Chapitre VII. Vers un « nouveau regard » sur le dessein divin, à la lumière des Écritures

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L’intuition fondamentale de cet ouvrage est que le peuple juif restera extrinsèque, voire étranger au peuple chrétien tant qu’on ne recourra, pour en sonder le mystère, qu’à une théologie ecclésiocentrée. Certes, l’histoire – tant ancienne que moderne – du peuple juif suscite toujours un certain intérêt dans le public chrétien, mais il s’agit, sauf exception, davantage d’une curiosité intellectuelle que d’un attrait spirituel. On est au stade du « eux-et-nous », et pas encore à celui du « nous » tout court. C’est dire que ce n’est pas une histoire de famille.

Et cependant, tant le passé que le devenir des deux communautés de foi semblent bien relever de la typologie de l’histoire biblique d’Israël, avec ses deux royaumes concurrents : Juda et Israël. Et l’expression de Jérémie 33, 24, plusieurs fois citée dans ces pages, paraît seule apte à rendre la composante relationnelle voulue par Dieu entre les deux peuples : « les deux familles que Dieu a choisies ».

Malheureusement, aux yeux des spécialistes, cette saisie des choses relève plus de la mystique (au sens péjoratif que certains s’obstinent à donner à ce terme), que de la « saine doctrine » – entendez : de la compréhension qu’ont les théologiens, de la révélation biblique, en général, et de la révélation chrétienne, en particulier. C’est peu dire que la lecture scripturaire pratiquée ici n’a pas l’agrément de ces spécialistes. Qualifiée dédaigneusement de « littéraliste », avec tout ce que cet adjectif connote de naïf, voire d’ignare, si ce n’est sectaire, elle n’est officiellement pas prise au sérieux par les interprètes de la Loi, que fustigeait Malachie, en ces termes :

Ml 2, 8 : […] vous vous êtes écartés de la voie ; vous en avez fait trébucher un grand nombre par l’enseignement […]

Leurs semblables discréditaient Jésus au nom de l’insuccès de son enseignement auprès des élites juives :

Jn 7, 48 : Est-il un des notables qui ait cru en lui ? Ou l’un des Pharisiens ? 

Mais lui les a stigmatisés pour toujours, en la personne des docteurs de la loi, des scribes et des pharisiens qui lui étaient hostiles :

Lc 11, 52 (= Mt 23, 13) : Malheur à vous, les docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance ! Vous-mêmes n’êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés !

La clé de la connaissance, c’est l’Écriture. Et ceux qui noient son sens évident sous le flot de leur savoir livresque, empêchant ainsi les fidèles de comprendre les paroles de Dieu dans leur simplicité, tombent sous le coup de cette autre invective de Jésus :

Mt 15, 6 : Vous avez invalidé la parole de Dieu au nom de votre tradition.

Ce n’est pas ce qu’ont fait maints Pères et écrivains de l’Église des premiers siècles, qui, comme on le verra, lisaient les Écritures de manière à la fois littérale et spirituelle, sans recourir aux arguties littéraires des esprits orgueilleux qui refusent l’incarnation, choquante, à leurs yeux, du dessein de Dieu.


VII.1. Deux confessions de foi antagonistes et ancrées chacune sur leurs Écritures et leur Tradition

Nous avons la situation paradoxale suivante :

D’une part, un christianisme qui continue à se considérer comme « unique voie de salut », par fidélité à ses Écritures, et en particulier à ces passages :

Ac 4, 12 : […] il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés.

1 Tm 2, 5 : Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même.

He 8, 6 : […] Le Christ a obtenu un ministère d’autant plus élevé que meilleure est l’alliance dont il est le médiateur, et fondée sur de meilleures promesses.

He 9, 15 : Voilà pourquoi il est médiateur d’une nouvelle alliance, afin que, sa mort ayant eu lieu pour racheter les transgressions de la première alliance, ceux qui sont appelés reçoivent l’héritage éternel promis.

D’autre part, un judaïsme qui persévère dans sa fidélité au Dieu qui l’a choisi, et dont il sait qu’il ne l’a pas rejeté, sur la foi de multiples textes de l’Écriture, dont ceux-ci :

1 S 12, 22 (= Ps 94, 14) : Car L’Éternel ne répudiera pas son peuple, pour l’honneur de son grand nom, car L’Éternel a daigné faire de vous son peuple.

Is 41, 9 : Et toi, Israël, mon serviteur, Jacob, que j’ai choisi, race d’Abraham, mon ami, toi que j’ai saisi aux extrémités de la terre, que j’ai appelé des contrées lointaines, je t’ai dit : “Tu es mon serviteur, je t’ai choisi, je ne t’ai pas rejeté”.

Is 54, 6-10 : Oui, comme une femme délaissée et accablée, L’Éternel t’a appelée, comme la femme de sa jeunesse qui aurait été répudiée, dit ton Dieu. Un court instant je t’avais délaissée, ému d’une immense pitié, je vais t’unir à moi. Débordant de fureur, un instant, je t’avais caché ma face. Dans un amour éternel, j’ai eu pitié de toi, dit L’Éternel, ton rédempteur. Ce sera pour moi comme au temps de Noé, quand j’ai juré que les eaux de Noé ne se répandraient plus sur la terre. Je jure de même de ne plus m’irriter contre toi, de ne plus te menacer. Car les montagnes peuvent s’écarter et les collines chanceler, mon amour ne s’écartera pas de toi, l’alliance de ma paix ne trébuchera pas, dit L’Éternel qui a pitié de toi.

Is 59, 21 : Et moi, voici mon alliance avec eux, dit L’Éternel : mon esprit qui est sur toi et mes paroles que j’ai mises dans ta bouche ne s’éloigneront pas de ta bouche, ni de la bouche de ta descendance, ni de la bouche de la descendance de ta descendance, dit L’Éternel, dès maintenant et à jamais.

Is 60, 1-20 : Debout ! Resplendis, car voici ta lumière, et sur toi se lève la gloire de L’Éternel. Tandis que les ténèbres s’étendent sur la terre et l’obscurité sur les peuples, sur toi se lève L’Éternel, et sa gloire sur toi paraît. Les nations marcheront à ta lumière et les rois à ta clarté. Lève les yeux aux alentours et regarde : tous sont rassemblés, ils viennent à toi. Tes fils viennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors, tu verras et seras radieuse, ton coeur tressaillira et se dilatera, car les richesses de la mer afflueront vers toi, et les trésors des nations viendront chez toi […] C’est en moi que les îles espèrent : les bateaux de Tarsis ont pris la tête pour ramener de loin tes fils, avec leur argent et leur or, à cause du nom de L’Éternel ton Dieu, du Saint d’Israël qui t’a glorifiée. Les fils de l’étranger rebâtiront tes remparts, et leurs rois te serviront. Car dans ma colère je t’avais frappée, mais dans ma bienveillance j’ai eu pitié de toi. Tes portes seront toujours ouvertes, ni le jour ni la nuit on ne les fermera, pour qu’on apporte chez toi les richesses des nations et qu’on introduise leurs rois. Car la nation et le royaume qui ne te servent pas périront, et les nations seront exterminées. La gloire du Liban viendra chez toi, le cyprès, le platane et le buis tous ensemble, pour glorifier le lieu de ton sanctuaire, pour que j’honore le lieu où je me tiens. Ils s’approcheront de toi, humblement, les fils de tes oppresseurs, ils se prosterneront à tes pieds, tous ceux qui te méprisaient, et ils t’appelleront : “Ville de L’Éternel”, “Sion du Saint d’Israël”. Au lieu que tu sois délaissée et haïe, sans personne qui passe, je ferai de toi un objet d’éternelle fierté, une source de joie, d’âge en âge. Tu suceras le lait des nations, tu suceras les richesses des rois. Et tu sauras que c’est moi, L’Éternel, qui te sauve, que ton rédempteur, c’est le Puissant de Jacob […] Tu n’auras plus le soleil comme lumière, le jour, la clarté de la lune ne t’illuminera plus : L’Éternel sera pour toi une lumière éternelle, et ton Dieu sera ta splendeur. Ton soleil ne se couchera plus, et ta lune ne disparaîtra plus, car L’Éternel sera pour toi une lumière éternelle, et les jours de ton deuil seront accomplis. Ton peuple, rien que des justes, possédera le pays à jamais, rejeton de mes plantations, oeuvre de mes mains, pour me glorifier. Le plus petit deviendra un millier, le plus chétif une nation puissante. Moi, L’Éternel, en temps voulu j’agirai vite. 

Is 61, 1-11 : L’esprit du Seigneur L’Éternel est sur moi, car L’Éternel m’a donné l’onction ; il m’a envoyé porter la nouvelle aux pauvres, panser les coeurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part de L’Éternel et un jour de vengeance pour notre Dieu, pour consoler tous les affligés, pour prendre soin des affligés de Sion, pour leur donner un diadème au lieu de cendre, de l’huile de joie au lieu d’un vêtement de deuil, un manteau de fête au lieu d’un esprit abattu ; et on les appellera térébinthes de justice, plantation de L’Éternel pour se glorifier. Ils rebâtiront les ruines antiques, ils relèveront les restes désolés d’autrefois ; ils restaureront les villes en ruines, les restes désolés des générations passées. Des étrangers viendront paître vos troupeaux, des immigrants seront vos laboureurs et vos vignerons. Mais vous, vous serez appelés prêtres de L’Éternel, on vous nommera ministres de notre Dieu. Vous vous nourrirez des richesses des nations, vous leur succéderez dans leur gloire. Au lieu de votre honte, vous aurez double part, au lieu de l’humiliation, les cris de joie seront leur part ; aussi recevront-ils double héritage dans leur pays et auront-ils une joie éternelle. Car moi, L’Éternel, qui aime le droit, qui hais le vol et l’injustice, je leur donnerai fidèlement leur récompense et je conclurai avec eux une alliance éternelle. Leur race sera célèbre parmi les nations, et leur descendance au milieu des peuples ; tous ceux qui les verront les reconnaîtront comme une race que L’Éternel a bénie. Je suis plein d’allégresse dans L’Éternel, mon âme exulte en mon Dieu, car il m’a revêtu de vêtements de salut, il m’a drapé dans un manteau de justice, comme l’époux qui se coiffe d’un diadème, comme la fiancée qui se pare de ses bijoux. Car de même que la terre fait éclore ses germes et qu’un jardin fait germer sa semence, ainsi le Seigneur L’Éternel fait germer la justice et la louange devant toutes les nations. »


VII.2. L’irrépressible tentation chrétienne de la « substitution »

Il serait trop long, et sans adéquation directe avec le propos de cet ouvrage, d’exposer comment les Pères de l’Église, les Écrivains ecclésiastiques, ainsi qu’une nuée de commentateurs chrétiens, anciens et modernes, ont tenté, souvent au prix d’acrobaties exégétiques confinant au ridicule, d’annexer, au profit de l’Église et des chrétiens, les prophéties extraordinaires dont les quelques extraits cités ne sont qu’un faible échantillon et me semblent concerner uniquement le peuple juif parvenu à son stade messianique, à la fin des temps. On pensera sans doute que de telles tentatives apologétiques n’ont plus cours aujourd’hui, surtout depuis le « nouveau regard », dont il est amplement question dans le présent travail. Malheureusement, ce n’est pas le cas, comme l’illustre le commentaire que faisait le défunt pape Jean-Paul II (qu’on a connu mieux inspiré) de Ac 1, 6 [1] :

« […] Après avoir réfléchi sur le salut intégral accompli par le Christ Rédempteur, nous voulons maintenant réfléchir sur sa réalisation progressive dans l’histoire de l’humanité. En un certain sens, c’est bien sur ce problème que les disciples interrogent Jésus avant l’Ascension : “Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël?” (Ac 1, 6). Ainsi formulée, la question révèle combien ils sont encore conditionnés par les perspectives d’une espérance qui conçoit le royaume de Dieu comme un événement étroitement lié au destin national d’Israël. Pendant les quarante jours qui séparent la Résurrection de l’Ascension, Jésus leur avait parlé du “Royaume de Dieu” (Ac 1, 3). Mais ce n’est qu’après la grande effusion de l’Esprit, à la Pentecôte, qu’ils seront en mesure d’en saisir les dimensions profondes. Entre temps, Jésus corrige leur impatience, soutenue par le désir d’un royaume aux contours encore trop politiques et terrestres, en les invitant à s’en remettre aux mystérieux desseins de Dieu. “Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés dans sa liberté souveraine” (Ac 1, 7) […]. Il leur confie la tâche de diffusion de l’Évangile, les poussant à sortir de l’étroite perspective limitée à Israël. Il élargit leur horizon, en les envoyant, pour qu’ils y soient ses témoins, “à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre” (Ac 1, 8). »

Les expressions mises en italiques sont révélatrices de la certitude, que l’on peut qualifier de « substitutionniste », qui était celle du pape d’alors, si insignes qu’aient été, par ailleurs, les avancées ‘prophétiques’ qu’il a initiées dans le dialogue avec les juifs. Notons aussi que son texte reproduit les erreurs de traduction que l’on trouve dans la plupart des versions du Nouveau Testament en langues modernes, la plus grave étant la traduction par « en Israël » au lieu de « à Israël », de l’expression grecque tô(i) Israel, qui est au datif. Cette méprise a entraîné une incompréhension de toute la phrase, qu’il faudrait traduire : « Est-ce en ce temps-ci que tu vas [enfin] donner à Israël le royaume [qui lui est destiné] » [2].


VII.3. Le nœud du problème : la royauté triomphante de Dieu, au ciel ou sur la terre ?

Mais la tentation substitutionniste n’explique pas tout. La sévérité du jugement de valeur de Jean-Paul II, rapporté ci-dessus, ne se comprend que si l’on connaît le non-dit sous-jacent à son « exégèse » du verset 6 du premier chapitre des Actes des Apôtres. De prime abord, il semble que cette réaction pugnace et négative à l’égard de l’attente juive confine à la démesure. Il faut, en effet, pensera-t-on, une certaine audace pour oser reprocher aux Apôtres, sur la base même d’un texte du Nouveau Testament, d’être « encore conditionnés par les perspectives d’une espérance qui conçoit le royaume de Dieu comme un événement étroitement lié au destin national d’Israël », et pour déplorer leur « désir d’un royaume aux contours encore trop politiques et terrestres ».

Si dommageable qu’apparaisse cette conception, il faut savoir que Jean-Paul II ne l’a pas inventée, et qu’en l’exprimant, il est fidèle à la Tradition de l’Église. En effet, ce grief est aussi ancien que le christianisme. L’immense majorité des Pères, des écrivains et des docteurs de l’Église n’ont cessé de reprocher aux juifs leur interprétation des Écritures, qualifiée de « charnelle », suite à une interprétation tendancieuse de l’opposition entre la chair et l’Esprit, tant dans l’Évangile de Jean (cf. Jn 6, 63), que dans les Épîtres de Paul (cf., entre autres, Ga 3, 3 ; 4, 29 ; Ph 3, 3, etc.).

L’attente et l’espérance juives indéfectibles de la venue du Messie – que les chrétiens considèrent comme déjà réalisée en la personne de Jésus – se doublent d’une croyance au réalisme des descriptions prophétiques de l’avènement du royaume de Dieu en gloire sur la terre, durant une période traditionnellement évaluée à mille années. Cette conception, appelée « chiliasme », d’après la terminologie grecque, et « millénarisme », d’après la terminologie latine, a survécu jusqu’à nos jours, principalement dans certains courants protestants.

La position dogmatique de l’Église à propos du Royaume terrestre millénaire du Christ a toujours été ambiguë. Il n’est pas rare de lire, dans des ouvrages et des articles de théologie catholique, que l’Église a « condamné » le millénarisme. En réalité, ce qui a été flétri, ce sont les dérives grossières dont témoignent certaines descriptions qui, à en croire les détracteurs du millénarisme, donnaient à penser que ceux qui seraient admis à ce royaume terrestre pourraient jouir de tous les plaisirs, en ce compris la licence sexuelle. La seule « condamnation » explicite contemporaine est, en fait, une mise en garde [3] :

« Le système du millénarisme, même mitigé – à savoir, qui enseigne que, selon la vérité catholique, le Christ Seigneur, avant le jugement final, viendra corporellement sur cette terre pour régner, que la résurrection d’un certain nombre de justes ait eu lieu, ou n’ait pas eu lieu – ne peut être enseigné avec sûreté (tuto doceri non posse). »

Il semble qu’une condamnation ecclésiale définitive de la croyance en un royaume millénaire du Christ sur la terre ne soit pas envisageable, ne serait-ce que du fait que le livre canonique de l’Apocalypse en parle explicitement (20, 1-6). En outre, des Pères des premiers siècles de l’Église ont été ouvertement millénaristes, et entre autres, Justin Martyr, Irénée de Lyon, Tertullien, etc. Pour illustrer la conception littérale qu’avaient ces Pères, du royaume millénaire du Christ, il faudrait citer l’entièreté du vaste exposé qu’y a consacré Irénée de Lyon dans le Ve Livre de son Adversus Haereses [4].

Le fait le plus important, pour notre propos, est la ressemblance frappante – qui confine souvent au parallélisme – entre les conceptions patristiques et rabbiniques de l’avènement et de la nature de ce Royaume du Christ sur la terre [5]. Irénée appelle « temps du royaume » ce que la Tradition juive définit comme « temps messianiques », ou, plus littéralement, yemot hammashiah – jours du messie.


VII.3.1. Étonnants parallèles entre l’enseignement d’Irénée et celui des rabbins sur le
Royaume et le « monde à venir »


• Irénée a récapitulé, en les distinguant, par une formulation saisissante, l’instauration du Royaume messianique terrestre, d’abord, puis le surgissement du monde à venir :

Id., Ibid., V, 36, 3 (= Id., Ibid., p. 678-679) : « Et en tout cela et à travers tout cela apparaît un seul et même Dieu Père : c’est lui qui a modelé l’homme et promis l’héritage de la terre ; c’est lui qui le donnera, lors de la résurrection des justes, et réalisera ses promesses dans le Royaume de son Fils ; c’est lui enfin qui accordera, selon sa paternité, “ces biens que l’œil n’a pas vus, que l’oreille n’a pas entendus et qui ne sont pas montés au cœur de l’homme.” [= la vie du monde à venir]. » 

• La tradition juive est, sur ce point, étonnamment consonante avec ces vues irénéennes, comme l’illustrent les commentaires rabbiniques suivants :

1) TB Sanhédrin, 99 a : « Rabbi Hiya fils de Abba a dit, au nom de Rabbi Yohanan : Tous les prophètes n’ont prophétisé que pour les jours du Messie, mais pour ce qui est du monde à venir, aucun œil, ô Dieu, n’a vu, excepté toi, ce qu’il accomplira pour celui qui l’attend. »

2) Maïmonide, Épîtres, p. 174 [6] : « Déjà le prophète [Isaïe] […] a expliqué que le monde à venir n’est pas atteint par les sens corporels. C’est ce qui est écrit : “Jamais œil humain n’avait vu un autre Dieu que toi, agir de la sorte en faveur de ses fidèles”, et les maîtres commentent cela : Tous les prophètes n’ont prophétisé que pour les jours du Messie, mais le monde à venir, aucun œil ne l’a vu, sauf toi, Dieu. » 

À l’évidence, cette citation d’Isaïe, dans le contexte où la place Irénée, témoigne d’une prise au sérieux du schéma, trop souvent allégorisé, de l’Apocalypse. La victoire sur les impies conduits par l’Antéchrist, la première résurrection, et le royaume des justes avec le Christ, sur la terre des promesses, sont les biens des temps messianiques. Irénée le confirme : il s’agit des promesses que « Dieu […] réalisera dans le royaume de son Fils ». Cette royauté s’exercera sur la terre. Par contre, la transfiguration définitive de la création et de l’humanité, c’est-à-dire le « monde à venir », n’adviendra qu’après la destruction de l’univers matériel, la résurrection finale de toute chair, et le jugement général, dont les deux derniers chapitres de l’Apocalypse (Ap 21 et Ap. 22) décrivent les modalités, dans leur style propre.

• Je termine cette évocation des conceptions d’Irénée concernant l’avènement des « temps du royaume » – qui, selon lui, doit avoir lieu en Terre Sainte, autour du Temple reconstruit –, par la citation de trois passages particulièrement frappants par le caractère littéral de l’interprétation scripturaire qui les sous-tend. On notera qu’Irénée n’innove pas en la matière mais se réfère, au contraire expressément, à la tradition des Anciens. On retrouve, dans ce texte, les deux stades de la consommation du mystère, évoqués plus haut :

Adv. Haer., V, 33, 2-4 (= Id., Ibid., p. 665-667) : « Quel est, en effet, le centuple que l’on recevra en ce siècle [cf. Mc 10, 30], et quels sont les dîners et les soupers qui auront été donnés aux pauvres et qui seront rendus [cf. Lc 14, 12-13] ? Ce sont ceux qui auront lieu au temps du royaume, c’est-à-dire en ce septième jour qui a été sanctifié et en lequel Dieu s’est reposé de toutes les œuvres qu’il avait faites : vrai sabbat des justes, en lequel ceux-ci, sans plus avoir à faire aucun travail pénible, auront devant eux une table préparée par Dieu et regorgeant de tous les mets… C’est ce que les presbytres qui ont vu Jean, le disciple du Seigneur, se souviennent avoir entendu de lui, lorsqu’il évoquait l’enseignement du Seigneur relatif à ces temps-là. Voici donc les paroles du Seigneur : “Il viendra des jours où des vignes croîtront, qui auront chacune dix mille ceps, et sur chaque cep dix mille branches, et sur chaque branche dix mille bourgeons, et sur chaque bourgeon dix mille grains, et chaque grain pressé donnera vingt-cinq métrètes de vin. Et lorsque l’un des saints cueillera une grappe, une autre grappe lui criera : Je suis meilleure, cueille-moi et, par moi, bénis le Seigneur ! De même le grain de blé produira dix mille épis, chaque épi aura dix mille grains et chaque grain donnera cinq chénices de belle farine ; et il en sera de même, toute proportion gardée, pour les autres fruits, pour les semences et pour l’herbe […] Voilà ce que Papias, auditeur de Jean, familier de Polycarpe, homme vénérable, atteste par écrit dans le quatrième de ses livres – car il existe cinq livres composés par lui. Il ajoute : Tout cela est croyable pour ceux qui ont la foi. Car, poursuit-il, comme Judas le traître demeurait incrédule et demandait : Comment Dieu pourra-t-il créer de tels fruits ? – le Seigneur lui répondit : Ceux-là le verront, qui vivront jusqu’alors”. » 

Perspectives analogues dans l’Apocalypse de Baruch, XXIX, 5-6 [7] :

« La terre aussi donnera des fruits, dix mille pour un. Chaque vigne portera mille sarments, chaque sarment portera mille grappes, chacune des grappes comptera mille raisins, et un raisin donnera un kor de vin. Et ceux qui ont eu faim se réjouiront et seront chaque jour spectateurs de prodiges. »

On trouve, dans la tradition rabbinique [8], des conceptions identiques concernant les Temps messianiques :

Maïmonide, Épîtres, p. 177-178 : « En ces jours-là, il sera très facile à l’homme de trouver sa subsistance, car en travaillant peu, il obtiendra de grands résultats. Les Maîtres disaient : “La terre d’Israël produira à l’avenir des galettes et des vêtements de laine fine” – puisque les hommes diront lorsque quelqu’un trouvera les choses prêtes et toutes préparées : “un tel a trouvé un pain cuit et des mets préparés” ; et la preuve est tirée de ce qui est dit : “Des fils d’étrangers seront vos laboureurs et vos vignerons”, pour nous faire savoir qu’il y aura là semailles et moissons. »

• Retour à Irénée :

Ibid., V, 36, 2 (= Id., Ibid., p. 677) : « Tels sont, au dire des presbytres, disciples des apôtres, l’ordre et le rythme que suivront ceux qui sont sauvés, ainsi que les degrés par lesquels ils progresseront […] le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. Aux temps du royaume, en effet, l’homme, vivant en juste sur la terre, oubliera de mourir. »

Autre parallèle rabbinique intéressant chez Maïmonide, déjà cité :

Épîtres, p. 178-179 : « En ces jours-là, il y aura une grande perfection, qui fera mériter la vie du monde à venir […] Le royaume [du Messie] durera très longtemps et la vie des hommes se prolongera également, car lorsque les soucis et les chagrins sont écartés, les jours de l’homme s’allongent […] Ce sera un homme complet, et il est de la nature de l’homme complet de ne rencontrer aucun obstacle à la résurrection de son âme et à la réalisation de l’existence qui lui convient, qui est le monde à venir. »

Concernant le « monde à venir », on notera la consonance entre les conceptions juives et celles du Nouveau Testament. En effet, après avoir résumé, de manière succincte et fiable, la tradition juive concernant les Temps messianiques, qu’il appelle « les jours du Messie », et qu’il distingue du « monde à venir », Maïmonide écrit :

Épîtres, p. 172 : « Dans le monde à venir, il n’y a pas de nourriture, de boisson, pas d’ablutions, pas d’onction, pas de rapports sexuels, mais les justes siégeront, la tête couronnée, et jouiront de la splendeur de la Shekhinah [la gloire de Dieu, telle qu’elle se rend présente aux hommes]. »

Quant au Nouveau Testament, l’évangile de Luc met dans la bouche de Jésus ces paroles :

Lc 20, 35 : Ceux qui auront été jugés dignes d’avoir part à ce monde-là [le monde à venir] ne prennent ni femme ni mari […] ;

tandis que l’Apocalypse fait la description suivante :

Ap 4, 4 : Vingt-quatre sièges entourent le trône, sur lesquels sont assis vingt-quatre Vieillards vêtus de blanc, avec des couronnes d’or sur leurs têtes […].


VII.3.2. Le
Catéchisme de l’Église catholique a-t-il réputé hérétique l’espérance chrétienne vénérable d’un Royaume millénaire du Christ sur la terre ?

En son temps, j’ai été interpellé – énergiquement quoique courtoisement – par Arnaud Dumouch, un auteur versé dans les questions d’eschatologie [9]. Il m’a remontré que le Magistère avait définitivement relégué au rayon des croyances erronées le millénarisme, en général, et, par inclusion, la doctrine d’un règne millénaire du Christ sur la terre avec ses élus, annoncée dans l’Apocalypse (Ap 20, 4) et exposée en détails par Irénée de Lyon.

Avant même d’exposer l’essentiel des arguments de Dumouch et d’y répondre partiellement, il me paraît utile de rappeler que cette croyance a été contestée dès les premiers siècles de l’Église. En témoignent deux Pères de l’Église du IIe siècle, qui, eux, y adhéraient fermement : Justin Martyr (IIe s.) et Irénée de Lyon (fin IIe - début IIIe s.).

Justin, Tryphon, 80 : « Pour moi et les chrétiens d’orthodoxie intégrale, tant qu’ils sont, nous savons qu’une résurrection de la chair adviendra, pendant mille ans, dans Jérusalem rebâtie et agrandie. Beaucoup, par contre, même chrétiens de doctrine pure et pieuse, ne le reconnaissent pas ».

Irénée de Lyon, Adv. Haer., V, 32, 1 : « Ainsi donc, certains se laissent induire en erreur par les discours hérétiques au point de méconnaître les “économies” de Dieu et le mystère de la résurrection des justes et du royaume qui sera le prélude de l’incorruptibilité […] Aussi est-il nécessaire de déclarer à ce sujet que les justes doivent d’abord, dans ce monde rénové, après être ressuscités à la suite de l’Apparition du Seigneur, recevoir l’héritage promis par Dieu aux pères et y régner ; ensuite seulement aura lieu le jugement de tous les hommes. Il est juste, en effet, que, dans ce monde même où ils ont peiné et où ils ont été éprouvés de toutes les manières par la patience, ils recueillent le fruit de cette patience ; que, dans le monde où ils ont été mis à mort à cause de leur amour pour Dieu, ils retrouvent la vie ; que, dans le monde où ils ont enduré la servitude, ils règnent. »

Ces deux Pères vénérables étaient à cent lieues d’imaginer que, deux siècles plus tard, cette croyance, qu’ils considéraient comme étant d’origine apostolique, apparaîtrait comme tellement irrecevable aux yeux de l’évêque et historiographe de l’Église, Eusèbe de Césarée, qu’il l’engloberait dans sa condamnation du millénarisme, non sans faire retomber la responsabilité de ce qu’il considérait comme une incongruité doctrinale, sur le presbytre Papias (IIe s.) :

Hist. Eccl., III, 39, 11-13 (= Eusèbe, SC 31, p. 154) : « Le même Papias ajoute d’autres choses qui seraient parvenues jusqu’à lui par une tradition orale, certaines paraboles étranges du Sauveur et certains enseignements bizarres, et d’autres choses tout à fait fabuleuses. Par exemple, il dit qu’il y a aura mille ans après la résurrection des morts et que le règne du Christ aura lieu corporellement sur la terre […] Il a été cause qu’un très grand nombre d’écrivains ecclésiastiques après lui ont adopté les mêmes opinions que lui, confiants dans son antiquité : c’est là ce qui s’est produit pour Irénée et pour d’autres qui ont pensé la même chose que lui. »

Évêque de l’Église post-nicéenne, en bons termes avec le pouvoir impérial, Eusèbe ne pouvait concevoir qu’une royauté de Dieu, spirituelle dans le temps, et céleste au-delà. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait considéré comme « fabuleux », le témoignage des presbytres, en général, et celui de Papias, en particulier, à propos du royaume millénaire du Christ sur la terre.

Rappelons enfin, brièvement et sans pouvoir entrer dans les détails, que cette doctrine eut l’infortune d’avoir contre elle, en Occident, le grand Augustin (354-430), lequel, après avoir fermement cru à la littéralité des descriptions du Royaume millénaire qui figurent dans le Livre de l’Apocalypse, a finalement considéré qu’il fallait les comprendre au sens spirituel, voire allégorique. Pour lui, l’Église est le Royaume du Christ sur la terre, et il ne faut pas en attendre un autre, si ce n’est dans les cieux. Au fil des siècles, et non sans peine et de multiples controverses, cette conception s’est imposée à toute la chrétienté.

Pourtant, la croyance vénérable n’était pas morte, et elle resurgissait périodiquement, sous des formes plus ou moins grossières, sociales, voire politiques, mais aussi, quoique beaucoup plus rarement, sous sa forme biblique et patristique, comme l’illustre le cas suivant.

Vers la fin des années 1930, paraissait l’ouvrage d’un religieux chilien du nom de Lacunza, intitulé « Venue du Messie en gloire et majesté ». Le 22 avril 1940, Mgr Joseph Caro Martinez, archevêque de Saint Jacques, au Chili, adressait une lettre au Saint-Office, pour demander la conduite à tenir face à cette résurgence des doctrines millénaristes dans son pays. Cette instance lui répondit, le 11 juillet 1941, qu’elle approuvait sa réaction et lui communiqua la décision officielle à ce sujet, prise en séance plénière, le même mois, et dont voici le texte [10] :

« Le système du millénarisme, même mitigé – à savoir, qui enseigne que, selon la vérité catholique, le Christ Seigneur, avant le jugement final, viendra corporellement sur cette terre pour régner, que la résurrection d’un certain nombre de justes ait eu lieu, ou n’ait pas eu lieu –, ne peut être enseigné avec sûreté (tuto doceri non posse). »

Ce décret a été confirmé par celui des 19-21 juillet 1944, paru dans les Actes du Saint-Siège [11] :

« Ce n’est pas la première fois, ces derniers temps, qu’il a été demandé à cette Suprême Sacrée Congrégation du Saint-Office ce qu’il faut penser du système du millénarisme mitigé, qui enseigne que le Christ Seigneur, avant le jugement final, viendra de façon visible sur cette terre pour régner, la résurrection d’un bon nombre de justes ayant eu lieu ou non. La chose ayant donc été soumise à examen à la réunion plénière de la ive férie [jeudi], le 19 juillet 1944, les Éminentissimes et Révérendissimes Seigneurs Cardinaux préposés à la garde de la foi et des mœurs, après qu’eut eu lieu le vote des Révérendissimes Consulteurs, ont décrété qu’il fallait répondre que le système du millénarisme mitigé ne peut être enseigné sans danger (tuto doceri non posse). Et la Ve férie suivante [vendredi], le 20 des mêmes mois et année, notre Saint Pontife, le Pape Pie XII, par la divine Providence, dans l’audience habituelle accordée à l’Assesseur du Saint-Office, a approuvé cette réponse des Éminentissimes Pères, l’a confirmée et a ordonné qu’elle devienne de droit public. Donné à Rome, du Palais du Saint-Office, le 21 juillet 1944. »

On trouve également un bref résumé de cette mise au point magistérielle dans le Denzinger [12]  :

Décret du Saint-Office, 19 (21) juillet 1944

« Le prêtre Manuel de Lacunza y Diaz avait écrit vers 1810, sous le pseudonyme de Juan Josafat ben-Ezra, un ouvrage intitulé Venida del Messias en gloria y majestad, qui fut interdit par le Saint-Office le 6 septembre 1824. Il soutenait un millénarisme mitigé. Contre cette doctrine, soutenue à nouveau au xxe siècle, le Saint-Office avait pris, dans une lettre du 11 juillet 1941 à l’archevêque José M. Caro Rodriguez de Santiago du Chili (PerRMor 31 [1942], 167), une décision correspon-dant au décret qui suit. 

Ed. : AAS 36 (1944) 212.

Millénarisme. 3839. « Question : Que faut-il penser du système du millénarisme mitigé qui enseigne qu’avant le jugement dernier, précédé ou non de la résurrection de plusieurs justes, le Christ notre Seigneur viendra visiblement sur notre terre pour y régner ?

Réponse (confirmée par le souverain pontife le 20 juillet) : Le système du millénarisme mitigé ne peut pas être enseigné de façon sûre. »


Bien qu’ayant pris note depuis longtemps de cette mise en garde du Magistère, j’estimais, à tort ou à raison, que rien n’empêchait la poursuite de la recherche théologique – et, a fortiori, spirituelle – à propos de cette croyance vénérable des Pères. L’essentiel, me disais-je, était de ne proposer mes publications à ce sujet qu’à des revues spécialisées, ou de ne les diffuser que dans des cercles restreints. C’est ainsi que je pratiquai durant plus de trente ans, sans rencontrer d’opposition notable – non parce que l’on se rangeait à mon avis, mais tout bonnement parce que je ne suis pas théologien de métier, et qu’en conséquence, mes contributions n’étaient pas prises en compte. Par acquit de conscience, j’avais, en son temps, consulté des théologiens de mes connaissances, dont deux patrologues, et surtout le frère Adelin Rousseau, savant traducteur de l’ouvrage monumental d’Irénée [13]. Les uns et les autres avaient reconnu honnêtement, quoique avec gêne, qu’Irénée de Lyon avait été millénariste. Aucun d’entre eux ne me dissuada d’étudier sa doctrine, ni ne vit un inconvénient quelconque à ce que je fasse connaître le fruit de mon travail en la matière, si l’une ou l’autre revue acceptait de le publier. Ce que j’ai fait.

Pour asseoir ces recherches sur une base aussi solide que possible, je me suis penché assidûment sur la tradition des presbytres, à laquelle Irénée se réfère explicitement et exclusivement, dans l’exposé détaillé qu’il fait des modalités du Royaume du Christ sur la terre avec ses élus [14], surtout dans le Livre V et dernier de son célèbre ouvrage. Bien qu’on ne connaisse que relativement peu de choses sur ces presbytres, il est clair, au moins à en croire Irénée, qu’il s’agit des « disciples des apôtres » [15]. Il parle d’ailleurs des « presbytres qui ont vu Jean, le disciple du Seigneur » [16]. Il les défend même, contre les esprits forts qui se gaussent de la manière – jugée par eux naïve, voire stupide – de transmettre des traditions censées être fabuleuses.

Irénée, Contre les Hérésies V, 20.2 :

« Ceux qui délaissent le message de l’Église font grief aux presbytres de leur simplicité, ne voyant pas combien un homme [simple], mais religieux, l’emporte sur un sophiste blasphémateur et impudent. Tels sont bien, en effet, tous les hérétiques : s’imaginant trouver quelque chose de supérieur à la vérité en suivant les doctrines que nous venons de dire, ils s’avancent par des chemins bigarrés, multiformes et incertains, ayant au sujet des mêmes choses tantôt une opinion et tantôt une autre ; ils sont comme des aveugles que guideraient des aveugles et ils tombent à juste titre dans la fosse d’ignorance ouverte sous leurs pas, voués qu’ils sont à toujours chercher et à ne jamais trouver la vérité. Il faut donc fuir leurs opinions et nous mettre soigneusement en garde contre elles, afin de ne pas subir de dommage par leur fait ; en revanche, il faut nous réfugier auprès de l’Église, nous allaiter de son sein et nous nourrir des Écritures du Seigneur. Car l’Église a été plantée comme un paradis dans le monde. “Tu mangeras donc du fruit de tous les arbres du paradis”, dit l’Esprit de Dieu. Ce qui veut dire : Mange de toute Écriture du Seigneur, mais ne goûte pas à l’orgueil et n’aie nul contact avec la dissension des hérétiques. Car eux-mêmes avouent posséder la connaissance du bien et du mal, et ils lancent leurs pensées au-dessus de Dieu qui les a créés. Ils élèvent ainsi leurs pensées au delà de la mesure permise. C’est pourquoi l’Apôtre dit : “N’ayez pas des pensées plus élevées qu’il ne convient, mais qu’elles soient empreintes de modération”, de peur que, goûtant à leur gnose orgueilleuse, nous ne soyons expulsés du paradis de la vie. »

On aura noté que cette apologie des presbytres n’a rien d’un plaidoyer en faveur du respect dû à des personnes vénérables, qui, après tout, peuvent devenir gâteuses. En appelant leurs contempteurs « sophiste(s) blasphémateur(s) » et « hérétiques », Irénée montre sans ambiguïté que ces opposants à la tradition des presbytres, se séparaient en fait de l’Église. Il n’hésite pas à affirmer que ceux qui préfèrent leur « gnose orgueilleuse » à l’enseignement des presbytres risquent d’être « expulsés du paradis de la vie ». C’est dire que, même en tenant compte du caractère hyperbolique de ces expressions, typiques des polémiques, il semble qu’il s’agisse d’une prise de position doctrinale reposant sur un consensus.

C’est pourquoi ma surprise a été grande d’apprendre, à l’occasion d’un échange de messages électroniques avec le théologien Arnaud Dumouch, que la condamnation de cette vénérable doctrine des Pères serait incluse dans celle, plus globale, émise par le Magistère, des millénarismes hérétiques. Croyant à une réminiscence du décret romain de 1942, évoqué plus haut, et ayant cru bon d’insister sur le fait qu’il s’agissait d’une mise en garde et non d’une condamnation, je me suis entendu rétorquer que, depuis, « le Magistère avait tranché définitivement ». Et comme je demandais à mon interlocuteur à quel document magistériel il faisait allusion, il me répondit que je n’avais sans doute pas pris garde aux articles 675 et 676 du Catéchisme de l’Église Catholique, qui, selon lui, condamnaient, sans ambiguïté et dans les termes les plus sévères, tout millénarisme, y compris celui que l’on qualifie généralement de « mitigé », c’est-à-dire épuré, par rapport au millénarisme dit « grossier », qui parle des plaisirs de toutes sortes (y compris charnels), censés devoir être l’apanage des élus qui régneront sur terre avec le Christ.

Bien entendu, ces articles du Catéchisme m’étaient connus mais je ne les avais jamais considérés comme une condamnation du millénarisme des Pères non hérétiques, ni surtout de celui d’Irénée de Lyon, l’une des références majeures de la Tradition de l’Église catholique. Pour fixer les choses, voici le texte du Catéchisme, dont il est question [17](303) :

§ 675. « Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8 ; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12 ; Jn 15, 19, 20) dévoilera le « mystère d’iniquité » sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12 ; 1 Th 5, 2-3 ; 2 Jn 7 ; 1 Jn 2, 18.22). »

§ 676. « Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique ; même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme (cf. DS 3839), surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, « intrinsèquement perverse » (cf. Pie XI, enc. « Divini Redemptoris » condamnant le « faux mysticisme » de cette « contrefaçon de la rédemption des humbles » ; GS 20-21). »

Pourtant, dans les échanges de courriel que j’ai eus avec A. Dumouch, j’ai noté avec surprise d’abord, puis avec une inquiétude croissante, que son opposition à la croyance en un Royaume millénaire du Christ sur la terre, même dans sa version patristique, surtout irénéenne, qui s’avérait une pierre d’achoppement majeure, pouvait se prévaloir d’un accord magistériel au moins implicite  [18].

Tel n’était pas mon avis, ni celui d’un ancien professeur de théologie, que j’avais immédiatement consulté et qui estimait, comme moi, que ce développement propre au Catéchisme visait le millénarisme politique et social, à coloration philosophique ou religieuse, qui avait ressurgi au XIXe siècle [19].

Pour comprendre les causes de cette interprétation – que j’estime erronée – des § 675 et 676 du Catéchisme, il est indispensable de les resituer dans leur contexte. Voici d’abord des extraits significatifs des paragraphes antécédents (671 à 674) [20] :

CEC, 671 : « Déjà présent dans son Église, le Règne du Christ n’est cependant pas encore achevé “avec puissance et grande gloire” (Lc 21, 27) par l’avènement du Roi sur la terre… les chrétiens prient… pour hâter le Retour du Christ, en lui disant : “Viens, Seigneur Jésus” (Ap 22, 20) »

CEC 672 : « Le Christ a affirmé, avant son Ascension, que ce n’était pas encore l’heure de l’établissement glorieux du Royaume messianique attendu par Israël [cf. Ac 1, 6-7], qui devait apporter à tous les hommes, selon les prophètes, l’ordre définitif de la justice, de l’amour et de la paix […] »

CEC 673 : « Depuis l’Ascension l’avènement du Christ dans la gloire est imminent, même s’il ne nous “appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité” (Ac 1, 7). Cet avènement eschatologique peut s’accomplir à tout moment même s’il est “retenu”, lui et l’épreuve finale qui le précédera. »

CEC 674 : « La venue du Messie glorieux est suspendue à tout moment de l’histoire à sa reconnaissance par tout Israël, dont “une partie s’est endurcie” [cf. Rm 11, 25] dans “l’incrédulité” (Rm 11, 20) envers Jésus. S. Pierre le dit aux juifs de Jérusalem après la Pentecôte : Repentez-vous et convertissez-vous, afin que vos péchés soient pardonnés et qu’ainsi le Seigneur fasse venir le temps de répit. Il enverra alors le Christ qui vous est destiné, Jésus, celui que le Ciel doit garder jusqu’au temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé dans la bouche de ses saints prophètes (Ac 3, 19-21) […] »

Mes commentaires :

- CEC, 671 semble opter pour un Royaume terrestre du Christ, en parlant de « l’avènement du Roi sur la terre… »
- CEC, 672 paraît bien confirmer cette orientation en parlant de « l’établissement glorieux du Royaume messianique attendu par Israël ». En effet, comme je l’ai illustré à plusieurs reprises dans cet ouvrage, les sources rabbiniques ne laissent aucun doute sur le fait que ce Royaume messianique sera terrestre.
- CEC 673 et 674, par contre, se font l’écho d’une tradition peu sûre – même s’il se peut qu’on la trouve chez quelques Pères et écrivains ecclésiastiques vénérables (ce que je n’ai pu établir) –, selon laquelle le katechon de 2 Th 2, 6, c’est-à-dire « ce qui retient » la manifestation de l’Antichrist, est le défaut de « reconnaissance du Messie glorieux […] par tout Israël », alors que, pour de très nombreux théologiens, c’est l’Église qui joue ce rôle [21].

Cette conception, outre qu’elle ne cite aucune source traditionnelle ancienne susceptible de l’accréditer, me paraît révéler la conviction intime de nombre de théologiens et d’hommes d’Église – dont le pape Benoît XVI – que l’avènement glorieux du Royaume, assimilé par eux à la Parousie et à la fin du monde actuel, ne pourra avoir lieu tant que tous les juifs n’auront pas reconnu la messianité et la divinité de Jésus. Dès lors, il est tentant de soupçonner que c’est le zèle de Benoît XVI pour cette cause qui l’a poussé à rétablir, motu proprio, même en en mitigeant quelque peu le caractère blessant, la prière pour que les juifs « reconnaissent Jésus Christ » [22].

CEC 674 :

1. Tout aussi problématique, semble-t-il, est le développement qui interprète implicitement les paroles de Pierre, en Ac 3, 19 (« Repentez-vous et convertissez-vous, afin que vos péchés soient pardonnés »), comme signifiant que la « repentance » et la « conversion » auxquelles l’apôtre exhorte les juifs, conditionnent le « pardon » qu’ils recevront alors pour le péché d’avoir rejeté et crucifié Jésus. Or, à l’évidence, le texte ne parle pas de ce péché-là, mais de la « rémission des péchés », au pluriel. Inauguré par le baptême de Jean (Mc 1, 4 = Lc 3, 3), ce ministère a été repris par Jésus et étendu à toutes les nations avec la puissance de l’Esprit Saint (cf. Lc 24, 47). Il importe de prendre garde au sens des mots. Le verbe grec metanoein, presque universellement traduit par « se repentir », ne connote pas exactement ce que nous en comprenons mécaniquement, mais le changement de conduite. Quant au verbe grec epistrephein, il traduit le plus souvent, dans la Septante, la racine verbale hébraïque ShUV, qui signifie à la fois, « revenir », « se retourner », « changer d’avis », et surtout « se convertir », au sens de revenir à Dieu.

2. Le Catéchisme cite Ac 3, 21, selon la traduction – quasi unanime chez les catholiques et, à mon avis, fautive (même si elle est techniquement possible) –, qui parle de l’avènement de « Jésus, que le Ciel doit garder jusqu’au temps de la restauration universelle dont Dieu a parlé dans la bouche de ses saints prophètes ».

J’ai dit maintes fois, ici et ailleurs, à quel point cette traduction « paresseuse » est dommageable, en ce qu’elle s’attache à un seul sens du hapax qu’est le substantif grec apokatastasis, en négligeant la polysémie du verbe apokathistanai, qui signifie également acquitter ce qui est dû, ou réaliser une promesse, revenir de droit à [23]. C’est pourquoi je la rends systématiquement par une périphrase que j’ai maintes fois modifiée, et dont je donne ici la forme qui se rapproche le plus de ce que je crois en comprendre : « […] jusqu’aux temps de la réalisation intégrale de tout ce que Dieu a énoncé par la bouche de ses saints prophètes de toujours ».


[1] Audience générale du 11 mars 1998, texte italien paru dans L’Osservatore Romano, du 12 mars 1998 ; traduction française de La Documentation catholique, n° 2179/7, du 5 avril 1998, p. 304, sous le titre « La réalisation du salut dans l'histoire », in L’Osservatore Romano, du 12 mars 1998.

[2] Il serait trop technique d’exposer les raisons de cette traduction et de l’ajout – « qui lui est destiné ». Sans entrer dans les détails, disons qu’elle se réfère à ce passage de l’Adversus Haereses, d’Irénée de Lyon (IIe s.) : « […] cette plaie, qui est la mort, Dieu la guérira en nous ressuscitant des morts et en nous établissant (apokatastèsas) dans l’héritage des pères […] » (Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, V**, 34, 2, p. 427). L’éditeur et traducteur de l’ouvrage assortit cette traduction de l’intéressante note suivante : « […] Le verbe apo-kathistèmi signifie ordinairement “rétablir en son état premier”. Mais le préfixe apo- peut aussi suggérer l’idée d’une chose qui est due, soit en vertu d’un mérite, soit en vertu d’une promesse […] : le verbe apo-kathistèmi signifiera alors “établir quelqu’un dans la situation à laquelle il a droit” […] le grec n’exprime pas seulement, comme le fait le français, l’idée que Dieu nous “établit” dans l’héritage des pères, mais il suggère que, ce faisant, il s’acquitte d’une promesse qu’il a faite […] » (Cf. Id. Ibid., V*, p. 342). Voir également mon article « Une oeuvre que vous ne croiriez pas si on vous la racontait ».

[4] On aura avantage à consulter la traduction parue en un volume compact, sous le titre Irénée de Lyon, Contre les Hérésies. Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, traduction française par Adelin Rousseau, 3e édition, Les éditions du Cerf, Paris, 1991 (ci-après : Irénée, Contre les Hérésies).

[5] M.R. Macina, « La croyance en un Règne du Messie sur la terre : patrimoine commun aux Juifs et aux Chrétiens ou hérésie millénariste ? », Cedrus Libani, revue catholique maronite libanaise éditée par Cariscript, Vitry-sur-Seine, France, n° 64, 2001, p. 39-51, en ligne sur le site rivtsion.

[6] Cité d’après Moïse Maïmonide, Épîtres, Verdier, Lagrasse, 1983.

[7] Texte cité d'après : L'Apocalypse de Baruch. Introduction, traduction du syriaque et commentaire, par Pierre Bogaert, tome I, Sources Chrétiennes n° 144, Cerf, Paris, 1969, p. 483.

[8] Maïmonide, Épîtres, op. cit. ; et cf. Talmud Baveli Shabbat, 30 b). Cf. Is 61, 5.

[9] Sur cet auteur peu commun, voir, entre autres, « Rencontre avec un théologien étonnant », entretien réalisé par Marvel, le 16 mars 2006, sur le site des Éditions Docteur angélique.

[10] Publié dans Estudios, Buenos Aires, de nov. 1941, p. 365, et reproduit intégralement dans Periodica, t. 31, n° 15, d'avril 1942, p. 166-167.

[11] A.A.S. [Actes du Saint-Siège Apostolique], XXXVI, 1944, p. 212. Ce texte est reproduit, en latin, suivi d'un bref commentaire en français, par le Père G. Gilleman, s.j., dans la Nouvelle Revue Théologique de 1945, p. 239-241 ; voir « « Église catholique et royaume millénaire du Christ sur terre: Dossier canonique ».

[12] Auteur d’un célèbre compendium de l’enseignement magistériel de l’Église en matière de foi : Enchiridion Symbolorum de Denzinger. On cite ici l’article 3839, d’après la traduction française de cet ouvrage : Symboles et Définitions de la foi catholique, Cerf, 1988, p. 812.

[13] Irénée, Contre les Hérésies, op. cit.

[14] Voir ma communication intitulée « Le rôle des presbytres dans la transmission de la Tradition chez Irénée de Lyon », parue dans C. Cannuyer, D. Fredericq-Homes, F. Mawet, J. Ries et A. Van Tongerloo (dir.), Vieillesse, Sagesse et Tradition dans les civilisations orientales (Acta Orientalia Belgica, XIII), Antoon Schoors in honorem, Bruxelles, Louvain-la-Neuve, Leuven, 2000, p. 63-94.

[15] Irénée, Contre les Hérésies, V, 5.1 ; V, 36.2.

[16] Id., Ibid., V, 33.3.

[17] Cité d’après Catéchisme de l’Église Catholique. Edition définitive avec guide de lecture. Diffusion et distribution exclusives : éditions Racine (Bruxelles) et Fidélité (Namur), octobre 1998, p. 149-150. (Ci-après : CEC, Edition définitive). Comme partout ailleurs dans le présent ouvrage, les italiques sont mon fait, mais il est recommandé d’y porter attention. En effet, elles ont pour but de montrer que ces formulations ne peuvent, en aucun cas, se référer aux textes de haute qualité théologique et spirituelle des Pères dits « millénaristes », et certainement pas à l’enseignement d’Irénée en cette matière, en particulier dans le Livre V de son ouvrage Contre les Hérésies, maintes fois cité dans le présent ouvrage.

[18] Selon A. Dumouch, cet accord est explicite. Son affirmation se fonde sur la condamnation du millénarisme des Pères, au paragraphe 676 du Catéchisme, qu’il estime exprimée par l’incise : « même sous sa forme mitigée ». À mes yeux, il est clair que les mots « sous sa forme mitigée » ont constitué pour lui une réminiscence évidente de la mise en garde de 1944 : « Le système du millénarisme, même mitigé, ne peut être enseigné avec sûreté », déjà évoquée (voir « Église catholique et royaume millénaire du Christ sur terre: Dossier canonique »).

[19] Voir la brève présentation qu’en fait le théologien allemand, Jürgen Moltmann, dans son ouvrage séminal, La venue de Dieu, Eschatologie chrétienne, Cerf, Paris, 2000 ; entre autres, les premières pages du Chapitre premier, « Le Dieu qui vient. L’eschatologie aujourd’hui », p. 19ss.

[20] Les textes cités ci-dessous sont extraits du Catéchisme de l’Église Catholique, op. cit., avec mention des paragraphes afférents.

[21] C’est le cas, en autres du théologien catholique allemand, K. Schmitt, qui assignait à l’Église romaine ce rôle de katechon, qu’il traduisait par le terme Aufhalter, c’est-à-dire [l’élément] « retardateur » de l’avènement de l’Antéchrist. Pour Schmitt, cette force est celle qui, temporairement, « s’oppose au pire des accélérateurs sur la route qui conduit à l’abîme ».

[22] Voir, ci-dessus, le chapitre consacré à cette initiative papale : V. La prière pour que les Juifs reconnaissent Jésus sonne-t-elle le glas du dialogue ?

[23] Je m’appuie, pour affirmer cela, sur Irénée de Lyon, Adv. Haereses, V, 34.2 (Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, Livre V, vol. 2, SC 152, Cerf, 1969, p. 427). J’ajouterai que le verbe connote l’idée de rétablir quelqu’un, ou quelque chose, dans un état meilleur que celui qui était le sien auparavant, ou qui aurait dû être le sien et qu’il n’a pas eu. Dans ce cas, le préfixe apo- implique l’idée de combler un manque. Les promesses des prophètes n’étaient pas destinées aux païens ; mais, par les mérites infinis de sa mort, Jésus les en a rendus cohéritiers, avec les juifs, accomplissant ainsi tout ce qu’annonçaient les Écritures. La connotation de ce verbe, dans ce contexte, est donc celle d’un accomplissement plénier. Voir mon article : « Une oeuvre que vous ne croiriez pas si on vous la racontait ».

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Date de dernière mise à jour : 14/05/2014