformation, comparable à celle de Walter Duranty qui avait prétendu, dans le New York Times, qu’il n’y avait pas eu de famine en Ukraine, de 1929 à 1932. En fait, 10 millions de paysans ukrainiens moururent alors de faim. Sa (dés)information valut à Duranty le prix Pulitzer. La comparaison formulée par di Giovanni remettait aussi inévitablement en question ce qu’elle avait réellement vu en Tchétchénie, Bosnie et Sierra Leone, si elle pensait sérieusement que le taux de mortalité de Jénine était le pire de tous. On estime qu’au moins 100 000 personnes sont mortes dans les deux guerres russes de 1994-96 et de 1999 jusqu’à ce jour, qui visaient à écraser les séparatistes tchétchènes. Ce sont quelque 250 000 personnes qui furent tuées durant la guerre de Bosnie en 1991-95, et l’on a découvert et mis au jour de nombreuses fosses communes contenant les restes de populations massacrées, de villes et de villages entiers. Des dizaines de milliers de gens moururent dans le chaos des guerres civiles de Sierra Leone. Pourtant, on établit rapidement que le nombre de morts recensés à Jénine était littéralement mille fois moindre qu’en Bosnie et Tchétchénie. »

Mais cette énumération, déjà abasourdissante, ne s’arrête pas là, Sieff poursuit, en effet :

« D’autres journaux britanniques se joignirent à l’hystérie. Dans le London Independent, Phil Reeves comparait Jénine aux tueries du Cambodge sous la domination de Pol Pot, où entre 1 et 3 millions de personnes furent massacrées, de 1975 à 1978. Des analystes remarquèrent plus tard que beaucoup de ces articles étaient ouvertement partiaux. Reeves ne citait ni ne mentionnait la moindre source israélienne dans son récit. D’autres assertions – telle celle selon laquelle des centaines de victimes palestiniennes auraient été enterrées par un bulldozer israélien dans une fosse commune – se sont révélées injustifiées et invérifiées. La BBC avala sans critique le Mythe du Massacre. BBC News titra un reportage du 18 avril : Massacre à Jénine : les preuves s’accumulent”, et un texte d’analyse à la une du Guardian, du 6 mai, portait le titre Comment la bataille de Jénine est devenue un massacre”. Le reportage de la BBC affirmait qu’une enquête d’Amnesty International “venait juste de commencer, mais [que] les affirmations palestiniennes faisant état d’un massacre paraissaient de plus en plus fondées”. »

Plus grave encore :

« L’assertion selon laquelle Israël aurait perpétré des crimes de guerre s’est avérée populaire. L’article de Reeves dans The Independent, du 16 avril, titrait : “Parmi les ruines, d’horribles preuves d’un crime de guerre”, et il écrivait : “Un monstrueux crime de guerre, qu’Israël tente de couvrir depuis quinze jours, a finalement été découvert”. The Guardian, du 17 avril, s’aligne sur Gerald Kaufman, parlementaire travailliste et responsable éminent de la communauté juive britannique, qui qualifie Ariel Sharon de “criminel de guerre” et accuse le Premier ministre israélien d’”ordonner à ses troupes d’utiliser des méthodes barbares contre les Palestiniens”. »

L’hystérie médiatique gagna l’Italie sans toutefois atteindre les sommets de la presse britannique :

« Il Manifesto, journal de gauche et ancien organe du Parti communiste italien, affirma, dans un dossier spécial de son numéro du 4 mai, consacré à Jénine, que les Nations Unies “craignaient de prendre position à Jénine”, et que les actions d’Israël à Jénine pouvaient être qualifiées de crimes de guerre. »

J’en viens maintenant à l’article, aussi scandaleux que délirant, paru le 17 août 2009 dans le journal suédois Aftonbladet. Morceaux choisis [50](378) :

« Les Palestiniens soupçonnent fortement Israël d’enlever de jeunes Palestiniens et de s’en servir comme d’une réserve d’organes pour le pays – une très grave accusation, qui soulève suffisamment d’interrogations pour motiver la Cour Internationale de Justice (ICJ) à ouvrir une enquête sur de possibles crimes de guerre. […]

Israël a été mis sur la sellette à plusieurs reprises pour la manière, contraire à l’éthique, dont il traite les organes et les transplantations. La France fait partie des pays qui ont cessé leur coopération avec Israël en matière d’organes dans les années quatre-vingt-dix. […]

Tandis que cette campagne [d’incitation de la population israélienne à s’engager à donner ses organes, post mortem] était en cours, des jeunes hommes palestiniens commencèrent à disparaître de villages situés en Cisjordanie, et de Gaza. Cinq jours plus tard, des soldats israéliens les ramenèrent morts, le corps portant les traces d’une incision recousue de l’abdomen au menton. »

Le journaliste suédois affirme aussi avoir

« rencontré des parents qui [lui] ont raconté qu’on avait prélevé les organes de leurs fils avant qu’ils soient tués. »

Malgré ses outrances et son invraisemblance, je transcris ici le récit de la mise à mort d’un jeune Palestinien, dont Boström affirme avoir été témoin, lors de la première Intifada, en 1992 :

 « Les soldats écrasèrent leur cigarette allumée, écartèrent leurs canettes de Coca-Cola et ajustèrent calmement leur arme dans l’embrasure de la fenêtre dont la vitre avait été brisée. Quand Bilal [la victime] fut suffisamment proche, ils n’eurent qu’à appuyer sur la gâchette. La première balle l’atteignit à la poitrine. Selon des villageois qui ont été témoins de l’incident, il reçut ensuite une balle dans chaque jambe. Deux soldats sortirent alors en courant de l’atelier de menuiserie et lui tirèrent une balle dans le ventre. Enfin, ils prirent Bilal par les pieds et le traînèrent sur les vingt marches de pierre de l’escalier de l’atelier de menuiserie. »

Toujours selon Boström, à l’horreur s’ajoute le cynisme des soldats :

« En même temps que le bruit aigu des pelles [lors de l’ensevelissement de la victime] nous pouvions entendre les rires des soldats qui, en attendant de rentrer chez eux, échangeaient quelques blagues [sic]. »

Enfin c’est l’estocade, la démonstration CQFD, dans le genre « si après ça vous n’avez pas compris c’est que vous jouez à l’idiot, ou… que vous l’êtes réellement » :

« Nous savons qu’Israël a un grand besoin d’organes, qu’il existe un important commerce illicite d’organes qui dure depuis des années, que les autorités en sont conscientes, et que les médecins qui occupent des postes de direction dans les grands hôpitaux, y participent, de même que des responsables civils à des échelons divers. Et nous savons que de jeunes hommes palestiniens ont disparu, qu’ils ont été ramenés, cinq jours plus tard, de nuit, en grand secret, et recousus après avoir été ouverts de l’abdomen jusqu’au menton. »

Je conclus ce long chapitre par l’extrait d’un billet d’humeur qui me paraît résumer excellemment ce que j’appelle « la preuve par l’outrance », en matière de mauvaise foi [51] :

« En soi, critiquer la politique israélienne n’est assurément condamnable ni juridiquement ni moralement. Ce qui pose question, c’est le traitement d’exception, la singularisation dont fait l’objet l’État juif. Car – bon sang ! – comment expliquer qu’une nation qui s’étend sur 0,0001 % des terres émergées du globe, dont le nombre d’habitants correspond au millième de la population mondiale, et que l’on retrouve, d’après le dernier rapport annuel de Freedom House, dans le haut du panier des États démocratiques, fasse l’objet d’une telle focalisation médiatique, tandis que le Darfour – mais on pourrait aussi parler du Tibet, de la Tchétchénie, de la Birmanie ou du sort des Kurdes de Syrie –, théâtre depuis 3 ans de 10 “Qana” quotidiens, brille par son absence cathodique ? À cela, plusieurs explications. La première : le militantisme. Une profusion de motifs idéologiques anime certains journalistes qui, sensibilisés, à juste titre, par les conditions misérables des populations du Proche-Orient, ont cru bon d’opter pour le camp des ennemis d’Israël, symbole à leurs yeux du néo-colonialisme et de l’impérialisme […] Pour ces professionnels de l’information, prendre part au combat justifie que l’on passe sous silence, ou que l’on travestisse un certain nombre de vérités dérangeantes. La mort de Mohammed Al-Dura en est un exemple ; les “fauxtographies” de Reuters et de l’Associated Press en sont les derniers avatars […] L’antisionisme est le cache-sexe inespéré d’un antisémitisme inavouable. À l’heure où cette forme de racisme est prohibée dans nos contrées, ceux-ci ont substitué l’État à l’individu. Bien entendu, ils démentiront avec force de telles allégations et, paradoxe ou alibi, il ne sera pas rare de les voir s’épancher, la larme à l’œil, sur le sort des victimes de la Shoah. Mais l’idée même de voir les enfants de ceux qui en ont réchappé se défendre, les armes à la main, contre ce même projet génocidaire leur est insupportable… »



[1]Sur base de la loi dite de « compétence universelle ». La compétence universelle est, en droit, la compétence exercée par un État qui poursuit les auteurs de certains crimes, quel que soit le lieu où le crime a été commis, et sans égard à la nationalité des auteurs ou des victimes ; voir, entre autres : Irit Kohn, « Prévenir les abus de la compétence universelle en matière de crimes de guerre ».

[2]Rappelons que la bande côtière de Gaza a été intégralement évacuée par Israël entre juin et septembre 2005, ce qui n’a pas empêché le Hamas de continuer à bombarder les localités israéliennes voisines, dont Sdérot (11 000 roquettes et missiles Qassam, entre janvier 2001 et octobre 2008). Excédé, l’Etat israélien a lancé une partie de son armée dans une offensive militaire appelée, non sans emphase, par la presse, « Guerre de Gaza » ; l’opération a duré 22 jours (du 27 décembre 2008 au 17 janvier 2009 et fait entre 1 000 (sources israéliennes) et 1 500 morts (sources palestiniennes). Depuis, Israël est en proie à la vindicte des Organisations Non Gouvernementales, qui parlent de massacre et de crimes de guerre. C’est le cas du récent rapport d’Amnesty International, et surtout du Rapport Goldstone, qui risque d’être entériné par le Conseil pour les droits de l’homme de l’ONU. Quelques articles en ligne : Rapport d’Amnesty International sur l’opération ‘Cast Lead’ à Gaza(pdf. en anglais) ; NGO Monitor’s Submission to the Human Rights Council Inquiry on the Gaza War, Led by Judge Goldstone ; Goldstone Report: 575 pages of NGO “cut and paste” ; La Commission Goldstone (sur la guerre de Gaza) se base sur des témoignages du Hamas ; Guerre juridique appuyée par Al-Haq, ONG palestinienne de Droits de l'homme, au Canada ; Utilisation des ONG pour diaboliser Israël : l'exemple de P. Galand ; Gerald M. Steinberg, Manipulation de la société civile ; etc. Depuis lors, on le sait, le Juge Goldstone a rétracté son rapport (remarque du 10 mai 2013).

[3]Consulter : Shmuel Trigano, « Le concept de pogrom médiatique ».

[4]Voir Charles Dunlap,« Lawfare amid warfare », Washington Times,3 août 2007) ; sur ce thème, consulter, entre autres : Eyal Weizman, Offensive par le Droit à Gaza ; La guerre par le droit : la cible israélienne.

[6]Voir Dr Raphaël Lellouche, A propos de l'usage du terme "narratif, et Gerald M. Steinberg, Reprise du narratif.

[7]Georges Bensoussan, Un nom impérissable, Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe, 2008, présentation en ligne.

[8]Je cite ici une brève analyse, en ligne, de l’ouvrage, par Paul Benaim, pour Guysen International News : « Un nom impérissable : Israël, le sionisme et la destruction des juifs d’Europe ».

[10]Voir l’article « Boycott », de Wikipedia.

[11]Voir les articles « Apartheid », et « Opposition internationale à l’Apartheid », de Wikipedia.

[13]Dans l’article précité, Barghouthi résume ainsi les prétendues exactions israéliennes : « l’occupation, la colonisation, le système de discrimination raciale contre les Palestiniens à l’intérieur d’Israël, qui est une forme spécifique israélienne d’Apartheid, ainsi que la négation des droits des réfugiés palestiniens. »

[14]Les développements qui suivent sont largement tributaires de l’article « Boycott », de Wikipedia.

[15]Sur cette formule, voir l’article « Boycott, désinvestissement et sanctions », de Wikipedia.

[16]Quelques exemples : En 2006 une banque hollandaise, ASN Bank, se retire de Veolia, en raison de sa participation à la construction du tramway de Jérusalem. En octobre 2008, le Suédois Assa Abloy annonce qu'il délocalise une usine de production de la zone industrielle de Barkan, en Cisjordanie. En 2008, le ministère des Affaires Etrangères suédois fait savoir que « l'opinion du gouvernement suédois est que la création d'entreprises ou les relations d'affaires avec des entreprises situées dans les colonies sont déplacées. ». En novembre 2008, les Britanniques exigent à nouveau que les produits israéliens venant des territoires palestiniens ne soient pas détaxés. Tsipi Livni, alors ministre des Affaires étrangères s’inquiète pour les exportations israéliennes en direction de l’Europe et elle constate amèrement que cette situation est le fruit des longs efforts d’un lobby pro-palestinien qui pousse les Britanniques à l’action. Le 10 janvier 2009, Richard Ramsey, directeur d'une compagnie de télécommunication britannique rompt ses relations avec la firme israélienne de technologie MobileMax. Le 16 janvier 2009, le quotidien Yediot Aharonot fait état de l'inquiétude des agriculteurs israéliens qui ne parviendront pas à vendre une partie de leur production. Début juin 2009, la presse se faisait écho de ce que Veolia et Alsthom, les deux entreprises françaises impliquées dans le projet controversé du tramway de Jérusalem – réputé illégal car il reliera la Ville sainte aux blocs d’implantations des quartiers périphériques de Jérusalem – allaient se retirer et vendre leurs parts, mais d’autres informations affirment que Veolia embauche encore [information de 2009].

[17]Sur la « société civile » et son instrumentalisation, voir G. M. Steinberg « Manipulation de la société civile ».

[18]Voir Wikipedia, « Boycott académique d’Israël ».

[19]D’après The Guardian du 6 avril 2002.

[20]On notera l’énormité et l’indécence du parallèle.

[23]Voir l’article déjà cité de G. M. Steinberg « Manipulation de la société civile ».

[24]Le titre d’un article cité plus haut (« Les ONG sont en guerre avec Israël ») exprime cela sans langue de bois comme d’ailleurs sans paranoïa, ainsi que pourra le constater quiconque lira l’article sans idée préconçue, ni parti pris.

[25]Voir l’article de G. M. Steinberg,« De l'abus du terme Apartheid en faveur de la cause palestinienne ».

[26]Voir les articles« Crise du canal de Suez (1956) » et « Guerre du Kippour (1973», etc., de Wikipedia.

[30]Voir l’article de Wikipedia, « Droit de la guerre ».

[31]Voir l’article de Wikipedia, « Droit international humanitaire ».

[34]Voir, entre autres : « L'abus de la cause des droits de l'homme ».

[35]Il s’agit du fameux Conseil des Droits de l’Homme, devenu tristement célèbre pour son dénigrement scandaleusement systématique de l’État juif. Consulter, entre autres, « L'ONU contre les droits de l’homme ».

[37]Dont Pierre-André Taguieff, auteur de La Judéophobie des Modernes. Des Lumières au Jihad mondial. (Odile Jacob, 2008, 683 pages).

[39]Voir les articles « Antisionisme » et « Sionisme », de Wikipedia, On retiendra qu’il s’agit de définitions sommaires et qu’il convient de lire au moins l’intégralité des articles concernés, et les documents auxquels ils réfèrent.

[40]La cacophonie résultant de l’utilisation indiscriminée d’une fausse lettre de M. Luther King, dénoncée il y a plusieurs années par un site américain non suspect d’antisionisme, m’a obligé à traduire et mettre en ligne une mise au point salutaire, car on ne bâtit rien de sérieux ni de crédible sur un document douteux et encore moins sur une légende, si séduisante soit-elle ; voir « Avertissement de CAMERA : La lettre attribuée à Martin Luther King est un faux ».

[41]Extrait d’un article intitulé « Antisémitisme, antisionisme, anti-israélisme ».

[44]On peut lire, en ligne, une analyse factuelle de cette action militaire dans l’article de Wikipedia, intitulé « Opération Rempart », ainsi qu’une mienne critique intitulée « Jénine : Combien y a-t-il de charognards de la presse sur 100 m par 100 m ? ».

[46]Lire en ligne : « P.A. Taguieff, Al-Dura : stéréotypes antijuifs, défaillance journalistique, imposture médiatique ». J’attire également l’attention sur l’excellente analyse de Caroline Glick, [Al-Dura, Jénine, Kfar Kana] : « Le narratif de la presse perdure ».

[47]Lire en ligne, Manfred Gerstenfeld et Tamas Berzi, « La guerre de Gaza et la nouvelle flambée d’antisémitisme ».

[48]Lire en ligne, Donald Boström, « On vole nos fils pour prendre leurs organes ».

 

Sur base de la loi dite de « compétence universelle ». La compétence universelle est, en droit, la compétence exercée par un État qui poursuit les auteurs de certains crimes, quel que soit le lieu où le crime a été commis, et sans égard à la nationalité des auteurs ou des victimes ; voir, entre autres : Irit Kohn, « Prévenir les abus de la compétence universelle en matière de crimes de guerre ».

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Date de dernière mise à jour : 14/05/2014